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RÉACTIONS PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES

qui ne donnent lieu à aucune manifestation appréciable, correspondent à Tincubation; puis survient une réaction qui se traduit par le frisson, la fiè?re, la congestion du poumon, la formation d'un exsudât fibrineux. La maladie se trouve dès lors constituée; elle nous apparaît comme une réaction heureuse : la lésion qui la caractérise a pour effet de localiser le microbe et d'empêcher sa diffusion dans l'organisme ; les changements dans le chimisme des humeurs, liés au trouble nutritif que produisent les toxines microbiennes, aboutissent à la formation d'antitoxines qui combattent le développement de l'agent pathogène ou neutralisent les poisons qu'il sécrète ; mais en même temps l'hépatisation peut créer un danger, en diminuant le champ de l'hématose ou eu suscitant des congestions trop étendues, et les modifications nutritives imposées à l'organisme par les poisons microbiens peuvent devenir te point de départ d'affections viscérales, immédiates ou tardives. Le processus peut donc compromettre ou troubler la vie, mais il était utile.

Il en est de même pour la fièvre, on pourrait dire pour toutes les manifestations morbides. La fièvre ne représente pas non plus une réaction anomale; ce n'est pas de la chaleur extra-naturelle, c'est l'exagération d un processus habituel. Son influence est parfois salutaire : mais sa trop grande intensité crée un danger pour l'organisme, et la thérapeutique confirme cette notion théorique, en nous faisant voir les bons effets des méthodes réfrigérantes.

Les réactions morbides sont donc analogues aux réactions normales, elles obéissent toujours aux mêmes lois ; seulement elles paraissent différentes, parce qu'elles sont suscitées par des causes nouvelles ou qu'elles se passent dans des milieux altérés; en tout cas, elles sont aveugles, non disciplinées, et peuvent devenir la source de nouveaux dangers.

Ainsi la santé est la réaction de la matière bien morphologiée, vivant dans des milieux invariables, répondant à des excitations exactement contre-balancées; la maladie est la réaction de la matière, altérée dans sa forme, vivant dans des milieux adultérés, subissant l'influence de causes externes non contre-balancées. Autrement dit, la santé est la réaction organique dans des conditions fixes et préétablies; la maladie est représentée par des réactions de même nature, mais se produisant dans des conditions variables et nouvelles. Puisque les causes varient, les réactions peuvent rester immuables dans leur essence, tout en étant dissemblables dans leurs manifestations.

On ne doit donc pas opposer la physiologie pathologique à la physiologie normale; on doit simplement considérer la première comme une conséquence de la seconde.

La variabilité et l'instabilité des causes externes suscitent constamment des réactions organiques s'éloignant de la régularité parfaite qui constitue l'état de santé. Les troubles qui en résultent peuvent être trop légers pour mériter le nom de maladie: on leur a|)plique alors le nom d'indisposition. L'indisposition fait une transition toute naturelle entre la

santé et la maladie; nulle part, dans la nature, nous ne trouvons d'états différents qui ne soient reliés par une série intermédiaire. Entre la santé et la maladie se place une foule de troubles mal définis qui les rapprochent et les fusionnent. On peut même dire que la santé parfaite n'existe pas. Il n'y a pas d'absolu dans ce monde ; nous savons que les conceptions abstraites du bien et du beau ne répondent à rien de réel, et qu'il faut nous contenter d'un bien relatif. Ce qui est vrai en métaphysique est également vrai en médecine; nous concevons un être dont les milieux organiques ont une constitution invariable et chez lequel les forces externes sont complètement contre-balancées : nous concevons la santé parfaite; mais il nous est facile de comprendre qu'elle ne peut exister et que notre santé est toujours dans un état d'équilibre plus ou moins instable. Les réactions morbides ont pour effet de ramener la matière vivante vers cet état relativement bon et, en tout cas, compatible avec les manifestations de la vie.

Si la cause pathogène n'a eu qu'une action passagère, la matière pourra reprendre son état primitif; mais elle ne le fera pas d'emblée. De même, en mécanique, un système instable ne revient à l'équilibre qu'après une série d'oscillations.

