‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 46 sur 152 · FÉCONDATION ET HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

FÉCONDATION ET HÉRÉDITÉ

« L'évolution des cellules d'un organisme donné s'accomplit sous des kb en quelque sorte fatales, et le groupement des cellules s'effectue taiiant des règles immuables pour reproduire l'architecture ancestrale, en vertu de l'hérédité conservatrice. Mais pendant le cours de son existence l'organisme pourra acquérir des caractères secondaires qui, ou bien loront disparu au bout de quelques générations, ou bien seront maintenus par sélection et fixés par la même force héréditaire, qui sera dès lors évolutive. »

La cellule femelle et la cellule mâle renferment des quantités équivalentes de substance nucléaire; les deux substances nucléaires qui s'unissent au moment de la fécondation, ne diffèrent l'une de l'autre que ' parce qu'elles proviennent de deux individus différents.

Les observations de Léon Guignard sur les végétaux (*) ont montré la

fixité du nombre des segments chromatiques qu'on aperçoit pendant la

division dans les noyaux des cellules sexuelles. Le savant botaniste a établi

que ce nombre est toujours le même dans le noyau mâle et dans le noyau

femelle, et, en outre, que les deux noyaux qu'on appelle mâle et femelle

possèdent chacun des éléments et, par suite, des propriétés héréditaires

mâles et femelles. Ainsi s'explique que l'enfant hérite de propriétés mâles

transmises par sa mère et de propriétés femelles léguées par son père.

U fécondation n'est pas seulement le résultat de la fusion des noyaux, ï. Cuignard a fait voir aussi que le protoplasma des cellules sexuelles joue on rôle par l'accouplement des sphères directrices, qui sont de nature protoplasmique. Ainsi les éléments chromatiques dans le noyau, les sphères directrices dans le protoplasma, représentent le substratum des propriétés héréditaires. En raison du rôle qu'elles jouent dans la djnainique de la cellule, les sphères directrices peuvent être considérées eomme les éléments chargés de transmettre la forme des générateurs.

Formé par un apport égal de segments chromatiques mâles et femelles, le Doyau de l'œuf fécondé lègue à chacun de ses descendants une égale quantité de substance dérivée de ses générateurs; car, dans chaque legment, grâce au dédoublement longitudinal dont il est le siège à chaque dinsion nucléaire, les particules transmises du père et de la mère se fartagent d'une façon égale et avec une rigueur mathématique.

c La fécondation a essentiellement pour but de rompre un équilibre de brces moléculaires, de façon à créer quelque chose de nouveau qui tient le milieu entre les deux états anciens. Voilà pourquoi, tout en étant issus fane parcelle de notre mère et d'une parcelle de notre père, nous toouDes une personne nouvelle. Toute cellule de l'organisme reçoit de IW fécondé toutes les tendances héréditaires qu'elle contient, puisqu'elle renferme une parcelle de nucléine du noyau embryonnaire, mais <& doit sa nature spéciale à ce que, selon les circonstances, telles ou

'* GnslAo, Comptée rendu» de V Académie de» Science», 17 et 51 mars 1800; 11 ma ^^}vuk 1801. — Âtmale» de» »cience» naturelle» (botanique), 1891.

telles tendances entrent en activité tandis que telles ou telles autres tendances restent à l'état latent. Les microsomes sont l'expression objective des plasmas anccstraux de Weismann, de ce que les éleireurs appeDent le sang. Ils peuvent être considérés conune des biophores qui portent en eux les tendances héréditaires ou ordinations mécaniques des éléments dn noyau. Ces biophores entrent en lutte les uns avec les autres; les phi forts triomphent. De telle sorte qu'un animal pourra avoir en puissance des caractères qui ne seront nullement exprimés en lui et que cependant il pourra transmettre à ses descendants. La mitose réductrice permet de comprendre que le fils par exemple ressemble à son grand-père et pas i son père. Les déterminants latents du sexe sont inclus dans les microsomes. Du triomphe des uns sur les autres résultera ultérieurement le sexe 9 (Debierre).

L'obscurité des questions que soulève le problème de l'hérédité en biologie, a stimulé de tout temps l'imagination des naturalistes, des philosophes et des médecins, qui ont lutté d'ingéniosité pour relier les iaits observés par une théorie générale. Quelques-unes d'entre elles méritent d'être rappelées.

Je ne cite que pour mémoire la théorie de Bonnet sur V emboîtement da germes y qui regardait les embryons successifs comme résultant du simpk développement de germes préexistants emboîtés les uns dans les autres.

Dans notre siècle, Herbert Spencer a déclaré que la recherche des causes de l'hérédité appartient à la catégorie des problèmes qui n'admettent qu'une solution hypothétique et il a proposé la sienne sous le nom de polarigenèse ou théorie des unités physiologiques : c Les cellules spermatiques et les cellules germinativcs ne sont au fond que des véhicules, portant de petits groupes d'unités physiologiques dans un état convenable pour obéir à leur penchant vers l'arrangement de structure de leur espèce propre, et nous devons conclure que la ressemblance d'un organisme à l'un ou l'autre de ses parents est le résultat des tendances spéciales des unités physiologiques dérivées de ce parent » (^).

Théorie de Darwin on de la pangenèse. — Pour rattacher entre eux par un lien intelligible les -principaux faits connus, l'auteur anglais suppose que toutes les cellules ou unités du corps, avant de se convertir en tissus du corps par leur division spontanée ou prolifération, c émettent de petits grains ou atomes qui circulent librement dans tout le système et, lorsqu'ils reçoivent une nutrition suffisante, se multiplient par division et se développent ultérieurement en cellules semblables à celles dont ils

(*) II. Spemcer, Princi|)es de biologie. Trad. Gazelles, i* toI, 3* éd. Paris, 1888

DES THÉORIES DE LIlËRËDITfi. 279

dériirent ». Il appelle ces grains des gemmules cellulaires. II suppose c qu^elles sont transmises par les parents à leurs descendants, se dévekppent généralement dans la génération qui suit immédiatement, mais peavent souvent se transmettre pendant plusieurs générations à un état dormaDt et se développer plus tard ». Ce développement dépendrait de Irar union avec d'autres gemmules partiellement développées, qui les précèdent dans le cours régulier de la croissance. Les gemmules seraient finises par chaque cellule, non seulement pendant Tâge adulte, mais aussi pendant tous les états de développement. Dans leur état dormant, les gemmules auraient les unes pour les autres une afSnité mutuelle, d'où résulterait leur agrégation en bourgeons ou en éléments sexuels, c Donc, à strictement parler, ce ne sont pas les éléments reproducteurs, ni les bourgeons, qui engendrent les nouveaux organismes, mais les cellules ou unités mêmes du corps entier. » Telle est Thypothèse que Darwin a désignée sous le nom de pangenèse et qu'il avait déclarée lui-même provisoire (*).

La théorie de Darwin reproduit sous un nom différent celle que Buftbn avait émise plus d'un siècle auparavant. Le naturaliste français suppose que les molécules organiques existent dans la nourriture consommée par îoùi être vivant et que ces molécules sont par leur nature analogues aux divers organes par lesquels elles sont absorbées. Lorsque les organes se sont ainsi complètement développés, les molécules, n'étant plus nécessaires, se rassemblent et forment des bourgeons ou les éléments sexuels. Les molécules oi^;aniques de Buffon sont en somme les gemmules de Darwin.

La théorie de Darwin a été modifiée par Galton, qui a émis l'hypothèse des UiroeSj désignant sous ce nom la somme des gemmules qui se trouvent dans l'œuf récemment fécondé (').

Théorie de Haeckel, des plastidules, ou de lapérigenèse. — Haeckél Déconsidère pas la cellule comme un élément irréductible. Au-dessous d'elle est le cytode, masse albuminoïde sans enveloppe et sans noyau; cellules et cytodes forment les unités vitales et sont constitués par le flasson^ substance vivante primordiale, moins avancée en organisation, moins difiérenciée morphologiquement que le protoplasma. Enfin le plasson se résout en molécules de plus en plus petites, dont le dernier terme est la plastidule^ molécule de matière organisée vivante, distincte de la molécule inorganique non seulement par sa composition chimique, le groupement de ses atomes, mais par une sensation, une volonté, une àme, un mouvement qui lui est propre et lui permet de s'approcher ou de s'éloigner de ses voisines. C'est le mouvement ondulatoire et ramifié ppre aux plastidules et cause efficiente du phénomène biogénétique que Haeckel appelle périgenèse. Parmi les propriétés des plastidules,

\' Dawis, De la Tariation des animaux et des plantes. Trad. Barbier, 2' vol. Paris, 1879. C; Galtox, Hercditary genius, 1809.

280 L'HfiRËDlTË ET LA PATHOLOGIE GËNËRALE

ajoute Haeckel, la plus importante est la capacité de reproduction oo b mémoire. L'hérédité est la mémoire des plastidules; la variabilité ot il réceptivitité des plastidules. La première produit la stabilité; la seoooà^ la variété des formes organisées. Dans les formes très simples et Ui constantes, les plastidules n'ont rien appris ni rien oublié. Dans les fom organiques très développées, les plastidules ont beaucoup appris et be» coup oublié (*).

Déjerine résume en ces termes la théorie de Hacckel : c Cette hjpodiM est basée à la fois sur la théorie moniste et mécanique. Chaque plasUdÉ. possède les propriétés de la matière, le sentiment de conscience eli mouvement ondulatoire rythmique, et, par Tacte créateur, une certiiM quantité de protoplasma ou de la matière albuminoîde des parents d transmise à Tenfant et, avec ce protoplasma, un mode individuel spécial le mouvement moléculaire. Ce sont ces mouvements moléculaires qui suici- ] tent les phénomènes vitaux et en sont la vraie cause. Il y a ainsi un moiTR- i ment plastidulaire primitif qui est transmis par la cellule mère et consené. L'action des circonstances extérieures, d'où résultent l'adaptation et k variabilité, produit une modification de ce mouvement moléculaire.

€ L'hérédité est donc, d'après cette théorie, la mémoire des plastidnb ou la transmission du mouvement des plastidules (la mémoire n'étal qu'une forme de vibration), transmission s'opérant en vertu du gnol principe de la transformation des forces. L'adaptation au milieu, les modifications subies par l'organisme, dans telles ou telles circonstance^ ne seraient au contraire que la résultante de certains mouvements acquis pff les mêmes plastidules. »

Théorie de Weismann on de la continnitô du plasma germinitiL — D'après cet auteur ('), l'hérédité s'effectue par une substance à stnie* ture extrêmement fine et complexe, possédant des propriétés chimuiiKS et moléculaires déterminées, le plasma germinatif (Keimplasma)^ qui M transmet sans se modifier de génération en génération. Lorsqu'on nooiél organisme se développe, une partie de ce plasma demeure en résene pour former ses cellules germinatives. Celles-ci sont donc en continmii directe non interrompue dans les générations successives; elles doifCÉt fournir des produits identiques. Le plasma germinatif est nécessairement contenu dans les noyaux des cellules germinatives, puisque, d'après kl recherches de Hertwig, Fol, Pfluger, Yan Beneden ('), Strassburger (*), les noyaux prennent seuls part à la fécondation. L'ovule fécondé renfenne donc le plasma germinatif des deux parents et de leurs ancêtres; celai de

(*) E. Haegeel, Essais de psychologie cellalaire. Trad. franc.

(*) YTeismanm, Die Continuitât des Reimplasmas als Gnindlage einer Ibeorie der lettAn%

(') V. BtinroBN, Recherches sur la maturation de roenf. Bull, de VAcad. royale de Brf giqve, 1875.

(*) Ed. Strassdcrger, Neue Untersudmngen ûbcr den BefrachtongsTorgang bei den Phi nerogamen als Gnindlage fQr eine Théorie der Zcugung. lena, 4884.

diaque ascendant s'y trouve en quantité d'autant plus faible qu'il appartient à une génération plus éloignée. Si, en effet, le plasma du père ou de h mère entre pour moitié dans la constitution du noyau de Tovule fécondé, celui du grand-père n'en constitue que le quart, et celui de la dixième génération en arrière 1/1 024*". Ce dernier peut néanmoins réapparaître lors du développement du nouvel être. C'est ce qui se produit dans le cas d'atavisme; on s'explique ainsi nombre de malformations, telles que la polydactylie, la polymastie, l'utérus bicorne, certaines microcéphalies. On peut objecter à la théorie de Weismann, qu'en remontant à un nombre relativement peu considérable de générations ascendantes la part qui retiendrait à l'influence ancestrale dans l'élaboration du produit de conception se réduirait à une proportion tellement faible qu'elle pourrait être considérée comme infinitésimale.

