LE VENIN DES SERPENTS
Ce qui prouve que la production du venin n'est que l'exagération d'une propriété commune, c'est qu'elle n'est pas liée à la présence d'organes nouveaux : ce sont les glandes cutanées, salivaires, buccales ou anales, qui se sont adaptées à cette fonction particulière. Chez les serpents, par exemple, la glande du venin est une glande salivaire, dont le produit de sécrétion possède des propriétés digestives; les recherches de M. Gautier montrant que la salive humaine est capable de tuer un petit oiseau, établissent un lien nouveau entre la sécrétion venimeuse des ophidiens et la sécrétion, en apparence inoffensive, des mammifères : c'est une affaire de degré. Les sécrétions étant toutes toxiques, aussi bien la salive que l'urine ou la bile, on voit combien la déGnition des animaux venimeux perd de la rigueur qu'elle semblait avoir. Nous sommes en face de la difficulté qu'on éprouve toujours quand on veut préciser une division consacrée par l'usage; on trouve une série de faits qui établissent des transitions insensibles et rendent impossible une séparation absolue. Si tous les produits glandulaires sont toxiques, on est forcé de faire intervenir dans la définition la notion de quantité : un venin sera un poison agissant sous un petit volume; un animal venimeux devra être défini on animal qui possède des glandes sécrétant un liquide dont l'inoculation, à petites doses, peut produire des accidents graves ou entraîner la mort. Nous nous conformons ainsi à la tradition; mais nous sommes loin de présenter une conception scientifique (*).
Il n'existe pas de mammifères ni d'oiseaux venimeux. Quelques auteurs ont prétendu, cependant, que l'ornithorynque sécrète un venin analogue à celui des serpents; les pattes postérieures sont pourvues d'un ergot où ^utit le canal d'une glande volumineuse, située à la face externe du <^mur; les piqûres pratiquées par cet organe seraient suivies de manifesitions toxiques; cette assertion est d'ailleurs combattue par plusieurs iiteurs et notamment par 6. Bennett.
Les serpents venimeux. — Les ophidiens tiennent la première place Inni les vertébrés venimeux : la fréquence et le danger de leurs morires, au moins dans les pays tropicaux, la marche si curieuse et parfois
terrible des accidents, justifient amplement l'intérêt que leur histoire mlève et expliquent les nombreux travaux qu'elle a suscités.
Entreprise par F. Redi au xvii^ siècle, continuée par Richard Mead au immencement du xviif siècle, l'étude du venin des serpents a été pourlivie d'une façon admirable par Fontana (*) ; dans son livre sur le venin ; la vipère cet auteur rapporte plus de 6000 expériences, et arrive à des isaltats dont la plupart ont été confirmés par les recherches modernes. 1118 la première moitié de ce siècle, L. Bonaparte, Cloêz et Gratiolet
(*) Linné a proposé la définition suivante : Venenum est quod perexigua don corpori mano inge»ium aui exius admotum^ vi quadam pecuUari, effectué producit viotentisâi" M, qui in pemicietn ianitatis et vitx tendunt. (>) fomàSA, Traité sur le venin de la vipère. Florence, 1781.
PATHOLOaiK GKXéRALI. — L 47
s'efforcèrent d'isoler la substance active; puis les expériences de Q. Bernard, de Yulpian, les recherches de Blyth, de Weir Mitcbell et Reidieiti'i, de Fayrer('), de Lacerda('), de Wolfenden(^), de Kaufinaiin(*), de Fhisalii et Bertrand (*), de Calmette(^), vinrent compléter nos connaissances sv la constitution chimique du venin, et firent connaître les troubles on la lésions que son inoculation détermine.
Les anciens naturalistes divisaient les serpents en venimeux, saspecb et inoffensifs. Aujourd'hui on adopte généralement la classification pt> posée par Duméril et Bibron : ces auteurs ont pris pour critérium la (bposition des dents, tenant compte à la fois de leur situation et de Texiitence ou de l'absence d'une rainure ou d'un canal permetttant réoool» ment du venin
Us admettent ainsi quatre sous-ordres :
Les opotérodontesy qui ne possèdent des dents qu'à une des màchoirei et semblent dépourvus de glandes à venin.
Les aglyphodontesy dont les dents ne présentent pas de rainures (y^^ rainure) ; quelques-uns peuvent être dangereux par leur puissance nnucilaire, le boa par exemple, d'autres, comme les couleuvres, sont ineffensib.