On peut donc considérer la maladie comme l'ensemble des réactions provoquées dans un système organique par un agent externe qui tend à en modifier l'équilibre instable et dont l'action n'est pas aussitôt contre-balancée.

Néanmoins il semble exagéré de n'envisager que les phénomènes réactionnels; il faut tenir compte aussi des désordres produits par la cause. On arrive ainsi à une conception complète; c'est celle que nous trouvons formulée par M. Bouchard.

Définition de la maladie. — c La maladie est l'ensemble des actes et des lésions provoqués par l'application de la cause et des perturbations fonctionnelles ou organiques engendrées par les premiers désordres. La maladie est donc la manière d'être et d'agir de l'organisme à l'occasion de l'application de la cause morbifiquc. De ces deux termes : être et agir, l'un est contingent, l'autre nécessaire. Je puis concevoir une maladie sans lésions anatomiques, je n'imagine pas une maladie sans trouble fonctionnel ; je ne consentirai pas à appeler maladie une altération d'organe, une cicatrice, par exemple, qui ne s'accompagnerait d'aucun trouble dynamique ; je ne me représente même pas une altération de structure qui n'ait pour condition préalable une perturbation fonctionnelle. La maladie est donc V ensemble des actes fonctionnels et secondairement des lésions anatomiques qui se produisent dans Vëconomie, subissant à la fois les causes morbifiques et réagissant contre elles » (*).

Maladie, affection, diathèse. — L'évolution naturelle des maladies est de ramener l'organisme vers l'équilibre primitif, c'est-à-dire vers

(1) Bouchard, Introduction aux Élcmcnts de thérapeutique de Nothnagel et Rowbtch, p. xx. Paris, 1880. — Thérapeutique des maladies infectieuses, p. 2. Paris, 1880

U MALADIE ET L'AFFECTION. i7

Ictnt normal. Mais, quand la cause pathogène continue à agir, la santé ne peut se rétablir que s^il se produit un équilibre nouveau ; il faut une adaptation et, par conséquent, une modification profonde du système primitif, et le nouveau mode d'existence ne paraîtra normal que si la force morbide continue à agir. Qu'à un moment donné son action cesse, letre ainsi modifié, replacé dans les conditions premières, perdra de nouveau l'équilibre; il y aura rupture de la nouvelle concordance, et la suppression de la cause morbide ramènera une maladie. Ce résultat, que la théorie nous fait admettre, se trouve fréquemment réalisé en clinique : Un homme fait des excès de boisson : au début Talcool détermine divers tnnibles, l'ivresse par exemple; peu à peu, l'équilibre se rétablit et rusapjc quotidien du toxique est parfaitement supporté; qu'on vienne alors à supprimer brusquement l'agent morbifique, aussitôt le nouvel équilibre est rompu, il se déclare des accidents de delirium tremens que l'alcool peut conjurer.

U e<l bien certain que les changements vitaux survenus sous l'influence d*une cause morbifique persistante ne sont pas, en général, favorables à lorganisme atteint. L'adaptation aux conditions nouvelles est une concordance de nécessité, aboutissant à la production de troubles fonctionnels ou de lésions anatomiques qui pourront survivre à la cause morbide et devenir le point de départ de nouveaux accidents.

Supposons par exemple un homme atteint d'une infection. La présence des toxines microbiennes dans l'intérieur de son organisme suscitera diverses réactions anomales, notamment des modifications nutritives ; il pourra en résulter des lésions anatomiques qui continueront à évoluer après la suppression de la cause. Ce sera, par exemple, une altération valvulaire, une néphrite ou une cirrhose. Or ces lésions pourront rester litontes pendant un temps plus ou moins long et se traduire, après plusieurs années, par de l'asyslolic, de l'angine de poitrine, de Talbuminuri , de l'ictère ou de l'ascite. Ailleurs on verra survenir des modifications de la nutrition cellulaire; ainsi se constituent les diathèses, qui souvent sont d^s suites de maladies infectieuses ou toxiques et qui, une fois développées accidentellement, peuvent se transmettre par hérédité.

