‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 30 sur 152 · AFFECTIONS NERVEUSES. H · texte numérisé non relu

AFFECTIONS NERVEUSES. H

Les causes déterminantes se divisent en deux groupes : les infectieuses et les toxiques; les accidents apparaissent pendant l'évolution actuelle de b maladie ou à sa suite, comme séquelles des premières manifestations. Plus rarement ils relèvent directement des agents externes; l'insolation par exemple détermine des congestions cérébrales, des coups de chaleur^ grandement favorisés par les efforts, la fatigue et le surmenage.

Les affections aiguës des centres nerveux et de leurs enveloppes sont beaucoup plus fréquentes chez les animaux que chez l'homme; mais il est souvent difficile de savoir si leur origine était infectieuse ou toxique.

U existe une méningite cérébro-spinale, souvent épizootique, qui se rencontre surtout dans les pays chauds et notamment en Egypte; elle frappe le cheval, le mouton, le bœuf et le chien. Mais bien des cas, épidémiques ou sporadiques, ne sont que des intoxications provoquées par des moisissures, des Ûrédinées et des Ustilaginées (Pénicillium glaucum^ Uslilago carbOf U. longissima^ Tilletia caries^ Pucdnia graminis. coronata^ straminis); la marche du mal est souvent très rapide et la mort peut survenir en quarante-huit et même en vingt-quatre heures. Frôhner rapporte que sur huit chevaux d'une brasserie qui avaient consommé de l'avoine mouillée, altérée par le Pénicillium glaucum^ cinq succombèrent en moins de deux jours; la nourriture avariée fut supprimée et les trois autres animaux se rétablirent. Les faits publiés sous le titre de méningite cérébro-spinale des bêtes bovines se rapportent souvent aussi à des empoisonnements par les moisissures, les tourteaux de coUm ou la pulpe de betterave altérée. Tandis que chez les Solipèdes, les phénomènes paralytiques dominent dès le début et commencent géoàidement par le train de derrière, chez les Bovins on observe d'abord de l'excitation cérébro-médullaire, des troubles psychiques et des convulsions.

Ce que nous disons de la méningite cérébro-spinale peut être répété pour les méningo^ncéphalites, les myélites et les méningites spinales; qu'eUes soient enzootiques, épizootiques ou sporadiques, elles semblent rplever tantôt d'une infection, tantôt d'une intoxication alimentaire, et sont Enrorisées par la chaleur et la fatigue.

Un grand nombre de maladies infectieuses peuvent se compliquer de lésions des centres nerveux. Au cours de la gourme du cheval, il se développe parfois une phlegmasie purulente des méninges ou un abcès de FeDcéfàiale; la maladie du jeune âge, chez le chien, se complique souîent d'accidents méningo-myélitiques ; la fièvre vitulaire s'accompagne fréquemment de paralysies et la dourine du cheval détermine de la paraplégie.

Les manifestations peuvent passer à l'état chronique ou s'établir d'emblée, dorant la convalescence de l'infection ou quelque temps après saguérisoo qiparente. Il restera ainsi une paralysie localisée à un groupe de musdei ou une paraplégie, des troubles cérébraux et surtout des troubles très

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curieux qui ont été observés chez le chien (*), où on les a décrits sous le nom assez impropre de chorée; ce sont de vrais tics, survenant surtout à lu suite de la maladie du jeune âge, affectant un ou plusieurs membres^ parfois la face, et caractérisés par des secousses brèves, spasmodiques qui se reproduisent d'une façon très régulière, comme nous avons pu le constater sur les nombreux tracés que nous avons recueillis; ces tics, qui relèvent d'un trouble bulbo-médullaire, s'accompagnent d'mie atrophie lente et progressive des muscles afTectés.

Les myélites systématiques sont considérées comme fort rares, peut-être |)arce qu'on ne les a pas suffisamment recherchées. Car, chez diverses espèces, on rencontre des troubles analogues à ceux du tabès : MM. Barricr et Weber ont publié l'histoire d'un cheval qui présentait des manifestations ataxiques, augmentant par l'occlusion des yeux ; Frôhner cite plusieurs cas analogues chez le chien ; Hamburger (') a trouvé une dégénérescence des cordons postérieurs dans la moelle d'un chien qu'il n'avait pas observé pendant la vie. On a signalé encore la paralysie bulbaire progressive chez le cheval (Degive, Gérard et Laridan) et nous avons eu l'occasion d'étudier une moelle cavitaire, provenant d'un lapin atteint de paraplégie spasmodique; les lésions histologiques différaient d'ailleurs de celles qui caractérisent la syringomyélie(').

