‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 31 sur 152 · AFFECTIONS NERVEUSES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS NERVEUSES

imitation à tous les chevaux d'une écurie; ils s'observent surtout chez les animaux au repos et disparaissent souvent sous l'influence du travail.

Dans quelques cas, l'aberration motrice se traduit par une tendance irrésistible i la course. Le chien, atteint de rage, se sauve en courant toujours devant lui, et l'expression populaire de « chien fou », appliquée au chien enragé, traduit parfaitement cet automatisme ambulatoire.

Les aberrations sensorielles portent surtout sur le goût; fréquentes chez le bœuf et le mouton, elles s'observent parfois chez le cheval. U pica est un symptôme à peu près constant chez les Bovidés atteints d'ostéomalacie ; mais raffection la plus curieuse est celle qu'on a décrite flous le nom de c maladie du lécher » ; les animaux lèchent d'abord leurs Yoisins, puis ils en viennent à lécher les boiseries, à avaler les excréments, les vieux chiffons, la terre, et souvent finissent par succomber ainsi dans la cachexie. Des observations analogues ont été recueillies chez l'homme; une des plus curieuses est celle que rapporte Lasègue : il s'agit d'une jame fiUe du monde qui dévora une partie de la redingote de son profesleur de dessin.

nusieurs fois des animaux ont présenté des troubles affectifs peu en rapport avec leur nature : tantôt c'est une excitabilité anomale qui les pousse à mordre sans motif, ou même des perversions instinctives qu'on i lait rentrer dans l'histoire de la criminalité (') ; d'autres fois on observe des femelles qui refusent d'allaiter leurs petits; d'autres fois enfin, c'est on état de stupeur plus ou moins marqué; nous avons observé un chien très irritable qui, à la suite d'un voyage de soixante-douze heures en rherain de fer, resta pendant plusieurs mois complètement apathique, coodié dans un coin et semblant ne plus reconnaître ses maîtres.

On a fort peu étudié jusqu'ici les troubles subjectifs et intellectuels qui sont fort difficiles à analyser. On admet cependant que les animaux Mnt sujets à des vertiges d'origine toxique, stomacale, ou mécanique; le mal de mer, par exemple, s'observe chez beaucoup de mammifères et d'oiseiux; des hallucinations peuvent être produites par diverses substances fénéneuses. Ailleurs les troubles intellectuels atteignent un plus haut degré et se traduisent par de l'imbécillité ou du crétinisme, comme cela se voit dies qudques chiens goitreux. D'autres fois, les modifications sont plus légères, et partant plus intéressantes. 11 existe par exemple des émotivités anomales ; Rochet rapporte l'histoire d'une jument qui avait peur du papier, soit qu'elle le vit, soit qu'elle l'entendit froisser; quelques animaux ont peur de la foudre, du sang. Ces diverses phobies peuvent se rommuniquer d'un animal à l'autre et prendre ainsi, sous l'influence de rimitation, une forme épizootique. La folie peut même se communiquer if llionime aux animaux. M. Féré(*) rapporte à ce sujet trois observations

•*] LâCAMAon, De It criminalité chei les animaux. Revue êcienlifique^ 1882, p. 35. ", FiBtf, La folie eommuniquée de l'homme aux animaux, hull. de la Soc. de biologie, ftlrmer iS»

fort remarquables qui établissent que des chiens ont pu devenir agoraphobes au contact de maîtres atteints de ce trouble mental : un de ces animaux suivait les murailles, n'osait traverser une rue et était arrivé à ne plus pouvoir descendre un escalier; essayait-on de Fy contraindre, il était pris de terreur, d'un tremblement généralisé, avec incontinence des excréments.

Bien plus variés sont les troubles génésiques. La nymphomanie et le satyriasis peuvent représenter des symptômes de diverses affections ; les maladies à détermination médullaire, comme la rage ou la dourine (mal de coït) peuvent les provoquer. D'autres fois ils surviennent au cours des affections de l'utérus et de ses annexes, au début de la tuberculose, parfois sans cause appréciable; ils s'observent surtout dans certain^Bs races de vaches, chez les juments, les brebis, les chiens mâles ; ils sont très rares chez les étalons, les boucs ou les taureaux. Une alimentation intensive et un travail insuffisant constituent des causes prédisposantes de grande importance.

S'il s'agit, dans ces cas, de l'exagération d'un instinct, on observe d'autres fois des perversions sexuelles ; l'onanisme, si fréquent chez le singe, se rencontre aussi chez le chien, la brebis, plus rarement chez l'étalon ou le taureau. Parfois enfin les étalons présentent un dégoût pour les poulinières; ils ne veulent saillir que des vierges.

Affections cutanées. — Les affections de la peau sont fort communes. La plus fréquente est l'eczéma, qui reconnaît souvent une origine alimentaire; sous le nom d'eczéma des drèches, on f décrit un eczéma grave, survenant chez les bœufs qui mangent les résidus des distilleries. L'alimentation avec le sarrasin, aidée du soleil, détermine chez les moutons des érythèmcs qu'on peut rapprocher de la pellagre ; dans d'autres cas, on observe de l'urticaire qui apparaît chez le cheval, le chien, le bœuf, le porc, soit à la suite de l'ingestion de certains aliments, soit sous l'influence d'irritations produites par des insectes ou des chenilles.

