‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 144 sur 152 · ACTION DES P0IS0!1S SUD LA RESPIRATION. 9B · texte numérisé non relu

ACTION DES P0IS0!1S SUD LA RESPIRATION. 9B

dneuse de 0*',14 de sulfate d'atropine; la troisième après injection de ",04 et la quatrième après une nouvelle injection de 0*',02 ; l'animal rait donc l'o^u en tout, 0^',20 de l'alcaloïde; on peut constater lacilement ue les mouvemenb deviennent de plus en plus superficiels; à la fin ils int si peu marqués qu'ils ne peuvent suffire à l'hématose; alors éclatent es convulsions asphyiiques qui sont inscrites au milieu de la ligne V; I mort survient ainsi sans ralentissement terminal.

Les substances agissant comme l'atropine ne sont pas très nombreuses; ©us signalerons spécialement les sels ammoniacaux qui, introduits 'dans e sang, pn>duisGnt d'aliord un arrêt de la respiration, puis une accéléra'

lion qui persiste jusqu'à la mort et que ne modifie pas la section des pncu- [uogaslriques.

La plupart des (xiisons ont une action inverse. Telle est la morphine ijui amène d'abord une très légère accélération, puis diminue l'excitabilité du centre respira toire et parfois supprime complètement le besoin de tespirer; la mort arrive au milieu d'une apnée complète. Le traré 52 rend parfaitement compte des changements survenus dans ces conditions. L'nc dose de O^'-OOli injectée dans les veines d'un lapin a déjà notablement modifié le rythme et a fait tomber le nombre de mouvements de 46 i 11 par minute : en même temps les inspirations sont devenues beaucoup plus profondes. Ijic nouvelle injection de 0",05 augmente encore l'amplitude des mouvements (ligne 111), puis la diminue (lignes [V et V) et ibaisse leur nombre à 8 et même à 5.

Le ralentissement n'est pas moins manifeste chez l'homme, où l'on a ru, dans quelques cas, la respiration tomber à dix ou six h la minute.

956 Lrs INTOXICATIONS.

Contrairement à l'opinion généralement admise, nousaTons constaté qm

i vagotomie double ne modifie pas l'action de la morphine sur la respirati<

La plupart des vomitifs agissent d'une fiiçon semblable; le tartre stil par exemple, produit chez les animaux et chez Thonmie une périt d'accélération qui est beaucoup plus manifeste qu'avec la morpÛoe: respiration devient superficielle, îrrégulière, puis elle se ralentit : inspirations sont convulsives, pénibles, les expirations lentes et plaintif

I C'est à ce moment que surviennent les vomissements qu'on a conside

justement comme des mouvements respiratoires anomaux.

Le chloroforme produit des effets analogues, seulement il détenu

i d'abord un ralentissement réflexe de la respiration par excitation des i

l minaisons de la 5* paire au niveau des narines; cette première péri

fiiit défaut si les vapeurs sont introduites par une plaie trachéale: i

I ce cas on observe une accélération d'emblée; puis survient la deuxi<

période où les respirations deviennent plus lentes, plus superficielles

i. si la dose est trop forte, finissent par se suspendre.

\ Le chloral, après une légère accélération initiale, d'ailleurs in

* stante, ralentit les mouvements; si la dose est élevée il les rend im l liers, superficiels et, comme le chloroforme, amène la mort par parti

respiratoire.

C'est aussi le ralentissement de la respiration qu'on observe soos I ^ fluence de l'alcool : la période d'accélération, qu'on signale chez l'bom

I fait défaut chez les animaux.

j Les deux périodes successives sont très nettes avec la nicotine, la fi

} trine et la caféine. Le premier de ces poisons produit d'abord une re

t ration rapide, haletante et sifDante, que ne modifie pas la vagotomie; a

• la vératrine, l'accélération initiale fait défaut si l'on a sectionné les d ' pneumogastriques : le mécanisme est donc différent ; il s'agit d'une e ; tation portée sur les terminaisons des nerfs pulmonaires (Bezold). I i tard, survient une respiration lente, difficile, spasmodique, s'accon

gnant de longues pauses expiratoires et rappelant le rythme qui se {

duit chez les animaux dont on a sectionné les deux pneumogastriques

région cervicale.

Les poisons nés dans l'organisme déterminent de notables modifiât 1 respiratoires. L'effet est surtout manifeste quand on étudie l'action c

{ bile ou plutôt des sels biliaires; on s'explique ainsi le ralentissemen

) la respiration qu'on observe dans l'ictère et qu'on peut reproduire

j les animaux en leur injectant dans les veines l'urine de malades

j riques.

( Quelques poisons produisent des respirations périodiques; le tjp

[ Cheyne-Stokse se rencontre assez souvent dans certaines formes d'un

j et parfois dans les empoisonnements exogènes, par le camphre ou pi

morphine, conune dans une observation de Dnverricht (*).

l (^) U:nnmEiCBT, Deber Lehre roa Antisoniini swnehen Atropin imd Horphittiii. Ce

i kUif fltt kHm, Medicin, iSlM, p. 819.

D'aatres fois, la respiration revêt le type de Kussmaiil, par exemple dans l'auto-intoxication qu'on désigne sous le nom de coma diabétique; ailleurs on Terra des phénomènes asthmatiformes qu'on rencontre dans l'urémie et dans certaines dyspepsies.

Nous avons déjà montré, à propos des vapeurs irritantes, que les excitations de la surface pulmonaire pouvaient retentir sur le cœur. Il se produit, dans d'autres cas, des troubles cardio-respiratoires qui caractérisent la respiration périodique et ont été bien étudiés par MM. Pachon et Richet. On les observe dans l'intoxication par la morphine, le chloral, le chloralose, à la condition que les chiens sur lesquels on opère soient placés en dehors de toute excitation sensitive ou sensorielle. Il se produit d'abord une pause respiratoire ; les battements cardiaques persistent, puis se ralentissent et s'atraiblissent, l'asphyxie survient ; dès lors l'acide carbonique excitant le bulbe détermine une ou deux profondes inspirations ; le cœur se remet à battre avec force pour se ralentir de nouveau et ramener ainsi des excitations respiratoires. Ces phénomènes se reproduisent successivement avec une régularité remarquable.

Action des poisons sur le tube digestif. — Les poisons étant fréquemment introduits par ingestion peuvent déterminer une série de lésions sur les divers tissus avec lesquels ils se trouvent en contact, c'està-dire sur les muqueuses de la bouche, du pharynx, de l'œsophage, de l'estomac ou même de l'intestin. Outre cette action directe, ils suscitent, sur les mêmes régions, des lésions dépendant de leur élimination; c'est à ce dernier mécanisme que sont dues la plupart des ulcérations d'origine hydrargyrique, aussi bien l'entérite que la stomatite ; on comprend ainsi que ces manifestations soient plus rares quand le mercure est ingéré que lorsqu'il est introduit sous la peau ou directement dans une veine.

Cependant les lésions gastriques dépendent le plus souvent d'une action directe ; on peut les opposer aux altérations intestinales qui relèvent surtout d'une élimination et se produisent de préférence en certaines régions riches en glandes, le duodénum et le caecum par exemple.

Cette division est généralement exacte, mais il ne faut pas en exagérer la valeur; car les Idsions stomacales peuvent aussi être consécutives à l'élimination des substances toxiques. On sait que plusieurs alcaloïdes s'échappent par cette voie et qu'à la suite de leur injection sous-cutanée, le lavage de l'estomac en ramène de grandes quantités. C'est un moyen thérapeutique auquel on doit avoir recours, même quand l'empoisonnement n'est pas consécutif à l'ingestion. Mais les alcaloïdes ne produisent généralement pas de lésions appréciables ; ce sont surtout les poisons minéraux qui déterminent des altérations anatomiques ; le fait est très net pour l'arsenic, dont l'injection sous-cutanée provoque des ulcérations gastriques.

On a beaucoup discuté sur le mécanisme de ces lésions paf élimination. Celles qui se produisent au niveau de la bouche et de l'intestin relèvent d'un processus infectieux; le poison ne fait que diminuer la résistance de

la muqueuse et permet Taction nocive des nombreux microbes qui Té^iè tent normalement dans le tube digestif. Cette pathogénie s'appli<|up au$^ bien à la stomatite qu'à la dysenterie hydrargyrique ; elle explique ami ment on obtient de bons résultats en traitant la stomatite mercurielle p les antiseptiques, Toire au moyen de la liqueur de Yan Swieten.

Pour les ulcérations gastriques la pathogénie doit être un peu moditi<^ Le rôle principal revient, semble-t-il, à l'acide de l'estomac; le poison ( déterminant des hémorrhagies punctiformes et des dégénérescences grai seuses rend la muqueuse attaquable par l'acide chlortiydrique. Une jo expérience de Filhcne confirme cette hypothèse; cet auteur injecti* l'acide arsénieux sous la peau de deux lapins : l'un d'eux est gardé conii témoin et les ulcérations gastriques se développent; l'autre reçoit un de soude ou de magnésie qui neutralise le contenu de l'estomac et ulcérations font défaut.

L'intestin est, bien plus souvent que l'estomac, le siège de lésions { élimination. Les poisons exogènes, comme l'arsenic ou le mercure, endogènes, comme les toxines produites dans les cas d'urémie, de brùlur de vernissage ou à la suite de la thyroidectomie (Boccardi), ainèiioni < ulcérations intestinales, occupant soit le duodénum (brûlures), soit le g intestin. Cette dernière localisation s'observe aussi bien dans les i d'urémie que d'hydrargyrie. On peut la reproduire facilement chez animaux; du reste la pathologie expérimentale démontre que le cari est un lieu d'élection pour les altérations toxiques, même dans les cas l'empoisonnement relève de produits microbiens. * Les ulcérations intestinales dues à l'action du sublimé sont celles qui < été le plus souvent étudiées par les expérimentateurs ('). Rares après 1* gestion du poison, elles se développent surtout quand le sol inercui est injecté sous la peau ou dans une veine : au début on ne trouve qu piqueté sanguinolent ; à un degré plus avancé, il se forme des hém rhagies plus étendues qui soulèvent la muqueuse et la privent de moyens de nutrition; les microbes de l'intestin s'attaquant à un ti affaibli produisent facilement le sphacèle.

