ACTION DES POISONS SDR LES ORGANES DES SENS
Koncs et Kertesz('), qui ont étudié avec soin ces divers phénomènes, les idtBsent de la façon suivante : le chloroforme détermine du nystagmus irartical, du strabisme convergent et enfin du strabisme divergent; Téther amciie au contraire du nystagmus latéral, puis une déviation inféro-laténle, suivie d'un retour lent vers Tétat normal ; la codéine provoque du njstagmus horizontal; Tasphyxie suscite des troubles plus complexes : c'est d'abord un nystagmus vertical, puis de Texophtalmie et, à la fin, de b rotation latérale.
En même temps que ces différents phénomènes, ou en dehors d'eux, eertains poisons, comme le chloroforme, l'ether, le chloral, la codéine, ont la propriété d'entraver la synergie qui existe entre les mouvements du coq)s et ceux des globes oculaires (Kovacs et Kertesz) ; la nicotine, la strychnine, la picrotoxine, la morphine, l'atropine, le curare, abolissent les mouvements associés des globes oculaires. Tous ces effets semblent relever d'excitations ou de paralysies des centres nerveux, exception faite pour les phénomènes produits par le curare.
Dans quelques empoisonnements on peut observer la protusion du globe oculaire, hors de l'orbite; c'est ce qu'on obtient avec la cocaïne, la strychnine; c'est ce qu'on voit aussi dans les cas d'asphyxie ou lors d'injection intra-veineuse d'urines normales ou pathologiques. Réciproquement, le globe oculaire peut être recouvert par les paupières convulsivement contractées : cet effet est très manifeste dans l'empoisonnement par la nicotine, où l'œil est caché en partie par la nictitante.
Les troubles de l'accommodation et des perceptions visuelles ne peuvent évidemment être étudiés que sur l'homme.
Certaines substances déterminent de l'achromatopsie, d'autres de l'amblyopie ou des modifications du champ visuel.
La santonine possède la singulière propriété de modifier la perception des couleurs : les objets blancs paraissent jaunes, les objets rouges deviennent oranges, les objets bleus sont verts. On a beaucoup discuté sur le mécanisme de ce phénomène ; longtemps on a admis la présence dans l'humeur aqueuse d'une matière colorante jaune, identique à celle qu'on trouve dans l'urine ; Rose pense au contraire qu'il s'agit d'un daltonisme transitoire, d'une paralysie des perceptions violettes. Le phénomène est d'ailleurs passager et, pour une dose de 0'%25, ne dure jamais plus d'un jour.
La strychnine a un effet différent; elle agrandit le champ visuel, et cet agrandissement est surtout marqué du côté de l'injection sous-cutanée. Le nitrite d'amyle, administré à haute dose, modifie aussi la perception des couleurs; il fait voir des points noirs ou jaunes, des étincelles, des figures bizarres. En regardant un point sur un mur blanc, on l'aperçoit entouré d'un cercle jaune et d'un cercle violet. Goodhart pense que ce
(^) KoTACs et RiRTEsz, Ueber die Wirkung einigcr chemischcr Stoffe auf die tasodrten Augern bewegUDgen. Arch. fur exper. Pathol. und Pkarmakologiej B. XVT. p. 81.
phénomène tient à des modifications circulatoires, car il a obsené mt contraction des artères, et une dilatation des veines ; mais Pick ni ria constaté de semblable.
L'amblyopie est surtout fréquente dans les empoisonnements chroniques, particulièrement dans Talcoolisme et le tabagisme. Sous rinDueux du tabac, on voit survenir une diminution dans l'acuité visuelle, nu perversion des couleurs, parfois de Tamblyopie monoculaire avec scotomr central ; des troubles analogues s'observent dans l'alcoolisme chrunique, mais, dans ce dernier cas, le début des accidents est brusque, b inarche rapide et les manifestations sont bilatérales.
Nous ne sommes pas bien fixés sur le mécanisme mis en œuvre par m Diverses substances toxiques. Il est difficile de dire s'il s'agit d'un trouble de la perception centrale ou d'une modification rétinienne; rexamende la rétine est rarement pratiqué dans les empoisonnements; on sait seulement que certains poisons vaso-moteurs peuvent modifier le calibre des vaisseaux qui s'y distribuent ; la morphine, par exemple, amène d^abord une anémie papillaire qui disparait pendant la narcose ; le nitrite d'amjle, au contraire, dilate les vaisseaux rétiniens, bien que ce fait ne soit pas admis par tout le monde. Enfin M. Bouchard a beaucoup insisté sur l'action vaso-dilatatrice de certaines toxines microbiennes et notammeol de la tuberculine dont il a pu suivre les effets au moyen de l'ophtalmoscope.
Une deuxième série de troubles oculaires est représentée par les altérations trophiques des différentes parties de l'œil. Parfois il s'agit d*inûammation des parties externes; de nombreuses substances instilK^es dans l'œil, provoquent de la conjonctivite folliculaire; avec le jériquity les phénomènes vont plus loin et aboutissent, comme on sait, à de la codjonctivite purulente.
Mais les troubles les plus curieux sont ceux qui sont consécutifs à l'introduction de poisons dans l'organisme; dès 1860, W. Mitchellanit reconnu que l'injection sous-cutanée de 3 grammes de sirop de sucre produisait chez la grenouille une cataracte comparable jusqu'à un cerlaio point à celle des diabétiques. Richardson fit voir qu'il suffisait de plonger des grenouilles ou des poissons dans des solutions de sucre ou de divers sels minéraux, pour provoquer des opacités cristalliniennes qui disparaissaient quand on remettait les animaux dans de Teau pure. On peut observer chez les Mammifères une opacité du cristallin en leur faisant ingérer des doses mortelles de menthol; si Ton opère sur de jeunes lapins, on verra la cataracte débuter au moment de la mort. Mais la plus curieuse de toutes les cataractes expérimentales est celle qui a été étudiée au laboratoire de M. Bouchard sur des lapins auxquels on faisait ingérer de la naphtaline.
Le cristallin n'est pas la seule partie de l'œil qui puisse présenter des troubles trophiques au cours des intoxications : MM. R. «Dubois et L. Roux ont fait voir que, chez les chiens qui ont été anesthésiés au
moyen du chlorure d'éthylène, il se produit, plusieurs heures aprè» le réveil, des opacités cornéennes qui tiennent à la présence du poison dans l'humeur aqueuse.
Rappelons enfin Tcxpérience déjà citée de M. Maximovitsch qui vit l'injection de chloral dans le bout périphérique d'une des carotides produire, de ce côté, des troubles trophiques analogues à ceux qui suivent la section intra-crânienne de la b"" paire.
On a beaucoup moins remarqué les effets que les poisons produisent du côté des autres organes sensoriels ; il faut se contenter ici de l'observation sur l'homme parce qu'il s'agit de modifications purement subjectives.
Un certain nombre de substances ont la propriété de déterminer des troubles auditifs et notamment des bourdonnements d'oreilles. Cet effet se produit, comme on sait, aussi bien sous l'influence du chloral que de la quinine. Chez les animaux empoisonnés avec cet alcaloïde, lapins, chats, chiens, on trouve parfois des ecchymoses et des hémorrhagies dans la caisse ou dans le labyrinthe (Wilh, Kirchner).
