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MALADIES DE LA NUTRITION

d'après Sorauer, relèvent de la même cause ('). Ce sont les manifestations locales d'une maladie générale résultant de l'absorption excessive de l'eau par les racines.

Les sels nécessaires à l'alimentation de la plante deviennent nuisibles, quand ils sont en solution trop concentrée. L'osmose est arrêtée, parfois même retournée, et les tissus se* déshydratent. L'irruption brusque de Teau de mer est fatale à la plupart des végétaux. Une substance utile agit comme un véritable poison, dès qu'elle se trouve en proportion exagérée par rapport aux autres principes alimentaires. Le carbonate de chaux est btal à certaines vignes et les rend chlorotiques ('). Des accidents analogues résultent de l'absorption des substances réfractaires à l'assimilation. L'eicès d'alimentation amène un crevassement de l'écorce. Nous en trouTons un exemple chez des arbres isolés par l'abatage des sujets qui leur disputaient jusqu'alors la nourriture. Les tissus profonds s'épaississent brusquement au voisinage du cambium et les tissus périphériques éclatent sous la pression.

L'absence ou l'insuffisance d'un aliment essentiel dans le sol cause une inanition incompatible avec le maintien de la santé. Si la terre est trop sèche ou si die cède difficilement l'eau aux racines, les plantes sèchent ou se couronnent. L'inanition par suite de la pénurie des gaz assimilables de ratmosphère peut être écartée de la liste des causes naturelles des maladies.

C. L'énergie transmise aux organes verts par la radiation solaire est aosB nécessaire à l'assimilation que les aliments liquides ou gazeux. L'étiolement est la maladie qui résulte du défaut de lumière. Les feuilles couîertes de poussière jaunissent comme les plantes placées à l'obscurité. Les corps étrangers forment à la surface un écran opaque. Mais ici le début d'éclairage de la chlorophylle se complique d'un obstacle apporté à h transpiration, aux échanges respiratoires et alimentaires. L'assimilation des composés inorganiques est supprimée, si la plante est exposée à une lumière privée des radiations susceptibles d'être absorbées par le pigment vert ; les autres rayons, si éblouissants qu'ils puissent être pour notre oeil, sont sans action sur elle. Il suffit de soustraire quelques-unes des radiations correspondant aux bandes d'absorption de la chlorophylle pour déterminer un trouble profond dans la nutrition. Les rayons ultraviolets sont absorbés par la chlorophylle et contribuent, au même titre fie des radiations moins réfrangibles, à fournir à la plante l'énergie nécessaire à son activité et à sa croissance. Bonnier et Mangin ('), puis rmûrjazeir, ont établi qu'à eux seuls ces rayons, obscurs pour l'œil kmain, suffiraient, à la rigueur, pour provoquer chez la plante verte des lèé&omèoes d'assimilation. D'après les expériences plus récentes de Sachs

f^} S<Mucn. Botaniêche Zeitung, 1880 et 1800. — Satastaro, Bollel. délia Socielà di natunliiti m Napoii, 1880.

'^1 ViALA, Ut maladiet de la TÎgne, 3* édit., 1803. 0 Bonna et Mamih, Comptée rendus de V Académie dee êcieneeê, 11 janTÎcr 1887.

fATÊOLOtim GénéRALi. — L 0

et de Casimir de Candolle (*), les rayons ultra-violets ne sont pas seulement actifs; ils sont nécessaires aux plantes vertes; à leur défaut» le meilleur éclairage n'assurerait pas le développement normal de certaines espèces. La privation des rayons ultra-violetfi devient ainsi une cause de maladie, démontrée par l'expérimentation, mais qui n'est guère à craindre dans la nature.

On connaît l'influence défavorable exercée par les mêmes rayons sur la santé de l'homme, sur les fonctions des animaux, sur la vitalité même de quelques végétaux incolores, comme les bactéries. 11 ne faut pas en conclure que les plantes vertes soient impressionnées par la lumière autrement que les autres êtres vivants. La chlorophylle, malgré son rôle capital dans la nutrition, n'est pas une matière vivante; c'est un puissant réactif au moyen duquel le protoplasma fabrique, au sein de l'organisme végétal, des produits que les autres êtres, à de rares exceptions près, trouvent élaborés dans leurs aliments. La chlorophylle, qui transforme en énergie chimique les rayons ultra-violets, aussi bien que d'autres rayons de diverses réfrangibilités, protège le protoplasma lui-même contre leur action nuisible. Il est inutile d'invoquer une immunité spéciale du protoplasma végétal à l'égard des rayons très réfrangibles. La substance* vivante n'en reçoit qu'un petit nombre. Elle peut ainsi accomplir la synthèse de la matière organique, à l'aide d'une lumière dont l'intensité serait préjudiciable aux autres êtres vivants.