Qu'ils déterminent ou non des lésions anatomiques, les poisons pro quent souvent deux symptômes d'une importance considérable : les voii sements et la diarrhée. Les substances minérales, mercure, phosplh antimoine ou plutôt tartre stibié, produisent ces deux ordres de phé mènes; à l'autopsie, on trouve des lésions qui semblent expliquer désordres (choléra stibié); il en est de même à la suite de radministral de la colchicine,de laphalline (principe actif de V Agaricusphalloide*) l'émétine, de la térébenthine. On peut même dire qu a haute do$(\ toi les substances éméto-cathartiques déterminent des altérations anatomiqu congestion des vaisseaux intestinaux, sufiusions sanguines, ulcérati

(*) Charri!! et Roger, Des altéralions intestinâlei dues à l'ictioa du sublimé. BuU, de la (fe6io/., lOjuiUetlSSO,

punctiformesy desquamation épithéliale, hémorrhagies intestinales, etc.

Mais beaucoup de poisons, à dose moins forte, ne provoquent que des troubles fonctionnels, parmi lesquels il convient de citer, en première ligne, le vomissement.

Le nombre des substances vomitives est, comme on sait, fort considérable et, malgré les travaux publiés, il faut avouer qu'on n'est pas encore parfaitement fixé sur leur mode d'action.

La célèbre expérience de Magcndie, remplaçant l'estomac d'un chien par une vessie pleine d'eau et voyant le vomissement se produire après injection intra-veineuse d'émétique, prouve que l'estomac n'a qu'un rôle accessoire dans la production du vomissement et que le phénomène est dû à une excitation des centres nerveux et non aune action périphérique. Mais toutes les substances vomitives n'agissent pas d'une façon analogue; aussi peut-on, avec Lauder-Brunton et Grasset, adopter la classification suivante :

1* Certains poisons produisent le vomissement en excitant directement les centres nerveux : telle est l'apomorphine ;

2* D'autres agissent indirectement par action réflexe, et la voie centripète principale est représentée parle pneumogastrique; tel est l'ipéca ou ï'émétine.

L'apomorphine qui rentre dans le premier groupe est beaucoup plus active quand on l'introduit sous la peau que lorsqu'on la fait ingérer; c'est l'inverse pour l'ipéca et le tartre stibié. Si l'on coupe les pneumogastriques au niveau du cou, on ne modifie en rien l'action de lapomorplune injectée sous la peau; on supprime au contraire l'action de Ï'émétine (expériences de Chouppe, d'Ornellas). L'ipéca fait vomir en irritant les termin'dsons des nerfs vagues; s'il agit quand on l'injecte sous la peau, c'est pcirce qu'une partie passe dans l'estomac et y excite les nerfs qui s'y rendent; il faut donc, dans ce cas, employer des doses trois fois plus considérables.

Enfin, le tartre stibié met en œuvre ces deux mécanismes; aussi est-il bien plus dangereux que l'ipéca et peut-il déterminer rapidement le collapsus et parfois la mort.

Les poisons qui provoquent le vomissement à faible dose peuvent, à dose plus élevée, le rendre impossible; c'est le cas pour la morphine et pour l'apomorphine. Quand cette dernière substance est donnée en quantité assez considérable, au lieu de produire le vomissement, elle détermine une série de phénomènes nerveux graves, aboutissant à la paralysie des membres postérieurs, à la disparition des réflexes, au collapsus et à la mort.

L'action des vomitifs sur le système nerveux explique les troubles qui accompagnent leur administration, troubles sécrétoires comme la salivation, troubles respiratoires caractérisés par une accélération, puis un ralentissement des mouvements, troubles cardiaques, abaissement de température. Tous ces phénomènes reconnaissent nettement une origine bulbaire.

Qu'elles aient ou non une action vomitive, les substances toxiques provoquent souvent de la diarrhée.

960 LES USTOXianONS.

Trois théories sont ici en présence :

La théorie osmotique, soutenue par Poiseuille, Liebig; b théorie péristaltique qui attribue la diarrhée à une exagération des mourements inMinaux; k théorie inflammatoire qui iuToque une irritaticm da lobe digestif.

La théorie osmotique, qui s'applique surtout aux substances sdines. s'appuie sur les faits suivants : Tinjection de sulfate de soude dans une anse intestinale isolée produit un abondant exsudât (Moreau, Laoder- Brunton); l'injection d'un sel purgatif dans les veines , loin d'ameDer la diarrhée, provoque la constipation (Rabuteau) ; à ces faits, on objecte que la diarrhée survient sous l'influence de doses très diluées de seb sodiques ou magnésiens, alors que la quantité d'eau qui sert de dissolvant est plus que suffisante pour saturer leur pouvoir osmotique. Aubert et Buchheim, qui insistent sur cet argument, proposent deux autres théories. Le premier invoque l'exagération des mouvements péristaltiques et pense que le purgatif irrite les nerfs intestinaux; à quoi Buchheim objecte que l'injection intra- veineuse devrait produire la même exagération des cootnctions ; d'un autre côté, Legros et Onimus ont montré que le soUate de soude n'augmente en rien les contractions intestinales. La théorie péristaltique ne peut donc s'appliquer qu'à certains agents, comme l'huile de croton ou le jalap. Devant l'insuffisance de ces explications, Buchbeim conclut que les purgatifs, au moins les purgatifs salins, représentent sim- ^ plement des corps étrangers difficilement absorbables et Vulpian suppose

j[ qu'ils déterminent un catarrhe passager : il se produirait une congestion

I réflexe avec vaso-dilatation, desquamation de la muqueuse, transsudation.

4 Ces contradictions tiennent en grande partie à ce qu'on a voulu, comme

y toujours, éteindre à toutes les substances ce qui n'est vrai que pour qnelque«-

i unes et expliquer d'une façon simple des phénomènes dont le mécanisme

est complexe.

11 est certain que plusieurs purgatifs stimulent les mouvements intesti naux, tels sont l'huile de croton, le jalap, le séné, la rhubarbe. Hais quelques-uns provoquent une irritation réflexe; ainsi l'huile de croton reste sans effet sur un animal qui a subi la vagotomie double (Wood). D autres exercent une action nerveuse centrale et agissent même quand on les injecte dans les veines; c'est le cas des infusions de séné ou de rhubarbe: d'autres enfin, comme le jalap, l'aloès, ont besoin de pénétrer dans Torganisme par le tube digestif et probablement de s'unir à la bile; injectés dans les veines, ils ne purgent pas ; introduits dans l'intestin, ils excitent directement les muscles ou les ganglions nerveux, et, si la dose e$t élevée, déterminent de la congestion et amènent un catarrhe qui peut tuer les animaux. L'action indispensable de la bile a été bien mise en évidence par les expériences où l'on a donné de l'aloès après ligature du canal cholédoque; la diarrhée ne s'est pas produite; de même Taloés, introduit par la voie rectale, ne purge qu'à la condition d'être mélangé à de la bile. Quant aux purgatifs salins, on est moins bien fixé sur leur mode d'action,

ACTION DES POISOiNS SUR LE TUBE DIGESTIF. 961

il est certain qu'ils produisent d'abondantes évacuations séreuses et une concentration du sang; ces deux effets, qui sont connexes, peuvent s'expliquer en admettant une hypersécrétion ou une transsudation ou en invoquant, avec Radziejewski, un défaut d'absorption des sécrétions intestinale, pancréatique et biliaire.

En parlant de l'action purgative, nous avons dit quelques mots des modifications qui peuvent survenir dans les mouvements gastro-intestinaux ; il nous faut compléter ce que nous savons sur ce sujet.

Pour étudier l'action des poisons sur les mouvements de l'estomac, on peut opérer sur un animal vivant, ou bien agir sur l'estomac extirpé et conservé dans un milieu physiologique. Schutz (^), qui a employé cette dernière méthode, est parvenu à des résultats fort intéressants ; il classe en trois groupes les substances qui agissent : 1 ^ celles qui affaiblissent ou arrêtent les contractions : atropine, cocaïne, pilocarpine, chloral; 2*" celles qui les augmentent et parfois les rendent atypiques : strychnine, nicotine à faible dose, vératrine, tartre stibié, émétine, apomorphine; 3"^ celles qui déterminent une contraction permanente, sans relâchement, une sorte de tétanos : muscarinc, physostigmine, poisons du groupe digitale (digitaline, elléborine, scillaïne).

A ces substances, il convient d'ajouter l'ergotine dont l'action a été bien étudiée par MM. Weitheimer et Magnin; introduite dans le sang, elle provoque des contractions très vives de l'estomac ; en injection sous-cutanée son action est encore manifeste, mais moins énergique.

Les poisons qui agissent sur les mouvements de l'intestin ont été justement classés par Kobert sous quatre chefs :

1* Poisons qui, à petites doses, provoquent des mouvements coordonnés de l'intestin et le paralysent à dose élevée : telle est la cétrarine.

2® Poisons qui, à petites doses, provoquent des mouvements désordonnés que Ton arrête en excitant les capsules surrénales ou en donnant de petites quantités d'atropine. Plusieurs de ces substances n'agissent que sur les animaux en digestion ou sur ceux qui sont à jeun, mais dont on a extirpé les capsules surrénales : telles sont la pilocarpine et la nicotine qui excitent les terminaisons des pneumogastriques. Lies mouvements produits par la nicotine, après injection intra-veineuse, sont souvent assez considérables pour effacer la lumière des intestins : il s'agit bien d'une action médullaire, car les phénomènes sont semblables, quand on a lié au préalable laorte et qu'on a injecté le poison dans le bout périphérique de la carotide. Mais ceseQets sont passagers et sont suivis plus tard d'une paralysie des mouvements gastro-intestinaux.

