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LE VENIN DES SERPENTS

atteint: il survient de la douleur, puis de la tuméraction et de la gangrène humide; ces effets semblent dus à la globuline, Falbumose produisant les phénomènes généraux.

Les liions locales, qui semblent se développer surtout quand le venin

n'est pas très actif, peuvent jouer parfois un rôle protecteur: de Lacerda

m montré que la piqûre du bothrops détermine une violente inflammation

qui s'oppose à la pénétration du poison et empêche souvent l'intoxication

générale ; celle-ci se produit au contraire avec une grande intensité quand

k liquide est introduit directement dans les vaisseaux. Ce qui confirme

encore cette manière de voir, c'est que le cobra, le plus venimeux de

tous, n'amène aucune altération au point atteint : les phénomènes géné-

nox éclatent d'emblée.

Ces résultats ont un grand intérêt au point de vue de la pathologie générale; en démontrant le rôle favorable de la lésion locale, ils permettent d'étendre aux venins les résultats obtenus par M. Bouchard avec les finis.

W. Mitchell a étudié le pouvoir phlogogène du venin en le répandant m le péritoine; il a vu se produire une énorme hémorrhagie; le sang, rendu incoagulable, s'échappait en masse sans qu'il y eût congestion ou rupture préalable des vaisseaux.

Les manifestations qui traduisent l'intoxication générale de l'économie

sont assez variables : d'une façon générale, on peut dire que la morsure

des protéroglyphes, du cobra notamment, amène la mort par asphyxie

progressive : les membres, la langue, les lèvres, le larynx sont atteints

SQecessivement; puis la respiration s'arrête et la mort arrive, précédée

de quelques convulsions asphyxiques, qui cessent quand on pratique la

Respiration artificielle. Dans les cas où le blessé guérit, le rétablissement

tsi rapide ; il ne se produit aucun accident ultérieur.

Avec les solénoglyphes et notamment avec le daboïa (Fayrer), les manifestations sont différentes : des convulsions se montrent d'abord, puis des paralysies; l'appareil respiratoire n'est atteint que tardivement.

Les vipères d'Europe produisent chez le chien, d'après Alt, des vomissements, de la somnolence et une paralysie des membres postérieurs. Chei les mammifères le venin des vipères a la propriété d'abaisser la température de 3 à 4 degrés (Phisalix et Bertrand).

Enfin, quand la dose du venin des solénoglyphes n'est pas mortelle, le malade est exposé à des accidents consécutifs souvent fort longs : il peut se produire de l'albuminurie, des inflammations locales, des phénomènes septicémiques. Ces manifestations se voient souvent après les piqûres des vipères de nos pays; elles sont seulement atténuées; mais il peut persister des douleurs locales qui parfois reviennent sous forme d'accès périodiques.

Quand les accidents se sont terminés par la mort, on constate à l'autopsie que le sang est fluide, noir, et incapable de se coaguler. Les hématies sont devenues sphériques, molles; elles tendent à se fusionner en

masse ; un grand nombre de globules ont été dissous. Le sang et Vurine contiennent souvent des gouttelettes graisseuses.

Cet état du sang explique les ecchymoses, les extrainsats sanguins qu^on trouve sur les poumons, le cœur, le cerveau, les divers visoèm; les liquides intestinaux et les urines sont parfois mélangés de sang; la sérosité des ventricules cérébraux en contient également. Ces léàioBs rappellent, à s'y méprendre, celles qu'on observe au cours des infediou graves ; l'analogie est complétée par la putréfaction rapide des cadafies.

Une analyse plus minutieuse de l'action des venins a permis de découvrir des faits intéressants.