Les troubles du goût ou de l'odorat sont beaucoup moins importants et n'ont guère été signalés jusqu'ici.
Action des poisons sur la peau. — Les poisons peuvent produire un certain nombre de troubles cutanés ; quelques-uns diminuent ou suppriment la sensibilité; nous avons déjà parlé de cette anesthésie toxique qui est généralement d'origine centrale, cérébrale ou médullaire. Dans quelques cas, les poisons se déposent au niveau de la peau: c'est ce qui a lieu pour les substances métalliques, comme le plomb et surtout l'argent qui peut communiquer une coloration noirâtre aux téguments.
Les modifications les plus intéressantes sont représentées par les troubles vaso-moteurs ou trophiques. Un grand nombre de substances provoquent des érythèmes, des poussées d'urticaire ; parfois les lésions vont plus loin et simulent l'eczéma, ou bien, par suite du développement secondaire d'agents microbiens, se caractérisent par de l'acné, des furoncles, des anthrax, de la gangrène.
Les érythèmes sont très fréquents et ressemblent à la scarlatine, plus rarement à la rougeole; ils surviennent sous l'influence des toxiques les plus divers; les préparations mercurielles tiennent la première place, et semblent agir dans les cas d'applications externes, bien plutôt qu'à la suite de l'ingestion; ils peuvent être provoqués aussi par des pansements au salol, à l'acide phénique, à l'iodoforme, par le chloral, l'acide salicylique et la belladone, par l'ingestion de l'antipyrinc, des balsamiques, des bromures ou des iodures; nous en avons observé un cas chez un malade qui avait pris de la pellctiérinc contre le taenia. Il serait facile d'allonger cette liste; nous ajouterons seulement Texistence d'érythèmes liés aux auto-intoxications rénales ou gastro-intestinales ; dans ce dernier cas, les manifestations cutanées surviennent à la suite d'indiges-
lions, (le changement de régime, par exemple, au moment du seTragecbez les enfants (Sevestre), après Tingestion d'aliments avariés et de vîande$co^ rompues ; mais parfois des aliments en apparence sains provoquent des poussées érythémateuses ou ortiées ; il s'agit encore d'une intoxication qd survient chez des personnes douées d'unebaute prédisposition individneUe, et s'observe surtout sous l'influence des poissons ou des mollusques.
A la suite d'une importante communication de M. Siredey ('), b Société
médicale des hôpitaux a longuement discuté sur la fréquence et la patho-
génie de ces érythèmes toxiques, dont on peut rapprocher les érylhèmcs
infectieux, les microbes agissant par les toxines; enfin, dans ces derniers
temps, on a publié un grand nombre d'observations établissant que les
injections des sérums thérapeutiques et spécialement de celui contre la
diphtérie déterminent diverses éruptions cutanées, urticaire, érythèroe,
purpura; mais il semble que ces phénomènes sont dus au sérum Im-méme
et non à l'antitoxine qu'il renferme.
i Quelles que soient la cause et la variété de l'érythème, il faut tenir
[ compte, avant tout, des susceptibilités individuelles qui parfois sont
1 passagères : tel individu qui, à une certaine époque de la vie, a présenté
i des manifestations cutanées sous l'influence du sublimé, supporte, quel-
I ques années plus tard, les préparations hydrargyriques; d'autres personnes
; conservent leur idiosyncrasie pendant toute leur existence; chez quel-
/ ques-unes, la sensibilité est si grande que l'inhalation des vapeurs mercu-
f rielles suffît à faire apparaître un érythème (*).
j Si, le plus souvent, les érythèmes débutent aussitôt après Tusage de b
substance toxique, d'autres fois ils n'apparaissent que douze et quiiue jours après qu'on en a cessé l'emploi. Les faits de ce genre empêchent de généraliser la théorie nerveuse qui explique l'érythrodermie par une vaso-dilatation réflexe, consécutive à l'irritation produite par le poison sur la peau ou la muqueuse digestive; il semble plutôt que les effets sont dus à l'élimination du poison ; peut-être s'agitril même parfois d^une ( auto-intoxication secondaire, l'érythème étant favorisé par une altération
rénale ou par des troubles dyspeptiques (Hayem).
Les autres manifestations cutanées ne sont pas plus faciles à expliquer. ; telle est d abord l'urticaire qu'on observe dans les mêmes cas que les
érjlhèmes, mais qui est surtout fréquente à la suite des troubles gastrointestinaux, et après les piqûres de divers insectes : puces, poux, cousins, chenilles processionnaires.
y Dans quelques cas, il s'est produit du purpura qui semble lié à des alté-
rations du sang et des vaisseaux et s'observe surtout dans les empoisonnements par les balsamiques, la belladone, le phosphore, Tarsenic. le mercure ; parfois à la suite des piqûres de serpent, y compris la vipère. Ces hémorrhagies sont surtout fréquentes quand on fait usage des iodures;
(') SiREnET, Note sur un cas d'érythème scarlatiniforme desquanuitif. BuU. de la, SoeUU médir. des hôpit., 19 oct. 1804.
[*) (Ullopeac, Le mercure, action physiologique et thémpeoliqae. TAète itagrégmi. Parit, 1811
chez un mahtde guéri de purpura de quelle que cause que ce soit, il suffit de donner un peu d'iodure de potassium pour faire revenir l'éruption. Le purpura n'est pas grave par lui-même, mais il indique une altération vasculo-sanguine assez profonde qui, dans quelques cas, a pu se traduire par des hémorrhagies plus graves, notamment au niveau du cerveau ou des méninges.
Quant aux autres altérations cutanées, elles relèvent généralement d'un processus toxi-infectieux; l'acné, les furoncles qu'on observe très souvent après l'usage des bromures et des iodures, tiennent aux troubles gastrointestinaux qu'engendrent ces substances; les toxines qui se produisent ainsi, diminuent la résistance du système pilo-sébacé et permettent son envahissement par les microbes de la peau ; l'antisepsie du tube digestif suffit souvent à faire disparaître ces manifestations cutanées (Féré).
C'est aussi probablement à une infection secondaire qu'il faut attribuer les phénomènes de l'ergotisme gangreneux, la substance toxique ne faisant que préparer le terrain.
Action spéciale de quelques poisons sur le système nerveux de l'homme. — Après l'étude générale que nous avons faite de l'action exercée par les poisons sur le système nerveux, il nous faut indiquer brièvement certains phénomènes qui sont particuliers à l'espèce humaine. C'est par les propriétés si spéciales de son système nerveux que l'homme diffère des autres animaux : il est donc impossible que les réactions qui s'y passent soient identiques. Le développement des centres nerveux et l'activité de l'encéphale expliquent la fréquence, pour ne pas dire la constance, des localisations morbides à ce niveau. Qu'il s'agisse de poisons exogènes, endogènes ou microbiens, presque toujours le système nerveux est atteint et troublé.
Dans la plupart des empoisonnements, les malades se plaignent de troubles subjectifs plus ou moins intenses: ils ont de la céphalalgie, des troubles sensoriels, ils éprouvent des douleurs névralgiques qui, dans quelques cas, s'accompagnent de zona; c'est ce qu'on voit notamment dans l'intoxication oxy-carbonée.