Certaines substances provoquent les mouvements de l'intestin, même chez les animaux à jeun : tels sont l'acide carbonique et la muscarine; celle-ci agit d'abord sur les nerls moteurs, et, à haute dose, sur les muscles eux-mêmes (Jacobi).

(*) ScHim, Ueber die Wirkungcn cinigcr Gifle auf die automatischen Bewegunf^n des Magens. Tageblatt der 58. Versammlung deutscher Naturfoneher und AerUe, Strasbourg, 1885, p. 158.

PATHOLOGIE GÉNI^RALE. — I. Ci

L'influence de Facide carbonique ressort nettement d'une expérience' de Schiff; cet auteur opère sur un jeune lapin, dont la paroi abdominale est si mince qu'on peut suivre facilement les mouvements de rinte5tin;fl comprime légèrement la trachée et voit l'asphyxie déterminer des contractions extrêmement violentes.

3** Poisons qui produisent des crampes et du tétanos de l'intestin. Le plomb, la vératrine et la physostigmine rentrent dans ce groupe.

La physostigmine détermine un spasme tétanique de tout le tube gistrointestinal, s'accompagnant de diarrhée et de selles muco-sanguinoïentei^. Elle agit soit sur les ganglions (Bauer, Y. Bezold), soit sur les fnu:»€lf5 (Harnack), et provoque au niveau des veines mésaraîques une série de contractions partielles alternant avec des dilatations variqueuses (Baueri.

4^ Enfin, le dernier groupe comprend les poisons cpii paralysent les pneumogastriques, supprimant tout mouvement, comme la mor|>hiDe on l'opium, ou provoquant eux-mêmes des contractions intestinales, comme l'atropine. Ce dernier alcaloïde annihile l'action des vagues et des splanchniques sur les mouvements de l'intestin, mais ne modifie pas les autres fonctions des splanchniques : la section de ces nerfs continue à être douloureuse et provoque encore un abaissement de la pression. A haute Aùse l'atropine paralyse les ganglions n^oteurs de l'intestin (V. Bezold).

Action des poisons sur les sécrétions. — Un grand nombre de substances toxiques agissent sur les diverses sécrétions glandulaires.

La salive et la sueur, les deux sécrétions les plus faciles à étudier, subissent le plus souvent des modifications semblables ; elles sont actÎTées ou entravées par les mêmes substances.

La salivation peut être réflexe, certains poisons irritant les terminaisons nerveuses au niveau de la cavité bucco-pharyngée ou même au niveau de l'estomac. On s'explique ainsi, d'une part l'action des acides, des épices. des amers, y compris la vératrine et la strychnine, et, d'autre part, la fréquence de la salivation quand l'estomac est violemment irrité par un poison, et notamment par un émétique.

Un deuxième groupe est représenté par la sialorrhée éliminatoire : la sécrétion est accrue parce que l'épithélium est excité par le passage* de substances anomales : la plupart des métaux agissent probablement de cette façon : le plomb, l'or, le cuivre, les iodures, les bromures, les chlorates, l'étain et surtout le mercure.

Parmi les sialagogues, les plus importants sont ceux qui exciti^nt le système nerveux. Tarulli les divise en trois groupes : les uns agissent encore après section de tous les nerfs glandulaires, et provoquent Fécoulement d'une salive trouble et lactescente, comme en produit Texcitation du sympathique. Telles sont la pilocarpine qui actionne en même temps la corde du tympan, la muscarine qui n'excite pas ce nerf, la neurine doni l'influence est moins marquée et ne se manifeste pas si Tanimal est à jeun. D'autres poisons, agissant par l'intermédiaire de la corde du tympan,

donnent une salive limpide et transparente : ce sont, par exemple, l'ésérine, le curare, le mercure; D'autres enfin stimulent directement les centres, comme la morphine, administrée à petites doses.

n est un grand nombre de sialagogues dont l'action n'a pas été déterminée et qu'il faut simplement sigiialer, sans essayer de les ranger dans un des groupes ci-dessus : nous citerons d'abord l'hypophosphite desoude, nous avons vu son injection intra-veineuse produire, chez les animaux, un flux séreux fort considérable par le nez et la bouche; M. Bouchard a montré que les extraits alcooliques d'urine ou, d'une façon plus générale, les extraits alcooliques des tissus, déterminent, à la suite des injections intra-veineuses, une salivation très marquée. Il serait évidemment bien intéressant de reprendre la question, et de chercher quelle serait, dans ces cas, l'influence du sulfate d'atropine.

Cet alcaloïde possède en efl'et la propriété de supprimer la sécrétion salivaire en paralysant les terminaisons nerveuses. Aussi serfril à déterminer le mode d'action des sialagogues ; il n'entrave pas ceux qui excitent les cellules glandulaires, tandis qu'il annihile ceux qui mettent en jeu le système nerveux.

L'atropine n'agit que sur les fibres sécrétoires de la corde du tympan ; elle ne modifie pas le pouvoir vaso-moteur de ce nerf ou du sympathique. Aussi, en irritant la corde du tympan siu* un animal atropinisé, observet-on encore la congestion de la muqueuse buccale, la coloration rouge du sang veineux, mais la salivation ne se produit plus; si, au contraire, on excite le sympathique, on voit sourdre, comme d'habitude, une salive épaisse et visqueuse.

L'étude des substances agissant sur la sécrétion sudorale ne peut être poursuivie évidemment que sur des animaux capables de transpirer. Il faut donc s'adresser au cheval ou au chat dont les pulpes digitales se prêtent très bien aux expériences ; dans quelques cas on a pu opérer sur l'homme lui-même.

Tous les vomitifs ont la propriété de provoquer la salivation et la diaphorèse. Mais, parmi les poisons qui agissent sur les glandes salivaires et sudorales, le plus actif est représenté par la pilocarpine : mie dose de 0"'^,5 est suffisante pour amener la salivation chez l'homme; des quantités plus élevées ont pu déterminer des flux salivaires atteignant, en deux ou trois heures, 350 à 750 grammes; ia sudation est plus difficile à provoquer; pour l'obtenir il faut injecter environ 0'%02, c'est-à-dire une dose 40 fois supérieure à celle qui agit sur la salivation. L'action de la pilocarpine sur les deux systèmes glandulaires est combattue par Fatropine; mais une nouvelle dose de pilocarpine, injectée sous la peau, ramène la sudation, au moins localement. Il y a donc entre les deux sub* stances un réel antagonisme.

n semble établi, par de nombreuses expériences, que la pilocarpine exerce son action sur les terminaisons de l'appareil sudoral. Luchsinger a montré que la section du sciatique n'empêche pas la sudation dans la

patte énervée; il admit pourtant qu'il y avait en même temps une e\citation des centres, car, après ligature de Taorte, on observe encore uue légère sudation dans les pattes de derrière. Mais les recherches plu< récentes de Robillard ont contredit cette deuxième assertion; Tauleur sectionne un membre postérieur qu'il ne laisse rattaché à Forganisme qœ par ses nerfs : dès lors la pilocarpine ne produit aucune sudation, taodis que les excitations centrales, celles que provoque l'acide carbonique, par exemple, en déterminent encore. Reste à savoir sur quelle partie se localise l'action delà pilocarpine; est-ce siu* les cellules, comme Fadmiieot Gubler et Hogyes, ou sur les terminaisons nerveuses, çonmie la souteim Vulpian? La question est dificile à résoudre, car, après dégénérescence dn sciatique, les effets sudoraux s'observent quelquefois, et, en tout cas, leur disparition pourrait tenir aussi bien à la dégénérescence des cellules glandulaires qu'à celle des nerfs sudoripares. L'accord semble plus près de se faire poiu* la muscarine, qui agit réellement sur les cellules gluh dulaires.

En face de ces diaphorétiques périphériques, nous placerons les toxiques qui actionnent les centres nerveux ; tels sont l'acide carbonique qui provoque les sueurs asphyxiques et la malléine, le seul poison microbien qu'on ait étudié à ce point de vue.

En introduisant de 1 à 2 grammes de malléine sous la peau d'un cheval, on provoque une sudation abondante, s'accompagnant parfois de trissoD* nements, bien que la température ne subisse aucune modification; Imj jection intra-veineuse de O'"*,! à 0'%5 chez le chat détermine une sudation

qui ne se produit pas sur les pattes énervées. La tuberculine, malgré son analogie avec la malléine, n'exerce aucune action sur l'appareil sudoral (M.

Parmi les substances empêchant la sueur, nous citerons l'atropine, la duboisine, la piturine qui, toutes, paralysent les terminaisons nerveuses.

n existe encore des substances diaphorétiques dont l'action a été moins bien déterminée ; ce sont l'aconitine, la quinine, la vératrine, b strychnine, le salicylate de soude, l'antipjTine, l'acétate d'ammoniaque, l'alcool. Le chlorhydrate de morphine provoque, à petite dose, de b salivation, de la chaleur, des démangeaisons cutanées, des sueurs, parfoi» des érythèmes. Cette action sudorale de l'opium et de ses dérivés contraste avec l'influence qu'ils exercent sur les autres sécrétions, notamment sur celles du rein et de l'intestin. II est à remarquer que l'opium pi*ut combattre certaines sueurs morbides, chez les tuberculeux par exemple.

n faut faire une place à part à l'iode et aux iodures. Ces substances, excitant un grand nombre d'appareils sécréteurs, provoquent le la^ moiement, le coryza, la salivation, la sueur et les éruptions cutanées, parfois le gonflement des glandes salivaires ; elles augmentent la sécrétion muqueuse de l'appareil respiratoire et amènent ainsi des accès de toux.