Les opistoglyphesj réunis quelquefois aux précédents sous le nom de colubriformes, s'en distinguent par la présence de dents cannelées, a la partie postérieure de la mâchoire inférieure. Ces animaux ne peareot déverser leur venin que lorsque leur proie a pénétré dans le fond de la bouche. Il existe en Europe une seule variété de serpents opistoglyphes : c'est le Cœlopeltis insignitus^ assez abondamment répandu dans THénult et qu'on désigne souvent sous le nom de couleuvre de Montpellier : ce reptile n'a jamais causé d'accidents chez l'homme; mais si, maintemot les mùchoires écartées, on fait mordre la cuisse d'un moineau parles dents postérieures, on verra la mort survenir rapidement. Voilà donc on premier groupe de serpents qui sont venimeux, mais que la dispositioo de leurs dents rend peu dangereux, au moins pour l'homme et les mammifères.
Les véritables serpents venimeux sont représentés par les protéroglypha et les solénoglyvhes (acoX^, gaine). Les premiers ont les dents antérieures cannelées ; les seconds sont les plus redoutables, car leurs dents, au lieu de posséder une simple rainure, sont pourvues d'un canal complet : aussi le venin se répand-il plus facilement dans la blessure.
(') Vf. MiTCHELL and Rkicrert, Preliminary report oo the Tenom of lerpent. Tk$ Newi, 1883. — A partial study of the poison of Heloderma snspeetiim. IHd., 1883.
(*) Fatrer, On the nature of snake-poison. The Lancet, 1884.
(') De Lacerda, Leçons sur le yenin des serpents. Rio de Janeiro, 1884.
(*) WoLFEM>Ex, On the nature and action of the Tenom of poiaonous maket. Tke Jmnd of physiologie^ vol. VII, p. 327.
(') Kadpmax.x, I.C8 vipères de France. Paris, 1803.
(*) pHiSAUx et Bertrand, Nombreuses notes dans les Compte» rendue de ia Sociéêi de M^ logiet de l'Accuiémie de» êciences, et dans les Archive» de phyeiohffie, 1805-18M.
(") Calmette, Notes dans les Comptée rendu» de la Société de hiolo^e^ de YÀiMâêrnU é» tciencet, 1803-1804, et dans les Annale» de Cbutitut Pa»tenr, iSM-imO.
LE VËNlN DES SERPENTS. 759
Le nombre des serpents venimeux est très considérable» Les protéro- {lyphes comprennent les clapides et les hydrophides ou serpents de mer; xs derniers habitent l'océan bidien. Quant aux clapides, ils renferment les espèces très importantes : nous citerons spécialement le Naja haje^ ispic ou serpent de Cléopâtre (Egypte), le Naja tripudianSy cobra, ou lerpent à lunettes (Bengale), VElaps corallinus^ serpent corail (Amérique lu Sud), les Bungarus lineatus^ cceruleuSy fasciatus de Tlnde, VAcart' ^hoptis antarctica d'Australie, etc.
Le sous-ordre des solénoglyphes se divise en deux familles, les vipé- "ides et les crotalides. Parmi les vipérides, nous trouvons les genres Vipera A Pelias qui habitent l'Europe, les Cérastes^ et spécialement le Cérastes legyptiacus, vipère cornue d'Egypte, et le Cérastes logophorus^ vipère à lanache (Afrique), les EchiSy les Dabota (Egypte), le Clotho arietans ou serpent cracheur du Cap.
Les crotalides renferment les nombreuses espèces de crotales : Crolalus durissuSf serpent à sonnettes, C. horridus ou boiquira, C. adaman* leus^ C. miliarisy le Lachesis mutus ou crotale muet, qui tous habitent l'Amérique, les Trigonocephales (Japon, Ceylan, mer Caspienne) les AthropSy les Bothrops dont le plus connu est le Bothrops lanceolatusy Ter de lance ou vipère jaune de la Martinique.
II n'existe en France que trois espèces venimeuses, qu'on peut facilement distinguer aux caractères suivants (G. Moquin-Tandon) :
( d^écaiUes — Museau ( *^^^ ^'^'^ ^^*^'
fertex garai \ ' ' prolongé en corne molle . . Vipera ammodytes.
(de trois plaques adjacentes (1 ant., 3 post.) • . . Pêli<u bertu.