Les manifestations cérébralesatteignentparfois une intensité plus grande ; le malade peut avoir un délire violent, de l'aphasie et, dans les cas chroniques, il peut verser dans la folie, la démence ou le gâtisme; l'alcoolisme, le saturnisme, la pell.'i|j[re doivent être (*ités en tête de cette étiologie.
Les phénomènes les plus importants sont représentés par des troubles moteurs qui revêtent généralement la forme hémiplégique; cet aspect contraste avec ce qui se passe chez les animaux où la prédominance du système médullaire sur le système cérébral explique la détermination paraplégique.
Dans ces dernières années, l'attention a été appelée sur un syndrome intéressant, caractérisé par une hémiplégie incomplète et une hémianesthésie sensitivo-sensorielle : une analyse minutieuse des phénomènes
940 LES mTOXIGATIONS.
permet de retrouver chez les malades ainsi atteints divers stigniates d'hystérie; aussi a-t-on rattaché les accidents à la grande névrose et a-t-oo proposé de les réunir sous le nom d'hystérie toxique. Cette hystérie toxique se rencontre dans les empoisonnements chroniques [lar le plomb, Talcooly le mercure, Toxyde et le sulfure de carbone, la morphine; d*aprè$ MM. Debove et Achard, elle aurait une physionomie particulière et mériterait d'être décrite à part ; ce sont des accidents spéciaux, survenant chez des sujets qui n'ont aucun antécédent héréditaire. Charcot s'est refusé à admettre cette conception; il s'agit, d'après lui, d'hystérie vraie, sans épithète spéciale, qui s'est développée à l'occasion d'une intoxication: d'ailleurs, dans la plupart des cas, l'apparition des accidents a été faTorisée par un choc moral. Il en est de même, du reste, en matière d'infection : les accidents, qu'on désigne quelquefois sous le nom dliystérie infectieuse, se présentent avec des aspects analogues et sont aussi favorisés, le plus souvent, par une cause adjuvante, une impression morale plus ou moins vive; l'intoxication et l'infection ne feraient donc qu'achever la préparation d'un terrain prédisposé.
On peut rapprocher de l'hystérie toxique, certains accidents des autointoxications : dans le diabète, on voit des hémiplégies incomplètes, mobiles, associées d'une façon bizarre à d'autres paralysies; dans Turémie, on observe aussi des hémiplégies brusques, transitoires, que Ton a rattachées successivement à l'œdème cérébral, à l'intoxication, à l'hystérie.
11 est bien certain qu'il y a une certaine exagération à considérer tous ces phénomènes comme relevant d'une même névrose; mais, non contmts de rapporter à l'hystérie les manifestations paralytiques, on lui attribue aussi diverses variétés de tremblements. 11 existe en effet des tremblements toxiques pouvant se présenter sous les aspects les plus rariés et relevant les uns d'un trouble cérébro-spinal, les autres de lésions matérielles et notamment de névrites : tout le monde connaît le tremblement des buveurs; on observe un tremblement plus intense dans le saturnisme et surtout dans l'hydrargyrisme où il peut simuler la sclérose en plaques. C'est aussi à une intoxication qu'il faut rapporter le tremblement de la maladie de Basedow, car ce trouble peut se développer à la suite de l'ingestion prolongée de corps thyroïdes.
Les intoxications jouent encore un rôle dans le développement des autres névroses; nous avons déjà montré que la tétanie relevait toujours d'une cause toxique. L'apparition de la neurasthénie est quelquefois favorisée par l'abus du café ou du tabac. Enfin un grand nombre de poisons déterminent des convulsions analogues ou identiques à l'épilepsie vraie, parfois à l'épilepsie Jacksonienne. C'est l'absinthisme qui est la cause la plus fréquente de ces manifestations qu'on peut observer encore dans les empoisonnements chroniques par le plomb, le mercure, le chloroforme, l'éther, la cocaïne, la morphine, le tabac. Les divers poisons journaliers notanunent le tabac, plus rarement l'alcool, le thé et le café déterminent
chez l'homme, des accès d'angine de poitrine. Ceux-ci sont rarement mortels, bien que M. Letulle ait observé un cas d'angine de poitrine tabagique terminé d'une façon funeste; ils n'en constituent pas moins un phénomène grave, dont la pathogénie est encore mal connue. On a voulu attribuer les accidents aux troubles gastriques concomitants; il semble plus rationnel d'admettre une action sur le système nerveux se traduisant par un spasme des coronaires.
La plupart des troubles que nous venons d'étudier ne s'accompagnant généralement d'aucune lésion notable, on ne peut faire que des hypothèses sur leur physiologie pathologique; on a invoqué parfois des modifications dans la circulation des centres nerveux : l'anémie cérébrale est provoquée par le tabac, l'ergot, les bromures, le chloroforme ; le plomb produirait, pour quelques auteurs, un spasme des vaisseaux cérébraux analogue à celui qu'il détermine au niveau du foie; le phénomène inverse, c'est-à-dire la congestion cérébrale, peut être produit par le nitrite d'amyle, ce qui n'est pas admis par tout le monde, et surtout par Talcool; c'est à la congestion cérébrale qu'on attribue la mort rapide, parfois foudroyante, qui frappe les ivrognes pendant les froids rigoureux; cette influence se fait surtout sentir dans les pays septentrionaux ; bien souvent, en Russie, on voit des hommes s'alTaisser dans la rue, au sortir d'un cabaret chaullé où ils ont bu de Tcau-dc-vic, même en quantité modérée.
Signalons enfin les lésions déterminées par les poisons au niveau du système nerveux, méningites, encéphalites, myélites, névrites, que nous étudierons à propos de l'anatomie pathologique.
Action des poisons sur le système circalatoire. — En recherchant l'action de certains poisons sur le cœur de la grenouille, Hamack arrive à la classification suivante :
1^ Poisons qui arrêtent le cœur en systole (digitale).
2** Poisons qui arrêtent le cœur en diastole, en excitant les ganglions d'arrêt (muscarine) ;
3^ Poisons qui arrêtent le cœur en diastole, en paralysant les ganglions Bxcito-moteurs (iodol) ou le myocarde (cuivre);
Poisons systoliques, — Les poisons qui arrêtent le cœur en systole sont les plus importants et les mieux étudiés; ils sont représentés par an groupe assez naturel et méritent bien le nom de poisons cardiaques pi'on leur a souvent donné. Au point de vue chimique, ils appartiennent [)resque tous à la famille des glycosides; au point de vue physiologique, ils se distinguent par leur peu d'action sur le système nerveux et les livers appareils sauf le cœur; en dehors des modifications circulatoires ju'ils provoquent, ils produisent un seul trouble, le vomissement. Presque ;ous ces poisons sont d'origine végétale; les principaux sont représentés Mir les principes de la digitale, du Strophanlus hispidusj de la scille, de .'ellébore, du Tanghinia venenifera, du Theveiia ncriifoliay de VUpas intiar, de la Convallaria maialis, etc.
