‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 25 sur 152 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le médecin. — Son rôle dans la £miille et dans la société. — Ses travaux et ses études. — Philosophie et pathologie générale; leur importance en médecine. — Résumé général.

c L'art se compose de trois termes : la maladie, le malade, le médecin (*). »

Nous avons étudié» d'une façon générale, la maladie et le malade; nous devons dire quelques mots du médecin.

Par sa profession» le médecin est appelé à pénétrer dans les familles; son premier devoir est d'y faire le bien. 11 doit, par son désintéressement, sa bienveillance et son zèle, inspirer la confiance à ses malades; et il réussira à leur rendre service s'il se rappelle, suivant le mot célèbre de F. Bérard» que la médecine est un art qui guérit quelquefois, soulage souvent» console toujours.

Quand il est imbu de ces idées, le médecin ne tarde pas à devenir le confident et l'ami de ses malades; il connaît leurs erreurs, leurs misères ou leurs fautes et bien des fois il réussit à relever leur courage ou à calmer leurs tristesses. C'est en même temps un conseiller; on lui demande son a\îs sur les sujets les plus graves, sur le mariage, sur le choix d'une carrière. Que de questions délicates il est appelé à résoudre et combien il a besoin de connaissances, de jugement et de tact! Dans bien des cas il ^ trouve aux prises entre les devoirs que lui dicte sa conscience et ceux (|ue lui impose le respect du secret professionnel. Tout le monde connaît, par exemple, les problèmes que soulèvent le mariage et l'allaitement chez les syphilitiques. Mais il est inutile d'insister sur ces questions de

(*) HirroauTE, Det épidémip^, 1, 5, Œorrcs complètes (trad. IJttré), t. U* p. 637. Paris, 1840.

déontologie médicale qui ont été trop soiiyent et trop bien traitées poiu que nous osions les reprendre (').

Si, de la famille, nous passons à TÉtat, nous voyons le médecin chargé des missions les plus difïieiles. Médecin légiste, il éclaire la justice et fréquemment ses réponses entraînent la condamnation ou Tacquittement du prévenu. Aliéniste, il devra se prononcer sur Tétat mental de ses concitoyens, sur leur responsabilité, sur la nécessité de leur séquestration. Hygiéniste, il aura à prévoir l'arrivée des épidémies, à indiquer les moyens de les éviter ou de les combattre, à établir la nécessité des quarantaines ou des cordons sanitaires ; il sera appelé à visiter les malades suspects ou à faire désinfecter les locaux contaminés; ailleurs, il s'occupera de la prostitution, des moyens de la réglementer, des mesures à prendre contre la propagation des maladies vénériennes; il aura le devoir d'indiquer comment on peut enrayer les progrès de l'alcoolisme; il fera connaître les dangers des sophistications alimentaires. Enfin, par ses études sur les dégénérescences physiques et mentales, il montrera les effets du surmenage, du travail excessif et précoce, tant physique qu'intellectuel; il deviendra ainsi le conseiller du législateur qui réglemente le travail de l'usine, le collaborateur de l'universiUiirc qui fixe les programmes de l'enseignement.

Mais son rôle le plus noble nous apparaît à l'hôpital où il remplit les deux plus belles tâches qui puissent lui être confiées : soulager les malheureux, instruire les élèves. Enfin que la guerre éclate, que les épidémies surviennent, nous retrouvons le médecin, ses élèves et ses aides, rivalisant de zèle et d'ardeur, soulageant ceux qui souffrent, consolant ceux qui meurent, bravant avec calme les dangers les plus grands, succombant souvent au fléau contre lequel ils ont lutté. Le médecin, comme le soldat, doit affronter le péril, sans ostentation ni faiblesse, en homme qui accomplit simplement son devoir.

Voilà, esquissé dans ses principaux traits, le rôle du médecin, dans la famille et dans la société. Par ses aptitudes, ses connaissances, ses fonctions, il a grandement contribué au progrès général, à l'augmentation du bien-être, à la diminution de la maladie, de la souffrance et de la mortalité. L'état sanitaire d'un pays et sa civilisation suivent toujours une marche parallèle. < C'est à la médecine, a dit Descartes, qu'il faut demander la solution des problèmes qui intéressent le plus la grandeur et le bonheur de l'humanité. »

La multiplicité et l'étendue des diverses branches de la médecine rendent les études difficiles et imposent un travail considérable. Si les règlements permettent d'être docteur au bout de (juatre ans et demi, il est

(*) Decbambre, art. U^ntologie. Dictionnaire encyclopédique de9 scienceê médieale$, l»* série, t. XXVII, 1882. — Du même, Le médecin ; devoirs privés et publics. Paris, 1883.

BiiouARDEL, Secret médical. Dicl. de médecine et chintrgie pratiquée^ t. XL, 1886. -^ De MÊME, Le Secret médical, 2« édit., 1893.

K<)UR?(iF.R, Nourrices et nourrissons syphilitiques. Paris, 1878. — Du même, Sj()hili8 et mariage. Paris, 18X0.

Juhel-Renot, Vie professionnelle et devoirs du médecin. Paris, 1802.

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