(^) Caoiot et Roger, Action de la tuberculine et de la malléine sur la Bull, de la Soc.de Biol.j 22 juillet 1803. — Gcinaiu) et Abtaud, Quelques particularités rektiteiai mode d'action et aux efletsde certaines toxines microbiemiei. Arck. de wêédeeùu expér., sm IMi

Lear action peut aller plus loin et aboutir à la production d'œdcme pulmonaire et même, dit-on, d'exsudats pleuraux.

D'autres substances agissent encore sur l'appareil respiratoire. Telle est la muscarine qui produit, comme l'a montré Basch, un flux séreux par le nez, la bouche, la trachée et provoque un violent œdème pulmonaire.

Au contraire, l'opium et les balsamiques diminuent la sécrétion des bronches, ce qui explique, en partie, leur action thérapeutique.

Nous ayons déjà parlé des poisons qui provoquent des lésions catarrhales ou inflammatoires du tube digestif. On connaît moins bien leur action sur les diverses glandes qui s'y déversent. On sait, cependant, que tie petites doses d'alcool ou de carbonate alcalin excitent la sécrétion gastrique, tandis que de hautes doses la diminuent ou la suspendent; la pilocarpine, la muscarine, la vératrine, font sécréter les glandes du tube digestif. Masloff a vu l'injection de la pilocarpine dans les veines du chien déterminer un abondant écoulement par une fistule de Thiry.

Les sels ammoniacaux provoquent aussi une augmentation des sécrétions gastro-intestinales, et amènent surtout une abondante production de mucus, avec chute épithéliale ; le résultat a un certain intérêt, si l'on admet que du carbonate d'ammoniaque se produit au cours de l'urémie et joue un rôle dans les accidents qui caractérisent cette auto-intoxication.

Comme substances arrêtant la sécrétion, il faut citer la morphine et le sulfate d'atropine, quoique leur action, à ce point de vue, ait été assez peu étudiée. Si de hautes doses d'atropine amènent d'abondantes évacuations alvines, c'est à cause de la paralysie du sphincter anal qui survient dans les périodes avancées de l'empoisonnement.

On est moins bien renseigné sur les modifications que peuvent présenter les sécrétions des deux glandes qui s'ouvrent dans l'intestin, le pancréas et le foie.

L'analogie anatomique et physiologique qu'on admet entre les glandes salivaires et le pancréas a fait supposer que les substances qui agissent sur les unes agissaient également sur l'autre. Il semble prouvé, en efiet, que la muscarine active la sécrétion pancréatique tandis que l'atropine la diminue ou la suspend. Mais, pour la pilocarpine, les résultats ont été variables; Heidenhain soutient qu'elle augmente la sécrétion, tandis que Langendorff prétend qu'elle est sans eflet. Ces contradictions tiendraient, d'après Gottlieb, à ce qu» ce poison se comporte difléremment chez les diverses espèces animales; il excite la sécrétion pancréatique chez le chien, agit peu chez le lapin et reste sans eflet chez le pigeon; l'action de la physostigmine est tout à fait semblable.

Même incertitude en ce qui concerne la nicotine, qui serait excitosécrétoire, d'après Landau, et pour le curare que Bemstein a vu faire augmenter la sécrétion, tandis que Langendorff n'a observé aucun changement et que Heidenhain a obtenu une diminution.

n existe encore quelques substances qui n'agissent qu'indirectement, ptr le mécanisme de l'action réflexe, en excitant l'estomac et le duodénum;

tels sont les acides dilués et le carbonate de soude à 2 pour 100 (Gottliebi.

L'intérêt qui s'attache, au point de vue pratique, à l'étude des chobgogues explique le grand nombre de travaux que cette question a suscités. Nous citerons surtout les recherches de Rôhrig, Rutterford et Vignal, Lewaschew, Rosenberg, Ehrenberger et Bonne, Baldi et Pàschkis; plus récemment, Prévost et Binet ont publié sur ce sujet un mémoire fort complet.

De toutes les substances qui peuvent augmenter la sécrétion biliaire, celle qui agit le plus énergiquement n'est autre que la bile elle-même: c'est le plus puissant des cholagogues, de même que l'urée est on da diurétiques le^ plus énergiques. En seconde ligne, on doit placer le salicylate de soude; à dose de 4 grammes^ chez le chien, il augmente notiblement la sécrétion et la fluidité dé la bile.

Parmi les substances cholagogues, nous citerons les suivantes : bicarbonate de soude, chlorate et sulfate de potasse, benzoate de soude et de lithine, aloès, coloquinte, ipéca, colchique, éTonymine, pilocarpine, muscarine, térébenthine, etc.; de nombreuses substances, réputées cholagogues comme le calomel, semblent sans action; enfin certains poisons diminuent la sécrétion biliaire : tels sont l'acétate de plomb, l'iodore de potassium, le sulfate de cuivre, l'atropine, la strychnine, la morphine; il sufBt parfois d'administrer 0*^,05 d'opium pour que les selles soient décolorées.

Il faut mettre dans une classe à part les poisons qui, détruisant les globules rouges, provoquent une abondante sécrétion d'une bile épaisse, chargée de pigment. C'est par ce mécanisme que l'hjdrogène arsénié et la toluylène-diamine provoquent l'ictère chez les animaux (Minkowsky et Naunyn); mais, quand le pigment sanguin est en trop grande qiiin< tité, il passe en nature, d'abord dans la bile, ensuite dans l'urine; dans les empoisonnements par la toluylène-diamine, l'aniline, le pyrogillol, le chlorure de potassium, la glycérine, l'arsenic, le phosphore, la polycholie fait place plus tard à l'hémoglobinocholie, au moins chez le lapin (Filhcne) ; car, chez le chien, les cellules hépatiques ont une bien plus grande aptitude à transformer le pigment sanguin en pigment biliaire.

L'action des poisons sur les autres glandes a été beaucoup moins étudiée. A peine si l'on a recherché leur influence sur la sécrétion bcrymale, qui semble actionnée parallèlement aux autres sécrétions; c'est surtout dans l'empoisonnement par la muscarine qu'on observe un abondant écoulement de larmes.

Nous avons déjà parlé de la sécrétion lactée et nous ayons indiqué quelques-unes de ses modifications à propos des poisons qui peuvent s*i rencontrer. Stumpf (^), qui a étudié la question sur des chiens, arrive aui

(*) SmfPF, Ueber die Verândeningen der Milchsecretion nnter dem Einfhisse riniger Vedict mente. Deutscheê Archiv fût klin. Medtcin.y Bd. XXX, p. 201.

conclusions suivantes : Tiodure de potassium diminue la quantité produite, tandis que Talcool, la morphine, la pilocarpine, n'ont pas d'effet appréciable; Tacide salicylique semble activer légèrement la sécrétion.

Action des poisons sur la sécrétion urinaire. — La plupart des poisons agissent sur la sécrétion urinaire ; les uns influencent la quantité des urines, les autres modifient leur constitution chimique. Or l'étude de ces modifications présente une importance considérable, car elle permet de saisir la nature des troubles que le poison suscite dans l'intimité même de l'organisme et nous renseigne sur les changements qu'il produit dans la nutrition.

Quelques substances provoquent de la diurèse en élevant la pression sanguine ; tel est le cas de la digitale ; mais la pression peut s'accroître sans que la sécrétion rénale augmente; ainsi, sous l'influence de la strychnine, la pression peut monter de 8 centimètres (Yulpian) et pourtant la diurèse diminue et parfois se supprime. D'autre poisons excitent les nerfs sécrétoires, c'est le cas de l'alcool, d'autres, comme le strophantus (Lemoinc), ont une action élective siu* l'épithélium rénal; enfin, il en est qui modifient le volume du rein, comme on peut le constater au moyen de l'oncomètre et de l'oncographe; la caféine, la cytisinc, produisent d'abord une légère contraction de l'organe, puis une augmentation de volume s'accompagnant de polyurie ; la dextrose, l'urée, le chlorure de sodium, l'acétate de soude, augmentent également le volume de la glande.

Il existe des poisons qui ont un eflet inverse et diminuent le volume du rein, souvent sans influencer la sécrétion, tels sont la spartéine, la strophantine, l'apocynéine, le terpentinol, l'adonidine, le chlorure de baryum (Pilips).

Parmi les substances qui agissent sur la sécrétion urinaire, il en est quelques-unes qui, à petite dose, augmentent la diurèse, et, à haute dose, la diminuent ou la suspendent : telle est l'atropine.

Les toxiques qui diminuent la quantité d'urine sont extrêmement nombreux ; on peut citer tous ceux qui affaiblissent le cœur, abaissent la pression, amènent du collapsus ou des états cholériformes, ceux qui altèrent les épithéliums rénaux ou qui, détruisant les cellules du foie, empêchent la formation de l'urée, ceux qui, dissolvant les globules sanguins et produisant ainsi des thromboses, encombrent les tubes urinifères. Les poisons minéraux, la cantharide, l'opium, peuvent amener une anurie presque absolue; dans un cas d'empoisonnement mercuriel relaté par M. Bouchard, le malade rendit 44 centimètres cubes en vingt-quatre heures.

Nous avons déjà indiqué les poisons qui s'éliminent par l'urine et nous avons montré que les uns passent dans cette sécrétion sans avoir subi do transformation, que d'autres s y retrouvent sous une forme nouvelle. Dans ce dernier cas, il s'est produit évidemment une modification dans l'organisme, qui a dû céder aux toxiques les corps nouveaux qui se sont unis à eux ; le plus souvent, c'est de l'oxygène qui a été ainsi emprunté; d'autres

fois, c est une substance entrant dans la constitution même de la molicule vivante, comme le soufre. Mais les modifications les plus inténssantes portent sur les variations que subissent les éléments constitutifs de Turine et sur l'apparition d'éléments anomaux.

On a surtout étudié Turée et Tazote, plus rarement les cfalorores, les phosphates et les sulfates.