949 LES mTOXIGATIONS.
La digitale, le type du genre, renferme un grand nombre de principe» actifs; la digitonine, qui agit comme lasapmine; la digitoxine, atrè- £ mement vénéneuse, qui tue le lapin à dose de S^^'^S par kilo, le diien i
f dose de l""^,? et le chat à dose de 0^,4; injectée sous la peau, elle pro-
voque de vastes phlegmons, puis détermine des vomissements tt de b diarrhée ; la digitaline et la digitaléine ne produisent pas les mêmes effet) irritants : ces trois substances agissent d'une façon identique sur le c(nr. La toxirésine et la digitalirésine sont des produits de dédrâblemeot doot les effets sont analogues à ceux de la picrotoxine. I Pour étudier Taction de ces poisons sur le cœur, on a reonm a dif-
l férentes méthodes. On peut opérer sur des animaux à sang cfaiod et
I recueillir des tracés au niveau des artères efférentes, ou mâne directe-
ment au niveau des ventricules ou des oreillettes ; on peut se senrir dc> animaux à sang froid en mettant le cœur à nu, et suivre ses modificatioos au moyen de la méthode graphique; on peut enfin opérer sur le ca^ur isolé, en s'adressant à des animaux à sang froid ou même à des aniioaux à sang chaud; on emploie alors la méthode des circulations artiGcielles et on fait passer une solution physiologique de sel marin, ou mieux uo liquide contenant 6 pour 1000 de chlorure de sodium, 2 pour lUOde gomme arabique et des globules rouges (Heffler) ; on se sert encore, daib le même but, de sérum sanguin ou de sang déCbriné. Le cœur peut être complètement isolé, ou réuni à la circulation pulmonaire (Steffeos. j[i Beyer). Enfin, il est souvent utile d'opérer sur la pointe ducœursépa-
rj rée du reste de Torgane, afin d'éviter l'influence des ganglions intra-
L cardiaques.
M Ces méthodes ont servi à étudier l'action des principes de la difntik.
(/ et ont permis de pousser fort loin l'analyse expérimentale. Jusque dan^
V ces derniers temps, on avait admis que la digitale avait une action diffé-
o rente sur les animaux à sang froid et sur les Mammifères : elle amène b
'., mort par arrêt du cœur en systole chez les premiers, en diastole chez
' ; les seconds. On soutenait aussi qu'elle agissait sur le ventricule gauche, à
W l'exclusion du ventricule droit. Les récents travaux de M. F. Franck t'
'f semblent avoir définitivement fixé la science sur ces questions et explique-
'f les contradictions apparentes.
Chez tous les animaux, la digitale ou plutôt la digitaline produit d'abonl (fig. 47) le ralentissement des battements cardiaques, leur régularisation, l'augmentation de leur force, la constriction des vaisseaux périphériques. jt l'élévation de la pression artérielle. Puis, si la dose est trop forte, survienl
|; une deuxième période (fig. 48), caractérisée par une accélé. ..lion des bal-
i> tements qui perdent généralement leur régularité. Enfin, à la troistèin«-
î| période, le cœur tachyciirdique redevient régulier et s'arrête brusquemeol
(fig. 49).
Pendant la période qu'on pourrait appeler thérapeutique, le cœur S('
V. (*) F. Framci, Analyse expcrimenUle de i'acliuo de It digiudiae. Clinique médicaU de U
i{ Charité, par Potain, etc. Pari», ISOi, p. .5iO.
ACTION DES POISONS SDR LA GIRCDUTION 943
régularise et cette régularisation se produit des deux côtés : d'aprè* M. Franck, il y a syntJironisme absolu, mais synergie relative, c'est-àdire que l'augmentation de l'énergie contractile est plus marquée pour le Tentricule gauche que.pour le ventricule droit ainsi que le montre la figure 47 empruntée, coiiiuic les deux suivantes, au récent mémoire do
If 3-f de dleiUllne; 16 puluti
M. Franck. On a eu tort de nier l'action sur le cœur droit, mais il faut reconnaître que l'eiret y est peu sensible; chaque ventricule pro|)ortionnant son eflort à la résisUince, il en résiille que la prrs-iion s'élève beaucoup moins dans l'artère pulmonaire que dans l'aorte.
En même temps qu'elle exagère les systoles, la digitale augmente U dépression diastolique, ce dcuxiemL phénomène n'étant qu'une const quence du premier.
Enlin chez la grenouille, la morl survient par arrêt du cœur en systole. D'après M. Franck, il en est de même chez les Mammifères. Seulement la tétanisation est de courte durée, et te cœur se relâche aussitôt, retombant, après une séné de trémulations, à une diastole dèSni-
live. L'arrêt se fait simultanément des deux côtés (6g. 49) ; mais le cœur droit, recevant encore du sang veineux, alors que le cœur gauche ne reçoit plus rien, continue à se contracter quelque temps.
Le travail de M. Franck tait donc disparaître les contradictions qu'on avait observées en étudiant séparément chaque ventricule ou en opérant sur des animaux d'ordre dilférent. Il n'y aurait, pour cet auteur, que des modifications secondaires ; du reste, on peut facilement obtenir l'arrêt en diastole chez la grenouille: il suffit d'opérer sur un animal chaufl'é ; son cœur se couiporte, dès lors, comme celui des Hauimifères (Gagliu).
Mais s'il y a solîdariié entre les deux ventricules, les oreillettes mlm indépendantes et réagissent d'une Tacon irrégulière; elles battent «Hon quand les ventricules sont rigides.
La digiL-iline, aj,'issant également sur b pointe du cœur, onestforn d'admettre que c'est un vrai poison musculaire; elle produit sur lennocarde les mêmes cfTets que les excitations faradiques portées diredraml sur le muscle. Toutes les substances qui diminuent rcxcilabîlilè mu.<n]-
lairc, le chloral, la cocaïne, diminuent en même temps l'action de li digitaline; ce résultat est analogue à celui qu'on obtient en soumellinl à des courants faradiques le cœur d'un animal profondémenl €hl(»ali$« : la résistance du muscle est beaucoup plus grande (Gley).
La digitaline n'est pas seulement un poison du cœur, elle agit sur 1rs vaisseaux périphériques et, provotguanl leur conlractiiin, élève ainsi b pression sanguine. Cette action est accessoire et ne suffit nullement, comme on l'a soutenu parfois, â expliquer les effets de ce médicament; l'élévation de la pression artérielle est surtout le fait d'une contraction cardiaque plus énergique.
Un grand nombre de substances se comportent comme les principes actifs de la digitale. Buchheim a proposé de les réunir en un groupe particulier, qu'il divise de la fai'on suivante :
1' Glycosides crislallîsabics : digitaline, antiarinc, helléboréine, éronymine, Ihévéline.
2° Substances cristal lisables, mais n'appartenant pas à la classe des glj< cosides : digitoxine, strophantine, apoc)7iine.
3° Glycosides non crislallisables : scilluine, adooidinc, oléandrine.
4* Glycosides amorphes : digilaléine, nérisine, apocynéîne, convalbmarine.
5' Substances diverses : nériodorine, nériodoréinc, upas.
Plusicui's des plantes qui fournissent ces produits, renferment, conum la digitale, des corps à action multiple et ikirfois opposée.