D. Nous n'insisterons pas sur les effets bien connus des froids excessifs, des grandes chaleurs, d'une moyenne thermique insufBsante sur le développement et la santé des plantes.

Altération des substances associées au protoplasma.

— A. Dans l'intimité des tissus, les aliments absorbés et transiormés, les substances associées au protoplasma, soit comme réserves nutritives, soit comme matériaux de la différenciation du corps, sont détruits par les parasites. Mangin (') a démontré que le Bacillus Amylobacter, que le champignon de l'anthracnose de la vigne dissocient les tissus, en consommant les composés pectiques qui unissent les cellules. La substance capable de dissoudre le ciment intercellulaire est excrétée de même par un grand nombre d'organismes inférieurs. Dans cette catégorie, le Bacillus Oleœ mérite une mention spéciale. Cette bactérie cause, chez l'olivier, de grands ravages étudiés par Savastano ('); elle est fréquente chez le frêne, où Noack (^) Ta décrite dernièrement comme une espèce nouvelle. Incapable de pénétrer activement dans les tissus sains, le Bacillus Oleas peut être introduit artificiellement par l'expérimentateur, infecter les plaies ou les chancres causés par l'élagage, par la grêle ou par les champignons,

(*) ^KCBA^Arheilendeshotan. InstituUin Wûrzburg, 1887. — C. de CÂXW}LLEt Archivée det sciences physiques et naturelles, 3* période, t. XXVIII, 1892. (*) Maxgin, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 28 mars 1892. p) Satastako, Annuario délia r. Scuola sup. d* AgricoUura in Portia\ toI. V, 1887. (*) NoACE, Zeitschrift fur Pflanzenkrankheiten, { H, 1893 •

MAUDIES DE LA NUTRITIO . 451

envahir les excroissances charnues produites, dans les inflorescences, par le Phylopius Fraxinù Son introducteur habituel est un champignon du genre Phoma^ que j'ai observé aussi bien sur les oliviers recueillis à Toulon que sur les frênes des environs de Nancy. Quand les filaments du champignon atteignent les assises profondes de Técorcc et le liber, le BaciUus Oleœ se multiplie abondamment à Fabri de Tair extérieur, prend les devants sur son introducteur et se répand dans les espaces intercellulaires en détruisant les matières poétiques. Les cellules désagrégées, bloquées de toutes parts par les colonies bactériennes, succombent à la funine. Leur paroi, corrodée de dehors en dedans, est bientôt sillonnée d'un réseau de lignes entre-croisées en tous sens. Un peu plus tard, la perforation est complète et les bacilles remplissent la cellule morte dont ils consomment les débris. Plus rarement ils sont introduits d'emblée par le filament du champignon. Les tissus envahis sont ainsi transformés en cavernes plus ou moins vastes qui, au début, ne communiquent pas largement avec l'extérieur. Cette production de cavernes a fait donner à la maladie de l'olivier le nom de tuberculose. Divers champignons produisent la cellulosine, zymase qui attaque la cellulose; ils perforent les parois à travers lesquelles ils introduisent leurs filaments ou leurs suçoirs.

D'après Bourquelot(*), les champignons qui vivent sur les troncs d'arbres excrètent un ferment soluble capable de dédoubler les glucosides à la bçon de l'émulsine des amandes amères. Grâce aux propriétés chimiques de cette solution, ils transforment en un principe propre à les nourrir. c*est-a-dire en glucose, des produits de l'activité cellulaire, tels que la populine des peupliers, la salicine des saules, la phlorhizine des pom miers, la coniférine des pins, qui se trouvaient accumulés sous la forme de glucosides dans Técorce, le cambium et même le bois des arbres. La transformation opérée dans le corps vivant n'est nullement influencée par b vie des arbres, elle s'efiTectue sur le bois mort comme sur les arbres TJTants; la zymase extraite des champignons dédouble aussi bien les glucosides obtenus à l'état de pureté.