IjSk Vipera aspis^ qu'il ne faut pas confondre avec l'aspic d'Egypte, est extrêmement répandue dans toute l'Europe; en France on la rencontre lans les forêts de Sénart, de Fontainebleau, de Rambouillet. La Vipera immodytes habite le sud de l'Europe; on la trouve en Grèce, en Illyrie, 91 Italie; en France, elle vit dans le Dauphiné. Le Pelias berus s'observe lans les Cévennes, les Corbières, les Pyrénées; c'est une espèce qui peut labiter les pays septentrionaux, comme l'Angleterre, la Belgique, la lollande, la Scandinavie.
Les accidents produits par les vipères européennes sont encore assez réquents : Viaud-Grand-Marais(*), en 1875, a pu recueillir des rensei- [nements sur 370 personnes mordues dans l'ouest de la France ; il y eut 18 morts. Les morsures sont beaucoup plus graves sur la rive gauche de a Loire, où prédomine la Vipera a^pis, que sur la rive droite où l'on ne encontre guère que le Pelias berus.
Pour l'Allemagne, nous trouvons des statistiques assez différentes :
(*) Vuud-Gbaïd-Marais. Études médicales sur les serpents de la Vendée et de la Loire-Infc* icure. Nantes, i 867-1 K(>9. — Art. Sbrpeiits. DUL enqfclop, deê êcienceê méd,^ 3* sériei . IX, p. 387. Paris, 1881.
Lenz relève 15 morts sur 60 cas, ce qui fait une proportion de 25 pour 100: Bollinger rapporte qu'il y eut 59 décès sur 610 morsures, soit lU 10 pour 100. Enfin Blum, qui a réuni 600 cas de 1878 à 1888, n a enre* gistré que 17 morts, ce qui réduit la proportion à 2,8 pour 100.
Pour la Suisse, Kaufmann(*) a relevé, de 1824 à 1891, 59 morsures par l'aspic et par la péliade; il n'y eut que 8 décès, tous consécotib à la piqûre de l'aspic; dans 4 cas, il s'agissait d'enfants ayant moins de dix ans.
Ces statistiques démontrent que les vipères de nos pays peuvent (foi' quefois produire chez l'homme des accidents mortels; le plus soufcnt, pourtant, la guérison a été obtenue, au moins chez l'adulte, la gravité dei morsures étant évidemment en proportion inverse du développemenl corporel.
L'influence de la taille sur la résistance au venin ressort nettement de ce qui survient chez les animaux : le cheval résiste presque toujoun, le mouton souvent, le chat quelquefois; le pigeon succombe en huit oudii minutes, le moineau en cinq.
D'un autre côté, il faut tenir grand compte de l'état où se trouve l'animal qui fait la piqûre; les accidents sont plus terribles pendant h saison chaude que pendant l'hiver, au printemps qu'à Tautomne; ce dernier résultat doit être attribué à l'hibernation, le jeûne augmentant h toxicité du venin (Calmette) ; malades ou vieilles, les vipères produisent un venin peu actif.
C'est dans les pays tropicaux que les serpents sont redoutables et eIe^ cent de véritables ravages. Aux Indes où l'on en compte 1 4 espèces (Jerdon), on a vu périr, chaque année, de 1880 à 1887, 19 800 personnes et 2100 pièces de bétail; en 1889 la mortalité a été de 22 480 hommes et 3795 animaux. D'après Fayrer, le Naja tripudians (cobra), le Daboia Russelli, VEchis carinata sont les 3 espèces les plus dangereuses. In chien mordu par un cobra meurt en cinquante minutes, une poule eo dix minutes. Même transportés dans nos climats, ces reptiles restent fort venimeux; un gardien de la ménagerie de Londres, piqué par l'un d'eux, succomba en une heure et demie. Les échis ne sont pas moins redoutables; le père Desaint a vu mourir en une demi-heure un enfant mordu par un de ces reptiles; Nicholson rapporte qu'un homme périt en vingtquatre heures, malgré l'amputation du doigt piqué.
Parmi les serpents de l'Amérique, ce sont les crotales qui tiennent b première place, puis les Bothrops et surtout le B. lanceolahis, bien connu sous le nom de fer de lance ou vipère jaune de la Martinique; il ^it dans les plantations de cannes à sucre et tue, par an, 50 personnes environ, sur une population de 150000 (Rufz). Dans Tintérieur du Piara* les bothrops et les crotales font périr chaque année 1 nègre par habitation composée de 100 à 200 personnes (Lemos).
(*) Kaufmann, 59 Fille Ton Giflachlangcnbusen. CorreipimdmU'BlaU flr êekweùtr Âink^ p. 089. 1892.