Les modifications dans Texcrétion de l'urée tiennent soit i on trouble de la nutrition, soit à une altération de la glande hépatique; dans ce dernier cas, on observe une augmentation relative de l'azote total; ainsi le phosphore, après avoir excité les cellules hépatiques et exagéré l'excrétion de l'urée, amène la dégénérescence du foie; dès lors l'urée diminue, disparaît presque et se trouve remplacée par des corps moins oxydés, des sels ammoniacaux et même des substances albuminoides. Mais, dans b plupart des cas, les phénomènes sont moins simples et il n'est pas toujours facile de déterminer si les modifications de l'uropoièse résultent d'une altération du foie ou d'un trouble de la nutrition.

Parmi les substances qui abaissent le taux de l'urée, probablement en entravant les combustions organiques, il faut citer les bromures, TantipTrine, l'alcool. Sous l'influence des bromures, l'urée diminue dans la proportion de 9 à 18 pour 100 et cette modification de l'uropoièse persiste encore quinze jours après qu'on a cessé l'administration du médicament. D'après M. Robin, l'antipyrine diminue l'urine, l'urée, l'azote total, le chlore, l'acide sulfurique et l'acide phosphorique ; elle augmente, au contraire, le phosphore et le soufre incomplètement oxydés.

C'est en agissant par un mécanisme assez complexe que certains composés minéraux entravent l'excrétion de l'urée : tels sont les sels de mercure; dans une observation d'empoisonnement rapportée par M. Bouchard, le malade rendit en vingt-quatre heures 0'%6 puis 0'*",184 d'urée; cette substance s'accumulait dans le sang, qui en contenait 2*%60 par litre : il fallait donc invoquer, dans ce cas, un défaut d'élimination lié à une altération rénale.

Il existe des poisons donc l'action varie notablement, suivant h dose ; de petites quantités de quinine abaissent le taux de l'azote, des phosphates, des sulfates, des chlorures ; d'après les recherches de Bock. en cinq jours, l'élimination de l'azote serait de 10 grammes inférieure à la quantité ingérée; l'acide sulfurique diminue dans les proportions de 39 pour 100 ; on peut donc conclure que les albumines cellulaires s*oxydent moins et que la désassimilation est moins active. A haute dose, au contraire, la quinine augmente l'excrétion de l'urée; l'atropine et les alcaloïdes de l'opium (Fubini) agissent de même.

Dans un grand nombre d'empoisonnements, l'urine renferme diverses substances anomales, albumine, albumoses, glycose, acide lactique, hémoglobine, pigment biliaire, etc.

L'albuminurie qui relève soit d'une altération du sang, soit d'une lésion ou d'un trouble du rein, s'observe dans la plupart des empoisonnements

parles substances minérales, le plomb, le mercure, le phosphore; elle est constante dans Tempoisonnement par la cantharide : on suppose généralement que la cantharidine, unie aux albumines du sang, se dégage au niveau des reins et altère leur épithélium. Enfin c'est en agissant sur le sang lui-même, en modifiant ses albumines, que les poisons endogènes produisent des albuminuries qu'on a désignées sous le nom de dyscrasiques.

Qu'elle contiemie ou non de l'albumine, l'urine peut renfermer de l'albumose : c'est ce qu'on observe surtout dans l'empoisonnement par le phosphore.

Un grand nombre de poisons donnent à l'urine le pouvoir de réduire la liqueur de Fehling ; tantôt il s'agit de glycose, tantôt de substances différentes et notamment d'acide glykuronique. Celui-ci prend naissance dans les empoisonnements par les chUTrates, le nitrobenzol, le curare, la morphine, la fougère mâle, le camphre. Les substances aromatiques, comme le phénol, l'indol, le skatol, s'éliminent en partie à l'état de sulfoconjugaison, en partie unies à l'acide glykuronique.

Il existe des poisons qui provoquent une véritable glycosurie, le plus souvent, en excitant les cellules hépatiques : c'est ce qu'on obtient en injectant de l'étherdans un rameau de la veine porte (Harley, Cl. Bernard) ou en faisant ingérer cette substance (Lecomte). Il faut rapporter au même mécanisme les glycosuries d'origine asphyxique ; les recherches de Reynoso et de M. Dastre ont établi que, dans l'asphyxie rapide, le sang surchargé d'acide carbonique stimule le foie et produit l'hyperglycémie ; dans l'asphyxie lente, il survient, au contraire, une hypoglycémie par épuisement des réserves sucrées.

La plupart des autres glycosuries toxiques semblent beaucoup plus complexes : l'inhalation du chloroforme, de l'éther, de l'oxyde de carbone, fait apparaître le sucre dans l'urine. Trois procédés peuvent être invoqués : l'action de ces substances sur les terminaisons intra-pulmonaires des pneumogastriques, une diminution de l'activité des tissus, une suractivité du foie.

Dans l'empoisonnement par la strychnine, le foie joue un rôle capital, puisque la glycosurie ne se produit plus quand cette glande a été extirpée ou ne contient plus de glycogène (Langendorff). Le mécanisme semble plus complexe dans le cas de diabète curarique; SchiB, Dastre, l'expliquent par l'asphpie ; mais il peut se produire, paraît-il, après l'extirpation du foie, ce qui rend sa pathogénie très obscure.

On a encore observé la glycosurie dans les empoisonnements par l'opium, les salicylatcs, la vératrine et surtout par le nitrate d'urane, la nitrobenzine et la phloridzine.

Le nitrate d'urane produit un diabète léger mais grave, l'urine ne contient pas plus de 10 grammes de sucre par litre, ce qui n'empêche pas que l'animal succombe; au contraire, le diabète produit par la phloridzine se caractérise par une grande quantité de sucre qui atteint 40 et

970 LES INTOXIGÂ'nONS.

50 grammes par litre, mais son évolution est favorable. La phlorîdzinf agit d'abord en épuisant le glycogène, ensuite en dédoublant les albumines.

Il existe enfin des substances toxiques qui provoquent la glycosurie par suite d'une insuffisance hépatique liée à une altération diffuse de la glande. L'organe devient incapable de fixer le sucre, et celui-ci passe dans Vnrunf quand la veine porte en contient en excès; c'est ce qui s'observe dans les empoisonnements par le mercure, l'arsenic, le phosphore.

Parmi les autres composés ternaires qui peuvent se trouver dans l'urine, il faut citer l'acide lactique ; nous avons déjà fait l'histoire de b lacticémie (p. 824) et nous avons montré sa fréquence dans les empoisonnements les plus divers, notamment dans les intoxications par l'oxyde de carbone ou la vératrine.

Les altérations du sang expliquent le passage dans l'urine des substances que renferme cette humeur; d'un autre côté les lésions vascuhin^, c'est-à-dire les ruptures des capillaires rénaux, suffisent parfois à rendre compte de l'hématurie que provoquent l'ergot, la cantharide, Faloès, b santonine.

Ailleurs c'est la matière colorante qui a été mise en liberté, soit qu'elle ait été séparée du stroma, comme sous l'influence de l'aniline, soit que les globules aient été détruits; c'est ce que produisent le chlorate de potasse, le naphtol, l'acide pyrogallique, l'bydîrogène arsénié, l'iode, la glycérine, l'éther, le poison des morilles, les acides biliaires, etc. Toutes ces substances, que Ponfick désigne sous le nom de cytémalitiqueSf provoquent rhémoglobinémie et Thémoglobinurie. Mais on se rappelle qu'en même temps le foie peut transformer une partie du pigment sanguin en pigment biliaire; aussi observe-t-on, suivant la dose introduite, de Tictère avec polycholie et présence du pigment biliaire dans l'urine, ou bien de l'hémoglobinurie et de l'hémoglobinocholie.

L'étude de l'urine renseigne donc sur un grand nombre de troubles qui se passent dans l'organisme ; elle permet de saisir les modifications qui surviennent du côté des reins, du foie, de la nutrition générale. Pour mieux apprécier les modifications nutritives, Nencki et Sieber (*) ont eu recours à un procédé fort ingénieux. Ils ont établi d'abord que le benzol s'oxyde dans l'organisme et s'élimine par l'urine à l'état de phényisulfate et de phénylglykuronate. Or dans l'empoisonnement par le phosphore les oxydations tombent au minimum, et l'on ne trouve presque plus de phénol dans l'urine; le cuivre, le platine, l'éther, le chloroforme, diminuent de moitié la production du phénol ; l'arsenic est sans action ; les auteurs ont reconnu, de plus, que les phénomènes de sulfoconjugaison ne se modifient pas en même temps que les oxydations.

(') Ne5cki und SiEBEB, Ueber eine neue Méthode die phjsiologische OxydaCkm xu niesen, nod liber den Einfluss der Gifle und Krankheiten auf dieselben. Archiv fur die getawtmU Pkwêiologie, Bd. XXXI, p. 319, 1888.

ACTION DES pnrsONS SUR I,A NtlTOITlON'.

Action des poisons sur la nutrition. — Après les détails que nous avons donnés à propos des urines, nous serons bref sur les modifications nutritives provoquées par les poisons. On peut facilement diviser les substances toiiques en deuï groupes, suivant qu'elles activent ou ralentissent la nutrition; mais les renseignements fournis par les auteurs sont parfois tellement contradictoires qu'il est difficile de dire quel est le procédé mis en œuvre. Pour étudier les poisons Ji ce point de vue. on peut avoir recours à quatre méthodes : rechercher les altérations de l'urine, les modifications des échanges gazeux, les troubles de la glycogénie hépatique, les variations thermiques.