Tous les auteurs sont d'accord pour reconnaître qu'il se produit ai abaissement très notable de la pression artérielle : les systoles cardiaquei restent régulières, mais elles sont faibles et rapides. Souvent, au moflôeot de la mort, qui survient en général par arrêt de la respiration, on coostÉe que le cœur continue à battre, mais ses contractions ne sont pas siifisantes pour chasser le sang quHl contient. L'arrêt du cœur se produit en diastole, quand le poison a été injecté sous la peau, en systole quand 3 a été introduit directement dans une veine (Ragotzi). D'après W. Hitchellet Reichert, deux forces antagonistes agiraient sur l'appareil circulatmre : il y aurait une suractivité des centres accélérateurs et, en même temps, me action directe sur le cœur qui tendrait à ralentir ses mouvements : Feoktistow (^) a constaté de même qu'il se produisait une paralyne do myocarde et des ganglions qu'il renferme. L'abaissement de la presskn artérielle dépend de la faiblesse cardiaque et d'une paralysie des oeotres vaso-constricteurs; en même temps les oblitérations des capillaires opposent un obstacle au cours du sang et peuvent déterminer une augmenUtion passagère de la pression.

Le même antagonisme se produit sur l'appareil respiratoire : au début la respiration est augmentée de fréquence par suite d'une excitation des vagues ; plus tard elle se ralentit, à cause de la paralysie des centres.

Si les centres vaso-moteurs et respiratoires sont profondément atteints, si les cellules motrices de la moelle sont plus ou moins influencées, les parties sensitives de l'axe cérébro-spinal restent complètement indemnes. Mais le venin des serpents, au moins celui du cobra, détermine des troubles curieux sur certains nerfs : il paralyse les terminaisons des splanehniques (Feoktistow) et du phrénique (Ragotzi), agissant, dans ce dernier cas, à la manière du curare (*).

En résumé, le poison porte ses effets sur l'ensemble de l'organisme, sor les centres vaso-moteurs bulbaires, sur quelques terminaisons nervenaes, sur le myocarde, sur les pneumogastriques; il détermine en même temps des altérations globulaires, des hémorrhagies, des thromboses capillaires:

(*) Feoktistow, Exp. Untersuchuogen ûber Scfalangengift. Inaug. Di9êerL Dorptt, 4888. (*) Ragotzi, Ueber die Wirkung des Gifles des Miga tripuditiif. Arek. fUr palh. AmL und PhysioL, Bd. CXXIII. H. 2.

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la mort résulte donc de causes multiples et relèye d'un mécanisme fort complexe.

Dans les cas qui ne sont pas mortels» le poison s'élimine par l'urine (Ragotzi)et par l'estomac. Les intéressantes recherches d'Alt(') démontrent en effet que le lavage stomacal pratiqué pendant une heure peut sauver des chiens qui ont reçu une dose mortelle de venin de vipère; Teau de Itvage contient le poison ; il est inutile d'insister sur l'intérêt pratique de cette découverte.

Nous avons montré, à différentes reprises, que le venin des serpents, par plusieurs de ses effets, se rapproche des toxines microbiennes. Des travaux récents ont révélé une nouvelle analogie ; on savait, depuis longtemps, qu'un individu qui a subi une première piqûre présente des accidents plus légers s'il vient à être piqué de nouveau; les expériences de Kaufmann et de Kantliack ont confirmé le fait et ont démontré qu'on peut créer une immunité incomplète, mais indéniable, en injectant des doses progressivement croissantes du venin.

On a cru à un moment qu'on pouvait expliquer l'immunité des serpents par la présence, dans leur organisme, du poison qu'ils sécrètent (nûsalix et Bertrand, Calmette).

D'après M. Calmette, 2 centimètres cubes du sang d'un cobra tuent un lapin de iSOO grammes en six heures; injectée dans les veines, la même dose amène la mort en trois minutes ; le sérum est moins actif que le sang; h bile et l'extrait du foie ne sont pas toxiques. MM. Phisalix et Bertrand ont pensé que l'insensibilité de la couleuvre au venin de la vipère tenait i la présence d'un poison dans le sang de cet ophidien inoffensif; ce fait est en rapport avec l'existence chez la couleuvre d'une glande venimeuse (R.Blanchard) comparable à la glande des vipères, mais dépourvue de conduit excréteur; l'extrait de deux glandes empoisonne un cobaye.

Ces intéressantes recherches semblaient compléter un fait important signalé autrefois par Brown-Séquard; d'après ce savant, un crotale auquel on enlève ses glandes venimeuses perd son immunité et succombe quand on lui injecte le venin d'un autre crotale.

