U MALADIE ET L'AFFECTION
bon est la manifestation d'une maladie; ainsi Tinsuffisance mitraleest une affection, manifestation de la maladie rhumatisme; Tadcnite est une affection, manifestation de la maladie tuberculose.
Bouchut entend, par affection, une souffrance yague, indéterminée, une ▼iciation générale de Téconomie. La scrofule est une affection, l'adénite est une maladie.
Enfin Raynaud pense qu'il faut laisser au mot c affection » son sens traditionnel, tel qu'il a été formulé par Galien, tel qu'il a été conservé par l'École de Montpellier : c'est la modification intime de l'organisme en présence de la cause qui préside au développement des maladies. L'affection est le dernier terme auquel puisse parvenir notre intelligence et dont nous ne pouvons pénétrer l'essence.
Quoi qu'en dise Raynaud, ce dernier sens est loin de correspondre à celui qu'avaient adopté les anciens. Galien, dont on invoque l'autorité, a employé tout autrement ces expressions, c Si l'on se conforme à la diction des Grecs, dit-il, on dira plutôt des parties où il existe des mouvements contre nature qu'elles sont affectées; tandis que pour les parties qui ont des diathèses (états permanents) contre nature, on dira qu'elles sont malades.... La tête est affectée quand elle éprouve une affection sympathique de l'estomac, elle est malade quand elle éprouve une affection idiopathique(^). »
Oii voit, d'après cette citation, que Bazin s'est parfaitement conformé à l'usage traditionnel. Aussi beaucoup de médecins ont-ils adopté la même façon de parler, et M. Hallopeau a donné deiix définitions qui nous semblent parfaitement acceptables : c Les affections représentent les troubles de la santé considérés dans leurs rapports avec les processus morbides ; les maladies sont des troubles de la santé considérés dans t ensemble de leur évolution, et par conséquent dans leur rapport avec la cause qui domine cette évolution(*). » C'est donc la cause initiale qui fait Tunité de la maladie.
Aux exemples que nous avons déjà donnés, nous pouvons en ajouter quelques autres, qui fixeront mieux les idées. La pneumonie, par exemple, est une affection du poumon et une maladie microbienne; la gale est une aiï((*ction de la peau et une maladie parasitaire. Ce système de nomenclature serait fort simple si l'on pouvait chaque fois remonter à la cause initiale : mais il n*en est pas ainsi : nous ne décelons pas toujours l'origine d'une néphrite ou d'une cirrhose; nous savons que les affections du rein, du foie, comme toutes les affections viscérales, sont des déterminations ou des suites de maladies ; mais souvent nous ne pouvons retrouver cette maladie première. Il en résulte qu'on se contente trop facilement d'étudier les manifestations actuelles : on observe un homme atteint de congestion pulmonaire ou d albuminurie; on reconnaît que les accidents sont sous la dépendance d'une insufiisance mitrale ; on s'imagine alors posséder tous les élé-
[*t Gauc^. Des lieux aiïeciés, livre I*% chap. iv (trad. Daremhergr), t. II, p. 485. Paris, 1850. (*>HuioriAV, Traité élémentaire de pathologie générale, p. 2, 4*édit.,Paris, 1803.
ments du problème clinique el ron considère comme peu important de remonter à la cause initiale de la série morbide, à la maladie qui a déterminé cette affection cardiaque. Au point de vue pratique, il est souvent indifférent de connaître la cause, et c'est pour cela qu'on peut, sans grand inconvénient, négliger la distinction que nous admettons entre Taffection et la maladie; mais le nosographe ne doit pas se faire le propagateur de pareilles confusions; il faut qu'il donne à chaque terme un sens précis et spécial.
Les diathèses. — L'affection, telle qu'elle avait été comprise par les maîtres de l'École de Montpellier, Barthez, Bérard, Dumas, Lordat, Jaumes, correspond à peu près à ce que nous désignons aujourd'hui sous le nom de diathèse.
La diathèse doit être définie c un trouble permanent des mutations nutritives qui prépare, provoque et entretient des maladies différentes comme formes symptomatiques, comme siège anatomique, comme processus pathogénique('). » La diathèse est un tempérament morbide, et le tempérament est la caractéristique dynamique de l'organisme ; c'est tout ce qui concerne les variations individuelles des activités nutritives (Bouchard).
On peut évidemment multiplier à l'envi le nombre des types cliniques relevant des variations nutritives; deux seulement méritent d'être conservés : la scrofule et l'arthritisme.
L'arthritisme, qui a été si bien étudié dans ces dernières années, correspond à un ralentissement de la nutrition ; cette bradytrophie, suivant l'expression de M. Landouzy, explique les diverses manifestations symptomatiques, lithiase, goutte, obésité, diabète, qui s'observent simultanément ou successivement chez un même individu ou dans une même famille; c'est le lien qui réunit ces troubles en apparence si disparates. La diathèse correspond donc à une réalité clinique ; depuis les travaux de M. Bouchard, on sait qu'elle répond à une réalité scientifique.