La théorie de Weismann l'a d'ailleurs conduit à nier, contre toute évidence, l'hérédité des caractères acquis. « Les caractères acquis, dit-il, ne sont autre chose que des variations locales et générales, produites par des iofluences extérieures déterminées. » Weismann explique exclusivement pr YadaptatUm au milieu la transformation des espèces et, quant aux diOerences individuelles héréditaires, il en place la source dans la reproduction sexuelle ou amphigone, dans la fusion de deux cellules germatires de sexes opposés, fusion qui accentue de plus en plus les caractères indiriduels par des combinaisons toujours nouvelles.

Pour M. Hallopeau c l'action de l'hérédité est complexe : les générations nouvelles subissent une sorte d'attraction vers le type de l'espèce qni leur permet de lutter contre les dégénérescences accidentelles, et d'assurer la durée de la race, mais en même temps ces dégénérescences accidentelles et les vices d'évolution qu'elles engendrent ont tendance à se reproduire dans la descendance et à devenir eux-mêmes un caractère de bmiUe ou de race; il y a donc antagonisme entre ces deux forces; on peut les Toir prédominer alternativement dans la série des générations, de teQe sorte qu'une prédisposition restée latente chez un individu réappanit chez ses enfants (atavisme, réversion ancestrale); les exemples de cette hérédité alternante ne sont pas rares; outre les malformations, on peut voir des prédispositions morbides, telles que l'arthritisme et la KTofnle, sauter une ou plusieurs générations » (^).

Théories de J. Orchansky (*). — Suivant M. Orchansky, professeur agrégé à Charkow, le problème de l'hérédité est composé de trois questions fondamentales : une théorie de la fécondation, une théorie de l'évotaion individuelle et une théorie du rapport entre les parents et leurs descendants. On restreint souvent le domaine de l'hérédité à cette dernière question; pourtant la spthèse des trois peut seule permettre une théorie complète de l'hérédité.

(*) Iaiumav, Traita de ptthologie générale, 3* éd. Paris, 1890.

t. rw— j^ Étude sur l'hérédité normale et morbide. Saint-Pétersbourg, 1894.

282 L'UÉKfDlTK ET LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

Théorie de la fécondation. — Grâce aux recherches de Roux, Hertvig, Waldcyer, Weismann, Kovalewsky, Friedlânder et autres, on a pénétré assez avant dans Tétude des phénomènes morphologiques de la fécondation. Son mécanisme intérieur ou dynamique reste cependant toati lait obscur.

Quelle qu'en soit la nature, l'ovule et le spermatozoïde, dont la fiuioo constitue la fécondation, manifestent chacun un certain degré d'énope spécifique, qu'on pourrait comparer en quelque sorte à Fafiinité élediif propre aux agents chimiques.

Ces deux cellules embryoplastiques peuvent être, comme unités biologiques, équivalentes ou inégdes. 11 paraît impossible qu'elles soient euo tement équivalentes.

Dans le cas où l'inégalité est trop accentuée, la fécondation devient impossible ; et d'autre part, dans le cas, très rare, où le degré de l'inégalité est trop peu sensible, par exemple, chez les membres d'une même famille, la fécondation devient aussi impossible.

De ces prémisses découlent logiquement les deux conséquences soivantes. La première, c'est que le produit de la fusion de deux cellules d'énergie inégale doit toujours présenter un caractèi'e non équilibré, avec une faible prédominance de l'une ou de l'autre des cellules ; ainsi s'explique l'existence des deux types sexuels; autrement, l'hermaphrodisme devrait s'observer comme phénomène normal et non à titre d'exception.

La seconde conséquence est que la fusion ne peut être parfaite pour toute la matière des deux cellules. Le produit de la fusion est composé de deux parties, l'une où les éléments de ces cellules sont parfaitement neutralisés les uns par les autres, une autre où la neutralisation n'est pas complète. Mais, comme la fusion ou la neutralisation complète est une condition sine qua non de l'évolution, la seconde partie ne peut posséder assez d'énergie pour l'évolution individuelle, elle doit demeurer dans un état latent d'énergie plastique. Cette partie étant d'ailleurs le résultat de la prédominance d'une des cellules embryoplastiques, elle doit correspondre par son caractère à celui de la cellule prédominante.

Si l'on accepte que cette substance cellulaire non neutralisée est le germe des cellules sexuelles de l'individu, on peut expliquer que la constitution coïncide avec le tj'pe du sexe, fait mis en lumière par les recherches de l'auteur.

On pourrait généraliser cette hypothèse en admettant que la fusion &l général n'est pas parfaite et que le degré de la neutralisation présente une échelle pour les différentes cellules du blastoderme et que l'énergie plastique est aussi différente dans les diverses cellules. Cette énergie doit être nu maximum dans le groupe des cellules les mieux neutralisées, où l'iniluence stimulante du spermatozoïde atteint sa plus grande intensité. D'après cela, on peut s'attendre que les tissus du système nerveux, qui se rapprochent le plus par leur nature de celle du spermatozoïde» manilestent

ane én^^e précoce et fort considérable dans leur développement, ce qu'on trouve en effet.

Lliypothèse, d'après laquelle les organes sexuels ont leur origine dans la partie la moins neutralisée ou la moins féconde du protoplasma genninatif, est comme un développement logique de la théorie de M. Weismann.

Vévolution individuelle. — L'évolution individuelle chez l'homme se earaetérise par une marche lente, par une courbe décroissante de l'énergie plastique et par un accroissement progressif de l'individualité. En outre, le t)pe sexuel devient avec l'âge de plus en plus prononcé, et la fin de l'évolution est marquée par un développement extrême du caractère et des traits sexuels.

Au moment de la fécondation, l'embryon est hermaphrodite; on accepte que l'époque de l'hermaphrodisme se termine par le développement des organes sexuels. Mais, comme toute la constitution des enfants présente un caractère différent selon le sexe, l'idée de l'hermaphrodisme peut être étendue à la constitution entière. En ce sens, chaque individu est herm<iphrodite non seulement dans ses organes sexuels, mais dans toute sa constitution, de sorte qu'en somme l'évolution se caractérise par un développement progressif de l'individualité. D'autre part, en vertu de l'hermaphrodisme de toute sa constitution, chaque individu est toujours un composé de deux facteurs, dont l'un présente le type actuel, l'autre le type latent ou virtuel.

La lutte entre les deux types dure pendant toute la vie. Plusieurs phénomènes, quoique peu étudiés, confirment cette hypothèse ; les changements qui ont lieu dans le type de la constitution pendant l'époque climatérique, les changements qu'on observe souvent dans le type des enfants aux difiérents âges, enfin les phénomènes de l'atavisme, tout parle en hieor de l'hypothèse dualistique.

Quel peut être le rapport des cellules sexuelles ou, pour mieux dire, des organes sexuels avec l'organisme entier? — On sait que toutes les parties de l'organisme se trouvent entre elles dans un rapport statique constant ; ce rapport se maintient aussi dans leur évolution. On peut le désigner par le terme de consensus statique et dynamique.

Le rapport actif entre les organes sexuels et l'organisme des parents se maniteste sous plusieurs iormcs, surtout chez les femmes. Rien n'est mieux prouvé que l'influence du système nerveux sur les fonctions Hxuelles; une dépression dans l'état mental, une aliénation mélancolique, dépriment l'activité de ces fonctions. L'aliénation dégénérative fort proocmcée est souvent connexe à la stérilité.

D'autre part, l'activité ou l'atonie des fonctions sexuelles chez la femme

nercent une influence sensible sur le système nerveux ; ainsi l'existence

d'an réflexe réciproque des organes sexuels sur le système nerveux, et

iorersement, est un fait incontestable.

Enfin, une dernière preuve est l'influence de la castration sur l'arrêt

du développement physique dans les caractères dits sexuels secondaim, tels que les seins, le larynx, la barbe, etc., etc.

En résumé, on peut dire que le consensus a un caractère synthétique et évolutif et qu'il sert surtout à la stabilité du type ; chaque modificttioD individuelle qui se développe dans l'organisme sous l'influence de la notrition, du fonctionnement ou d'autres causes, a d'autant moins de chancei d'être transmise aux cellules sexuelles ; plus les modifications s'éloignent do type normal de la constitution et plus elles sont tardives et d'un caractère partiel; par suite de ce consensus, l'organisme est l'arène de deux séries des phénomènes, l'une répond à l'évolution réelle de l'embryon de l'enfai^ l'autre à l'évolution latente correspondante dans les cellules sexuelles.

Théorie de V hérédité. — La théorie de l'hérédité, pour Orchansky, se réduit ainsi aux points suivants :

1*^ L'hérédité est en même temps une fonction directe des cellules sexuelles et une fonction indirecte de l'organisme entier : au premier point de vue, elle est la base de la stabilité du type; au second, elle explique l'individualité ou la variabilité. L'hérédité a un caractère évolutif et synthétique ;

2^ L'hérédité directe est plus puissante que l'indirecte ;

3^ Le caractère de l'hérédité est différent pour les deux classes de cellules sexuelles et correspond à la nature de leur constitution;

4® L'énergie avec laquelle l'hérédité indirecte tend à se transmettre est d'autant plus puissante que la modification individuelle est moins considérable, présente un caractère général et se développe i une époque plus précoce.

Au contraire, plus une modification qui se produit dans l'organisme do parent, est considérable, plus elle présente de déviations sensibles du type moyen et se développe à un âge avancé, plus les chances pour que cette modification se transmette aux enfants diminuent;

5^ Les modifications provoquées dans un organe quelconque à l'état adulte et surtout les variations pathologiques occasionnelles ne peuvent pas être transmises aux descendants.

La variabilité est une propriété fondamentale de la matière vivante et elle caractérise surtout les cellules mâles, le spermatozoïde. L'hérédité individuelle pour un organe quelconque est déterminée par le degré de variabilité que celui-ci possède.

Donc on peut accepter que l'énergie de la fonction d'un organe quelconque exerce aussi une influence sur la manifestation de l'hérédité dans cet organe.

Ainsi on peut prévoir que les parties les plus étroitement liées aux fonctions psychiques, les organes des sens, la face en général, le bras et surtout le poignet, doivent présenter une individualité et une hérédité considérable. C'est ce que la statistique pardt avoir démontré à Orchansky, dont les recherches s'appuient sur l'examen d'un très grand nombre de familles russes, allemandes et israélites.

DES TH£0RIES de L'HËReoITË!. 285

Théorie de M. Ch. Bonchard. — Au début des leçons qu'il fait cette innée à la Faculté, sur la nutrition dans les maladies, mon maître a consacré un important développement à quelques-unes des questions que soulève rhérédité. En voici un résumé, malheureusement imparfait.

Le secret de l'hérédité est dans la généalogie ininterrompue des différentes parties de la cellule : sphères directrices, filament nucléaire, proloplasma, depuis le spermatozoïde et l'ovule du premier être mâle et de la première femelle de l'espèce jusqu'à l'être actuel. Chacune de ces parties a son rôle déterminé. Ce sont les sphères directrices qui ont l'initiative de la multiplication, puisqu'elles précèdent les noyaux dans leur marche convergente et vont l'une au-devant de l'autre.

Le filament nucléaire chromatique représente la matière du mâle et de b femeUe. Après son dédoublement par fissuration suivant toute sa longueur en deux moitiés dont chacune comprend le même nombre de granulations chromatiques disposées de la même façon, il se reconstitue dans l'ovule fécondé, de manière que chacune des granulations s'y retrouve, chacune d'elles étant la moitié d'une unité, et non la moitié d'une chose complexe. Les granulations de la moitié du filament mâle et de la moitié du filament femelle se ressoudent en vertu de la loi de Geoffroy Saint-Hilaire qu'on appelle l'affinité des parties similaires ou de soi pour soi.

hï réalité, malgré la division du filament qui s'opère à chaque fécondation, il n'y a pas formation d'êtres successifs, il n'y a jamais qu'un seul filament mâle et femelle, complet avec toutes ses activités, condensant tout ce qui est dans l'espèce, dans la race et dans l'individu générateur. La série des individus qui constitue toute une espèce doit être envisagée comme une arborescence. On est amené à considérer que le filament nucléaire a pour rôle de faire la forme et de régler l'activité des parties ; Factivité, c'est ce qui fait la différenciation des cellules et des organes ; h fonction, c'est ce qui prime tout dans les choses biologiques, c'est elle qui fait l'organe, c'est l'âme des choses, la Psyché d'Aristote.

Forme et fonction semblent appartenir aux granulations du filament Ducléaire chromatique. Aux sphères directrices appartient la multiplication, la génération.