Ainsi Pelikan a établi que le Neriiim ohander (laurier-rose) api comme la digitale. Plus récemment, Scinnîedeberg y a trouvé trois substances : la nérisine, rappelant la digitaléinc, l'oléandrine, qui, à doM
ACTION DES POISONS SUR LÀ aRGUUTION. 945
ie 0*^,25, arrête le cœur de la grenouille en systole, la nériantine, gly- ^de azoté agissant comme la saponine. De même, dans VApocynum ^anabinum on trouve Tapocynine rappelant la digitaline et Tapocpéine nalogue à la digitaléine.
Parmi ces différentes substances, quelques-unes intéressent le théra- )eute, telles sont la strophantine, la convallamarine.
La strophantine agit comme la digitaline; 1/40 de milligramme arrête le cœur d'une grenouille en systole, au bout de dix minutes; les mouvements des membres persistent encore et les coeurs lymphatiques continuent à battre. Chez les Manunifères, Tarrêt du cœur se produit en diastole. L'action de ce poison est assez complexe, car il agit non seulement sur le myocarde, comme la digitale (Paschkis, Prévost), mais aussi sur le bulbe (Gley, Lapicque).
Depuis quelques années, on emploie assez souvent la convallamarine en tliérapeutique ; son injection produit les phénomènes suivants : d'abord m ralentissement des battements cardiaques avec élévation de la pression ; >uis survient une deuxième période, caractérisée par des irrégularités et les intermittences et accompagnée de vomissements ; la pression se relève i la fin, pour s'abaisser de nouveau et tomber au moment de la mort; 'arrêt du cœur se produirait en systole, d'après Bochefontaine, en diastole, l'après Reboul.
De toutes ces substances on peut rapprocher encore la caféine ; chez la sprenouille, l'injection de ce glycoside accélère légèrement les battements, puis les ralentit et les arrête en systole ; chez les Mammifères, c'est encore un arrêt en diastole qu'on observe. La globularine agit comme la caféine: l'érythrophéine (provenant du mançon) produit aussi l'arrêt du cœur en systole chez la grenouille, en diastole chez les Mammifères, après avoir déterminé une augmentation et secondairement une diminution de pression (G. Sée et Bochefontaine).
Tous ces glycosides sont peu actifs chez les Invertébrés; VUpas niUtar, comme l'a montré Vulpian, n'agit pas sur le cœur de l'escargot; la strophantine arrête le ventricule en systole, l'oreillette en diastole; mais ce poison est sans action sur le cœur des méduses (Rabuteau). Enfin, le cœur de Técrevisse est insensible à tous ces toxiques, tandis (ju'il est facilement influencé par les poisons diastoliques, comme la niuscarine.
Le règne végétal n'a pas le monopole des poisons systoliques; les venins inimaux possèdent souvent une action semblable ; celui des serpents a des effets assez variables, mais celui des Batraciens se comporte comme la la digitale; c'est du moins ce qu'on observe avec le venin du crapaud et du triton, car celui de la salamandre semble sans action sur le cœur. Rappelons à ce propos que le crapaud supporte, sans en être troublé, de hautes doses de digitaline.
Les poisons minéraux produisent rarement l'arrêt du cœur en systole; 06 résultat ne s'observe qu'avec les sels de baryum.
PATOOLOCII GÛrÙlALI. ^ I. GO
046 LES IMTOXianONS.
Poisons diastoliques. — Le type des poisons diastoliqoes est représenté par la muscarine.
Une dose minime, 0"'''',05 à 0*^,1, produit chez la grenoaille m ralentissement des contractions cardiaques; les diastoles se proloDjseol les systoles deviennent de moins en moins énergiques, et le cœur, plu gros que normalement, finit par s'arrêter en diastole. Si on Teicite ali>rï par un léger choc ou par une secousse électrique, on obtient quelque contractions énergiques, puis se produit un arrêt définitif.
L'action de la muscarine est attribuée à une excitation des appareil modérateurs ; en effet, Tatropine, qui a pour eOet de paralyser les gani^limi d*arrét et les terminaisons des vagues, empêche les effets de la muscarim et, si le cœur est arrêté, fait reparaître les mouvements: ceux-ci |iei sistent dès lors, même si Ton continue à laire passer du sang muscariniH H suffit d'injecter à une grenouille 0"«%002 à 0-«',005 de sulfate d air pine ou 0"'*'',005 de duboisine pour rendre le cœur insensible à Tactic d'arrêt de la muscarine ou des pneumogastriques.
L'atropine, qui se montre ainsi l'antagoniste de la muscarine, par lyse la dixième paire, et produit une contraction vasculaire qui élèîe pression ; les doses considérables, c'est-à-dire 400 fois supérieures à celli pi produisent ces premières manifestations (Hamack) ont des efffi inverses; elles abaissent la pression en paralysant le cœur et les ns^ moteurs. L'hyoscyamine, la duboisine agissent de même sur l'appre circulatoire.
Nous devons signaler encore l'action de diverses substances qui ont et moins complètement étudiées.
Les unes, comme la spartéine, semblent régulariser les mouvemenl cardiaques et augmenter leur amplitude; d'autres, comme la strychnim élèvent la pression vasculaire, ralentissent les mouvements et augmente! l'amplitude des diastoles.
La morphine, la quinine, la vératrine agissent aussi sur le conir. l morphine, après avoir produit une légère accélération initiale, déterniii un ralentissement secondaire; pendant la narcose morphinique, Fick a \ observer des systoles incomplètes, incapables de faire ouvrir les valvule Quand la mort survient, tous les appareils nerveux et muscubires soi paralysés et inexcitables.
L'administration de la quinine, chez un malade dont les battenk^ sont précipités, produit un ralentissement du cœur; chez un hoouiiei un Mammifère sain, la quinine à petite dose accélère les battements: dose moyenne, elle les ralentit et élève la pression ; à haute dose, el abaisse la pression, produit l'ataxie du cœur (Laborde) et finit par ameii l'arnH en diastole (Chirone).
Panni les alcaloïdes agissant sur le cœur, il faut citer encore la vêi trine qui produit des effets comparables à ceux qu'elle détermine sur I autres muscles: les systoles s'allongent et sont séparées par des intenrall de vingt et trente secondes. A une période avancée de rinloxicatioa, I
ACTION DES H)1S0N8 SLR LÀ CIRCllLATION. 947
irritations des pneumogastriques ou les excitations portées directement sur le muscle, ne produisent aucun effet notable. Ces troubles cardiaques sont surtout marqués chez la Rana temporaria, qui est moins résistante au poison que la Rana esculenta. Chez les Mammifères, les phénomènes sont moins spéciaux; il se produit d'abord une élévation delà pression et, sous Tinfluence de hautes doses, un abaissement de pression, une irrégularité et une paralysie du cœur.
La plupart des poisons diastoliques igissent en paralysant les ganglions excito-moteurs, comme l'iodol, parfois en excitant le centre modérateur (ammoniaque), ou en paralysant le muscle lui-même, comme le font la plupart des poisons métalliques.