Sous des influences analogues, certaines plantes subissent des dégénérescences cellulaires, connues sous les noms de gommose, de mannose. La transformation des hydrates de carbone de la membrane ou de la cavité en gomme est, dans quelques cas au moins, sous la dépendance des produits sécrétés par les champignons.

D'après Charrin ('), le suc du Pachyphyton bracteosum perd son acidité CD présence du BaciUus pyocyaneuSy aussi bien quand il est extrait de la plante que quand les cultures bactériennes sont injectées dans les feuilles vivantes.

D'autres actions chimiques, dont la nature n'a pas été précisée avec la flième rigueur, accompagnent les précédentes. Les parasites qui empruntent

(*) BonooELOT, Comptée rendu» de V Académie de» sciences^ 11 septembre 1893. 0 ûuBBoi, ÂrMvtê de pkffiiologte, anil 4803, et Compte» rendu» de C Académie de» I, 8 OMi 1805.

des composés ternaires aux matières pectiques, à la cellulose, aux glucosides, puisent leurs aliments azotés dans d'autres parties du corps, par exemple dans le suc cellulaire, riche en produits amidés.

Les produits que nous venons d'énumérer sont toxiques, en ce sens qu'ils attaquent une substance normalement contenue dans le corps. Os nuisent doublement à la plante, puisqu'ils lui enlèvent des réserves, puisqu'ils amoindrissent ses défenses mécaniques ou chimiques.

B. La transformation des substances associées au protoplasma retentit sur les phénomènes intimes de la nutrition ; car, chez la plante comme chez l'homme, chaque cellule est adaptée à un milieu chimique défini. Les humeurs deviennent toxiques, dès que la proportion de leurs principes normaux est changée par la soustraction ou par l'altération de l'un d'entre eux. Il en est de même quand des substances étrangères se répandent dans le suc cellulaire, indépendamment de l'action des parasites. Le chloroforme agit sur les plantes en modifiant les humeurs. Cl. Bernard a montré qu'il entrave la fixation du carbone. De plus l'excrétion d'eau se trouve exagérée, sous forme de vapeur, d'après Jumelle, sous forme de gouttes liquides, d'après R. Dubois (^). L'arrêt des mouvements de la sensitive par les anesthésiques, qui ne peut être attribué à une action nerveuse, est une conséquence indirecte d'une altération humorale et d'un trouble de la nutrition cellulaire.

Les liquides organiques complexes, sécrétés par les animaux, par les champignons, par les bactéries, donnent souvent à la nutrition une intensité insolite. On peut en juger par la formation des galles. Laboulbène (') a tenté de produire artificiellement ces excroissances à l'aide des liquides empruntés aux galligènes; mais, tout en entrevoyant le mode d'action de ces substances, il convient c qu'il n'a pu réussir d'une manière satisfaisante et certaine ». Cet insuccès tient à une double cause : d'une pari, l'expérimentateur le plus habile ne saurait atteindre à la délicatesse des procédés d'inoculation employés par les agents naturels; d'autre part, l'organe atteint ne réagit que s'il appartient à une espèce déterminée, si en outre sa nature et son âge lui confèrent une prédisposition spéciale. Beyerinck (^) a tourné cette double difficulté en précisant les conditions du développement d'une galle produite par le Nematus Capreœ sur le saule Marceau. L'épaississement de la feuille du saule s'efiTectue dès qu'un œuf a été déposé dans ses tissus avec une goutte de venin sécrétée par des glandes spéciales de la mère. En détruisant l'œuf avec une fine aiguille, aussitôt après l'inoculation opérée par la pondeuse, Beyerinck a vu la galle continuer à croître, prendre la taille et la structure habituelles. Bien que le liquide ait été introduit par l'insecte, l'observation a toute la rigueur

(*) Cl. Beiuiabd, Leçons sur les phénomènes de la vie conununs aux animaux et aux Yégétaux, t. I, i87S. — JnvELLE, Comptes rendus de C Académie des sciences, 22 septembre 1890. — R. Dubois, Hevue générale des sciences pures et appliquées, 15 septembre 4891.

(*) LABonuàNi, Comptes rendus de t Académie des sciences, 28 mars 1892.

(>) BnEMMZ, BoUmiêche Zeitvng t. XLVI, 1888.

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