Dans les cas de lésion valvulaire, de néphrite ou de cirrhose, devonsnous dire qu'il s'agit de maladies?On peut objecter que l'altération valvulaire, par exemple, si elle ne donne aucune réaction apparente, ne constilu'» qu'une lésion; elle ne représente une maladie que si elle provoque de la toux, de la dyspnée, de l'angoisse précordiale, c'est-îi-dire si elle Misrite des troubles morbides. On arrive ainsi à cette conclusion bizarre que la cardiopathie, suivant des circonstances d'une importance seconiiire, méritera ou ne méritera pas le nom de maladie.

Cette confusion disparaît si l'on lient compte de l'élément primordial, du primum movens de toute la série morbide, de la cause efficiente.

Ainsi, dans Texemplc cité ci-dessus, supposons que la cause ait été une infiHrtion, la fièvre typhoïde, par exemple : le microbe, par ses toxines,

PATVOLOCIB cé^llînALE. — I. ^

suscite une série de réactions qui se traduisent d'abord par une évolution aiguë; c'est la dothiénentérie ; puis survient une guérison apparente. En réalité, la nutrition modifiée sur certains points se fait sur une nouvelle base; il n'y a, sans doute, aucun trouble appréciable; mais l'évolution morbide n'en continue pas moins, et si, après des années, on trouve une cardiopathie, celle-ci ne représente qu'une suite lointaine de l'infection antérieure; c'est une lésion consécutive, un trouble à longue échéance. Mais, dans quelques cas, le plus souvent peut-être, on constate la lés'on valvulaire et l'on est dans l'impossibilité de remonter à sa cause. Il est ilonc important de bien distinguer les deux processus, et par conséquent de leur appliquer deux dénominations différentes. Or nous possédons justement deux termes qui n'ont pas toujours été employés dans le même sens, mais que nous pouvons conserver à la condition d'en préciser la signification : ce sont les mots maladie et affection, La maladie représentera toute l'évolution morbide, depuis son origine première jusqu'à ses dernières manifestations; Taffection désignera les lésions ou les troubles actuels et leurs conséquences, abstraction faite de leur origine. Dans l'exemple cité plus haut, nous dirons maladie infectieuse et affection cardiaque.

Si l'on adopte cette façon de parler, qui nous semble assez rationnelle, on arrivera à conclure qu'il n'y a pas de maladies d'organes; on ne devra pas dire : maladies du foie, du cœur, du système nerveux; il faudra dire : affections du foie, du cœur, du système nerveux ; car les maladies, les lésions ou les troubles fonctionnels ne sont jamais d'origine interne; il existe toujours une cause externe, qui peut nous échapper, mais que l'induction scientifique nous force d'admettre. Les troubles nutritifs héréditaires ne font pas exception h cette loi : il peut sembler au premier abord que les cellules sont nées avec une nutrition particulière qui les pousse vers un désordre morbide; on pourrait penser que, dans ce cas, la maladie est une production de l'organisme. Il n'en est rien en réalité : la nutrition vicieuse, qui caractérise la diathèse, est la résultante des influences extérieures auxquelles les parents ont été soumis. On peut donc toujours remonter, au moins théoriquement, à une cause externe ayant agi sur l'être malade, ou sur ses générateurs.

La distinction que nous avons dû établir entre la maladie et l'affection est analogue à celle que Bazin avait admise. On a vivement critiqué, sur ce point, la doctrine de l'illustre dermatologiste. Dans un article d ailleurs fort remarquable, Maurice Raynaud(') soutient que Bazin emploie ces deux mots dans un sens différent de celui qu'on leur attribue habitucllonicnt. Il en résulte, dit-il, une confusion d'autant plus grande que certains auteurs, Bouchut et Hecht, entre autres, leur imposent une signification justement inverse.

Aujourd'hui le mot «c affection » a trois sens différents :

Celui que lui donne Bazin, et qu'on trouve déjà dans Sprengel : L'affec-

(*) Maurice Ratnaud, art. Maladie, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques^ l. XXl, p. 508. Paris, 1875.

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