Ce sont les sels de potasse qui ont été le plus souvent étudiés à ce point de vue. On avait pensé à un moment que l'action cardiaque n^appartenait qu'à certains sels comme le sulfocyanure ; on sait aujourd'hui que les effets sont dus à la base, car ils s'observent avec le chlorure, le nitrate, le carbonate. Chez la grenouille, on obtient d'abord un allaiblissement des ventricules qui battent deux fois plus lentement (|ue les oreillettes; l'arrêt survient en diastole. Ce qui prouve bien qu'il s'agit d'une action sur le muscle lui-même, c'est que les effets sont semblables quand on agit sur la pointe isolée (Karewski). Les expérimentateurs qui ont opéré sur des Mammifères, ont obtenu des résultats contradictoires, ce qui tient, comme l'a bien montré Micwitz, à ce que les effets diffiMent totalement suivant les doses : en injectant à un chat O^MIo de nitrate de potassium, on observe d'abord un abaissement de la pression et un ralentissement du pouls; puis la pression s'élève, le pouls s*accélère, pour se ralentir de nouveau et tomber au-dessous de la normale, au moment où la pression revient à son chiffre initial. Si, au contraire, on introduit 0*',!2 du même sel, la pression s'abaisse progressivement, ce qui tient à Faifaiblissement et à l'irrégularité des battements cardiaques, il est curieux de remarquer que ceux-ci peuvent reprendre sous l'influence de la respiration artificielle (Bœhm).
Le lithium est aussi un poison diastolique, paralysant le muscle; mais, avant l'arrêt défmitir, on peut observer des arrêts passagers, égîilement en diastole, qui sont dus à une excitation des pneumogastriques.
Parmi les autres métaux, tuant pr le cœur, nous citerons le manganèse, le molybdène, Turanium, le nickel, et surtout le cuivre, et Fantimoine. Le sulfate de magnésie agit de même chez la grenouille, mais les battements reprennent après un sinq)le lavage (Jolyet et Liffont). l/acide arsénieux ralentit, puis arrête le cœur en diastole ; ce phénomène est précoce et précède d'au moins dix minutes l'abolition des autres fonctions; de telle sorte que les grenouilles, dont la circulation est complètement arrêtée, continuent à sauter. Les eflets sont plus complexes chez les Mammifères, car l'abaissement de pression tient à la lois à la paralysie cardiaque, à la paralysie des vaisseaux abdominaux et à la congestion viscérale qui en est la conséciuence.
Enfin, il faut signaler le phosphore qui produit, chez la grenouillf l paralysie des nerfs moteurs et du myocarde (Hans Meyer) et. chez l lapin, abaisse la pression et arrête le cœur en respectant les centres Taso moteurs.
Les poisons narcotiques ont une action très marquée sur le cœur, oooii» Favait déjà constaté Cl. Bernard. Les recherches plus récentes de Robertscu Kronecker, S. Ringer, Geza, ont précisé les effets de ces substances D'après Geza, tous les narcotiques auraient la même influence au point d vue qualitatif, mais leur intensité d'action serait très variable : le chlon forme serait le plus énergique; une dilution à 1,62 pour 1000 arrêtera le cœur de la grenouille ; pour produire le même eSet il faudrait des qiuu tités 12 fois plus élevées avec le brométhyle, 48 fois avec Téther, 19*2 fo avec l'alcool.
En étudiant de plus près les phénomènes qui se passent* on voit qui varient suivant la dose employée. Ainsi une dilution d'éther au l,ii>i produit une excitation préparalytique du myocarde ; à dose de 1 ,5 pour l( les battements se ralentissent : à 2 pour 100 ils s'arrêtent; le chloroforn agit de même, mais avec plus d'intensité; l'iodoforme est encore pli énergique; du reste, chez les Mammifères, on constate, pendant lesim meil chloroformique, que les battements cardiaques sont ralentis ri pression diminuée; mais les centres peuvent encore réagir, car une eu tation périphérique amène une légère ascension de la pression. En êti diant l'action des substances antagonistes, S. Ringer (') a constaté qi l'ammoniaque est capable de ramener, pendant un certain temps, k mouvements disparus ; c'est un vrai contre-poison ; Tatropine, au contrain
i aide le chloroforme et précipite l'arrêt final.
\ Le chloral est un poison diastolique quand il est injecté à haute à(^
> à dose moyenne, il produit une vaso-dilatation énergique, et cVst peu
' être par ce mécanisme qu'il ralentit les battements, car la vagotomie (
i l'atropinisation ne modifie pas son action.
; Le cœur est bien moins influencé par l'alcool. De petites quantiti
accélèrent un peu les battements ; des quantités plus considénibles l<
1 ralentissent, et abaissent la pression par suite d'une action sur les 6U
abdominaux des vagues, et sur les appaieils nerveux du cœur. Si r(
' coupe les pneumogastriques, la pression remonte légèrement.
Action sur les vaisseaux. — En parlant des modifications du cœu nous avons dû, à plusieurs reprises, signaler des variations de la pressa
j sanguine. Celles-ci peuvent dépendre d'une action portant, soit sur
1 cœur, soit sur les centres ou les terminaisons des vaso-molaors, soit s
les muscles vasculaires.
La digitaline rentre dans le premier groupe : elle élève la pression par (|u'elle agit sur l'activité cardiaque et son effet persiste, malgré la paraly;
(^) StoHiT RimiA, ïnflnanne of «nerthawfti of Uie irogt iieart Tkê Prmciiliomer, L I et XXVll
ACTION DES POISONS SUR LÀ GIRGULATiœf. 949
Taso-motrice, que peut produire le nitrite d'amyle ou l'hydrate de chloml.
Les substances qui abaissent la pression, peuvent également agir sur le cœur ou sur les vaisseaux; dans ce dernier cas, il se produit une paralysie vaso-motrice, centrale ou périphérique, ou bien une distension énorme des vaisseaux intestinaux, liée à une paralysie des splanchniques.
Pour étudier Télat des vaso-moteurs périphériques, on peut rechercher la contractilité vasculaire en excitant les vaso-constricteurs ; c'est ce qu'on obtient au moyen de l'asphyxie, par exemple en cessant la respiration artificielle; la pression monte s'il n'y a pas de paralysie. D'autres fois on porte directement une excitation faradique sur les vaisseaux ; ailleurs on recherche les modifications d'un courant sanguin passant à travers les organes retirés du corps. Cette dernière méthode, imaginée par Biddcr en 1862, a servi aux intéressantes recherches de Héger, Thomson, Jacobi. Il résulte des travaux de M. Héger que l'écoulement du sérum à trav(H*s un organe préparé pour la circulation artificielle ne se fait pas d'une fiH'on uniforme; bien que la pression reste constante, il se produit une série d'oscillations. L'adjonction d'un alcaloïde au sérum a pour effet de modifier en plus ou en moins l'écoulement du liquide et de produire dos changements d'autant plus marqués que la dose est plus élevée. Thomson, qui a repris l'étude de la question, divise les substances toxiques en t^ois groupes : les unes augmentent la rapidité de récoulouient en paralysant les vaisseaux : hydrate de chloral, nitrite d'amyle, quinine, atropine à petites doses; d'autres diminuent l'écoulement, en produisant une contraction périphérique : elléboréine, coronelline, digitaléine; d'autres enfin ne modifient pas la circulation périphérique ou du moins n'agissent pas directement sur les capillaires qu'elles traversent.