Notons enfin la possibilité d'hémorrhagics cérébrales; les efforts, le coup de soleil et, dans quelques cas très rares, la dégénérescence des artères, en provoquent chez le mouton, le bœuf, le chien, le cheval. Larchcr a insisté sur la fréquence des hémorrhagies cérébrales des Oiseaux survenant au moment du coït.

Les tumeurs du cerveau sont rares, sauf les cholestéatomes, fort communs au niveau des plexus choroïdes, chez le cheval. Le plus souvent il s'agit de tumeurs secondaires, de sarcome mélanique chez le cheval, de divers cancers secondaires chez le chien et le bœuf. Dans quelques cas, des tumeurs développées au niveau des méninges, des os du crâne ou du rachis ont pu comprimer les centres sous-jacents. Chez le cheval surtout, on voit des tumeurs mélaniques qui, nées sur les méninges spinales, provoquent une paraplégie plus ou moins rapide

On rencontre fréquemment des tumeurs parasitaires, surtout chez le mouton, où l'on observe une affection désignée sous le nom de tournis et due au développement du cœnure cérébral, provenant du Tœnia cœnurus du chien.

Les lésions des nerfs périphériques n'ont guère été étudiées; nous signalerons cependant la possibilité de névralgies (Friedherger, Strebel) et

(*] Van Lrni, Des myoclonics rythmiques. Betme de médecine, 1889, p. i.

Cadiot, Gilbert et Roger, Note sur l'origine bulbaire du tic de la face. Ibid., 4890, p. 431.

(*) Hamburger, Tabès dorsalis by een bond. Hollând. Zeitschr. fur ThierheiUamde, 4800, p. 493.

(') Roger, Contribution à l'étude des ca\ités pathologiques de la moelle Revue de méd., août 4892.

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surtout la paralysie du récurrent, qui aboutit à rhémiplégic laryngienne et au comagc; elle est très fréquente chez le cheval, à la suite de diverses infections et notamment de la pneumonie. Ailleurs, Tinfluenza ou les pneumonies infectieuses entraînent la paralysie du pénis.

La classe des névroses comprend des affections analogues à celles de rhomme. La plus importante est Vépilep8ie{*), qui peut s'observer chez tous les animaux, chez la chèvre où elle a été signalée par Hippocrate, chez le cheval, le bœuf, où elle est souvent héréditaire, chez le porc, le chien, le chat et même les Oiseaux.

Les manifestations épileptiformes des animaux doivent être divisées en plusieurs groupes. 11 existe une névrose, c'est Fépilepsie vraie ou idiopathique, souvent héréditaire, se rencontrant chez le chien, particulièrement le caniche, et chez le cheval, où elle frappe surtout les étalons reproducteurs (Strube) ; elle consiste en convulsions semblables à celles de rhomme, et parfois en petit mal, en vertiges (Fleming, Féré). En seconde ligne, nous plaçons l'épilepsie symptomatique, comparable à Fépilepsie jacksonienne, et liée à la présence de tumeurs, d'abcès ou de parasites cérébraux; elle relève d'une excitation de la zone motrice, et nous avons pu la reproduire expérimentalement en exposant à l'air froid le gynis sigmoïde d'un chien trépané. L'épilepsie trauraatique survient à la suite de coups portés sur le crâne; elle apparaît plusieurs semaines après le traumatisme et, une fois développée, peut se transmettre par hérédité (Luciani). Il existe encore une épilepsie réflexe, consécutive aux contusions ou aux sections nerveuses; Brown-Séquard a montré que la section du sciatique ou l'amputation de la cuisse détermine chez le cobaye le développement de manifestations épileptiques souvent héréditaires ; mais dans la plupart des cas, l'irritation a son point de départ au niveau d'une muqueuse; les gales de l'oreille chez le chien, le chat, le lapin, provoquent des crises épileptiformes (Mégnin, Guzzoni), qui peuvent entraîner la mort. Des crises analogues sont quelquefois déterminées par dos parasites intestinaux (taenias, ascarides) et, plus rarement, par des eoq)s étrangers du tube digestif. Enfin une dernière classe comprend les iccès épileptiformes que M. Magnan a étudiés avec soin chez les chiens auxquels il faisait ingérer de l'absinthe.