Les sphères directrices, le filament chromatique sont noyés dans le protoplasma, auquel appartient la nutrition, qui a la propriété d'attirer la matière, de l'élaborer pour faire vivre le filament nucléaire et les sphères directrices, plus haut placés que lui dans la hiérarchie physiologique. Le protoplasma a pour origine une portion du protoplasma qui entourait le noyau de la cellule génératrice. 11 se renouvelle sans cesse comme le couteta légendaire dont on change tour à tour le manche et la lame ; on a pu calculer qu'il suffit peut-être de trois cents jours pour le renouvellement complet du protoplasma d'une cellule. Mais, si la matière du protophsma se renouvelle, ce qui est stable, c'est sa formule chimique, qui est définitive et héréditaire. Ce qui se transmet, c'est le type nutritif. Ainsi

286 LUËRËDITS ET LA PATHOLOGIE GiNfiRALE.

la vie est alimentée par le protoplasma, la multiplication est commaiidée par les sphères directrices, la diflerenciation de la cellule et des divarses parties de Tindiiridu est dévolue aux granulations chromatiques du filament nucléaire.

Si Tétre engendré n'est pas quelconque, mais semblable à son gêné» rateur, c'est grùce à ces granulations. Puisque chaque granulation repré* sente une partie future du corps, on doit conclure que si, par la pensée, on ajoute ou Ton retranche une granulation ou une moitié de granulation du filament au moment où il se reconstitue, on peut faire des monstres, des variétés, des espèces nouvelles. Là est probablement le secret de Théredite normale et peut-être de certaines hérédités morbides.

L'être engendré ne reçoit, en réalité, rien de matériel que de l'espèce: son capital, c'est l'éternel filament chromatique nucléaire, tel qu'il exiMûl dans le premier être, et que chaque nouvel être restituera dans l'état oà il l'a reçu.

Inque brevi spatio mutantur saeda animantam, Et, quasi cursores, vitaï lampada tradant(*).

C'est la vie de l'espèce qui se constitue par le filament nucléaire. Cliaque granulation prise à part se divise par fissuration et se reconstitue par intussusception, en conservant dans le filament sa position par rapport aux autres et son énergie potentielle. L'individu nouveau ne reçoit de son générateur que ce qu'il avait en dépôt.

Mais comment concilier ce fait avec la transmission des caractères acquis? Aussi cette transmission, sans laquelle pourtant l'hérédité pathologique est inexplicable, a-t-clle soulevé des contestations. Weismann notamment nie avec opiniâtreté l'idée de Lamarck et de Darwin à laquelle se sont rattachés tous les pathologistes. A vrai dire, si l'on admet avec Darwin que chaque partie du corps envoie une particule, une gemmule, dans l'ovule et le spermatozoïde, l'explication de la transmission des caractères acquis n'entraîne pas de difficultés. Mais il est possible aussi, sans faire entrer en jeu cette pure hypothèse et en s'en tenant à la constatation objective du filament chromatique toujours transmis matériellement identique, d'expliquer la reproduction chez l'enfant des caractères particuliers acquis par ses parents. La nutrition ne varie ni en qualité, ni en siège, ni en essence, ni en direction, ni dans ses matières originelles; mais son intensité, sa rapidité peuvent varier. C'est à ce point de vue que sont différentes les unes des autres les cellules jeunes et les vieilles, les cellules des individus ayant vécu dans des conditions diverses, notamment celles qui ont subi l'intoxication, l'imprégnation par les sécrétions de tout l'organisme. Le trouble de la nutrition existe en tous les points de la cellule, mais plus particulièrement dans le filament nucléaire et le protoplasma. On comprend qu'à travers les rénovations succes-

(*) Fn un court intervalle changent les générations des êtres vivants, et, comme les oonreufs, ils se passent do l'un à l'autre le flambeau de la vie. (Lucrèce livre IL ▼en 77-78.)

DES TliËORIES DE L'HÉRÉDITÉ. 387

sÎTes des cellules, le type nutritif de celles qui ont été contemporaines de

Tempoisonnement se continue dans celles qui n'ont pas connu le poison.

La continuité de la déviation nutritive est vraie aussi bien pour les cellules

génératrices» pour les granulations du filament nucléaire, que pour toutes

les autres cellules du corps. A côté des caractères immanents de Tespèce

inhérents au JBlament indestructible, l'individu générateur transmet, sous

torme de déviation nutritive imprimée aux granulations de ce filament,

les qualités acquises par ses propres cellules, y compris leur caractère

morbide.

Rien n'est mieux démontré que la formation de races humaines modifiées dans leur taille, leur résistance vitale, leur longévité, leur activité, parce qu'elles habitent sur un sol d'une certaine constitution géologique, c'est-à-dire, leur fournissant des aliments d'une composition spéciale. Cette modification de la race, c'est bien la conséquence de la transmission héréditaire de caractères acquis par la nutrition, d'abord insensibles, puis de plus en plus manifestes sous l'action lente, mais continue du milieu.

SiToD accepte que chaque granulation chromatique du filament nucléaire, qui doit présider plus tard, à l'heure voulue, à la formation d'un groupe cellulaire à fonction préétablie, représente dans la première cellule embryonnaire la partie similaire du générateur, si d'autre part on admet qu'au moment de la fusion du filament de l'ovule et du filament du spermatoloide, une granulation chromatique se trouve déplacée ou pervertie, on doit comprendre que l'organisme de cette granulation pourra être absent, incomplet ou vicié. Si le filament tout entier est gâté, vicié, intoxiqué, l'être futur risque d'être vicié et intoxiqué dans toute sa substance.

Nous disons que ce risque est possible, mais non pas qu'il est nécessaire, parce que dans la fécondation il y a deux acteurs. Le générateur TJcié n'intervient pas seul ; la moitié du filament mâle se colle à la moitié dn filament femelle, et l'influence du générateur de l'autre sexe, s'il est sain, peut corriger la tare du filament de son conjoint. Nous ne sommes pins en présence de la transmission héréditaire de caractères acquis. De la lutte entre les deux influences paternelle et maternelle contraires découlent pour l'être futur des caractères qui sont non pas acquis, mais innés.

Nous avons dit que la transmission des caractères acquis, facile à expliquer par Thypothèse darwinienne des gemmules, peut être aussi expliquée par Faction de substances solubles qui, introduites dans Torganisme ou fabriquées en lui, vont modifier les cellules sexuelles. Si one matière anormale est fabriquée par une partie du corps malade, elle peut aller agir sur d'autres cellules du corps, en particulier sur quelquesunes des granulations du filament nucléaire pour en modifier la nutrition. La physiologie et la pathologie expérimentale nous ont appris qu'il existe dans le corps des sécrétions nombreuses, capables d'agir à distance sur d'autres parties de l'organisme. L'extrait de loie normal injecté dans les

288 L*U£K£DiTe ET LA PATHOLOGIE GËNfiRALE.

veines d'un animal produit la salivation, l'exagération de la sécrétion lacrymale. L'injection d'urine ne produit ni Tune ni l'autre de cesmodi- Gcations sécrétoires, mais elle excite la diurèse.

Du testicule part quelque chose de chimique qui impressionne toot l'organisme, puisque la suppression des deux testicules rend l'individi émasculé tout diflerent d'un autre individu qui n'a été privé que d'une seule glande séminale; et il y a dans cette sécrétion interne du testicule quelque chose qui impressionne spécialement certaines parties de l'orge nisme, puisque chez les individus privés des deux testicules le larjn cesse de se développer, et que les poils cessent de croître, tandis que le bassin au contraire acquiert un plus grand développement.

Ne savons-nous pas aussi que le corps thyroïde contient quelque diose qui modifie la nutrition du tissu conjonctif?

En réfléchissant à toutes ces notions incontestées, on se prend à troum soutenable l'hypothèse d'une influence exercée par l'organisme malade sur telle ou telle granulation du filament nucléaire. S'il n'arrive pas habituellement chez l'homme qu'une suppression d'organe chez le pire ait pour conséquence une monstruosité correspondante chez l'enfant, chez des êtres moins élevés on peut citer des faits de ce genre. Brown- Séquard a montré que chez le cobaye l'excitation partie de certaines parties du système nerveux par section du sciatique entraine non seulement l'épilepsie chez l'opéré, mais engendre assez souvent l'épilepsie chei ses descendants, et que, parmi les petits cobayes issus de pères traumatisés dans leur système nerveux, il en naît de temps en temps auxquels manque un orteil.

« Supposez maintenant, dit encore M. Bouchard, — et c'est là surtout que l'hypothèse devient plus aventureuse, — supposez que les produits solubles d'un organe aient plus grande ailGnité pour celle des granulations qui, dans la cellule génératrice, est destinée à régler la formation de l'organe similaire chez le produit, et vous comprendrez que l'exagération de fonction ou que la maladie ou que la suppression d'un organe puisse avoir pour conséquence des anomalies physiques ou fonctionnelles dans l'organe similaire de l'individu engendré.... J'ai repris, si l'on veut, la théorie de Démocrite, mais avec cette différence qu'un peu de matière venue de chaque partie, au lieu de former la partie correspondante du nouvel être, imprime une activité spéciale à la granulation ancestrale qui a dans sa destinée de présider éternellement à la formation de cette partie. 9

On a souvent confondu les phénomènes héréditaires avec des [diénomènes seulement congénitaux.

L'hérédité est la transmission des propriétés des ascendants aux descendants. Elle est régie par des lois naturelles, celles de la génération. Elle

ne peut donc fonctionner qu'en ligne directe des ascendants aux descendants .

En biologie, les neveux et nièces ne peuvent hériter des oncles et des tantes.

C'est par abus de langage que Darwin a admis une hérédité collatérale: Llûérédité des caractères acquis est niée par des auteurs; elle seule, au

contraire, est admise par d'autres. Ces deux opinions opposées paraissent excessives. L'hérédité des caractères spécifiques ne peut être niée, puisque ces caractères sont justement réputés spécifiques parce qu'ils sont héréditaires. Les caractères acquis par l'individu pendant sa vie, modifications de sa forme ou modifications de ses aptitudes, ne se reproduisent pas aussi nécessairement que les caractères de l'espèce. Quelques-uns des efiets produits par l'action du milieu sur l'individu peuvent se répéter dans sa descendance et cesser alors d'élre individuels.

Weismann prétend qu'aucun caractère acquis ne jouit de la puissance liéréditaire. Si cela était vrai, que faudrait-il entendre par hérédité pathologique?

Ici, il ne s'agit que de la reproduction, chez les descendants, d'altérations ou de désordres acquis à un moment donné par l'ascendant. Seulement la reproduction du fait morbide ne s'accomplit pas toujours exactement sous la même apparence. De même que chez l'individu une cause morbifique peut se manifester par des efiets très difiercnts, de môme cette cause transmise à son descendant peut se révéler chez celui-ci par des efiets autres que ceux qu'elle avait produits chez le générateur. En pithologie, l'hérédité n'est donc pas toujours, elle est même rarement la reproduction du semblable par le semblable, comme l'ont dit Linné, Ribot et d autres à propos de l'hérédité en général.

D'ailleurs, même au point de vue de l'hérédité naturelle, l'individu différant toujours par quelques caractères des autres individus de son espèce, ascendant et descendant, la notion de ressemblance, comme dit Snison, n'est en réalité applicable que dans un sons beaucoup plus restreint. A faut la limiter aux propriétés des éléments anatomiques, soit, dans Tordre de l'hérédité normale ou naturelle, pour ce qui concerne leur ^tude à se grouper d'après un certain type, qui est celui de l'espèce ou type naturel, ou à fonctionner avec un degré quelconque d'activité, soit, dims rhérédité pathologique, pour ce qui regarde les altérations diverses qu'ils peuvent subir.

André Sanson (') veut avec raison qu'on distingue les phénomènes héréditaires de ceux qui sont le résultat d'une contamination du fœtus par h mère après la fécondation. < Les propriétés des éléments anatomiques transmis dérivent de celles des éléments primordiaux de l'embryon, où elles étaient en puissance, comme on dit. » Ainsi la syphilis prise par la mère après la conception, et infectant son fœtus, devrait être distinguée de la syphilis vraiment héréditaire, qui résulte de la fusion d'un o\'ule et d'un spermatozoïde déjà syphilitiques ou de la fécondation d'un

[*) Sànwi, L'hérédité normale et pathologique, 1893.

tAIHQU>6IB G^iEAU. — L M

290 LUÉRÉDITÉ ET LA PATHOLOGffi GfiNËRALE.

ovule sain par un spermatozoïde syphilitique. On ne doit donc pas pskr de variole, de charbon, d'érysipèle héréditaires à propos d'enfants on de petits animaux naissant atteints de ces maladies parce que les gennei patliogcnes ou leurs toxines ont été transportés de la mère à son foBlai à travers le placenta. Ce sont là des maladies congénitales et non héndi» taires.