LE VENIN DES SERPENTS. 74i
Le Lachesis mutus est le plus long des serpents venimeux ; il atteint isqu'à 3 mètres, sa morsure fait périr les bovidés en deux heures.
Tous les êtres vivants ne sont pas également sensibles au venin des îptiles; les végétaux n'en subissent aucune atteinte. Les oiseaux, au mtraire, présentent une très grande susceptibilité. La résistance des uimmileres est généralement proportionnelle à la taille ; il existe pourtant srtaines immunités assez curieuses ; c'est ainsi que le porc et le hérisson «t réfractaires à la piqûre de la vipère; un petit carnassier des pays lauds, le mangouste, fait la chasse aux serpents venimeux et supporte irfaitement leurs morsures ; à la Guadeloupe, où les mangoustes pullusnt, il n'existe pas de serpents venimeux (Calmette).
Les animaux à température variable sont souvent fort résistants. Les renouilles, les crapauds, les tortues, les poissons, les orvets et, parmi » invertébrés, les limaces, les escargots et les sangsues, ne sont que iificilement emj^oisonnés. Il existe quelques exceptions à cette règle; insi les lézards sont tués par les piqûres des ophidiens. Enfin si la greouille y est réfractaire, il suffit d'élever sa température pour abolir son nmunité.
Si la sécrétion des serpents terrestres est sans action sur les poissons,
n'en est plus de même des serpents marins; les Hydrophides, qui ivent dans les mers tropicales, particulièrement dans l'océan Indien et rès de l'archipel de la Sonde, produisent un venin qui tue les poissons [1 dix minutes et les tortues en moins d'une demi-heure ; ce résultat ne oil pas nous surprendre ; c'est un nouvel exemple d'adaptation chez ces spliles aquatiques. L'homme n'est pas à l'abri de leurs morsures; un larin, piqué par un platura, succomba en quatre heures.
Une des immunités les plus intéressantes est celle que possèdent les phidiens eux-mêmes. Fontana avait déjà remarqué que c le venin de la ipère n'en était pas pour son espèce j», et il ajoutait très judicieusement :
peut-être n'y a-t-il sur la terre aucun animal dont le venin puisse nuire ceux de son espèce ».
Les travaux modernes ont confirmé cette assertion : Weir-Mitchell a «connu que 10 gouttes du venin d'un crotale ne produisent aucun effet ir un autre sujet de même espèce; M. Kaufmann a pu injecter à une ipère une dose de venin capable de tuer 4 cobayes, sans amener aucune lanitestation morbide. 11 semble même que les serpents inoffensifs sont l'abri des piqûres venimeuses; MM. Phisalix et Bertrand ont constaté en fet que la couleuvre est insensible au poison de la vipère.
La toxicité du venin varie suivant le point par lequel on l'introduit; !S piqûres pratiquées dans les régions vascularisées, surtout dans celles uî sont riches en vaisseaux lymphatiques, sont particulièrement dange- »uses : celles qui sont produites sur les oreilles , le péricrâne ou la cornée, mi généralement moins graves. M. Kaufmann a montré qu'un cobaye suc- )mbe si on le fait piquer sur le nez ou la face interne des cuisses; il îsiste si la blessure a été pratiquée sur les parties bfl
Le tissu cellulaire, les séreuses, la muqueuse des bronches représentent d'excellentes voies d'absorption; il n'en est pas de même de h surface cutanée et de la muqueuse digestive; on admet généralement que Ton peut pratiquer la succion d'une plaie envenimée ou avaler impunémeol du venin. M. Yiaud-Grand-Bfarais l'a fait sans inconvénient, même en étant atteint de gingivite. Nous ne conseillons pas de répéter l'expérience; ooi vu des oiseaux granivores empoisonnés à la suite de l'ingestion du vomi, ce qui tient aux érosions gastriques produites par les cailloux quib avalent en mangeant. Remarquons encore que si la succion d'une plaie ne présente aucun danger dans nos pays, il n'en est pas toujours ainsi dam les contrées tropicales : dans l'Inde, cette manœuvre a pu déterminer des accidents (Fayrer), surtout quand elle a été pratiquée à jeun; car pendant la digestion le poison est détruit par le suc gastrique (Weir Miichell).