Remarquons encore que certaines substances ont une action spécifique sur les capillaires d'un organe : la quinine agit sur ceux de la rate, la digitaléine sur ceux du rein.
Toutes ces expériences, bien qu'elles éclainmt considérablement Faction des poisons sur la circulation, ne suffisent pas encore à résoudre tous les problèmes, et il faut souvent se contenter de noter les effets survenus, sans être affirmatif sur le procédé mis en œuvre.
La thérapeutique clinique a fait connaître les bons effets de Tergot de seigle dans le traitement des héinorrhagies. L'induction pennet de conclure qu'il se produit une constriction des vaisseaux : or, pour cette substance dont l'action semble si simple, les expérimentateurs ont eu beaucoup de peine à se mettre d'accord; c'est que les effets sont complexes et qu'il faut tenir compte des modifications subies par le cccur, qui devient irrégulier et finit par s'arrêter en diastole.
Cette action cardiaque peut empêcher l'élévation de pression que tend à produire la constriction des capillaires. On comprend dès lors la divergence des résultats, et l'on s'en étonne d'autant moins que les expérimentateurs se sont servis de substances diverses, et qu'ils les ont introduites par des voies différentes.
950 LES INTOXIGATIONS.
Holmes, injectant de l'ergotine dans les veines, observa d*abord on abaissement puis une élévation de la pression ; Markwald nota uoe \i^it augmentation, puis une dépression souvent passagère et enGn une forte pression durable.
Les dernières recherches de MM. Wertheimer et Magnin (*) ont établi que Tergotine de Bonjean et Tergotine dTvon injectées dans les veines déterminent un abaissement de pression souvent précédé et toujours siûtï d'une augmentation ; il se produit en même temps une diminution de volume du rein et un affaiblissement des contractions cardiaques, ce qui explique l'abaissement de la tension artérielle, hijectée sous la peau, Tergotine ne produit qu'une élévation, sans abaissement préalable. Lerg^v tininc Tanret provoque Télévation de la pression et ralentit le cœur, niênie quand on Tinjecte dans les veines.
L'abaissement de pression est donc attribuable à une action directe sur le cœur, l'élévation à une constriction des capillaires. Celle-ci peut être constatée directement, soit sur le mésentère ou la membrane interdigitale de la grenouille (Holmes), soit sur les méninges des Mammifères trépan<^ (Schûller).
La constriction des vaisseaux est due à une action périphérique. HoLnes. Laborde, Peton ont établi que les phénomènes produits par Farrachement du ganglion cervical supérieur disparaissent sous l'influence de rergotine; les artères se rétrécissent, la pupille se dilate, la température de l'oreille s'abaisse.
A côté de l'ergotine et de l'ergotinine, l'ergot renferme d'autres substances actives, la comutine qui est un vaso-constricteur agissant en excitant les appareils centraux; l'acide sphacélique (Robert) dont l'injection produit, chez le coq, la gangrène de la crête, de la langue, du gosier, et détermine, chez le porc, le sphacèle des oreilles et du nez; enfin Taciile sclérotique (Wernick et Zwcilel) ou ergotique (Kobert) qui, après avoir produit une légère augmentation de pression, détermine un abaissement considérable.
De même que la comutine, la cocaïne agit sur les centres vaso-moteurs: sous son influence, le pouls augmente de fréquence et la pression s*élève: mais de hautes doses amènent une paralysie des centres, se traduisant pr une dilatation des vaisseaux. Il faut citer encore la cytisine qui excite it^ centres vaso-moteurs du bulbe (Danilewsky et Tscherenow) et la strychniiH' qui produit dans les centres vaso-moteurs de la moelle des nioditicsitioib semblables à celles qu'elle provoque dans les centres moteurs, c'est-àdire (|u'elle les excite à petite dose, et les paralyse à dose élevée. \j^ sels ammoniacaux agissent de même. L'action de lacide cyanhydriquc est plus complexe ; la pression s'élève d'abord puis s'abaisse ; à ce moment le centre vaso-moteur est paralysé et le sang est rouge clair; pui<
{*) Wertheiver et Hagnih, De l'ârtion de l'ergotine sar U dimlatk». Arch. de f^y*p. 92, 18l>2.
ACTION DES POISONS SUR LA CIRCUUTION. 95i
>près une nouvelle élévation passagère, la pression tombe à zéro; le t^ur continuant à battre.
Beaucoup de médecins considèrent les sels de plomb comme des vasoonstricteurs; les expériences sur les animaux ne confirment pas cette pinion ; les troubles vasculaires du saturnisme chronique sont liés prolableraent à des excitations douloureuses.
Les substances qui abaissent la pression sanguine peuvent agir par es procédés suivants :
1. AfTaiblissement de la contractilité cardiaque : émétine par exemple.
2. Paralysie des terminaisons des splanchniques : c'est une action indirecte relevant de la congestion énorme des vaisseaux abdominaux : ce procédé est mis en œuvre par Tarsenic, le venin des serpents et, accessoirement, par l'éther et le chloral.
3. Action sur les centres vaso-moteurs : excitation des vaso-dilatateurs ou paralysie des vaso-constricteurs.
Il n'existe que fort peu de substances produisant une vaso-dilatation active : on cite surtout Fatropine. M. François Franck admet que le nitrite J'amyle agit de la même façon ; mais la plupart des auteurs pensent que ^ poison détermine une paralysie vaso-motrice centrale pu périphérique
Les substances qui produisent des paralysies vaso-motrices sont fort nombreuses : citons les nitrites, et particulièrement le nitrite d'amyle et la nitro-glycérine; les iodures, le chloral, la quinine, Talcool, les peptones, les matières pourries, certains poisons microbiens.
Le nitrite d'amyle est le véritable type des vaso-dilatateurs. Son inhalation produit une rougeur de la face et de la poitrine ; mais tous les vaisseaux ne se dilatent pas également; pour quelques auteurs ceux de la rétine ne subissent aucune modification. En même temps, le pouls s'accélère, la pression s'abaisse, sauf au début où Ton observe souvent une légère élévation, due à l'excitation produite sur la muqueuse buccooasale. Filehne a montré qu'il ne s'agit pas d'une action périphérique, car l'excitation du sympathique amène le resserrement des vaisseaux Jilatés.
La nitro-glycérine agit comme le nitrite d'amyle, mais son action est beaucoup plus durable.
Le chloral produit la paralysie des centres vaso-moteurs ; on sait combien il est difGcile d'arrêter les hémorrhagies pendant les opérations pratiquées sur des animaux endormis par cette substance. Il agit en même temps sur le cœur dont il amène l'arrêt en diastole, chez la grenouille; son action, n'étant pas annihilée par l'atropine ni par la vagotomie, doit porter sur les ganglions cardiaques modérateurs. La paralysie des centres vaso-moteurs et l'anesthésie produites par le chloral expliquent pourquoi, sous son influence, les excitations cutanées ne sont plus capables d'élever la pression sanguine.