Il ne faut pas davantage attribuer à l'hérédité des particularités di nouveau-né qui relèvent de la nutrition embryonnaire, et ranger dans h catégorie des dégénérés héréditaires certains individus malformés pr suite de telle ou telle circonstance ayant entravé leur développement»* utero postérieurement à la conception.

L'hérédité ne crée rien, elle est limitée à la transmission aux deseendants de ce qui existe chez les ascendants. Et cependant il faut expliquer l'apparition chez les descendants des propriétés ou des caractères qui n'existaient pas chez les ascendants. C'était pour l'expliquer que Lucai avait admis Vinnéitéj comme un facteur opposé à la loi d'hérédité (').L'iiinéité se résume peut-être en ceci que le développement du nouvel étn est toujours plus ou moins influencé dans un sens quelconque par les conditions de sa nutrition embryonnaire. Tandis que les deux génénteun impriment ou peuvent, au moment de la fécondation, imprimer une impulsion dans un sens déterminé au développement de l'être futur, h mère seule peut modifier, par les éléments qu'elle fournit au fœtus pendant la période embryonnaire, l'impulsion imprimée par l'hérédité.

Ayant éliminé l'idée d'hérédité pour les êtres asexués, comme nous l'avons dit plus haut, Sanson ramène les lois de l'hérédité aux combinasons variées que peuvent affecter les propriétés semblables ou différentes des deux éléments primitifs générateurs.

L'hérédité directe et immédiate (i^ loi de Darwin) est unilatérak quand l'être procréé hérite exclusivement soit de son père, soit de si mère; bilatérale^ quand il hérite de tous deux; mais alors les deux héritages sont presque toujours inégaux. La notion conunune d'un partage égal des puissances héréditaires (demi-sang) lui parait une pure chimère.

Quand l'hérédité parait n'être ni unilatérale, ni bilatérale, c'est que l'héritage provient non des parents immédiats, mais d'un aïeul ou des aïeux dans les lignées paternelle ou maternelle.

Il y a lieu, en effet, d'admettre des puissances héréditaires diverses, qui sont V hérédité individuelle, V hérédité de famille ou consanguinité, l hérédité de race, ancestrale ou atavisme (hérédité en retour ou médiate, ô"" loi de Darwin). Dans tout cas de reproduction entrent enjeu ou plutôt en luttr au moins deux de ces modes d'hérédité, la puissance individuelle et l'atavisme. CVst habituellement celui-ci qui Femporte.

Contrairement à J. Orchansky, dont nous avons plus haut exposé la

(*) V. LtcAb. Traité pliiloMjphiquc ut iili}:<iulogique de l'iiérédilé naturelle, etc. rarit, lSi7.

théorie et sur les opinions duquel nous reviendrons plus loin, Sanson rejette une prétendue loi de prépondérance (la 2* des lois de Darwin) s'exerçant directement suivant le sexe, ou indirectement d'un sexe sur Tautre, — et aussi une loi suivant laquelle rhérédité ferait apparaître chez les descendants, aux périodes correspondantes de la vie, certaines dispositions physiques et morales des ascendants (hérédité par homochronie^ i* loi de Darwin). Santon ne voit là qu'un eflet du développement régulier de tout organisme, certains phénomènes ne pouvant se manifester qu'à certaines époques de la vie, comme la puberté et l'apparition des poils sur la face, en vertu d'aptitudes qui ont été imposées aux éléments primitifs de l'embryon dès la fécondation par la transmission des propriétés des parents immédiats ou ancestraux.

L'hérédité individnelle consiste dans la transmission des qualités ou eiffactères propres à l'individu. Ces caractères normaux ou pathologiques sont des caractères acquis, puisqu'ils n'existaient pas chez les ascendants et que c*est précisément leur existence qui assure à l'individu son identité propre. Nous avons vu que la transmissibilité des caractères acquis a été niée absolument (Weismann), tandis que d'autres observateurs, en Allemagne, la considèrent, sous le nom d'Individual potenz, comme la seule poissance héréditaire réeUe. L'éminence des qualités d'un individu n'est pu d'ailleurs la garantie de leur transmission à ses descendants. Mais, si les naturalistes ont pu nier la transmissibilité des caractères individuels, les médecins ne le pourraient ; car l'hérédité morbide ne peut relever que d'eUe.

Quant à l'hérédité individuelle des qualités physiques et psychiques, eDe est contenue dans des limites qu'il est utile de préciser. Pour les ani- Diux, on a cité certaines exostoses du tarse des chevaux (jarde ou éparvio) comme un exemple d'hérédité par homochronie, parce qu'elles appanissent successivement chez les chevaux d'une même souche au même âge. Or, il parait (Sanson) qu'elles sont, en réalité, provoquées par une initaiion traumatique ou mécanique du périoste, résultant d'un défaut de proportion entre l'intensité des efforts musculaires et la résistance des msertions ligamenteuses. < Ce n'est point la périostose elle-même qui •liérite, mais bien l'aptitude à la contracter sous l'influence d'eftorts muscoliires peu intenses, en raison d'une faiblesse articulaire qui, elle, a été traumise. »

Certaines mutilations superficielles qui sont pratiquées couramment dia les animaux (raccourcissement des oreilles chez les chiens bouledognes et ratiers, de la queue des chevaux et moutons, amputation des «mes des bovidés) ne se transmettent point par hérédité; il faut recommeocerà les pratiquer à chaque génération, comme Texcision du prépuce chez les enfants juifs et musulmans qui doivent toujours être eflectivement circoncis conune au temps de Moïse et de Mahomet. On voit bien < quelques petits Juifs et quelques petits Musulmans naître avec un pré-

puce court et même sans prépuce ; mais, comme ces cas se présentent eo proportion égale chez les entants chrétiens dont les parents ne sont point circoncis, cela leur enlève toute valeur probante en faveur de rbérédite » (Sanson).

Si les mutilations opérées après la naissance ne se reproduisent pis chez les descendants, il n'en est pas de même de celles qui sont d'ordre tératologiquc, c'est-à-dire survenues pendant la vie intra-utérine pir suite d'une perturbation dans le développement de Tcmbryon : ains l'atrophie congénitale de la conque auriculaire, qui caractérise certains moutons (dits dkrout, sourds, en Tunisie et yungti en Chine) et certaim lapins, ou l'atrophie des muscles redresseurs de la conque produisant les oreilles tombantes des lapins dits lope, la courte queue de la variété des chiens de chasse dits du Bourbonnais, l'absence de queue des chats de l'ile de Man, sont des exemples de la transmission héréditaire de phouh mènes tératologiques; toutes ces variétés sont issues de sujets n&s accidentellement avec ces malformations.

La plus incontestablement héréditaire des malformations tératologiques est le sexdigitisme, dont on a tant de fois observé la persistance dans certaines familles, surtout dans celles où les unions avaient lieu entre consanguins (Sanson). On a vu les doigts surnuméraires transmis pendant cinq générations successives, ils ont dans quelques cas disparu pendant une, deux ou môme trois générations, pour reparaître ensuite par retour. Parfois, à chaque génération l'aiTection s'est accentuée, quoique dans chacune la personne aiTectée se soit toujours mariée avec une autre qui n'avait pas cette malformation, et quoique ces doigts additionnels, ayant été amputés peu après la naissance, n'aient pas pu se fortifier par l'usage (Darwin).

Dans un exemple donné parle docteur Struthers, qui d'ailleurs assure que les cas de non-transmission des doigts surnuméraires ou d'apparition de cette diilbrmité dans les familles où il n'y en avait pas auparavant, sont plus fréquents encore que les cas héréditaires. « Un doigt supplémentaire parut sur une main à la première génération; dans la seconde, sur les deux mains; dans la troisième, trois frères l'eurent sur les deux mains et Fun d'eux sur un pied; à la quatrième génération, les quatre membres préscntèn'nt ranoinalic. 3»

lU'dai't a cité une famille où Veclrodactylie quadruple des mains et des pieds (pieds fourchus et doigts absents aux deux mains) s'est transmise pendant trois générations.

On cite encore comme hérédité de malformations tératologiques celle de Yalbinisme : une famille de chevaux, dont la peau est absolument dépourvue de pigment et qui est originaire du Hanovre, est issue d'un individu né accidentellement avec cette anomalie (Weissgeboren) ; la variété des mérinos à laine soyeuse dits de Mauchamp a eu pour point de départ un uiii(|ue agneau né avec ce caractère spécial, qui s'était déjà et qui s'est encore iiioiiUé accidentellenient dans d'autres troupeaux. Il en a été de même pour les lapins russes.

Un fait qui présente une bien plus grande importance à notre point de Tue de rhérédité pathologique, est la transmission héréditaire de l'épilepsie expérimentale par hémisection de la moelle épinière ou section du sympathique au cou chez le cobaye. Elle a été observée souvent parBrown- Séquard. Au bout d'un certain temps, se sont ainsi constituées dans son laboratoire des familles de cobayes épileptiques, dont le chef seul, remontant à plusieurs générations, avait été opéré. L'altération trophiquc de Vœil du côté correspondant au sympathique sectionné a été transmise aussi héréditairement.

Les défomuUions crâniennes ethniques produites clicz les enfants soit intentionnellement, comme dans les anciennes populations américaines, soit par les actions mécaniques de certaines coillures nationales (délbrmations toulousaine et poitevine), ne paraissent pas être reproduites par hérédité; mais l'asymétrie crânienne congénitale qui est la conséquence dune asymétrie primitive des hémisphères cérébraux semble bien cire héréditaire.

Nous n'avons parlé que de l'hérédité individuelle des caractères morphologiques, mais elle existe aussi pour les divers ordres d'activité cérébrale et nerveuse. L'étude des races d'animaux domestiques, comme le cheTal de course, le chien d'arrêt, le chien de berger, prouve que les ppriétés du système nerveux acquises par l'entraînement sont transmissibles.

La zootechnie montre encore la transmission héréditaire d'autres aptitudes fonctionnelles, exaltées à dessein chez l'individu dans un but comiDercial : l'accroissement de la capacité digestive entraînant comme conséquences l'achèvement hâtif du squelette, l'évolution plus prompte de la dentition permanente, l'aptitude à la formation de la graisse et à son iceumulation dans le tissu conjonctif, l'aptitude à la lactation.

Toutes les formes ou qualités acquises ne sont pas également transmisnhles. c 11 semble qu'elles ne le deviennent qu'à la condition d'intéresser d'une manière durable ou tout au moins intense une fonction ou un appareil organique de grande importance. » Ce sont « les niodirications subies durant la vie embryonnaire ou fœtale qui paraissent douées au plus haut degré de la puissance héréditaire ».

Y a-t-il lieu d'attribuer à chacun des sexes en particulier une puissance héréditaire spéciale? — On a dit que le père transmettait toujours ks formes extérieures, la couleur de la peau et des productions pileuses, tandis que de la mère proviendraient exclusivement les viscères, et par suite le tempérament. Un auteur allemand en a conclu que dans la constitution du blastoderme les éléments de l'ectoderme sont tournis par la ttHule mâle, ceux du mésodeme et de l'endoderme par la cellule femelle. En conformité avec la théorie ci-dessus, les hippologiies anglais semblent Détenir compte que de l'hérédité paternelle dans la j:çénéalogie de leurs chevaux de course, étant préoccupés seulement des fornu^s extérieures et de Texcitabilité nerveuse, qu'ils nomment c le sang ». C'est une doctrine qui

294 l/HÉRÉDITÉ ET LA PATHOLOGIE GÊKÉRALE.

parait ronionter à Bull'on; celtii-ci Va i5ilifiài A propos des produits r^ tant de l'accouplement de l'ànc avec la itinient (niulet) et du cheval ii l'ânesse (bardot). BulTon croyait que le mulet ressemble plus à son pi l'àne qu'à sa mère la jument, et qu'au contraire le bardot ressemble ph au cheval qu'à l'àuesBe. Mais, si l'impression d'ensemble paraît abord justifier cette opinion, l'exameii attentif des principaux caracl de ces animaux a permis aux zootechniciens de la réfuter; en rêililt chez eux, rhérédilé paternelle est variable et rbérédité mat^rudlf manifeste au contraire toujours dans le sens opposé à ce quardit BufTon : la constitution physiologique des mulets se rapproche luujudi plus de celle des ànea que de celle des chevaux (Sanson).