Ces réserves faites, il faut reconnaître que la muqueuse digestive n'absorbe que difficilement le venin des serpents, ce qui justifie l'ancien adage de Celse : Venenum serpentis non gustu^ sed vulnere noeet. On comprend ainsi comment certains animaux peuvent manger des vipères : c'est le cas du sanglier et du héron. Galien rapporte qu'un homme goérit après avoir bu du venin de vipère que sa servante avait mélangé à do tîd.
Les glandes à venin, au nombre de deux, sont situées sur les càUs de la tête, en arrière et au-dessous du globe de l'œil, au-dessus du maxillaire supérieur et de l'os transverse, en avant du muscle temporal antérieor; elles sont en rapport avec la base du muscle ptérygoïdien externe, de telle sorte qu'elles sont fortement comprimées quand les masticateurs se contractent. Constituées par plusieurs lobes et disposées en grappes, elles acquièrent parfois un volume énorme ; chez le callophis, par exemple, elles atteignent la cavité abdominale. Chaque glande donne naissance à un conduit excréteur qui se porte horizontalement en avant, et, après avoir présenté une petite ampoule, s'ouvre au niveau du crochet. Nous avons déjà montré, à propos de la classification des serpents, que la situation de ces crochets, la présence à leur niveau d'un canal ou d'un sillon, constituent des caractères taxonimiqucs importants.
Caractères chimiques et action toxique du venin des serpend» — Le venin des serpents est un liquide épais, huileux, jaunâtre, ressemblant à une solution de gomme arabique; il est incolore et d'une saveur amère ou un peu acre; desséché, il offre l'aspect de petites écailles, conune lorsqu'on a étalé une mince couche de vernis. Sa densité varie de 1030 à 1045 et atteint 1058 chez le cobra; sa réaction est légèrement acide.
La quantité de venin que peut sécréter une des glandes est asseï variable; les vipères d'Europe émettent de 0*',05 (Fontana) à 0*',07 et 0«M0. Le crotale produit 1 •^%5 (Weir Mitchell) et le naja 1«',20 (Nicholson). D'après Richards, un cobra, par une seule morsure, verse de quoi tuer 2 à 3 vaches, 3 à 5 hommes, 8 à 12 chiens, 180 à 200 poules; ces chiffres paraissent admissibles quand on songe que, pour tuer 1 kilogranune de lapin, il suffit de 0'°S08 (Gautier) à 0°'',95 de venin du cobra (Calmelte)*
LE VEMN [lES SERI'ENTS.
rt« M. Calmetle. le venin de VHtjploceplinlus cvrlîs (Australie
ail à dose de 0**,29, celui du Pseiidechis porphyriacus à dose de
*,25, celui du Peliasberun n dose de 4 milligrammes; enfin M. Gautier
ne pour équivalent toiiquc du venin de la vipère commune 2°",1-
L'étude chimique du venin des serpents a été entreprise pnr L. Bona-
' ; vn traitant le venin de la vipère par de l'alcool, cet auteur obtint
ksnbglance active sous Torme d'un précipité qu'il désigna sous le nom de
'^* ~ [1 échidnine, mais qu'il eut le tort de rapprocher des alcaloïdes.
Weir Mitchell et Reichert ont étudié 200 serpents vivants, appartenant
npour la plupart au genre crotale (Ci'ofa/ws atlamanteiis): ils ont employé
isi le Tûxicophis piscivorus et V Agkistrodon canlortix: enfin ils se
Tionl procuré du venin desséché de cobra.
Us ont démontré tout d'ahord que les particules solides que contient le
tl*oin, les microbes qu'il renferme souvent, ne jouent aucun rôle patlio-
■ Li matière active est une substance soluble, qui. comme l'avait dit
Hlaparte. précipite par l'alcool ; le précipité ainsi obtenu renferme plu-
^teurs alhuminoïdes. W. Mitchell et Reichert en distinguent trois : une
..--, nalogue à la serine, et qui est inofTensive; une paraglobuline,
P^*terminant des nianifestations locales, des infiltrations et des œdénies
n'ois énormes; enfin une peplone ou plutôt une albumose qui aurait le
"itle pouvoir de produire des lésions locales et d'engendrer des phéno-
s généraux rapidement mortels, Hus tard, W. Mitchell reprit la question et trouva, chez d'autres E**|>éces, des substances actives analogues xi celles qu'il avait étndiées avec *ithert; d'après leur origine, il les désigna sous les noms de crotaline, •gioe, élaphine.