Le chloroforme et l'alcool, après avoir amené une excitation passagère des vaso-moteurs, déterminent une paralysie permanente. D'après
953 LES INT0UUTI0I6.
M. Arloing, le chloroforme, contrairement au chloral, augmente \t\om des systoles cardiaques et ralentit la circulation pulmonaire.
La quinine produit des modifications assez curieuses sur la presnGi). i petites doses elle l'élève et stimule les battements cardiaques ; à dose; pin» élevées, c'est-ànlire à doses de 1 à 2 grammes, elle raleitit le cŒnr. ut» lui faire perdra de sa force, et abaisse la pression, en pantysant letnl> seaux ; on comprend ainsi que la quinine affaiblisse les réflexes ntoiUm (Schroff).
Enfin, on emploie souventen thérapeutique les dims iodun»;ilN établi que c'est l'iodure de sodium qui possède l'action In plu* b sur les vaso-moteurs qu'il dilate ; les ioibles agissent «-oiiiiue les il mais plus énergiquement. Seulement, au débat de leur action, lesk d'après M. Lapique, élèvent la pression, en angnuinlanl l'énei^ ïk systoles cardiaques.
Les substances toxiques d'origine animale penrent aussi vtoiSÊm I tension vasculaire.
Fano a montré que l'injection de 0",^ de peptooe dans les tûnb tt chien abaisse la pression et détermine une congestion des Taissemx iM minaui ; les effets sont semblables quand on injecte dfle matières poofiw
Les sécrétions normales peuvent également influer mr les nscHiwIcan la bile semble les paralyser, ce qui explique, en partie, pourquoi li ictériques ont un pouls lent dont l'ampleur contraste parfois a<ree l'aSii blissenient des battements cardiaques. H. Bouchard ^ bien mit en iti dence le pouvoir vaso-dilatateur des urines normales, drat l'eflîrt eit bâ lement apprécié par la simple inspection des vaisseaux de l'oreille Quelques urines pathologiques possèdent cette action à un bien plus hiiil degré; c'est ce que nous avons constaté bien souvent en injeclanl ilr? urines de cirrhotiques. MM. Charrin et Le Noir ont observé le mênM phénomène avec l'urine des tuberculeux et pensent qu'il est dû â l'adioii de la tuberculinc. Il est certain, en effet, que les poisons microbiens {produisent de nobibles modifications circulatoires. Quelques-uns igiswiil directement sur ic cœur : ils déterminent chez la grenouille un ralentiî' sèment très marqué des battements; ce phénomène a été observé avei les diverses toxines étudiées jusqu'ici, mais de tous les poisons etpéri' mentes, le plus actif est celui que produit le Bacillut tepticui puliàuti*\ Sous son action, le cœur cesse d'être influencé par les pneumogastriques les systoles s'éloignent de plus en plus tout en restant fort énergiques puis finissent par disparaître (fig. 50) ; cet effet est très rapide, il s'ub serve avant tout autre phénomène d'intoxication.
L'action directe sur les vaisseaux n'a pas été étudiée jusqu'ici, nui l'action sur les centres vaso-moteurs a été bien mise en évidence par le recherches de MM. Gley et Charrin; les expériences de M. Bouchard od établi que la tuberculine de Kocb, contrairement à la plupart des autre
(■) Roau, PoùoD ordiique d'origipe microbienne. Àrtk. de phi/tiol., 18D3, p. SM.
ICnON DES POISONS SUR Li RESPOUTION. 953
loxioes, a un pouvoir vaso-dilatateur : de là les expressions d'eclasine et d'anectasine, employées par cet auteur pour rappeler l'action raflculaire de ces divers produits microbiens.
Il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer, en terminant l'étude des poisons vaso-moteurs, que les elfets que nous avons décrits sont bien d'ordre toxique et ne peuvent être attribués à la distension du système circulatoire; les expériences de Cobnlieim cl Liltcn, deMM.Daslre et Loye,
démontrent qu'on peut injecter dans des veines de grosses quantités d'eau salée sans changer la pression.
Action sur les lymphatiques. — On n'a guère étudié jusqu'ici l'action des poisons sur les cœurs lymphatiques de la grenouille. Cl. Bernard a montré qu'ils sont arrêtés par le curare. Il est admis généralement qu'ils se comportent à peu près comme le cœur sanguin.
Les modifications des vaisseaux lymphatiques ont été mises en évidence par MM. Gley et Camus : d'après ces auteurs, le sang asphyxique et la pilocarpine provoquent le resserrement des parois du canal thoracique ; inversement l'atropine amène leur relâchement ; le curare agit de même, maïs à un moindre degré.
Action des poisons sar l'appareil respiratoire. — Les poisons peuvent agir très diversement sur l'appareil respiratoire; quelques-uns, introduits par inhalation, mettent en jeu divers réllexcs et pnidiiisent de b toux, parfnis des spasmes; les vnpeurs d'ammoniaque, d«> rhloroformc, de térébenthine, et les autres gaz irritants, excitent les terminaisons des pneumogastriques; il en résulte des modiiicationa du rjlhme. qui devient
tu LES INTUXICATIOSS.
bible et superficie), ou bien un arrêt des mouvements à IV-bt de IiUim inspiratoire : les elTets sont les méraes quand l'inhalation »t praliiiu>Tpu une canule trachéale, ce qtii prouve ({u*il ne s'agît pas d'une irrilatiun dn voies supérieure». On pout voii- survenii- en m^me lenipa des modilHiiMl cardiaques qui reconnaissent le m^ine mi^oinisine réHexe «t ont élél|fl étudiées par M. F. Franck. ■
Quelques substances n'agissent :4ur l'appareil n-spiraluin' qu'i-n wJ lysanl les divers muscles qui servent à son foiirliimuenipul. Lr iiuifl par exemple, .iini^iic la mort parce qu'il alwlil l'in-litm ili— '•■■'"■'— '^ raciques; chcï les animaux qui jK-uvent vivre un ccrtitii) !■ n suppression des poumons, comme les Balr7K:irn», k^ yiaussi riitalcnienl mnrirt. IIjhih le même nnlre d'itliV^. on [i-.
csntultiuiu tcplifii
sels de cuivre; au moment où l'a:
plètement inexcitablc.
Les troubles les plus intéressants résultent d'une action biilb consistent en des modifications dans le nombre uu dans l<^ i mouvements respiratoires.
Les substances qui tnodilient le nombre des mouvements respintoirâ ' peuvent se diviser en deux classes : les unes les arcélércnl après ntir produit mi léger ralentissement initial : les autres ont une action itn
L'atropine rentre dans le premier ||[i-oiipe; après un ntriilùt qui est fort passager et jHisse souvent ina|>ercu, les moiivvinrnls n ratoîres s'accélèrent, conmie ou peut le voir sur le tracé ci-dessus (f quu nous avons recueilli sur un lapin; ta première li^e montre l'aspcrt de la respiration normale (*); ta deuxième a été prise après iiijerlion îiUn-
(1) Snitant les ttf\ts roimul^ (mr H. Uirtj. nous «voni diipwj In aiiptrnU rnrrfMirrDn de rsvun I iiiiicriru [m tiu|iinliuiu suivMil ilci lignes deMindonl»; le* pbU«Biii npinfan carretpanJent aui eipinliuafi
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