On a dit encore que dans les familles humaines les filles resseiuhli ordinairement à leur père et les garçons â leur mère. Ce pr^iugé popi taire est chaque jour contredit par l'obserration. 11 est impossible j reconnaître à tel ou tel sexe une puissance héréditaire spéciale <|b|I conque. La puissance héréditaire individuelle prime tout; chaque indin a sa puissance héréditaire faible ou forte par rapport à son conjoint, tuj pendamment de toute influence sexuelle.

La présence des nxvi matemi (regards ou envies) sur le corps S\ enfant est, comme chacun sait, regardée par le vulgaire comme la cnni quenco d'une impression vive reçue ou d'un désir violent non silidl pendant la grossesse. Ces taches ou tumeurs érecliles, diversement colorvM pileuses ou glabres, sont la conséquence de troubles trophiqiics tli peau survenus pendant la vie fœtale. Leur déterniintsmo n'est pas cornu mais, une fois produits, ils se trauBinettent souvent par hérédité,

Vhérédité du sexe ne nous airètera pas longtemps, puisqu'elle o'a d'applications à la [lathologie. Les théories qui en ont été roumies lÎM dépendre le sexe, les unes du moment où se produit la fécondation, ' autres de la nutrition embryonnaire.

Dès 1860, Thury (de Genève) a émis cette opinion que tout omll fécondé avant d'avoir atteint sa maturité complète devait donner oiit sance k une femelle; une fois miir, il donnerait un mâle. Supposant qd la maturité de l'ovule s'achevait pendant la période du rut, Thury peiwà que l'on peut obtenir à volonté l'un ou l'autre sexe, en faisant opÉrcf ' fécondation soit au début, soit à la tin du rut. Mais un o\-ule non parra k maturité pourrait-il être fécondé? D'ailleurs les expérimentations ( Coste ('), au Collège de France, sur des lapins, ont ruiné l'opinion k Thury.

En 1867, H. Landois, se servantdes œufs d'abeille, crut avoir démonttl que le sexe n'est point préformé dans l'œuf, mais est déterminé par' conditions extrinsèques agissant sur le développement de l'embryon (^ Mais Sanson et Bastian ont prouvé qu'aucune circonstance de la vie a

{') Cosra. Proilndion do teica. Compta rmdut de VAcad. dn tciencrt. 1865.

(<) LtimoiB, Mole mr lo dévelaj^incut des jnseetei. Compttt rendu* de CAcad. da te

rembryon, ni les dimensions de la cellule où se développe la larvc-aboille, ûi la qualité de nourriture qu'elle reçoit ne peuvent changer son sexe (*) Tout le monde à peu près admet aujourd'hui que la transmission du wxe est affaire d'hérédité. Déjà Girou de Buzareingues (') avait formulé 0^ proposition que celui des deux reproducteurs accouplés qui, au moment de l'accouplement, est, par son âge relatif ou par tout autre motif, dans l'état constitutionnel le meilleur ou le plus vigoureux, transmet !U)n sexe à l'autre. Cette proposition a été vérifiée exacte chez les ffiimaux par les observations de Martcgoutc (') et par celles de Sanson, qui cite un baudet des plus chétifs dont les saillies sur les juments donnaient invariablement des mules. Dans les familles humaines, on observe beaucoup de faits qui justifient l'opinion de Girou. On a expliqué par un conflit àe puissances héréditaires mâle et femelle égales les cas d'hermaphrodisme ou plutôt de pseudo-hermaphrodisme.

La puissance héréditaire individuelle peut se manifester inégalement au point de vue de la transmission des caractères sexuels et de la similitude de tel ou tel autre organe. La puissance héréditaire d'un des parents peut ne prédominer qu'en ce qui touche les organes sexuels, tandis c}ue tous les autres caractères morphologiques et physiologiques sont transmis par l'autre conjoint.

Orchansky, dans l'importante enquête à laquelle nous avons déjh fait diters emprunts et qui représente les plus récentes acquisitions de la science positive sur cette question, a étudié l'influence de l'hérédité sur l'origiDe des sexes, sur la constitution normale et sur les phénomènes pathologiques. Il considère que l'hérédité, étant une fonction do l'organisme des producteurs, suit une évolution parallèle à celle de leur état ^ral, et que l'intensité de ses manifestations correspond à l'énergie des iDlres fonctions des parents.

Rôle de F hérédité dans F origine des sexes. — Orchansky admet que deux principes donnent les manifestations héréditaires : 1® le principe de h maturité indiriduelle, d'après lequel chacun des parents a le plus de tendance à transmettre son sexe à Tépoque de sa maturité; 2° le principe d'interférence, par suite duquel les producteurs agissent en sens contraire wr le sexe de l'enfant, l'un prévalant naturellement sur l'autre. Lorsque I Influence du père prédomine, le nombre des garçons est plus grand ; si c'est Tinfluence de la mère, il y a majorité de filles. D'où deux types de iamilles : dans toutes familles où le premier enfant est un garçon, il y a une majorité de garçons (tjpe I) ; dans celles où le premier enfant est une fiUe, les filles sont en majorité (type II).

De deux jeunes parents, c'est celui qui est parvenu le plus tôt à la maturité sexuelle, quoique son développement physi(}UO ne soit pas

,*; SASioii et Baitu!!, Expériences sur la transposition des œufs d'ahcillc au point de vue des «•AiM» déterminantes du «îie. Comptée rendus de lAcad. dea sciences^ 18(>8.

(', GiiOD K BriAKSistGUBs, De la f^nôration, 1828.

1*1 MàkTLuocTB, Journal d'agricitl litre et d'iroiwmie rurale pour le midi de la France T«k>ur, 1H58.

achevé, qui donnera son type sexuel à la famille. Le sexe de renfanlol déterminé en première ligne par rinfluonce réciproque des parents, rénl tat de la prédominance de Téncrgie spécifique de Fun ou de Tautre. li courbe de l'évolution physiologique a pour les hommes, comme pour la femmes, trois phases : une phase ascendante, une phase d'apogée et mv phase descendante. Ces phases correspondent pour chaque individu ioD âge différent. Au moment du rapprochement conjugal, les parents ae trouvent presque toujours à différentes distances du point culminant de leur maturité sexuelle. Cela provient d'abord de ce que la femme atteiol sa maturité sexuelle deux ou trois ans plus tôt que l'homme; ensuite, de ce que le rapport de l'âgç conjugal des parents varie d'une façon trèi considérable. C'est pourquoi la différence du degré de maturité sexneik est la plus grande dans la première période de la vie conjugale. La vakm de l'interférence et la prédominance de l'un des parents est la plus grandi à cette époque; les faits observés justifient la prévision théorique.

On peut s'attendre à ce que la différence entre le type I et le type I soit aussi la plus grande dans la première période de la vie conjugale. El effet, toutes les familles où le premier enfr^nt est un garçon donnent u excédent de garçons, c'est-à-dire qu'elles forment le type L De même k familles où le premier enfant est une fille, forment le type II. C'est don la période absolue et relative de la maturité sexuelle qui forme la base di deux tjpes de familles.

Ressemblance des enfants aux parents. — D faut distinguer la re semblance de la structure, c'est-à-dire du squelette, et celle de la col ration de la peau, des yeux et des cheveux, c'est-à-dire le type anthrop logique de l'individu. La ressemblance de la coloration se distribue dâ les deux types de la même façon que le sexe. Dans le type I, on observe i excédent des enfants ressemblant au père; dans le type H, il y en a pi qui ressemblent à la mère.

Les périodes où la ressemblance est au maximum, coïncident avec I périodes correspondantes de la prédominance du sexe.

1° La ressemblance au père prévaut en général sur celle de la mère.

2® Dans chaque sexe la ressemblance présente un caractère correspo (lant : chez les garçons elle prévaut du côté du père ; chez les filles, < côté de la mère.

Il existe ainsi une analogie entre les phénomènes de la ressemblance la distribution des sexes. Le sexe des enfants étant en connexion intii avec leur ressemblance aux parents correspondants, il est évident que production des sexes est un phénomène aussi héréditaire que la resseï blancc; ces deux phénomènes se trouvent sous l'influence des mém conditions biologiques de la fécondation et du développement embn génique. Le type I est celui où l'influence héréditaire du père prévaut da le sexe et la ressemblance ; le type H est celui où l'influence de la me prévaut dans les deux sens. On peut ainsi dire qu'il existe un ty] paternel et un type maternel.

IffiS DIVERS MODES DE L'HÉRflDITÉ. 997

VhMdité dans la transmission de la constitution. — L'action des principes mentionnés ci-dessus s'étend aussi à la transmission de la constitution. La taille moyenne des enfants nés de mères d'âges différents et de même taille s'élève avec l'âge de la mère et atteint son maximum chez ks mères qui ont atteint leur maturité sexuelle. Le principe de maturité individuelle se manifeste ici évidemment ; le principe de l'interférence se trouve sous une forme plus latente. Les mensurations du corps, prises par Orchansky sur les nouveau-nés, démontrent que les dimensions de toutes les parties du squelette, chez les garçons comme chez les filles, se trouvent entre elles et avec la taille dans un rapport constant. Par suite, il est possible, la taille étant connue, de déterminer les dimensions de toutes les parties du squelette. Cela prouve que l'énergie de la croissance du squelette est la même dans toutes ses parties.

Comme les petites filles se distinguent des petits garçons par les dimensions de leur squelette entier et de leurs os pris séparément, il en résulte que la formation du squelette de l'embryon, sous l'influence de la la lutte des deux énergies de croissance, celle du père et celle de la mère, donne la moyenne de ces énergies, moyenne qui est la même pour tout l'organisme de l'enfant. Cette moyenne exprime l'interférence.

La courbe de l'hérédité de la structure et celle qui représente la transmission de la coloration sont presque parallèles, quoiqu'elles ne coïncident pas.

Les observations faites sur les nouveau-nés démontrent l'existence d'un rapport intime entre leur structure et leur ressemblance à l'un ou à Tautre des parents. Les enfants qui ressemblent au père par la coloration, M distinguent en même temps par leur constitution, de ceux qui ressemblent à la mère.

Les premiers, soit garçons, soit filles, ont une plus grande taille, les épaules plus larges, etc., c'est-à-dire qu'ils se rapprochent par leur constitution du type masculin. En comparant entre elles les courbes qui représentent la maiche de l'hérédité du sexe, de la ressemblance générale et enfin de la structure du squelette, on trouve que ces trois courbes sont parallèles et quVn même temps elles sont en harmonie et marchent de pir avec la courbe du développement individuel de l'organisme des parents.

En analvsant la transmission de la constitution nous arrivons à une

nouvelle variété de l'hérédité, c'est la ressemblance de chaque partie du •queletle. La proportion du crâne, du bassin, des extrémités, etc., se transmet de la mère à Tenfant. Cette forme de l'hérédité spéciale ou partielle semble aussi être soumise aux principes déjà indiqués. Par exemple, l> ressemblance du crâne apptirait déjà complètement chez les jeunes Bières, tandis que la ressemblance des autres parties du squelette, comme le thorax, n'atteint son maxinmm que chez les enfants d'une mère plus ^. Or, on sait que le crâne atteint l'apogée de son développement quelcpies années plus tôt que le thorax; on suppose aussi que les diffé-

298 LHÉRÉDITÉ ET LA PATHOLOGIE GÉNËRALE.

rentes portions du squelette atteignent le maximum de leur dévelopi»* ment à différentes époques de la vie de l'individu . A est donc prolMÛe que la période où l'hérédité partielle, pour chaque organe, est à m maximum, correspond à celle où chez les parents cet organe a atteint le point culminant de son développement. Or le principe de maturité ib manifeste dans l'hérédité partielle sous la forme nouvelle de l'hérédité à époques correspondantes.

L'hérédité du squelette a pour chaque partie de ce dernier des limitei, en dehors desquelles se trouvent les éléments individuels ou non héréditaires. Ces limites sont déterminées à la fois par le degré de stabilités par la variabilité du squelette. Chaque partie du squelette possède, dn les mères comme chez les nouveau-nés, un certain degré de stabilité et de variabilité qui se manifeste par une série de variations du tjpe moyen.

Il existe un rapport entre l'hérédité d'un côté, la variabilité et la stabilité de l'autre : plus la variabilité est considérable, plus l'échelle dei variations d'une partie quelconque du squelette est étendue et moins Gxe est la stabilité du type moyen ; plus l'hérédité domine dans cette région, plus la partie de la série sur laquelle elle s'étend est considérable, et moins le domaine des variations individuelles est vaste pour cette partie du squelette. Le bassin et la jambe sont des parties du squelette de cette catégorie, de grande variabilité, de faible stabilité, et où l'hérédité etf très prononcée. Par contre, il y a des parties du squelette d'autres calé gories, comme le bras et les épaules, où la variabilité est peu prononcée, où le type moyen est très stable : l'hérédité est ici faible, et la plus grande part do variations chez les mères ne présente aucun rapport avec le squelette des enfants. La plupart des variations extrêmes chez les nouveao-néi sont de nature tout à fait individuelle et ne manifestent aucune rolatioi avec les mères. La variabilité est ainsi connexe avec l'hérédité, la stabilité avec la non-hérédité ou l'individualité.