Kk côté de ces principes, le venin renferme du mucus, des matières ««es, une substance soluble dans l'alcool et rentrant dans le groupe s alcaloïdes, une matière colorante, des sels analogues à ceux de la ^^ live; contrairement à la salive des mammifères, il ne contient pas de ''ilfocpnui'e de potassium, mais possède un ferment qui se rapproche "ïi ferment pancréatique (de Lacerda), c'est-à-dire qui digi'nî les muscles , *t cmulsionne les graisses.
H. lîaulier a étudié spécialement les alcaloïdes du venin du Naja trii^idiaus. il en a isolé deux : l'un qui agit sur la sécrétion urinaire et ^^^nxluit de la dyspnée; l'autre qui possède un pouvoir narcotique. Malgré l«ar intérêt, ceâ corps n'ont qu'une importance secondaire; il en est de ^Ame des carbylamines que Caimels a obtenus et qu'il considère comme flaa toxiques que l'acide cj-anhydrique. Les résultats de Calmels, contredits d'ailleurs par Coppola, ne s'appliquent pas non plus au vrai principe du venin; celui-ci, en effet, est de nature albuminoïde; sur ce point. toill le monde est d'accord ; mais c'est quand on veut préciser ses caraciJjes exacts, qu'on se heurte <i de grosses diflicultés et qu'on arrive à des fésaltats quelque peu contradirtoires.
C'est ainsi que Wollenden reiette l'action des alcaloïdes et d'une
744 LES INTOXiaTlONS.
substance particulière décrite par Winther Blyth sous le nom dVide cobrique. D'après lui, le venin du cobra (Naja tripudians) renfermenît une globuline produisant la paralysie de l'appareil respiratoire, one acidalbumine, dialysant partiellement et qui agirait sur la respiratioii, une serine, très toxique, amenant une paralysie ascendante, ôifin des traces d'hémialbumose et des peptones; les résultats ont été analogues avec la yipère indienne (Daboia Russellii).
Dans un travail récent, Kanthack(*) arrive à conclure que la substance active du venin est une albumose, analogue à celle que sécrètent diferseï bactéries : elle précipite par l'alcool et se redissout dans l'eau; on peol la préparer au moyen du sulfate d'ammoniaque et de la dialyse; une Âullition prolongée diminue son action et finit par l'annihiler. La globuline de W.Mitchell et Reichert proviendrait d'une décomposition del'albiuDMe.
Le venin desséché conserve longtemps son pouvoir toxique: il en eil de même quand on le mélange à la glycérine.
L'ébullition agit différemment, suivant l'origine du venin : celui du crotale diamanté est détruit à 80 degrés; celui du crotalus durissus nest guère altéré à 100 degrés; pour le cobra, M. Calmette a rendu le venin inofTensif en le chauffant à 98 degrés, tandis qu'un échantillon étudié pir M. Gautier a supporté, sans être atténué, des températures de 120 à 125 <k* grés pendant plusieurs heures. Même variété avec la vipère de France; l'échantillon de MM. Phisalix et Bertrand perdait son action à 80 degrés, tandis que celui de M. Calmette n'était pas modifié à cette tempénture et continuait à tuer le cobaye de 500 grammes à dose de O^ylS.
Différentes substances chimiques peuvent annihiler l'action du v^ ou supprimer ses effets locaux; ce dernier résultat est obtenu par l'id* jonction du tannin ou de l'iode (W. Mitchell). Au contraire, l'action nodre est complètement supprimée par le permanganate de potasse (de Lacerda, Calmette), par la soude ou la potasse (Gautier). La question a été reprise par M. Calmette qui a reconnu que l'acide chromique, le chlorure d'or, rhypochlorite de calcium et les hypochlorites alcalins détruisent la toxicité du venin; les acides, le bichlorure de mercure, le nitrate d'argent, Teau iodée, le chlorure de platine, le trichlorure d'iode sont sans action.
En résumé, le venin des serpents semble contenir plusieurs substances; la plus importante appartient au groupe des albumoses et se trouve onie à des alcaloïdes dont le rôle semble secondaire.
Le venin des serpents, avons-nous dit, produit des manifestations locales et des troubles généraux.
Les manifestations locales sont très variables : les vipérides déter minent des œdèmes parfois fort étendus, qui peuvent, par leur siège, compromettre la vie ; Rainard rapporte qu'un cheval, mordu à l'encolure par une vipère, présenta un œdème énorme qui entraîna la mort par asphyxie. La piqûre du crotale amène aussi des altérations au point
('} Kakthaci, The nature of cobra poisoa. The Jmtmal of phtfâioiogie, 1892, p. I7S,