C'est la courbe de l'azote total et non de l'urée qui donne des renseignements sur les échanges. On peut admettre jusqu'à certain point que les substances, qui diminuent l'excrétion de l'azote total, ralentissent la nutrition; celles qui augmentent l'excrétion des matières axotées activent les processus nutritifs. Dans le premier groupe se rangent l'antipfrine, les bromures, l'alcool, la quinine et la cocaïne. Sous l'inQuenco de la quinine, les albumines cellulaires s'oxydent moins, et In désassimilalion est ralentie; l'azote diminue, mats en même temps il se produit une excitation du système nerveux qui peut rendre les résultats moins nets. La cocaïne a une inOuence sur la nutrition, ce qui explique comment elle augmente la résistance à la fatigue; mais l'analyse expérimentale n'a pas été faite d'une facoD snfGsniite vt l'on ne connaît pas encore quelles sont les modifications exactes que présente l'urine.

Parmi les toxiques qui activent la nutrition, on peut citer l'atropine, le café. Enfin il existe quelques poisons qui rendent la désassimilation plus rapide ou la font dévier de son tj^pe normal : c'est en troublant les échanges qu'ils provoquent les dégénérescences cellulaires et notamment la stéatose.

Pour certaines substances dont l'action semble démontrée parla clinique, les recherches expérimentales n'ont pas tou]oui-s donné des résul- (nts certains. Ainsi, on n'est pas bien fixé sur tes effets des iodun^s. Sons leur iiillnence, M. Bouchard a vu augmenter l'excrétion du l'urée, tandis que Rabuteau, Milanest, prétendent que le taux de l'urée diminue et que le poids du corps ne varie pas. Si quelques observateurs ont noté l'amai^isscment, c'est que les préparations contenaient de l'iode; ce métalloïde agirait simplement en troublant les fonctions di^'cstives et en déterminant du catarrhe gastrique et la perte de l'appétit.

Même incertitude en ce qui concerne les alcaloïdes de l'opium : Fubi ni prétend qu'ils augmentent l'urée et favorisent la désassimilation; mais de petites doses de morphine semblent ralentir les échanges, surtout chez l'homme; dans les cas de diabète par exemple, elles provoquent souvent une diminution de la glycosurie.

Pour avoir des notions plus précises sur la nutrition, on peut s'adresser i l'exhalation pulmonaire.

Yalentin(^), qui a étudié le problème avec soin, a reconnu qa'one faible quantité d'acétate de morphine, injectée à une grenouiDe, diminue Texhalation de Tacide carbonique et surtout l'absorption de Toxygène; les hautes doses de l'alcaloïde amoindrissent encore l'absorption de l'oxygène, mais font monter l'exhalation de l'acide carbonique au-dessus de la normale. L'apomorphine agit d'une façon différeote suivant les circonstances; l'absorption de l'oxygène est toujours dimiDoée, tandis que l'exhalation de l'acide carbonique, amoindrie si l'animal est dans un état de mort apparente, est exagérée s'il présente des mouTements conyulsifs.

Fubini (*) a étudié l'action des alcaloïdes de l'opium sur le chien, \t lapin et le cobaye ; il a vu que la morphine faisait tomber l'acide carbonique exhalé par un chien dans la proportion de 100 à 50 ; la codéine à 85, la narcotine à 90, la papavérine à 92, enfin la thébaîne a fisdt monter l'exhalation de l'acide carbonique, chez le cobaye, à 118.

La question des échanges respiratoires a été reprise par un grand nombre d'auteurs et notamment par K. Petzold et J. Rogler, dans leurs thèses inaugurales, publiées en 1891 à Erlangen. Parmi les nombreuses substances qui ont été étudiées, nous citerons la quinine, qui, entniTant la désassimilation , abaisse l'exhalation de l'acide carbonique (Bock); l'arsenic diminue à la fois l'urée, l'acide carbonique, les phosphates; il produit donc un aDaiblissement de la désassimilation qui peut avoir pour conséquence la stéatose viscérale (Schmidt et Brettschneider).

Les troubles de la nutrition cellulaire se traduisent encore par des modifications dans la composition chimique des tissus ; sous l'influence de certains poisons, les substances constituantes sont altérées, déviées de leurs types normaux; il y a un changement dans la teneur en eau, en albuminoïdes, en graisses, en sucre. Certains corps, avides d'eau, ont la propriété de déshydrater les tissus; Kunde a montré, par exemple, que l'injection du chlorure de sodium sous la peau ou dans le tube digestif de la grenouille amène des convulsions, puis une paralysie avec perte d'excitabilité des nerfs et des muscles; en même temps le cristalhn s'opacifie ; mais il reprend son aspect normal dès qu'on rend à l'animal l'eau que le sel a attirée et qui s'est accumulée au point d'injection. Chez les Mammifères, les phénomènes sont analogues, mais moins nets ; injecté dans les veines, le chlorure de sodium provoque de l'œdème pulmonaire et des spasmes musculaires qui disparaissent si on donne à l'animal de grandes quantités d'eau.

Ce n'est pas seulement le sel marin qui exerce une action déshydratante ; il en est de même des vapeurs du chloroforme. M. Dubois, ayant mis des plantes grasses dans une atmosphère imprégnée de chloro-

(*) YÀLE5Tiif, Eudiometrisch-toxicologische Dntersuchungen. Arch. fur exper. Paihol. PharmakoL, Bd. XI, 1879.

(*) FuBiM, Influcnza di alriini alcaloîdi dell' oppii sul chimi5nio delU respiraxkHie. Turin,

forme, a vu sourdre des gouttelettes liquides, analogues à de la rosée ; puis les feuilles s'inclinent et sont ailaissées en une heure. Les modifications sont analogues, mais plus lentes avec Téther, qui produit les mêmes phénomènes en douze heures et l'alcool qui les amène en vingt-quatre heures.

Le même auteur a étudié la déshydratation des animaux placés sous une cloche où se trouvait un corps avide d'eau, comme le chlorure de calcium; il à reconnu que les animaux vivants se déshydratent moins vite que les cadavres; en trois jours, ils perdent 13,2 pour 100 de leur poids; chez les cadavres le résultat varie suivant le genre de mort; si on a tué l'animal avec du curare, il perd 14,2 pour 100; 16,6 si on l'a fait périr avec de la strychnine; 18,8 avec du chloroforme, 19,45 avec de la pilocarpine.

Les modifications survenues dans les albumines de l'organisme sont beaucoup plus importantes, mais leur étude présente de grandes diffcultés. Nous savons seulement que certains poisons activent la désassimiktion des matières azotées, que d'autres l'entravent ou la modifient; l'examen de l'urine a permis de suivre les modifications de l'urée, de l'azote total, et a souvent révélé la présence, dans ce liquide, d'albumine ou de peptones.

C'est aussi à une modification des albumines qu'il faut rattacher la production de l'immunité acquise; qu'il s'agisse des poisons microbiens, des poisons végétaux, comme l'abrine ou la ricine, des poisons animaux, comme la peptone, la vaccination est due à des modifications du chimisme organique et ces modifications dépendent d'un changement dans la nutrition cellulaire : l'action des toxiques se traduit par des réactions organiques qui aboutissent à la production d'anti-toxines.

Les modifications nutritives les plus faciles à étudier sont celles qui se rapportent aux hydrates de carbone ; elles peuvent se traduire par de la glycosurie, reconnaissant pour cause soit un trouble de la nutrition cellulaire, soit, ce qui semble plus fréquent, une modification de la glycogénie hépatique.

Dans quelques cas le poison provoque la glycosurie en excitant la fonction glycogène. Le plus souvent c'est l'inverse qu'on observe : l'arsenic, le curare, la strychnine, le phosphore, la nitrobenzine entravent la glycogénie. L'arsenic peut produire une telle diminution du glycogène que la piqûre du 4^ ventricule reste sans effet. La strychnine fait disparaître le sucre du foie et des muscles; elle agit même quand l'animal n'a pas de convulsions; mais dans ce cas son action est moins marquée (B. Demant).

C'est dans les empoisonnements chroniques que les troubles de la nutrition présentent le plus d'intérêt au point de vue cHnique.

Dans tous les cas, on observe un état d'anémie généralement très marqué, se traduisant par la pâleur des téguments, l'essoufflement facile, par des palpitations des œdèmes passagers, enfin par une tendance des moindres excoriations à revêtir une forme ulcéreuse ou à être le point

de départ de complications septiques; dans l'hydrargyrisme chronique, par exemple, une simple irritation cutanée peut être suivie d erysipèle ou de gangrène ; mais les troubles de ce genre sont surtout maniiesles dans l'intoxication par l'arsenic ou le phosphore ; dans le premier cas, c'est sur la muqueuse nasale que le processus ulcératif se développe ; il se fait un coryza chronique pouvant à la longue entraîner des pertes de substaoce, des perforations de la cloison, ou déterminer des tumeurs végétantes analogues aux productions cancéreuses (Hutchinson). Les eOets du phosphore ne sont pas moins graves; tout le monde connsut les nécroses des maxillaires, qui heureusement deviennent de plus en plus rares avec les progrès de l'hygiène.

Les troubles de la nutrition peuvent se traduire par d'autres manifestations qui, pour être moins terribles, n'en sont pas moins intéressantes : ce sont les altérations dentaires dans le morphinisme, Faménorrhée, lei avortements ou la débilité des nouveau-nés dans la plupart des intoxications. Enfin on observe encore un amaigrissement rapide, ou au contraire une surcharge graisseuse, qui est si fréquente chez certains alcooliques.