Enfin, la stabilité et la variabilité étant pour chaque partie du squelette les mômes chez les mères et chez les enfants, il est évident que ces deo facteurs fondamentaux sont eux-mêmes de nature héréditaire.

L'influence héréditaire du père sur la structure des enfants est pto prononcée par rapport aux garçons, tandis que l'influence de la mère prévaut sur les filles.

Il existe on général une différonce essentielle entre le caractère de II constitution des doux parents. Les pères, c'est-à-dire les hommes, possèdent, pour la taille par exemple, une variabilité beaucoup plus considérable que los mères ou les femmes, dont le squelette présente beaucoup * plus de stabilité (Orchansky, passim).

Hérédité de famille ou consanguinité. — La consanguinité estl'étit de proche parenté des conjoints; au point de vue physiologique de h reproduction de l'espèce dans la classe des Mammifères, on ccmsidère

DES DIVERS MODES DE L'HÉRÉDITe. 399

comme consanguines les unions entre père et fille, grand-père et petitefille ou arrière-petite-fille, entre fils et mère, petit-fils et grand'inèrc, frère et sœur, cousin et cousine, oncle et nièce ou neyeu et tante.

Les lois humaines prohibent et flétrissent du nom d'incestueuses les unions qui pourraient ayoir lieu entre les parents et leurs enfants, entre les enfants issus des mêmes parents ; elles n'autorisent que les mariages entre collatéraux. L'Église catholique prohibe les mariages jusqu'au quatrième degré inclusivement, tout en accordant des dispenses. On ne peut donc connaître par l'observation de l'espèce humaine les effets de la véritable consanguinité. C'est la zootechnie qui peut seule nous renseigner nr cette question.

Les opinions du public, des médecins et des éleveurs ont souvent varié nr les résultats des unions consanguines. Autrefois on s'accordait pour considérer la consanguinité comme une cause de reproduction viciée. On lui a attribué la scrofule, le rachitisme, l'albinisme, le crétinisme, l'imbécillité et toutes les formes de la folie, la surdi-mutité, le sexdigitisme, la stérilité, l'impuissance, et encore bien d'autres états qualifiés de dégénérescences.

nâins une fort érudite revue sur la consanguinité au point de vue médical, M. Félix Regnault (') fait remonter à saint Augustin la première mention de l'influence néfaste exercée par les mariages consanguins sur h descendance. Il cite ensuite les Capitulaires des rois Francs, où il est écrit que ces unions engendrent d'ordinaire des aveugles et des boiteux, des bossus et lépreux ou des enfants diversement tarés. Puis nous apprenons que dans les temps modernes l'interdiction des mariages consanguins, décrétée par l'Église, a reçu l'approbation de R. Burton (1621), Dngard (1671), Fodéré (1873). Mais la période vraiment scientifique de cette étude n'a commencé qu'avec Ménière (1856). C'est à propos do la surdi-mutité que cet éminent auriste fut amené à soulever la question, et bientôt on la poursuivit dans toute la pathologie.

Les auteurs qui incriminèrent la consanguinité furent Rilliet, Devay, Chaiarain, Chipault, Brochi, Sicard, Boudin, Hocquard, Liebreich, MitcheD, Bemiss, Howe, Allen, Mantegazza.

Ds rencontrèrent des contradicteurs en Bourgeois, Périer, Séguin, Voisin, Thiébault, Daily, lluth, (îeorge Darwin.

L'accord ne se fit pas mieux entre les zootechnistes, quand ils intervinrent dans le débat : en face des adversaires de la consanguinité. Aube, lluzanl père, Low, Sinclair, Knight, Sebright, Hartmann, Rhode, SettcpA, se dressèrent ses défenseurs, Huzard fils, Gayot, Sanson, Beaudouin, Goordon, Flourens, de Charnacé, Bakewoll, BaumiMsler. De 1856 à 1866, 1* lutte se poursuivit avec plus d'ardeur que de fruit. Les progrès des idées darwiniennes relatives k la sélection et à l'hérédité ont ramené la question sur ce dernier toirain. A ce point de vue elle nous incombe; elle <loit encore nous préoccuper au point de vue de la pathologie.

*) Rn»ACLT, Gazette des hôpitaux ^ 2 septembre 1S03. — On y Utrarera toutes les indicft-

Quelles sont les maladies que la consanguinité a été accusée de produire?

Rillict lui impute Tabsence de conception, son retard, des fausset couches, la procréation de produits monstrueux ou tarés, prédisposés aux maladies du système nerveux, au lymphatisme et à la scrofulo-tubercalose, mourant en bas âge le plus souvent, ou, s'ils survivent, très vuloérâbles ultérieurement à toute influence morbide.

Sans parler de tous les états pathologiques trop nombreux visés par cette classification, nous passerons en revue avec Regnault la stérilité, b surdi-mutité congénitale, la rétinite pigmentaire congénitale, Fidiotie, les malformations.

Parmi les auteurs qui ont fourni des chiffres à Tappui de la stérile absolue ou relative des mariages consanguins, nous trouvons Devay, qui a rencontré la stérilité 8 fois sur 13 cas, dans une première recherche, el 14 fois sur 82 dans une seconde statistique; — Cadiot a relevé 14 cas de stérilité sur 54 unions entre parents au troisième ou au quatrième degré?

— Lancry, étudiant la commune de Fort-Mardyck (Nord), indique sui* 100 mariages consanguins 16 cas de stérilité et 7,95 de naissance unique?

— sur 100 non-consanguins, 2,3 cas de stérilité et 3,5 d'enfant unique* Par contre, on peut citer deux villages d'Ecosse où dans l'un, sur*

82 mariages consanguins, au quatrième et sixième degré, il naquit plu& de 4 enfants par ménage, tandis que dans l'autre, sur 27 alliances consanguines, 3 seulement étaient stériles, les autres ayant 4,4 enfants par* famille (Mitchell). A Saint-Kilda, 5 mariages consanguins ont founi£ 10,8 rejetons par famille, et les non-consanguins seulement 9. M. Ponceft a cité une famille de la Noria (Mexique) qui s'est composée de 12 enfants, 102 petits-enfants et 276 arrière-petits-enfants. Parmi les mariages contractés, 28 furent consanguins, 6 seulement furent stériles et les autres donnèrent 5,3 enfants par couple.

Séguin aîné a relevé dans sa famille 10 mariages entre cousins au troisième et quatrième degré, qui eurent 61 enfants. Bemiss a produit le chiffre imposant de 833 familles consanguines ayant eu 3 942 enfants (soit 4,7 par mariage). Enfin la famille de A. Bourgeois, dans laquelle avait eu lieu 16 mariages entre proches, fournissait 4,5 enfants par mariage. Il est donc prouvé que la consanguinité n'entraîne pas nécessairement la stérilité des conjoints.

Si nous consultons la zootechnie, nous apprenons de M. Comevin que l'union des porcs consanguins donne des produits qui, dès leur naissance, sont de véritables boules de graisse et restent stériles. Cette stérilité s'explique parla dégénérescence graisseuse des ovaires constatée à l'autopsie. Le directeur des volières du Jardin d'Acclimatation a dit à M. Regnault que, si la consanguinité est continuée jusqu'à la troisième ou quatrième génération, les oiseaux deviennent stériles, parce que les parents deviennent de plus en plus chétifs; mais la stérilité n'apparaît pas d'emblée par le fait seul de la consanguinité.

Sanson cite toute une série d'étalons célèbres par leurs victoires dans les courses et par leur carrière de reproducteurs, — signes certains d'une constitution Tigoureuse, — qui étaient issus de parents consanguins aux degrés les plus rapprochés, et dans l'ascendance desquels la consanguinité s'était en quelque sorte accumulée. Les éleveurs de chevaux de course et tous les éleveurs anglais en général, bien loin de redouter les effets de la consanguinité, ont toujours usé, pour créer des variétés améliorées, du procédé qu'ils appellent breeding in andin. Dans un troupeau anglais où h fécondité menaçait de s'éteindre, un taureau Favourite la releva en fécondant six générations successives de ses propres filles et petites-filles, ayant fait, chose rare, la monte durant seize ans, et c'est avec sa propre mère qu'il engendra l'un des plus beaux taureaux de la variété. En Bretagne et en Auvergne, les Bovidés se reproduisent en consanguinité depuis les temps les plus reculés : le mâle, toujours pris dans le troupeau, féconde par conséquent sa mère, sa tante et ses sœurs. Cette consanguinité accumulée depuis des siècles n'a pas empêché les populations bovines de la Bretagne et de l'Auvergne de rester parmi les plus vigoureuses et les mieux constituées. Enfin, les pigeons font invariablement deux petits de sexe différent qui le plus souvent s'accouplent entre eux ; chez les perdrix et les cailles les accouplements se font dans la compagnie, par conséquent entre frères et sœurs. Cependant ces espèces ne s'éteignent pas et ne paraissent pas péricliter.

lAsurdùmutité congénitale a été, disions-nous, le point de départ des discussions les plus vives sur les méfaits de la consanguinité. Sa présence irait été signalée chez les consanguins par Ménière en 1856. Boudin, en 1863, disait avoir trouvé à l'Institution des sourds-muets de Paris 19 sourds-muets issus de consanguins sur 67 (28,35 pour 100). Puis tinrent les statistiques de Balley à Bome, 3 consanguins sur 13 sourdsmuets de naissance (23 pour 100); de Chazarain à Bordeaux, 27 sur 89; de Luide à Bordeaux, 24 sur 55; de Piroux à Nancy, 21 à 25 pour 100; de Perrin à Lyon, 25 pour 100; de Brochard à Nogent-sur-Marne, 16 sur 55.

Boudin a relevé à Berlin 6 sourds-muets sur 10000 protestants et 27 snrlOOOO juifs. Liebreich, àBerlin aussi, atrouvé 42 juifs sur 341 sourdsnmets (1/8); on sait que les mariages consanguins sont plus fréquents diez les juifs. La fréquence de la surdi-mutité augmente, dit encore Boudin, dans les pays où existent des obstacles naturels aux croisements : elle est de 2 sur 10000 habitants dans le département de la Seine, et de 6 pour 10000 pour l'ensemble de la France, tandis qu'elle s'élève à 14 en Corse, à 23 dans les Hautes-Alpes, à 28 dans le canton de Berne.

Dans le territoire de l'Iowa (États-Unis) il y avait en 1840, 2,3 sourdsfflnets sur 10000 blancs, et 212 sur 10 000 esclavos, parmi lesquels les unions consanguines étaient naturellement nombreuses (Beiniss).

Et Devay a avancé que la surdi-mutité est inconnue en Chine, où le nuuiage est interdit non seulement entre individus parents à un degré

quelconque, mais entre ceux qui, sans être parents, portent le mÔK nom....

Les statistiques d'autres pays donnent en Ecosse 1 sourd-muet m 16 consanguins, c'est-à-dire 5 fois plus que chez les non-consangua (Mitchell); — en Islande (en 1861) sur 5000 cas, 8 pour 100 issus è consanguins; — en Italie, 12 pour 306 (3,9 pour 100); d'après le reM de Mantegazza; — en Hollande, à Hildesheim, 2 cas seulement sur fil (0,77 pour 100).

Lacassagne donne le chiffre de 3 sur 107, d'après une statistique iinti ^«j* Ladreit de La Charrièrc à l'Institution des sourds-muets de Paris; a réalité, ce dernier avait trouvé sur 106 cas de surdité de naissance 17 issBi de consanguins; sur ces 17, il en avait éliminé 14 conmie suspedsè n'être pas congénitaux, mais seulement survenus dans les premiers mois de la vie; mais il aurait fallu, dit avec raison Regnault, faire la méoe élimination sur les 107 pour justifier la proportion admise par Lacassagne.

George Darwin, ayant soumis à une révision critique les statistiques da anti-consanguinistes de Paris. Bordeaux et Nogent, accepte seulemotf C7 cas de consanguinité incontestable sur 290 cas de surdi-mutité. Sv 20 instituts d'Angleterre interrogés par voie de questionnaire, il ne tnnm que 8 cas sur 362 (2,20 pour 100), proportion analogue à celle qol admet pour le nombre des mariages entre cousins germains en kn^ terre.

