LES ÉQUIVALENTS TOXIQUES
combe en 4 heures; le second est entouré d'ouate, il survit après avoir donni 24 heures; le troisième, placé dans une étuve, est déjà remis au 1)out de 7 heures.
Chez les Batraciens, l'influence de la température ambiante est encore plus marquée, et se produit souvent en sens inverse. Comme l'a montré Kulenkamp, certains poisons, tels que la morphine et le curare, agissent moins énergiquement chez la grenouille chauffée; d'autres, comme le cyanure de mercure, la muscarine, la vératrine, la nicotine, ont une action plus violente.
Ce n'est pas seulement la dose mortelle qui est modifiée dans ces conditions; les manilestations symptomatiques deviennent en même temps différentes.
Ainsi, d'après Gaglio, la digitale, qui arrête le cœur en systole chez une grenouille ordinaire, l'arrête en diastole chez une grenouille chauffée. Des variations analogues s'observent suivant qu'on opère en été ou en hiver. S. Ringer a montré que l'atropine ralentit seulement le cœur en hiver, tandis qu'en été elle l'affaiblit en même temps; cette substance, qui rend le cœur insensible à certains alcaloïdes, comme la pilocarpine, Taconitine, la quinine et la muscarine, ne possède cette action que pendant l'été ou sur des grenouilles qui, pendant l'hiver, ont été maintenues dans une pièce chauffée. Sans cette précaution, l'atropine agit spergiquement avec les alcaloïdes qu'elle doit combattre et hâte l'arrêt définitif du cœur.
Ces exemples prouvent combien le déterminisme expérimental est difficile, même dans les questions en apparence les plus simples; ils expliquent aussi certaines contradictions survenues entre des observateurs également attentifs; ils suffisent, en tout cas, à montrer qu'il est beaucoup moins aisé qu'on ne le croit d'établir exactement la dose mortelle d'une substance.
On ne doit pas envisager seulement l'influence du poids, de la température, des modifications du cœur et de la circulation : l'état du système nerveux et de l'appareil respiratoire mérite aussi d'être pris en considération. Un animal placé en état de choc est, par cela même, peu sensible à l'action des poisons. Les cliniciens avaient déjà remarqué que, pendant le choc, les malades supportent de hautes doses de substances toxiques sans en ressentir aucun eïfet; il n'y a que dans les cas légers, dit Jordan, que l'alcool grise ou que l'opium fait dormir. En opérant sur des grenouilles plongées en état de choc, soit au moyen d'un coup porté sur la tête, soit, ce qui est préférable, au moyen de la décharge d'une bouteille de Lcyde, nous avons constaté que la strychnine et la vératrine ne produisent aucun phénomène apparent; l'action de ces alcaloïdes ne commence à se faire sentir que lorsque les animaux sortent de leur torpeur(*). Ce résultat ne tient pas à l'épuisement de la moelle, puisque le muscle n'éprouve plus
(*) Roan, NouTelles recherchet sur le choc ncrreux. Arch. de phynol.^ 1804, p. 7S3.
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l'influence de la Tératrine; la circulation continuant» TàbsorptioD « faisant d'une façon assez régulière, nous avons supposé qu'il s'agisail d'un arrêt de la nutrition ; pendant le choc les tissus cessent de former d d'exhaler leur quantité normale diacide carbonique; ils perdent enmfmr temps la propriété de se laisser pénétrer par les poisons circulant daib le sang.
Les troubles dé la circulatibn ne modifient pas moins ractkm it certains toxiques. Pour ceux qui tuent par arrêt de la respiration, d même pour quelques substances qui arrêtent primitivenient le cœnr, 3 suffit de pratiquer rinsufOation artificielle; on prolonge alors la fie de l'animal et l'on peut déjpasser impunément les doses qui d'habitude sont mortelles.
Nous venons d'étudier, parmi les causes qui modifient l'équiTslent toxique des poisons, celles qui relèvent de l'animal lui-même; il nous faut dire un mot de celles qui dépendent de l'expérimentateur et dont l'influence est bien plus facile à préciser.
La dose mortelle varie suivant la voie d'introduction du poison; même en se bornant aux injections intra-vasculaires , elle diffère suivant le vaisseau employé.
On recommande généralement de pousser l'injection dans une mot éloignée du cœur; cette précaution, qui est d'ailleurs excellente, a été inspirée par la crainte un peu exagérée d'une action sur l'endocarde. Yulpian a insisté sur ce fait; d'après lui, bien des fois l'injection intraveineuse a tué par suite d'une syncope ayant pour point de départ one excitation endocardiaque. On satisfait facilement à cette indication en le servant de la veine auriculaire chez le lapin, de la saphène ou de la Teine du jarret chez le chien(*).
L'usage d'une même veine a encore l'avantage d'éviter les variations de toxicité qu'on observe quand on emploie des vaisseaux différents. MM. Choùppe et Pinet ont montré que l'injection de la strychnine dam le bout périphérique d'une artère ne provoque d'accident qu'au bout de dix minutes. Un fait encore plus curieux a été établi par M. Maximovitdin : lorsqu'on introduit l'hydrate de chloral par le bout périphérique de la carotide, on détermine, chez l'animal en expérience, une hémi-anes^ thésie portant sur le territoire innervé par le trijumeau du côté injecté; les jours suivants, on observe au niveau de l'œil des troubles trophiquei tout à fait semblables à ceux qui suivent la section intra-crànienne de la cinquième paire.
Les poisons circulant dans le sang peuvent donc se fixer d'une b^CÊ élective sur certains tissus avec lesquels ils sont mis tout d'abord es contact. Aussi, en injectant le poison par des vaisseaux différents^ a-t-on
(*) Roon, Lt technique des injections intra-veineoses. La Frêne méd,^ 15 janT. 1SM. ci MAXillowntni, Action de l'hydrate de chloral injecté dans l'artère carotide. Bull. 4e U Soc. de bioL, 1888, p. 56i.