Mais les récents travaux de M. Calmette (*) semblent démontrer que l'explication est moins simple. Cet auteur a établi que le sang de tous les serpents a la même toxicité et que cette toxicité dépend de substances différentes re celles qu'on trouve dans le venin ; il a reconnu de plus qu'en injectant à des serpents du sérum d'animaux vaccinés, on faisait disparaître la toxicité du sang, maison ne modifiait pas celle du venin. Les glandes sécrètent donc la substance active en ne se contentant pas de la séparer du sang.

Nous devrions maintenant, après avoir exposé les expériences qui ont

(*) Alt, Untenaefanngen ûber die Ausscheidung des Sdilaogengiilei dnrcfa den ll«g«ii. IfAfieA. wied, Woehetiêchrift, iS9i.

{*] Calmette, Contribution à l'élude des yenins. AnnaUê de Clnêtitut Pûêtmtr^ S5 ttrU

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parmifl d'atténuer les venins et de les transformer en TaGcins, ètodiv K^s modifications que subissent les humeurs chez les animaux noAm rcfractaires. Ces diverses questions seront abordées plus loin i proposée l'accoutumance et de la résistance aux substances toxiques.

Sauriens et Batraciens venimeux. — Le (^upe des Sauriem roh ferme un grand nombre d'espèces dont plusieurs ont passé pour ?caimeuses ; mais les auteurs modernes s'accordent à rejeter cette assertion. Si quelques-uns sont terribles, les crocodiliens par exemple, ils n'agbfleot que mécaniquement. La plupart sont inoffensifs» témoins les caméléons d les orvets ; ces derniers sont abondamment répandus en Europe, où on lo confond souvent avec les serpents. Les lézards sont aussi dépoumis de venin, sauf le lézard de l' Arizona ou Heloderma suspectum; cet aninal possède des dents cannelées communiquant avec des glandes volnmi» neuses situées en dedans du maxillaire inférieur; le liquide qui s'ea écoule, injecté à dose de 4 gouttes dans les muscles thoraciques d'an pigeon, amène la mort en sept minutes au milieu de convulsions et aiee une dyspnée intense. Le poison agit sur la moelle épinière; il laisse iutaele l'excitabilité des muscles et des nerfs moteurs, produit l'arrêt du oœv en diastole, et supprime l'excitabilité du myocarde.

La plupart des Batraciens sont pourvus de glandes venimeuses, qm occupent généralement le tégument cutané; dès qu'on excite l'animal,» peau se couvre d'une sécrétion visqueuse, à odeur forte, et assez ftcre poor produire une sensation de brûlure, surtout au niveau des muqueuses; c'est un moyen de défense fort utile, car la plupart des mammifères refusent de toucher à ces animaux. Mais tous les êtres n'éprouvent pas le même dégoût : les couleuvres et les canards mangent les crapauds; les rats se nourrissent des tritons.

Le venin du crapaud, de la salamandre et du triton, est sécrété par les glandes cutanées qui occupent la partie dorsale du corps et par des amas glandulaires formant des bourrelets désignés sous le nom de parotide.

Venin du crapaud. — Tous les crapauds semblent capables de sécréter du venin; nous citerons particulièrement les diverses espèces du Bofo (Bufo cinereus, calamita, viridis^ variabUis), le Pelabate$ fuêcuzy le Bombinator igneus, VAlytes obstetricans.

Le poison des pclabates a été employé pour empoisonner les flèches; les bidiens transpercent Taninial avec un bâton et le placent devant le feu; l'excitation produite par la chaleur amène une sécrétion cutanée intense qui sert à enduire les armes. Ce poison est tellement énergique qu'à la suite de la piqûre un cerf succombe au bout de deux i quatre minutes, un jaguar au bout de quatre à huit. Les phénomènes rappellent ceux que détermine le curare.

Le venin du crapaud est une humeur épaisse, visqueuse, lactescente. d'une coloration légèrement jaunâtre, d'une odeur vireuse; sa saveur est amèrc, nauséeuse et caustique; sa réaction est acide, le principe actif se

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