Enfin les recherches de Van La Perre de Roo, effectuées par questioo- Baire et moins sûres que les enquêtes directes, selon Regnault, douDCfll à Anvers, sur 20 sourds-muets, pas de consanguins; à Liège, 5 sur 49; à Berlin, 1 sur 92; à Munich, 0 sur 80; à Lyon, 4 sur 86; à Bordemif 6 sur 173; à Paris, aucun, suivant Chervin.

De toutes ces statistiques on peut conclure avec Regnault c que Ueoisanguinité peut jouer un rôle dans la production de la surdi-mutité, wM que ce rôle n'est pas constant, et qu'il est des pays où eUe parait o'iuttr pas d'action ».

On ne peut admettre avec Ménière que la surdi -mutité peut être créée

de toutes pièces par la consanguinité. Les lois actuellement connues^ rhérodité prouvent qu'on ne peut transmettre ce qu'on ne possède ptf* S'il y a quelques cas de surdi-mutité héréditaire (Ribot), souvent kl | sourds-muets engendrent des enfants qui entendent. Les parents constt- ' guins qui engendrent des sourds-muets peuvent avoir été dqà don '■ d'oreille, par otite scléreuse, maladie des plus fréquentes et des plus béri* ditaircs.

La rélinite pigmentaire congénitale est une maladie essentieUemeiA héréditaire. Le rôle do la consanguinité dans sa production a été veduaàà et diversement apprécié. Liebreich, qui l'a mis en avant le premier, en trouvait 5 cas chez des consanguins sur 7 à Tlnstitution des sourds-muelB de Paris; à Berlin, sur 35 cas, 14 consanguins; Hertwig, 1 fois sur 6, Hocquard, 3 fois sur 5; Fieuzal, aux Quinze- Vingts, 8 fois sur 21 ; Giiki

de Gnmdmonty 8 fois sur 10; en Hollande, Maes, 1 fois sur 7; en Angleterre, Nettleship, 1 fois sur 3. Les auteurs qui ont dénié toute influence i b consanguinité sont Monoyer, Galezowski, Maurice Perrin, Abadie. VU lotie peut-elle être causée par les mariages consanguins? — Moreau (de Tours) et Trousseau en ont cité des exemples. Mon maître Lcgrand du Saulle racohtait que sur 4 enfants issus d'un inceste, il avait trouvé

2 idiots, i épileptique et 1 hydrocéphale. Mais il est permis de supposer que, dans l'état actuel de la civilisation, des procréateurs incestueux sont dqà atteints de tares cérébrales au plus haut degré, et le fait ne prouve qu'en faveur de l'hérédité névropathique. D'ailleurs, comme le dit Regnault, il faut bien penser que, quand les rejetons incestueux sont bons, 00 ne les présente pas aux aliénistes.

Les statistiques des asiles d'idiots ont fourni pour la proportion des consanguins à Bemiss, 7 et 15 pour 100; Mitchell, 18,8 et 23,2 pour 100. Ihins le Connecticut, en 1856, 12,5. Down, sur 852 idiots, 7 pour 100; llowe, sur 359, 4,7 pour 100. M. Voisin, à Bicètreet à la Salpétrière, sur 1557 malades, n'a jamais trouvé d'issus de consanguins. Darwin Gis a trouvé 170 consanguins sur 4 822 aliénés (3,5 pour 100), un peu plus que la proportion de mariages entre cousins germains.

Malformations. — La statistique de Mitchell donne 2 pour 100 de maiformés sur 146 issus de consanguins et celle de Bemiss, 2,4 sur 3942 enfants issus de 833 mariages consanguins.

La polydactylie est une malformation fréquemment héréditaire. Or^ A. Poitou a fait connaître que dans le village d'izeaux (Isère), — où les babitants, n'ayant que des rapports éloignés avec les communes voisines, par suite de la difficulté des communications, se mariaient constamment entre eux, — à la fin du siècle dernier, la plupart des hommes et des femmes étaient porteurs d'un sixième doigt aux pieds et aux mains. Cette monstruosité y était encore générale il y a quarante ans; mais, depuis que les communications sont devenues plus faciles, les mariages croisés tendent à la faire disparaître.

L^albinisme résulterait de la consanguinité (Aube). Chez les animaux domestiques, le fait est établi. Chez le lapin, s'il y a la moindre petite tadie chez les ascendants consanguins, celle-ci s'agrandit chez les rejetons, qui arrivent rapidement à l'albinisme complet (Cornevin).

Stâtistiqcjes générales. — Dans une famille issue de consanguins, tous De sont pas frappés et ceux qui sont frappes ne le sont pas tous de la même manière. < Ainsi ils ne sont pas tous épileptiques, tous sourdsmuets, tous paralysés, mais ils sont diversement influencés, soit pour la forme, soit pour le fond, soit pour le degré. j>

Dans une même famille B., observée par le docteur A. Mathieu (*), et <|uiadonné 43 rejetons, parmi lesquels 10 sont bizarres, 3 fous vl idiots.

3 sourds-muets et 1 suicidé, il y a eu deux mariages entre cousins qui

(*) 1AT.IIEU, Gazelle des hôpitaux, IKOO, p. 1200.

ont abouti à des résultats bien différents. Dans l'un, la femme a^ait une mère dont deux frères étaient fous et dont le père appartenait à la familk B...; le mari sain appartenait à la même famille B.... Or, ils ontei

7 enfants considérés comme fort intelligents et ayant les plus grand» facilités.

Dans Tautre mariage entre une fille d'un caractère sombre qui s'est mariée avec le cousin germain de sa mère, dont le frère est idiot, sur 5 enfants, 3 sont sourds-muets spontanément sans cause connue, 1 aotn enfant est bizarre.

11 en est de la consanguinité comme de Thérédité; on peut observer dei faits de transformation. Les auteurs ont voulu établir, par des statistiques en bloc, si les issus de consanguins étaient plus fréquemment tarés que les autres.

Howe donne une statistique prise dans la province du Massachusetts (États-Unis) : 17 mariages consanguins donnèrent 95 enfants; 44 étaient idiots, 12 scrofuleux, 1 sourd et 1 nain.

MitchcU cite 37 mariages consanguins qui donnèrent 1 46 enfants, dont

8 idiots, 5 niais, 2 épileptiques, 2 paralysés, 2 sourds, 3 monstres,

1 rachitiquc et 22 scrofuleux.

M. Cadiot a noté que 54 mariages ont fourni 33,4 pour iOO de scrofuleux, rachitiques, idiots et sourds. Dans une autre statistique d'Ancelon, la proportion des mêmes maladies s'élevait à 47,33 pour 100.

Le docteur Bemiss a observé 34 mariages consanguins ayant procréé 192 enfants; 58 sont morts en bas Age, 134 sont parvenus à l'âge adulte, dont 46 en bonne santé, 47 infirmes, 23 scrofuleux, 4 épileptiques,

2 aliénés, 2 muets, 4 idiots, 2 difformes, 5 albinos, 6 ayant la vision défectueuse, 1 cliorée et 32 dont la santé est altérée sans indication plus précise.

Morris a examiné 883 unions consanguines ayant donné 4013 enfants, 61 pour 100 étaient mal constitués. M. le docteur Rodet, sur 56 observations d'issus de consanguins, a trouvé 18 enfants sains, 9 cas pathologiques explicables par hérédité et 7 cas non explicables par cette cause. M. Poncet, à la Noria, au Mexique, sur 27 unions consanguines a va 17 résultats défavorables aux enfants. Mantegazza a relevé une statistique de 500 mariages consanguins, 398 ont eu un mauvais résultat, 102 bons.

En réalité, la consanguinité exalte les tares héréditaires, mais ne les crée pas. La preuve que la consanguinité ne suffit pas ipso facto à donner de mauvais produits, a été faite par beaucoup d'auteurs qui ont apporté des observations de consanguins parfaitement constitués, sains de corps et d'esprit. Devay a réuni 612 observations d'issus de consanguins sans résultat fâcheux et dans 131 ménages consanguins il n'a trouvé que 35 enfants malades.

M. Bourgeois cite l'exemple de sa famille où il y a eu 8 mariages consanguins, sans antre mauvais résultat qu'un scrofuleux. Sur 25 familles, dans une statistique plus étendue, il n'a rencontré que de bons résultats.

DES DIVERS MODES DE L'B£r£DIT£. 305

. Séguin a, de même, présenté dans sa famille 10 observations d'aides consanguines avec 6 et 8 enfants par mariage, tous bien portants. érier, sur 26 observations d'alliances consanguines, n'a également vé que de bons résultats. F. Regnault p joute à ces exemples le sien ire, issu qu'il est lui-même de cousins germains, en même temps que ères et sœurs vigoureusement constitués.

i la consanguinité est évitée dans la nature, ce n'est pas à cause des ivais résultats qu'elle peut donner. Si la nature recherche toujours le sèment pour perpétuer les races, c'est pour que l'aire géographique espèces reste suffisanunent étendue, toute espèce qui n'occupe qu'une I restreinte luttant avec les autres dans des conditions désavantageuses, lant exposée à périr. Le médecin, lui, n'a pas se préoccuper des lois érales de la nature, il ne doit déconseiller le mariage entre parents ! s'il est défavorable à son client.

le milieu où les parents ont vécu exerce une influence certaine sur résultats des mariages consanguins. L'hérédité peut être atténuée par dungement de milieu : une femme goitreuse qui, si elle demeure s son pays, engendre des crétins, peut avoir des enfants sains, si elle Dge de contrée et habite un endroit sain, bien qu'ayant toujours son tn.

hns l'exemple suivant, fourni par M. Reclus, on voit nettement l'in- Ace nocive de la consanguinité atténuée par le changement de milieu, trtbei (Basses-Pyrénées), les protestants se mariaient entre eux. Or les vgeois protestants étaient généralement malingres, chétifs. Ils avaient toat un grand nombre d'épileptiques, à tel point que, dans les maisons protestants, existe une chambre spéciale à eux réservée. Il n'en est B ainsi depuis que la facilité des déplacements a permis aux protestants )rthez d aller prendre femme hors de leur ville. Toutefois, dans certains milieux sains, les habitants, jouissant tous me bonne santé, peuvent se marier entre eux pendant longtemps sans giDérer.

A ce point de vue, le cas du bourg de Batz, étudié par A. Voisin, est n instructif. Les gens s'y marient toujours entre eux et sont descen- Bis d'une dizaine de familles dont les noms, cantonnés à Batz, ne se trouvent même plus dans les communes voisines. Daily trouvait sur i3d personnes 870 ayant le même nom. Les mariages consanguins y faieut nombreux, dit Voisin. Or, les habitants sont beaux et forts, et y 1 UDc plus faible proportion d'exemptions pour le service militaire ne dans le reste du département.

DiDsle même sens dépose le travail de M. Lanery sur la commune de flrt*Vardyck, près Dunkerque. Elle est habitée par des Picards provenant p quatre familles établies en plein pays flamand sous Louis XIV. Ils sont qourd'hui au nombre de iSOO, robustes, sans tare, ayant une natalité hs élevée et une mortalité moindre que dans les communes voisines. En résumé, la consanguinité exalte seulement l'hérédité et l'influence

506 L'UÉRÉDITË ET LA PATUOLOGIË GÉNÉRALE.

du milieu, dans le bon comme dans le mauvais sens. C'est de lliérédîfé convergente accumulée (*).

Les conseils suivants de F. Regnault sont sages et guideront h pntique médicale : 1° Le médecin appelé à donner son avis sur une anioB consanguine doit procéder à un examen minutieux des deux taUm^ à s'enquérir de la santé de leurs familles.

2° n devra rechercher si les futurs ont été élevés dans le même milieB. Car un milieu identique peut créer chez le père et la mère les mêmes pi» dispositions morbides et il y a beaucoup plus de chances pour qu'elles m manifestent chez les enfants.

3° On ne donnera d'avis favorable à un mariage consanguin que i les familles sont sans tares, et si les conjoints n'ont pas été élevés sonsk même toit; sinon, on préviendra les parents de la possibilité d'un mmvk résultat.

Atavisme on hérédité ancestrale. — Le terme atavisme a étéemplojé dans deux acceptions.

Ainsi l'atavisme a été considéré par Baudement (*) comme Vensemtk des puissances héréditaires de la race : en raison de l'atavisme, chaqv individu, dit-il, n'est dans la race qu'une épreuve tirée une fois de pin d'une page une fois pour toutes stéréotypée.

