PRÉFACE
Ce livre a eu rintention d'être une systématisation de la Médecine. Par la force des choses, il sera considéré comme l'expression commune d*opinions médicales, indépendantes, mais non isolées. I^es écrivains qui se sont groupés autour de moi n'ont souscrit aucune déclaration de foi, ni accepté aucun symbole. La seule demande que j'eusse pu leur adresser eût été de rester libres. Je savais qu'une telle demande était superflue. Mais s'ils se sont réunis, c'est qu'ils étaient attirés ou poussés par une affinité doc« trinale qui donnera à Tœuvre son unité.
Cette doctrine, ce n'est pas ma doctrine; ce n'est pas celle de r£cole de Paris, ce n'est pas la doctrine médicale française. Les Écoles n'existent plus. Nous avons connu l'École de Paris et celle de Montpellier, et celle de Vienne, et celle de Berlin, et celle de Dublin. Nous avons conduit leur deuil. Notre planète est trop petite, les communications y sont, sur tous les points, trop fréquentes et trop promptes, pour qu'une Université puisse s'isoler et s'immobiliser dans le mouvement général, pour qu'un savant puisse se murer dan» la contemplation de son système. On ne peut plus parler de la doctrine d'une École, mais on doit compter avec la doctrine d'une Époque.
Une École autrefois se caractérisait par une méthode ou par une doctrine. Aujourd'hui la méthode en Médecine est bien près d'être partout la même. C'est l'Obsenation et l'Expérimentation. Non pas l'Expérimentation mise au service de l'Observation, ni l'Observation employée à modérer ou réprimer les écarts de l'Expérimentation. On a dit : « La Médecine est toute dans l'Observation aidée et éclairée par l'Expérimentation. » On a dit aussi : « La Clinique pose \e^
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problèmes; rExpérimentation les résout; la Clinique reparaît et juge les solutions. » Tout cela est vrai souvent, cette procédure témoigne des égards dont sont capables ceux qui veulent arriver à une entente. Mais l'Éclectisme est comme rofficieux de la comédie, qui brouille les gens en voulant les mettre d'accord.
Ces subordinations, ces prépotences, ces assistances, ces interventions alternantes ne sont pas nécessaires et ne sont pas dans la nature des choses. Je ne vois pas quelle différence fondamentale on peut trouver, quand un fait morbide est réalisé, entre un patholégiste qui l'étudié à l'hôpital et un autre pathologiste qui l'étudié dans son laboratoire. Des deux côtés, pour le même fait, l'investigation se poursuit de la même façon; et je plains l'expérimentateur s'il diffère trop du clinicien, et s'il ne s'est pas rompu par un long noviciat aux difficultés de l'Observation clinique telle qu'elle se pratique sur l'homme, l^es procédés de cette observation sont les lAêmes pour les deux, un peu plus délicats pour le clinicien dont les recherches ne doivent être ni dangereuses, ni douloureuses; mais ils sont les mêmes, y compris les procédés graphiques; et je vois peu de moyens mis par la technique physiologique au service de l'Observation qui ne puissent, avec quelque ingéniosité, être appliqués à l'homme. La seule différence, car il y en a une, que je découvre entre le clinicien et l'expérimentateur étudiant un fait morbide, c'est que l'expérimentateur provoque ce fait et se réserve de le faire naître quand il sera disposé à l'observer et quand il aura le loisir de l'étudier; tandis que, pour le médecin, le fait morbide se fait attendre ou le surprend à l'improviste, de sorte qu'on peut manquer l'occasion de s'instruire si l'on n'a pas l'esprit suffisamment patient, vigilant et alerte.
Provoquer la maladie, c'est la différence entre l'expérimentateur et le clinicien. Différence moins grande qu'il ne semble : car la maladie qu'étudie le médecin a été provoquée elle aussi; et il appartient à l'attention, à la pénétration, à la perspicacité du clinicien de discerner la cause, de déterminer l'instant où elle a opéré, de découvrir les circonstances qui lui ont permis d'agir. Est-ce par l'Expérimentation que Rollet a démontré les modes divers de transmission de la syphilis? C'est par l'Observation clinique seule, et les médecins qui ont eu le triste courage d'expérimenter sur l'homme, en cette matière, n*ont rien ajouté à sa démonstration. C'est bien
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par rExpérimentation que Villemin a prouvé Tinoculabilité du tubercule; mais c'est au nom de la clinique que sa contagiosité était, au siècle dernier, afflrmée par les médecins napolitains et que depuis longtemps elle était proclamée par toutes les populations du midi de l'Europe.
Ne séparons donc pas l'Observation et l'Expérimentation qui sont une seule et même chose. Mais reconnaissons que si le champ de Texpérimentateur est étroit, si les maladies qu'il peut transmettre sont en nombre restreint comparé à l'infinité des maladies que nous observons, il a dans son étroit domaine une puissance et une promptitude d'action qui lui permettent de mener le progrès, dans les questions de pathogénie, plus vivement que le médecin ne saurait faire.
Voilà pour notre méthode. Elle laisse leur autonomie à la clinique et au laboratoire, qui tous deux se réclament de l'Observation. Ce qui est bien vu par le clinicien vaut, même si l'expérimentateur ne trouve pas la même chose. Ce qui est bien vu par l'expérimentateur vaut, même si le clinicien n'arrive pas au même résultat. Mais comme il n'y a pas de vérités contradictoires, il suffit d'attendre l'interprétation qui doit mettre d'accord les deux vérités en apparence discordantes. L'Expérimentation nous a appris que la toberculose est parasitaire; la clinique nous enseigne qu'elle est héréditaire, deux notions qui semblent contradictoires. L'étude de la nutrition les met d'accord en nous faisant découvrir l'hérédité des déviations du milieu humoral qui rendent possible ou facile une infection toujours imminente.
Notre méthode nous mène à notre doctrine, car la doctrine est toute dans la pathogénie et la pathogénie se déduit surtout de rExpérimentation.
La doctrine de ce livre, si je ne me trompe, c'est aussi celle qui, à l'heure actuelle et dans tous les lieux, se dégage des méditations des hommes de Science qui réfléchissent sur les choses de la Médecine. C'est la doctrine d'une époque où l'on n'affecte plus d'ignorer le passé, mais où l'on est encore dans le feu des enthousiasmes qu*ont allumés les découvertes du temps présent; où l'on est d'autant plus respectueux des précieuses acquisitions accumulées par l'Observation des siècles écoulés, qu'il nous est permis enfin de