Pour déterminer d'une façon plus précise les changements de la nutrition, il faut évidemment s'adresser à l'urine. Peu d'auteurs ont abordé cette recherche, qui pourtant nous donnerait des renseignements fort importants sur les phénomènes qui se passent dans l'intimité des cellules. Les seules expériences précises ont été poursuivies par M. Bouchard et par M. Gaucher (*) : en étudiant des malades atteints de saturnisme chronique, M. Gaucher a constaté une notable diminution de l'urinet dont V chiffre tombe à 800 centimètres cubes en vingt-quatre heures ; c'est ce qui s'observe à la première période de l'empoisonnement : plus tard, c*est4dire dix à quinze jours après le début de Tintoxication confirmée, il se produit une polyurie qui se chiffre par 2 litres ou 2 litres 1/2. Pendant la première période les globules sont détruits en abondance, et donnent à Turine et aux téguments l'aspect hémaphéique : quand la polyurie s'établit, les urines deviennent de plus en plus pâles. En même temps l'urée diminue et son taux tombe à 5 ou 7 grammes en vingt-quatre heures; Tacide urique n'est augmenté que dans les cas où le malade mange avec excès; le chlore, Tacide phosphorique sont de deux à trois fois moins abondants que normalement ; ce ralentissement de la nutrition joue évidemment un rôle dans le développement de l'anémie, il explique la lenteur avec laquelle certains médicaments s'éliminent; en donnant de l'iodore de potassium, M. Gaucher a vu que cette substance n'apparaissait dans l'urine que vers le^ troisième jour, c'est-à-dire à une époque oùl'élimûtt' tion est terminée dans les conditions normales, et mettait de onze à diisept jours à quitter l'organisme.

Nous devons signaler un dernier trouble nutritif qu'on observe dans le

(^) Gaucuer, Des troubles de la nulrition dans rintoxication satanmie. Hevue de mM^ 1881, p. 877.

ACTION DKS l'iJISUNS SHU LA TIIKinil.ii;iiNKSK. 075

(ornisme, c'est une variété de guulti; (goutte saturnine) remarquable par tendance à envaliir plusieurs jointures : elle constitue la manirestalton une vraie dialhèae acquise.

Les auto-intoxications peuvent provoquer aussi des modifications iiutrires. Le fait est évident et bien connu, eu ce qui concerne le diabète; imaî crissement présenté par les malades, les douleurs osseuses, la Forition d'acides dans leur organisme, les manirestations oculaires et ilamment les cataractes témoignent su^isamment des changements sur- !QUS dans la nutrition.

Dans les cas de dilatation stomacale, il se produit aussi des troubles du ème ordre : le plus intéressant est constitué par les nodosités des 'Uïiêmes phalanges, qui ont été décrites pour la première fois par . Boucha i-d.

Action des poisons sur U thermogenëse. — Rien n'est plus contre rtoire, au premirr abord, que l'action des poisons sur la température. dilTicutté de l'étude tient aux causes suivantes : toute substance qui agit r la température produit une action primaire, qui est suivie d'une action secondaire faisant varier la colonne thermométrique en sens rerse. Quand un poison a abaissé primitivement la température, on '

serve secondairement une élévation thermique, généralement inférieure i

hypothermie initiale. Réciproquement, après une hyperthcrmie primitive !

produit toujours une légère hypothermie secondaire. Ce qui complique [

COre le phénomène, c'est qu'une même substance, suivant les doses, '

A produire des effets différents ; tel poison qui est hyperthermisant quand en introduit une petite quantité, devient bypothermisant quand on en ecte une plus forte. Enfm, quel qu'ait été l'elTet primitif, presque tou- '

rs la température s'abaisse pendant la période agonique. (

k ces premières causes d'erreur s'en ajoutent d'autres tenant à Tira- '

issionnabilité du sujet sur lequel un expérimente; la crainte, les mouve- '

nts produisent des variations thermiques considérables. L'immobilité : baisser la température dans des proportions très marquées; aussi est-il lispensable, dans les recherches de ce genre, de ne jamais attacher les maux sur lesquels on opère.

Il faut tenir compte encore de la température ambiante et de la déper- ,

ion de chaleur qui en est la conséquence; pour éviter cette nouvelle 196 d'erreur. GottUeb maintient les animaux dans une étuvc réglée à -32 degrés; dans les conditions physiologiques, leur température reste '

istante ; dans les empoisonnements elle s'élève facilement ; c'est ce qu'on ierve notamment dans rinloxication morphinique. '

Le thermomètre donne des résultats importants sur l'étal de la chaleur imale ; mais les renseignements qu'il fournit doivent être complétés par tude calorimétrique, qui seule renseigne sur le mécanisme de la ihermolèse. Malheureusement les éludes calorimétriques sont fort difficiles et appareils employés sont généralement peu pratiques ou peu exacts.

Aussi la plupart des auteurs continuent-ils à se servir du thermomètre.

Telles sont les quelques notions préliminaires qu'il était indispensable de rappeler avant d'aborder Fétude de la thermogénèse.

Certains poisons, avons-nous dit, élèvent la température; ils peofeot agir par trois procédés principaux : mettre en jeu les centres de la cabrification ; activer les combustions organiques ; exercer une influence indirecte, par exemple en provoquant des convulsions.

Cette division est acceptable au point de vue théorique; mais pour bien des substances on ne sait pas encore par quel mécanisme elles agissent, et Tincertitude est d'autant plus grande que, pour beaucoup d'entre elles, oo n'est même pas tombé d'accord sur leur action.

La plupart des poisons d'origine animale, sauf les venins, élèvent la température; la plupart des toxiques végétaux sont hypothermisants; l'action des produits microbiens diflere d'une espèce bact^enne à lautre et, dans une même espèce, elle varie suivant la virulence, l'ancienneté des cultures, le milieu nutritif. Quant aux poisons minéraux, nous ne trouvoDs à citer, comme thermogènes, que les iodures, le bicarbonate de soude, et le phosphore, au moins à petites doses.

Tous les extraits pratiqués avec des tissus animaux, muscles, foie, rate, reins, poumons, cerveau, élèvent la température, comme on peut s'en convaincre en parcourant l'excellente thèse de M. Rouquès (^). II en est de même du sang défibriné et du sérum; l'urine amène une assez forte hyperthermie, après une hypothermie primitive passagère; les matières, qui influencent ainsi la thermogenèse, doivent certainement jouer un rôle dans les modifications de température qu'on observe au cours de l'urémie.

D'autres substances d'origine animale élèvent également la température; tels sont, par exemple, les urates, l'urée, la créatine; c'est aussi à de« poisons autogènes qu'il faut attribuer les modifications thermiques qui caractérisent la fièvre goutteuse, les fièvres de surmenage, les fièvres digestives. Nous croyons même qu'on peut généraliser ce processus; quand on refroidit un animal, on constate que le sang acquiert des propriétés thermogènes qu'il ne possède pas dans les conditions normales et qui doivent jouer un rôle dans la régulation thermique et surtout dans les réactions fébriles secondaires.

Parmi les alcaloïdes pyrétogènes, il faut citer la cocaïne, qui semble porter directement son action sur les centres (Mosso) ; la pilocarpine produit une légère élévation initiale, suivie d'un abaissement au momoit de la diaphorèse ; l'opium, l'atropine, font monter le thermomètre, pour l'abaisser ensuite si la dose est plus forte.

Les substances convulsivantes élèvent toutes la température; la nicotine, la santonine, la picrotoxine produisent cet effet; l'acide cyanhydrique est hypothermisant, mais si des convulsions éclatent, la température monte et peut continuer à s'élever après la mort. La strychnine, qui est le t^-pe de$

(') RovQirès, Substances thermogènes extraites des tissus animaux sains. Thèse de Pari», 1895.

conmlsivants, est aussi le poison qui provoque les plus fortes hyperthermies; sous son influence on a observé des températures de 42, 45 et mémo 44 degrés ; mais à la période de paralysie, la température s'abaisse au-dessous de la normale ; il en est de même chez les animaux dont le système nerveux est paralysé; les convulsions ne se produisant plus, la température peut tomber à 27 degrés (Harnack et Hochheim) ; cette hypothermie énorme est capable par elle-même d'entraîner la mort, car si l'on empêche la déperdition du calorique, on parvient parfois à sauver les animaux.

Ainsi, même quand ils élèvent primitivement la température, la plupart des poisons l'abaissent à la période agonique ou quand la dose administrée d'emblée est très élevée.

Les substances hypothermisantes sont fort nombreuses ; elles se divisent théoriquement, comme les substances thermogènes, en trois groupes, suivant qu'elles agissent sur la nutrition, sur les centres nerveux ou sur les muscles qu'elles paralysent. Mais le plus souvent les phénomènes sont complexes : l'antipyrine, par exemple, entrave la nutrition, comme l'ont montré les recherches de MM. Brouardel et Loye et de M. Robin; mais elle agit aussi sur les centres nerveux, car les piqûres cérébrales n'amènent pas d'hyperthermie chez les animaux placés sous son influence (Girard).

C'est en modifiant la nutrition que semblent agir certaines substances minérales, comme les bromures et l'arsenic; les bromures administrés à dose de 10 grammes abaissent la température de 0^,5 à 0^,8; à dose de 15 grammes, de 1 à 2 degrés.

La température s'abaisse dans les empoisonnements par les acides minéraux et organiques. Brown-Séquard avait signalé ce résultat dès 1849 en étudiant les acides chlorhydrique, sulfurique, nitrique. On a reconnu depuis qu'il en était de même avec les acides acétique, citrique, tartrique. L'action de l'acide phénique a été plus discutée. Yolkmanri considère cette substance comme pyrétogène, Kocher et Billroth comme hypothermisante. Il nous semble que le doute n'est pas possible. Chez deux malades du service de M. Bouchard, atteints de fièvre typhoïde, et chez lesquels on injecta par erreur 48 grammes d'acide phénique dans un lavement, la température tomba à 34^,8. Nous avons observé un enfant qui avait ingéré accidentellement de la glycérine phéniquée; sa tempt*rature rectale prise une demi-heure plus tard, était à 35*,8; le soir, l'enfant allait mieux et la température s'était élevée à 39'',5. Voilà un exemple remarquable de ces modifications secondaires qui peuvent rendre les interprétations si difficiles.

L'ammoniaque est également une substance hypothermisante; chez un lapin auquel nous en avions injecté, en nous servant d'une solution à 2 pour 1000, 0^,18 par kilo, nous avons vu la température tomber en une heure de 39 à 33 degrés. Citons enfin le tartre stibié, qui produit une algidité comparable à celle du choléra.

