SUITES DES LÉSIONS
production du liège dans les couches génératrices néoplasiques, circonscrit les tissus lésés et les transforme en une masse inerte. Les tissus sains s'accoutument promptement au contact des produits morbides. Cette tolérance est un effet naturel de la constitution de la plante. Dans les conditions les plus normales, des tissus inertes comme le cœur du bois ou le liège sont associés aux tissus actifs. A tout moment, les influences extérieures qui président au développement, provoquent des modifications dans le nombre, les dimensions, la forme des éléments. En dehors de toute déviation assez intense pour être considérée comme morbide, les parties similaires Tarient de taille et de vigueur, et un parfait équilibre règne entre ces matériaux disparates. La maladie n'introduit guère, dans l'organisation de la plante, de facteurs dont on ne retrouve les équivalents ou du moins les analogues chez l'individu sain.
Influence nuisible des lésions locales sur l'état général. — Des lésions restreintes comme les galles, comme les nécroses locales, n'exercent aucune influence sur la santé générale; les tissus voisins font les frais de l'hyperplasie ou suppléent les éléments atrophiés. Une altération plus étendue retentit sur la région dont le développement est associé à celui de la partie malade. Au-dessus des grosses tumeurs bacillaires, les branches du pin d'Alep cessent de s'épaissir et meurent. Un bouquet serré de rameaux se dresse autour du sommet d'une branche de peuplier tuée par le Didymosphœria. Par ce développement, en apparence réparateur, les jeunes pousses vont au-devant des spores et deviennent à leur tour la proie du parasite. Une simple larve logée au collet, en coupant les communications entre les feuilles et les racines, suffit pour tuer une plante.
Des altérations naturellement bénignes deviennent fatales par leur multiplicité. VAscospora Beycrinckiiy hôte habituel et inoffensif des cerisiers, tue l'arbre dans les circonstances exceptionnelles où il envahit simultanément toutes les feuilles. La vigne atteinte d'érinose, les chênes couverts de galles ne souffrent que quand l'acaricn ou l'insecte prend une extension insolite. Un pin d'Alep dépérit en quelques années, si beaucoup de rameaux sont tuméfiés par les bactéries. Quand les branches basses du peuplier pyramidal hébergent de nombreux Didyinosphœriay tous les aliments sont détournés au profit du parasite et des rameaux soumis à son influence, et la mort s'étend progressivement de la cime à la souche.
L'importance de l'organe atteint joue un rôle considérable. Le phylloxéra tue les vignes françaises en déformant les petites racines, tandis qu'il cause un faible préjudice aux cépages américains, parce qu'il vit principalement sur les feuilles et n'altère que des portions restreintes du limbe, sans en abolir les fonctions assiniilatriccs.
Certains pai*asites provoquent un trouble physiolo«;i(|ue plus manifeste que les altérations morphologiques liées à leur présence. Des champi* gnons du groupe des Puccininées, hivernant dans les souches, accélèrent
1 48 CONSmËRATIONS GÉNÉRALES SUR LES MALADIES DES VÉGÉTAUX.
l'émission des pousses annuelles de VEuphorbia Cyparissias^ de l'anémone jaune. La chute des feuilles du Vaccinium uliginosunif d'après Mer, est retardée par VExobasidium Vaccinii. Les feuilles du sapin deviennent annuelles sur les balais de sorcière produits par VJEcidium elatinum. Hartig a remarqué, chez le Vaccinium Vitis-idœay le développement immédiat des bourgeons de Tannée suivante, quand ils sont excités par le Melampsora Gœppertiana.
Les fonctions reproductrices sont particulièrement sensibles aux pertu^ bâtions apportées dans la nutrition des plantes par les agents inertes, par les blessures, par les parasites. Les organes reproducteurs ne peuvent se développer qu'au détriment de l'appareil végétatif. Ils ne viendront à bien que si la nutrition générale est assez intense pour faire face au surcroît de dépense qu'ils entraînent, et si d'autre part la. vigueur de l'appareil végétatif n'est pas assez prépondérante pour triompher de l'antagonisme de l'appareil reproducteur. Cet équilibre, nécessaire à la reproduction, est rompu par les influences les plus opposées. Chez des arbres fruitiers récemment greffés ou mal accoutumés au milieu insolite créé autour d'eux, les fleurs apparaissent prématurément. L'horticulteur sait bien qu'il doit élaguer les bourgeons à fruit sous peine d'épuiser le sujet. Plus généi*alement, les arbres bien soignés deviennent trop vigoureux et ne portent que des rameaux feuilles. On cherche alors à dompter l'arbre par l'appauvrissement du sol, par la torsion des branches, par l'incision annulaire, par la taille. Braconnot(') a fait remarquer que l'on contraignait les arbres à fructifier par des moyens morbides; on dirait avec plus de précision : par des lésions susceptibles d'atténuer la prépondérance de l'appareil végétatif.
Les maladies spontanées agissent sur les organes reproducteurs comme les soins du jardinier. Dans un sol trop compact, l'anémone jaune, affamée, ne donne pas de graines ni même de pistil. Dans les bois ombragés à sol meuble, le plante devient très robuste ; les fleurs sont quelquefois doubles, par suite de la stérilisation des étamines pétalisées. Les maladies parasitaires entraînent la stérilité par l'un ou l'autre de ces procédés. Je ne ))arle pas des parasites qui détruisent directement le pollen ou les ovules. J'ai uniquement en vue les altérations de l'appareil végétatif qui retentissent sur la reproduction. L'action épuisante du mildew empêche le raisin de mûrir. Quand VAscospora endommage un grand nombre de feuilles, les cerises tombent prématurément. La suppression des fruits est le salut de l'arbre ; car l'économie réalisée sur leur formation l'emporte sur Taffaiblissement causé par le parasite dans l'appareil végétatif; le sujet se régénère plus vigoureux qu'auparavant. L'action excitante des Puccininées stérilise plus sûrement encore. Sur des roses des Alpes atta- (]uées par le Chrysomyxa Rhododendri, les étamines et le pistil sont transformés en pétales. Les euphorbes, dont VUrom^^cesPisi hypertrophie
(>) Braconxot, Mémoireê de la Société royale de Kanqf, 1844»