Le cheval est sujet à quelques dermatites spéciales, notamment à une affection pustuleuse due à un bacille spécifique et qui se transmet par les couvertures ou les pièces de harnachement.

Chez tous les animaux on peut observer des alopécies en aires qui se comportent comme la pelade et, comme elle, peuvent se généraliser.

11 est très fréquent de rencontrer des affections cutanées d'ordre parasitaire ; les plus importantes sont représentées par les gales liées à la présence d'acares, différents de ceux qui vivent chez les hommes, ce qui explique pourquoi les gales des animaux ne se transmettent pas à notre espèce ; chez les jeunes chiens on observe une gale spéciale, la gale folliculaire, due à des demodex et rebelle à tous les traitements. Mais noua ne croyons pas devoir insister sur ces affections parasitaires qui seront décrites dans un autre chapitre.

Résumé. — L'étude sommaire que nous avons faite suffit à montrer

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\ei nombreuses analogies qui eiistent entre les maladies et les alîecliiins de rhomme et des animaux. L'histoire des infections (jiii peuvcjit Èïïirsur les êtres qui nous entourent explique, dans Lien des cas, coni- Toeoiriuinime peut être contaminé et peut devenir à son tour une sourrr de coiilagion. L'étiologie du charbon, de la morïe, de la rage et, jusqu'à uo certain point, de ia tuberculose ne peut se comprendre que si l'on entisage ces maladies dans toute la série des êtres. Mais h côté des infectioiM transmissibles, il en est quelques-unes qui semblent frapper esclusi- Temenl une seule espèce ; leur nombre diminue h mesure que la pathologie cormiuvc fnit des progrés. C'est qu'il n'est pas facile de se retrouver MI uiilivii des phénomènes multiples ou dispurates qui masquent les caractères rotniQUOS à tous les êtres. La bactériologie elle-même ne suffit pus toujoan I trancher les problèmes ; en traversant un organisme vivant, un nricrabe peut acquérir des propriétés nouvelles ou subir des modiOcatioits quilïTont considérer comme une race particulière. Rien d'instructif à cet cgmlfumme l'histoire de la tuberculose: on a longtemps discuté et on iliscul« racure sur l'unicité de cette infection, et bien des auteurs se reFiiseiit à identifier le bacille humain avec le bacille aviaire. Et pourtant, itin» ce cas, le problème est relativement simple : il est, au contraire, à fKoi près insoluble quand on envisage des infections moins nettement «péciliques, comme tes pneumonies. Pour l'étude de la pathologie comparai', OD ne peut s'appuyer non plus sur la nature des lésions anatomiques ; nous mti iDuiitré, par exemple, que le tubercule des Oiseaux ne resseml»lail«irien, par sa structure histologiqiie, au tuberculw des Mammifères; Iw rôidions cellulaires peuvent même varier chez deux espèces voisines, cumme la poule et le faisan.

Si la race ou l'espèce imprime des caractères particuliers aux manifestetions morbides, on retrouve chez tous les êtres, un grand nombre de troubles identiques. Les dégénérescences cellulairi's sont semblables dans loiitp la série ; la stéalose représente une lésion banale qu'on peut facilentenl reproduire dans les laboratoires ; la dégénérescence amylotde s'observe fréqutimraenl chez les animaux, comme l'avait vu Leisering dès 1865; elle sunietit dans les cas de suppurations prolongées, dans la tuberculose, danij les empoisonnements, mais on n'a pu trouver jusqu'ici le moyen Je lafftire apparaître à volonté, c'est-à-dire qu'on n'a pu en découvrir le drienuinisnie.

tea dégénérescences cellulaires finissent par entraîner un processus de réparation qui ahoutit à la cirrhose; les observations et les expériences poursiuries sur les animaux ont grandement servi à éclairer cette partie del'uiatomie pathologique et ont établi que, dans tous les cas, les scléroses relÉïejit d'une origine épithéliale.

Les manifestations observées pendant la vie ne sont pas diflêrentes Icrsquc les localisations morbides so font sur les mêmes appareils que <wî l'homme ; on retrouve alors les œdèmes, l'anasarque, l'ascite, la ■ou, les hémorrbagies. Parfois cependant, une disposition anatomique ou

physiologique spéciale peut modifier les réactions cliniques; quand il s'agit d'une affection gastrique, par exemple, des troubles particuliers peuvent éclater chez les animaux incapables de vomir.

Mais, c'est surtout dans les cas de manifestations nerveuses, qu'on observe les plus grandes divergences : la prédominance du système cérébral chez l'homme, du système médullaire chez les animaux, explique suffisamment les différences qui se produisent.

n existe donc quelques affections qui sont spéciales à l'homme et qui lui sont imposées par son genre de vie, sa civilisation, ses progrès, le développement de ses facultés intellectuelles; il existe des maladies qui sont particulières à une ou plusieurs espèces et qui relèvent d'agents pathogènes qui ne trouvent pas chez les autres un terrain favorable à leur développement. Mais ces différences sont secondaires : la pathologie, comme la physiologie, peut être envisagée dans toute la série des êtres, car tous obéissent aux mêmes lois primordiales.

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