On voit que la division que nous avons admise est tout à fait analogue i celle qu'on adopte en pathologie humaine ; il n'y a de difTérence qu'au point de vue de la fréquence des accidents ; contrairement à ce qui a lieu chez l'homme, l'épilepsie idiopathique est rare, ce qui tient peut-être à la différence dans le mode de sélection.

Véclampsie des animaux est aussi analogue à l'éclampsie humaine. C'est dans la race canine qu'on l'observe, chez les nouveau-nés, chez les jeunes animaux atteints de vers intestinaux, ou souffrant de la dentition,

(*) FiU. Hôte for l'épOepiie et le bromisme chez les animaux. DuU, de la Soc. de biol. , Mjuio iS05.

enfin chez les nourrices, où elle frappe surtout les chiennes de race cultivée et intelligente.

On admet généralement que V hystérie est Tapanage de Tespèce humaine. Il existe cependant chez les animaux une névrose analogue, c'est la catalepsiCy qui est provoquée par les frayeurs et se rencontre chez le cheval, le bœuf, le chien. On peut du reste déterminer la catalepsie chez beaucoup d'animaux, chez les Gallinacés, en leur faisant regarder un objet brillant, chez le cobaye et même la grenouille (Danilewsky) , en les maintenant quelque temps dans une même position.

Nous avons déjà dit que l'affection désignée sous le nom de charée chez le chien n'a aucun rapport avec la chorée humaine. Cependant nous avons observé un chien qui, à la suite de la maladie du jeune âge, était atteint d'une véritable danse de Saint-Guy.

Le goitre exophtalmique se rencontre chez le cheval, le bœuf et le chien. Jewsejenko (') a relaté l'histoire d'une jument de 4 ans qui, après une course, présenta des palpitations, de la tachycardie et, au bout de quelques jours, de l'exophtalmie et du goitre; l'animal succomba en un mois. Le même auteur a rencontré un deuxième cas analogue chez une chienne de 7 ans; la guérison fut obtenue à la suite d'un traitement iodoioduré. Rôder (*) a vu une vache qui offrait depuis quatre ans la triade classique; nous avons observé un cheval atteint d'une véritable forme fruste de la maladie de Basedow.

11 n'est pas de sujet peut-être qui offre plus d'intérêt que l'étude des troubles psychiques chez les animaux. Malheureusement l'observation est difficile, et les faits publiés jusqu'ici sont peu nombreux ou bien incomplets. Les manifestations morbides n'étant que l'exagération ou la déviation des fonctions normales, il est certain qu'on ne va pas trouver chez les animaux des aberrations mentales semblables à celles de l'homme. On peut néanmoins observer des troubles assez variés, portant sur les fonctions motrices, sensorielles, instinctives ou intellectuelles, affectives, génésiques.

Les aberrations motrices se rencontrent surtout chez le cheval ; la réti" vite est un vice caractérisé par un refus obstiné d'exécuter un ordre habituel; Vimmobilité est un trouble plus intéressant, souvent héréditaire, fréquent dans certaines régions, et lié parfois à une hydropisie des ventricules : dans cet état morbide que H. Féré rapproche de la confusion mentale, les animaux sont hébétés, indifférents, insensibles aux excitations douloureuses. C'est aussi chez les chevaux qu'on observe une névrose comparable à l'affection décrite chez l'homme sous le nom de maladie des tics; l'animal fait exécuter à ses lèvres des mouvements anomaux et déglutit de l'air; ces accidents, qui sont parfois héréditaires, peuvent se propager par

(') jEWBKJMto,Deqx eis de maladie de Basedow. Archivée vétérinaire$ de Saini'PéierêbMn-g, 1888 (Anal, in Jahreêbericht von Ellenberger und Schutz, 1888, p. 126). (^ RGdiii, Bascdow'schc kranklieit btn cinor Kuh. Sâchs. Jahrerb,, 1890, p. 77

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