LES ÉQUIVALENTS TOXIQUES
po mettre facilement en évidence l'action protectrice dévolue à divers organes.
La toxicité d'une substance varie suivant le titre de la solution, le liquide qui sert à la dissoudre, la vitesse de l'injection.
Quand une substance est dissoute dans l'eau distillée, il faut tenir compte, non seulement du poison, mais de l'excipient; l'eau distillée exerce une véritable action toxique qui s'ajoute à celle de la substance étudiée. Aussi faut-il donner la préférence à un liquide inoflensif, par exemple à une solution de chlorure de sodium à 6 pour 1000.
Le titre de la solution et la vitesse de l'injection constituent deux fiicteurs encore plus importants. On trouve, à ce propos, dans le Mémoire de Feltz et Ritter, deux séries d'expériences qui sont fort instructives. Dans l'une, ces physiologistes, injectant brusquement une solution de chlorure de potassium à 10 pour 100, tuèrent constamment les chiens avec des doses de O'^jOS à 0'',04 par kilogramme. Dans l'autre, en employant une solution étendue et poussée lentement, ils virent la dose mortelle s'élever à 0^%20. Feltz et Ritter pensaient que, dans le deuxième cas, le poison avait le temps de s'éliminer en partie par la salive et surtout par les reins. Or, cette explication ne semble pas exacte : avec une solution de KCl à 10 pour 100, nous avons obtenu la mort chez le chien avec 0*^,20; il nous a sufQ de faire pénétrer le poison lentement; et, sur des chiens ayant subi la néphrotomie double, nous avons constaté que la dose mortelle n'avait pas varié, ce qui prouve qu'il ne s'agit pas d'une élimination. Introduites brusquement dans l'organisme, les substances toxiques semblent en quelque sorte le prendre au dépourvu, et provoquent probablement une série d'accidents dus à des réactions nerveuses. Il faut donc injecter les poisons avec une vitesse déterminée, et les introduire d'autant plus lentement que la solution employée est plus concentrée. Certaines substances peuvent même être toxiques ou inoffensives, suivant la vitesse de l'injection; c'est ce qui a lieu notamment pour le chlorure de sodium : dans ce cas, comme le fait remarquer M. Dastre, on ne peut envisager qu'une vitesse toxique.
En résumé, pour qu'une expérience de toxicologie soit valable, il faut qu'elle contienne des renseignements sur le poids et l'état de l'animal, sur la veine employée, sur la vitesse donnée au liquide, sur le titre de la solution.
Enfin, il est toujours bon d'introduire les liquides à la température du corps; cette précaution, qu'on peut négliger quand on veut simplement déterminer le pouvoir toxique d'un poison, est évidemment indispensable quand on veut en faire une étude complète et en rechercher l'influence sur la thermogenèse. Dans ce dernier cas, on ne devra jamais attacher les animaux, la contention ayant pour elfct d'abaisser la température dans des proportions qu'on ne peut évaluer exactement.
En tenant compte des diverses causes d'erreur que nous avons signa-
lées, on arrive à déterminer les équivalents toxiques, non d'ime 6f«i mathématique, mais avec une fixité suffisante.
C'est ce qui nous engage à publier quelques-uns des résultats obtenus dans ce sens au laboratoire de pathologie générale de la Faculté. Nousr ajouterons les chiffres donnés par M. Fcré(*) et par MM. Bouverel rt Devic(*). Les expériences de ces auteurs ont été faites dans des conditions analogues et avec une précision remarquable. Dans tous les cas, les inJK^ tions ont été pratiquées sur des lapins avec une vitesse constante: ks poisons étaient dissous dans de Teau distillée. Le tableau ci-contre indique le titre des solutions et la toxicité par kilogramme d'animal. Les expériences de MM. Bouveret et Devic sont marquées par un (B), celles <k M. Féré par un (F). Les autres appartiennent à MM. Bouchard et Taprel, sauf celles qui ont trait à Talbuminate de cuivre, à Tacétone, aux aloloïdes et à la digitaline, qui nous sont personnelles.
Aux équivalents toxiques que nous venons de rapporter, nous djoulons 1 celui de l'acide carbonique. D'après P. Bert, la toxicité de ce pi esl constante, en ce sens que le produit de la pression par la quantité de C(f contenu dans Tair possède une valeur invariable, qui est de 24 pour k» Oiseaux, de 40 pour les Mammifères. Ainsi, pour ces derniers, il faut 40 pour 100 de CO' à une pression de 1 atmosphère, 4 pour l(Mi 10 atmosphères, 2 pour 100 à 20 atmosphères, et ainsi de suite. D'aprâ ces chiffres, et d'après la quantité de CO* qui est fixée par le ssui; (130 centimètres cubes pour 100 centimètres cubes de sang) et par la muscles (50 centimètres cubes pour 100 centimètres cubes de muscla), on arrive à calculer qu'il faut 82 granunes pour tuer un homme et 60 kilogrammes.
Ce que nous avons dit des différences de résistance chez les divcfs animaux, démontre qu'on ne peut transporter les résultats expérimentai en médecine humaine. Pour tuer 1 kilogramme de chien, il faut (P.I3t de sulfate d'atropine : on serait donc conduit à conclure qu'il serait nécessaire de donner 10^%25 pour empoisonner un homme de 60 kilognmniei. De même pour la morphine, l'équivalent toxique étant de 0'',59 chah lapin, pour un homme il faudi'ait 22 grammes de cet alcaloïde. De \à résultats se passent de commentaires.
Il est impossible d'arriver à trouver un rapport quelconque entre h toxicité des poisons chez les animaux et chez Thomme. D'ailleurs, <i l« doses mortelles oscillent dans des limites assez étendues chez les ammau. les variations sont encore plus considérables chez l'homme. Pour le sulfate d'atropine, on admet que la dose de 0'%01 est dangereuse, mais on a n guérir des individus qui en avaient absorbé 0*',25 et 0*%50. Les difr rences sont encore plus grandes pour la cocaïne; H. Abadie relate ^ob9e^
('] Féb<, Note sur U toxicité comparée des bromures en injectioo intra-Tpînpnse. M- ai la Soc. de bioL, 189i, p. 771.
- Ituir\'ER£T Cl Devic, Rediorches cliniques et expérimentales sar U tétanie iToriipM p^ tnque. Revue de médecine^ 181)2.
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