Le groupe des substances de la série aromatique comprend un grand nombre de poisons hypothermisants, qui répondent à la loi de Lépine et

PATBouMJii oàiiaiLi — I. 63

Laborde: tout antithennique est un analgésique. Cette loiseconfinne. en effet, avec l'antipyrine, la kairine, on peut même Téteodre à Talcool. l'éther, le chloroforme, le chloral. Remarquons cependant que le diloroforme et surtout le chloral agissent principalement par les dihUlioib yasculaires qu'ils provoquent au niveau de la peau ; il en résulte une perte de calorique qui peut faire tomber la température à 32 et noèiie à 27 degrés; si on supprime la déperdition de chaleur, en plaçant le> animaux dans une étuve, on les empêche de succomber. C'est en étudiant le chloral et le chloralose que M. Ch. Richet a mis en évidence Taction automatique du bulbe qui, en provoquant le frisson, lutte contre le refroidissement.

Un grand nombre d'alcaloïdes et de glycosides abaissent la température. Nous avons déjà cité la morphine et l'atropine, qui, à petites doses, sont hyperthermisantes. Comme alcaloïdes hypothermisants d^emblée il faut signaler l'hysocyamine, l'émétine, l'aconitine, la muscarine, la vératrine, l'ésérine. Avec la quinine les résultats sont variables et généralement peu marqués : chez l'homme sain, on a vu la température s'élever ou s'abaisser de quelques dixièmes de degré ; chez les animaux sains, les résultats sont également inconstants. Au contraire, chez les êtres fébricitants, la quinine représente un antithermique, au moins dans les cas où la Gèvre est caractérisée par de grandes oscillations. Toutes ces contradictions s'effacent si on tient compte de ce fait que la quinine n'abaisse pas, à proprement parler, la température, mais la régularise, c'est-à-dire modifie les écari« qu'on observe aux diverses heures de la journée.

Il résulte enfin des recherches d'Ackermann que la digitale abaisse la température centrale et élève la température périphérique, quand elle est administrée à petite dose; à haute dose, elle produit Tinverse; à dose toxique, elle détermine l'hj^othermie centrale et périphérique.

n nous resterait à étudier les produits de sécrétion des êtres inférieurs. La levure de bière détermine des accès de fièvre, dépendant probablement du ferment qu'elle sécrète (Roussy); la plupart des bactéries donnent naissance à des substances hyperthermisantes dont on a d'abord constaté la présence dans les matières putréfiées ; Gaspard montra que le poison putride est thermogène et M. Chauveau établit qu'il n'est pas détruit quand on le chauffe à 100 degrés; son action est due à des substances complexes dont Tune a été isolée par Brieger sous le nom de mydaléine.

Depuis ces premiers travaux, un grand nombre d'auteurs ont recherché l'influence des poisons microbiens sur la thermogenèse ; la question sera étudiée avec tous les détails nécessaires dans le chapitre consacré aui infections

Action des poisons sur les infections. — Les poisons favorisent souvent le développement des agents animés, parasitaires ou infectieux. Seeek a constaté que chez beaucoup de grenouilles qui avaient reçu diverses substanses métalliques des parasites envahissaient le tégument cutané.

Quelques-unes des lésions qui s'observent au cours des intoxications relèvent en réalité d'une infection secondaire : tel est le cas, que nous avons déjà cité, de la stomatite ou de Tentérite hydrargyrique. Diday rapporte qu'un homme, ayant une stomatite mercurielle, transmit à sa femme l'affection dont il était atteint : c'est un exemple saisissant de l'augmentation de virulence que peuvent acquérir les microbes de la bouche, au cours des intoxications. Enfin, les recherches expérimentales de M. Wurtz et de M. Beco établissent que dans un grand nombre d'intoxications, les bactéries intestinales envahissent l'organisme ; pénétrant par le système porte, elles parviennent d'abord dans le foie, et peuvent, comme l'admet M. Wurtz, jouer un certain rôle dans la pathogénie des cirrhoses.

Les poisons favorisent l'infection de deux façons principales : tantôt ils provoquent des lésions locales qui diminuent la résistance des tissus dans lesquels on les introduit; tantôt ils déterminent une perturbation générale de l'économie qui abolit momentanément son immunité.

Comme exemple du premier mécanisme, nous pouvons citer l'action de l'acide lactique qui, injecté dans un muscle de lapin, le rend incapable de résister au développement du charbon symptomatique ; d'autres sub^ stances comme l'acide acétique, l'acétate de potasse, l'alcool, produisent des. effets semblables.

Ailleurs, il s'agit d'une intoxication générale, retentissant probablement sur le système nerveux. C'est ainsi que Platania a démontré que l'alcool, le chloral, permettent le développement du charbon chez les animaux naturellement réfractaires, comme le chien, le pigeon, la grenouille; Wagner a vérifié le fait en inoculant le charbon à des poules chloralisées.

Divers poisons peuvent, agir, semble-t^il, tantôt en déterminant un trouble local, tantôt en produisant une modification de tout l'organisme. C'est par le premier mécanisme qu'on peut expliquer les lésions infectieuses consécutives aux inhalations de gaz délétères ; chez les individus soumis aux vapeurs de charbon, aux émanations méphitiques des fosses d'aisance, on voit parfois se développer de la broncho-pneumonie ou des gangrènes pulmonaires qu'on peut rattacher à ce processus. Mais, dans les mêmes conditions, on peut voir survenir une inifection générale ; c'est du moins ce qui ressort de quelques recherches expérimentales (')• En inoculant à des cobayes un charbon atténué, incapable de faire périr les témoins, on voit succomber les animaux soumis à l'action de l'oxyde de carbone ou des produits de combustion de la paille; les mêmes gaz restent sans effet, c'est-à-dire n'abrègent pas la survie après inoculation de charbon virulent. On peut donc conclure de ces expériences que les gaz délétères diminuent ou suppriment la résistance de l'économie aux germes atténués qui pullulent sur tout organisme vivant.

(*) CiABRiif et RooBR, Influence de quelques gaz délétères sur U marche de l'infection charbonneuse. Comptée rendu» de FAcad. des tcienceêj 12 septembre 1802.

Les ferments végétaux possèdent aussi la propriété de transformer Forganisme en un milieu favorable au développement des bactéries. Rossbach Ta démontré avec la papayotine; ce ferment contient presque toujours du Bacillus subtilis; injecté dans les veines, il permet la puUulation dn microbe. La papaïne favorise également Faction des germes atténués, notamment du streptocoque et du pneumocoque qui, grâce à son concours, retrouvent leur virulence (^). Les résultats sont semblables avec les macérations de jéquirity qui représentent de riches cultures du BaciUut tulh

De même que les végétaux supérieurs, les microbes sécrètent des substances favorisant Tinfection. C'est ainsi que s'explique Tinfluence des associations microbiennes; nous avons montré, par exemple, que les produits solubles du Bacillus prodigiosus permettent chez les animaux le développement de microbes auxquels ils sont naturellement réfractaires: ils abolissent l'immunité du lapin et du pigeon vis-à-vis du charbon symptomatique. Le même procédé permet de rendre leur virulence à des agenU pathogènes atténués, conune l'a bien établi Monti. L'action adjuvante du Bacillus prodigiosus est due à une substance soluble dans la glycérine, insoluble dans l'alcool et résistant à une température de 125 degrés [*).

11 ne faut pas croire cependant que toutes les toxines microbiennes favorisent les infections ; il en est, au contraire, qui servent à la défense de l'organisme envahi comme l'ont montré divers expérimentateurs et particulièrement M. Bouchard. Parfois une même toxine peut se comporter différemment chez deux espèces animales, même assez voisines. C'est ainsi que nous avons vu les produits solubles du Bacillus prodigiosus favoriser l'infection charbonneuse chez le cobaye et Fentraver diez le lapin.

Un dernier groupe de poisons venant en aide aux bactéries est représenté par des substances qui prennent naissance dans l'organisme luimême. C'est ce qui a lieu par exemple chez les animaux surmenés; les toxines qui se produisent dans ces conditions rendent possible la puUulation des virus atténués ou le passage dans le sang des nombreuses bactéries qui vivent normalement dans l'intestin. C'est aussi par suite de modifications chimiques que le diabète et la glycosurie favorisent Finfection; le résultat, établi depuis longtemps par la clinique, a été vérifié expérimentalement par Bujwid qui injectait du sucre aux animaux inoculés et par Léo qui leur faisait prendre de la phloridzine ; dans les deui cas, l'infection a été rendue plus facile et plus grave.

C'est aussi probablement en troublant la constitution chimique de

(*) Roger, De quelques substances chimiques qui faTorisent l'inTectioD. BuU, de la &)c. de bioL, 51 mai 1890.

[*) Roger, Quelques effets des associations microbiennes. BuU. de la Soc. de Holope, 10 janvier 188\> — Inoculation du charbon symptomatiquc au lapin. /6tVf., 2 férrier 1SS9 et 30 mars 1889. — Les infections combinées. Gaz. de$ hôpit.^ 1*' féTrier 1890. — Contribution à l'étude expérimentale du charbon 83^ptomatique. Hevue de médecine^ mars H uin 1891.

DE LACCOUTIMANCE. 981

l'organisme qu'agissent certaines lùsions organiques. Neumann a démonlré qu'on favorise le développement du atreplocoque en altérant le foie, en modiSant ralcalinité du sang, en lésunt le rein ou en liant la partie inférieure de l'intestin ; dans tous ces cas, il y a production exagérée de substances toxiques, insuftisance de l'élimination et modification des propriétés bactéricides des humeurs.

Il nous reste ii signaler encore le rapport entre les intoxications chroniques et le développement des lésions cancéreuses. Hutchinson a observé des formations êpithéliales au niveau des fos»es nasales dans l'arsenicisme chronique. Hœrting et liesse ont insisté sur la fréquenre des sarcomes pulmonaires chez les ouvriers travaillant dans des mines de cobalt arsenical de Schneeberg.

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