La race étant envisagée comme l'ensemble de toutes les familles il d'un couple primitif d'individus du même type naturel, de la espèce, l'atavisme maintient dans la descendance de ce couple, de géni» ration en génération, les caractères fondamentaux du type, principalemeDl les caractères de forme, ceux du squelette, du crâne, du rachis. Les tjpei de chiens du temps de Sésostris représentés dans les inscriptions hâoglyphiques, sont déjà le lévrier, le chien de chasse et le basset qui viTcnt en Egypte aujoufd'hui.

Lorsqu'une circonstance, comme un croisement, vient à troubler ces caractères, l'atavisme les ramène bientôt intacts infailliblement. Ce phénomène a été appelé encore r^ver^f on ou retour; en allemand, /tucftfcAbj, coup en arrière, eiRûckschritty pas en arrière; en anglais, retrogradatUm*

Mais on appelle aussi atavisme le phénomène de la réapparition dkes un descendant d'un caractère quelconque des ascendants^ caractire demeuré latent pendant une ou plusieurs générations intermédiairei* n peut s'agir de caractères physiques : coloration des téguments et des productions pileuses (ainsi l'apparition d'une chevelure rousse dans les races humaines à chevelure noire). U peut s'agir de caractères psychiques et d'habitudes de vie. U peut s'agir de l'aptitude à contracter certioDes maladies. Il y a un atavisme de famille qui assure la transmission des caractères physiques, mentaux ou morbides successivement acquis par les

(*) A la même oooclasioa ont aboati MM. Lagneaa et Gaéniot [Académie de S5 sept. 1894) et M. Sakorrhaphos {Progrès médical, 5 janvier 1895.) (S) HoLL et Gatot, Encyclopédie pratique de ^agriculture, art, Atatoo, 1859.

individus de h même famille^ ou en vertu duquel certains de ces caractères, après avoir disparu pendant une ou plusieurs générations, repandssent tout à coup (la mèche blanche des Rohan, le chevauchement des orteils, certains désordres nerveux).

On a essayé d*expliquer par un retour atavique à la férocité des premiers hommes l'état mental des criminels (Lacassagne, Lhomme criminel comparé à F homme primitif, Lyon, 1882. — Lombroso, Bull, de la Soc. d'Anthropologie, 4883). c Cette théorie, dit Féré, serait applicable tout au plus aux crimes qui ont pour objet la satisfaction des besoins naturels; le plus souvent les criminels ne constituent pas un retour à un état normal antérieur, ce sont des anormaux par malformation ou par maladie. La complexité et l'irrégularité de la morphologie des circonvolutions cérébrales, l'existence quelquefois constatée de lésions cérébrales, l'association fréquente du vice et du crime avec les névroses, en particulier avec la folie et l'épilcpsie, et avec les malformations physiques, constituent de fortes présomptions en faveur de la théorie pathologique ou tératologique contre la théorie atavique du crime^ Dégénérescence et atavisme sont deux faits absolument distincts.

On a voulu attribuer aussi à l'atavisme l'idiotie des microcéphales (') ; mais c ces sujets présentent le plus souvent, en même temps que des anomalies réversives que l'on peut rapprocher des types voisins, des malformations non seulement dans le cerveau, mais aussi dans le reste du corps, bec-de-lièvre, hernies diaphragmatiques, sexdigitisme, qui ne s'expliquent guère par l'atavisme, mais dont rendent fort bien compte les troubles du développement dus à des états morbides de l'embryon et que l'on peut provoquer artificiellement. Si l'on admet que les microcéphales et les idiots représentent au point de vue cérébral un état cérébral de quelqu'un de nos ancêtres, dira-t-on aussi que l'infécondité commune chez ces sujets est la réapparition d'un état ancestral? 11 ne faut pas confondre fatayisme avec la persistance d'un état fœtal » (Féré).

n nous reste encore à parler du phénomène qu'on a nommé Y hérédité for influence ou V imprégnation y ou, comme disent les Allemands, por infection de la mère. Dans cette opinion, le premier mâle qui féconde une femelle l'imprégnerait ou Vinfecterait de telle sorte que, fécondée ultérieurement par d'autres mâles, elle ne donnerait plus que des produits héritant des caractères du premier mâle.

Sanson traite de chimérique cette forme de l'hérédité et la déclare phyiiologiquement impossible.

F. Regnault, dans une Revue fort claire (*), reproduit pourtant quelques «guments sérieux en sa faveur. 11 rappelle que c'est à propos des chiens

(<) Bémnment N. Ltborde, comparant trois frères microcéphales et un jeune chimpanzé feâeUe très perfectionné, Toit dans les premiers c des types chez lesquels le caraclère humain ca kominai a subi la régression atavique, l'anomalie révcrsive vers le type ancestral, qui «t ênèmmeai le type wniesque. » {Tribune médicale ^ 30 janvier iS95.)

(*) Riounrf GasetU deê Mpitaux (22 septembre 1894)

que la question s'est posée. < De quelque chien qu'une lyce sera eouferte, a écrit le vieux Jacques de Fouilloux, la première fois qu'elle senai chaleur et de sa première portée, soit de mastin lévrier ou chien courant, en toutes les autres portées qu'elle aura après, il s'en trouvera toujours quelqu'un qui ressemblera le premier chien qui l'aura couverte. » Les éleveurs de chevaux pur sang disent que, si une jument de course a été saillie une fois par un étalon ordinaire, jamais, dans la suite, elle ne donnera de vrais chevaux de course, bien que couverte alora par des étalons de pur sang. Des faits analogues existent à propos des races ovine et bovine. Nous ne les passerons pas en revue, c Le nombre des exemples, dit Regnault, l'autorité des auteurs, l'abondance des renseignements pour chaque cas, l'exactitude des observations qui ne laissent pas prise aa doute ; tout prouve que l'imprégnation est fréquente chez nos animaux domestiques. A part quelques rares zootechnistes, qui n'ont pas fait écok, la question d'imprégnation chez les animaux semble résolue pour tous par l'afQrmative. »

Quant à l'imprégnation dans l'espèce humaine, on cite peu de faits précis qui en puissent prouver la réalité. En voici un qui est reproduit par Dechambre et LerebouUet (Dictionnaire usuel des sciences méii* cales). « On a vu, disent-ils, une femme de race blanche ayant eu un enfant d'un époux nègre, puis devenue veuve et remariée à un blanc, avoir de celui-ci des enfants qui présentaient sur certaines parties de b peau la pigmentation caractéristique de la race nègre. »

Regnault ne mentionne que pour mémoire cette phrase de Hicfaekl dans son Histoire de France : c Mme de Montespan avait déjà eu un fik de M. de Montespan. Or, le premier enfant du roi, le duc du Maine, ne rappela que le mari. Il en eut l'esprit gascon, la bouffonnerie. On l'aurait cru, de ce côté, le petit-fils du bouffon Zamet. » Une ressemblance purement psychologique lui parait insuffisante pour entraîner la conviction.

11 rappelle, au contraire, avec détail les trois observations suivantes, qui semblent plus concluantes.

V Alfred Lingard rapporte ce cas curieux (*) : c Un hypospade, dont le père et le grand-père avaient eu cette infirmité, se maria avec une femme qui n'était pas sa parente. Il en eut trois fils hypospades, dont deux qui se marièrent donnèrent deux hypospades, et l'un de ces derniers rejetons fut encore père d'un hypospade.

« Dans cette troisième génération, l'autre hypospade marié était mort peu d'années après la naissance de trois fils hypospades. Sa veuve, dixhuit mois après sa mort, contracta un second mariage, avec un époux qui non seulement n'était pas hypospade, mais encore n'offrait aucun hypospade chez ses parents. Elle en eut quatre fils, tous hypospades. Le premier de ces fils eut trois enfants, non hypospades. Le second, quatre

(*) LiNGARD, The Lancet, 1884, 1. 1, p. 703.

enfants, dont un hypospade. Le troisième, trois enfants non hypospades et dont un marié donna deux rejetons non hypospades. Le quatrième, un enfant non hypospade. »

Par la précision et Tabondance des renseignements, en même temps que par la rareté de Tinfinnité qui a été ici transmise par influence, cette, obserration offre un caractère de certitude difficile à nier.

2* M. Marbaix, professeur à TUniversité de Louyain(*), rapporte avoir eu parmi ses élèves un jeune homme épileptique. C'était l'enfant d'un second lit. Son père était parfaitement sain, mais le premier mari de sa mère était également épileptique.

3* M. Ladreit de La Charrière, enfin, enregistre un curieux exemple d'imprégnation (*).

c Nous avons fait, dit-il, l'éducation, à l'Institut national, de deu\ sourds-muets, frères de mère seulement. La mère avait eu de son premier mariage un seul enfant sourd-muet de naissance. Devenue veuve, elle ne tarda pas à se remarier et le premier enfant qui naquit de ce second mariage fut également sourd-muet de naissance. Elle eut ensuite d'autres enfants bien conformés et jouissant de tous leurs sens. Je dois jouter que les deux premiers ne se ressemblent pas. »

Cette observation manque d'un renseignement capital, l'état de santé do premier mari. Car on peut se demander si ce n'est pas de leur mère que les deux enfants tiennent leur surdi-mutité.

Pour que l'observation fût probante, il aurait fallu que le premier nttri fût sourd-muet, et qu'on ne trouvât pas de surdi^nutité ni chez la mère, ni chez le second mari, ni chez leurs ascendants.

La question de l'imprégnation soulève celle de la possibilité qu'une femme de couleur, fécondée par un blanc, ait ensuite, par commerce avec iHi homme de sa couleur, un enfant ayant des traces de sang blanc ou ioTersement. Un questionnaire rédigé par MM. F. Regnault, Azoulay et layard, et envoyé à un grand nombre de médecins, n'a pu la trancher, les réponses reçues n'ayant été ni assez nombreuses ni assez explicites.

Les théories de l'imprégnation sont peu claires. Les principales sont : Il théorie qui fait intervenir l'imagination de la mère, — celle de l'imprégnation imparfaite par le sperme d'ovules voisins de l'ovule fécondé {admise par Cl. Bernard et en harmonie avec l'opinion de Darwin sur Imflaence que l'élément mâle exerce par les gemmules non seulement nrlovule, mais sur tout l'organisme de la femelle), — celle d'une imprégution si parfaite dès la première fécondation, qu'il suffit du stimulus im rapprochement ultérieur pour donner naissance à un sujet antérieuraoent procréé, — celle de l'imprégnation maternelle par rintermédiairo du fœtus qui, ayant dans son sang des propriétés spéciales, les communiquerait à sa mère, dont le sang agirait plus tard sur ses ovules destinés î être fécondés par un autre mâle (Comevin).

'*' Vaibao, BuU. de tAead. Roy, de méd., 1890.

(*. loir p. 9 du lÎTre de M. Goguillot : Comment on fait ptrier les sourds-muets. Paris, 1889.

310 LHÉRËDITÉ ET LA PATUOLOGIE GËNËRALS.

M. Bard(*) invoque, pour expliquer l'imprégnation, qu'il appelle aotti «mésalliance initiale », une c induction vitale exercée par les cellules somitiques de l'embryon en voie de développement sur les cellules gennioatives qui sommeillent près de lui dans les ovaires maternels (hérédité fraternelle). »

Beaucoup plus satisfaisante est l'explication proposée par M. Bouchard. 4 L'imprégnation, dit-il, — et le mot vaut qu'on le garde, — ce n'est pu une imprégnation par le liquide spermatique ; mais toutes les cellules da père avaient un taux nutritif déterminé, qui était le même dans la cellule génératrice, dans le spermatozoïde, et dans chacune des granulations da filament nucléaire de ce spermatozoïde. Ces granulations, en se dédoublant toutes pour se retrouver toutes dans toutes les cellules de rembrjon et dans toutes les cellules qui se forment ultérieurement dans Tembrpn et dans le fœtus, ont donné à toutes les cellules du nouvel être la même activité nutritive qui les animait dans les cellules du générateur. Li même activité nutritive donne les mêmes produits solubles qui imprègnent, grâce aux échanges liquides de la circulation utéro-placentaire, toutes les cellules maternelles. Ces produits solubles du fœtus imposent aux cellules maternelles une modification nutritive qui sera durable, qui se perpétuera dans toutes les cellules, dans tous les noyaux, dans toutes les granulations nucléaires, y compris celles de l'ovule, qui se trouve ainsi recevoir indirectement une part de l'activité nutritive du premier père. Ces granulations de l'ovule, en se fusionnant avec les granulations similaires du spermatozoïde d'un nouveau père, garderont leur activité nutritive et la transmettront aux cellules du nouveau produit, lequel recevra, pour une part et par ces procédés indirects, l'activité nutritive du premier père et reproduira dans son ensemble ou dans quelques parties les caractères du père dont il n'est pas issu (*). »

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