‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 48 sur 152 · L'HÉRÉDITÉ EN PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

L'HÉRÉDITÉ EN PATHOGÉNIE

leurs transmettent à Tengendré les qualités de leurs propres cellules, c^est-à-dire les manières de réagir de celles-ci en face des agents physiques, mécaniques et chimiques. Ces modes réactionnels cellulaires propres à chaque individu expliquent la transmission des anomalies de structure et de capacité fonctionnelle de tel ou tel tissu, de tel ou tel organe ou appareil, suiirant que la déviation du type réactionnel normal se limite à tel ou tel tissu, organe ou appareil (hérédité des malformations). Ils engendrent une catégorie de prédispositions morbides, celle des hypotrophies, des meiopragies, qui ouvrent la porte aux maladies proprement dites, soit parce qu'elles troublent la nutrition générale, soit parce qu'eUes facilitent éventuellement Tinvasion des agents infectieux dans l'organisme, soit parce qu'elles favorisent la localisation des poisons, infectieux ou autres, sur telle ou teUe partie de l'organisme.

A l'hérédité des dystrophies élémentaires primitives, il y a peut-être lieu de rattacher Vhérédité des néoplasmes, cancéreux ou autres, si l'on envisage ceux-ci comme résultant d'une déviation de l'évolution cellulaire Dormale.

La transmission héréditaire des anomalies de structure et des aptitudes fonctionnelles du système nerveux (hérédité des réactions nerveuses), mérite d'être envisagée à part, à cause de l'importance primordiale du système nerveux dans la genèse ou l'acceptation des maladies. Le système nenreux, par son rôle de régulateur de la vie ceUulaire, des échanges nutritifs et de l'activité circulatoire, est capable de modifier assez profondément la nutrition pour créer des troubles permanents de celle-ci ou diathèses.

L'hérédité des trourles de la NUTRmoN nous occupera ensuite dans ses deux grandes formes diathésiques, la scrofule et Varthriiisme.

La nutrition n'est pas immuable, elle a ses degrés. L'intensité du mouvement nutritif de chaque granulation chromatique du filament nucléaire est la même chez l'engendré que chez son générateur. Beaucoup de circonstances la font varier. L'alimentation, d'abord : les inanitiés, les individus affaiblis par une maladie du tube digestif, engendrent des enfants qui forment une sorte de tache dans une famille. Quand un grand nombre d'individus se trouvent dans ces conditions, ils peuvent engendrer toute une population atteinte d'une dégénérescence particulière, c'est ce qu'a montré Fcré pour les « enfants du Siège ». Il suffit que le générateur ait subi, pendant quelques semaines de fièvre, une moins bonne élaboration delà matière alimentaire, pour qu'il cnjj^endre, pendant sa convalescence, un enfant atteint de phocomélie, avec des oreilles collées aux apophyses Dastoîdes; au moment de la reconstitution du filament nucléaire des granuhtions chromatiques ont manqué, des activités nerveuses ont été déviées. L'homme ne reçoit pas un héritage immuable, c'est un capit^d qu'il peut modifier, gaspiller ou accroître. Parmi les circonstances qui modifient Tactivité de la nutrition, il y a l'âge; les «c enfants de vieux j> ont des formes grêles, une force vitale diminuée; mais la sélection peut

réparer le dommage qui résulterait pour le produit de raffaiblissement d'un générateur trop âgé, en Taccouplant ayec un conjoint jeune.

Parmi les circonstances d'ordre pathologique qui, en Yiciant la milrition des générateurs, peuvent donner naissance à des produits défectueux, il y a les intoxications par les poisons minéraux, oi^aniques, microbiens. 11 a suffi à Charrin d'une seule injection de produits solnUes pyocyaniques à des femelles pour qu'elles donnent une race DooreDe d'animaux nains.

« De même que l'alcool, pris d'une façon prolongée à petite dose et stns jamais produire l'ébriété, provoque cependant des troubles permanente et héréditaires de la nutrition dans plusieurs systèmes anatomiques, de même les matières utiles ou nuisibles élaborées par telle ou telle partie peuvent, en les pénétrant, associer les autres parties à l'état d'énergie vitale ou de nutrition viciée de l'organe qui les a produites. Cette modification nutritive, avantageuse ou défavorable, peut s'accomplir dans les cellules qui préparent et façonnent l'ovule ou le spermatozoïde. Ce qu'elles font dans l'ovule ou le spermatozoïde, elles le font dans chacune des parties de ces cellules, dans le protoplasma et dans les granulations chromatiques du noyau et, par conséquent, dans toutes les cellules dn nouvel être, qui reproduira pour cette raison le type nutritif du père ou de la mère. »

L'hypothèse que propose M. Bouchard, en prenant d'abord soin de déclarer qu'elle n'est que pure hypothèse, est l'application à l'hérédité du rôle pathogénique des « produits solubles », pour employer l'expression par laquelle M. Pasteur a désigné en bloc les matières chimiques fabriquées par les microbes.

« Les bactéries et les cellules humaines malades agissent de la même façon; elles distribuent dans l'économie leurs produits solubles qu éveillent une nutrition anomale, orientée suivant une direction nouvelle Quand ces produits solubles seront éliminés, le type nutritif nouveau per sistera. Il en pourra résulter l'impossibilité de la conception; ou la for mation d'un embryon incomplet, monstrueux, non viable; on bien un enfant naîtra avec les stigmates de la dégénérescence. »

Nous aurons encore à envisager le rôle que peut jouer l'HÉRÉDntt dans

LES INTOXICATIOî^S, l'iNFECTION ET L'lMMU?fITÉ.

Pour terminer notre tache, il nous faudra montrer l'importance de la notion d'hérédité au point de vue du diagnostic, du pronostic et du traite* ment des maladies, au point de vue enfin de la prophylaxie individuelle et sociale.

Mais ici doivent d'abord trouver place quelques notions générales sur les modes de l'hérédité morbide pour faire suite aux divers modes d'hère* dite biologique que nous avons énumérés.

Comme l'hérédité normale, l'hérédité morbide peut être directe ou indirecte, convergente ou divergente^ similaire ou transformée.

L'hérédité morbide, dit M. Y. Hanot, dans une remarquable leçon qu'il

L'HÉRËDfTfi EN PATHOGÉNIE. 515

Tient de publier (*), peut se manifester sous la même forme pathologique elaiTecune même localisation organique. Un goutteux typique, avecarthropalbies uratiques, peut engendrer un goutteux ayant comme son père des arthrites avec tophus d'urates, la même « estampille articulaire >. C'est Iliérédité honuBomorphe. Mais un goutteux peut engendrer un migraineux ou un asthmatique; un alcoolique, un saturnin peuvent procréer un épileptique; un syphilitique procréera un ataxique, un paralytique général. C'est là de l'hérédité hétéromorphe. De pareils exemples peuvent être fournis pour toutes les classes de maladies. Ainsi, « pour l'intoxication comme pour l'infection, pour l'infection comme pour la diathèse, l'hérédité peut être polymorphe » .

Mais la tare spécifique héréditaire peut s'accompagner de troubles dans l'évolution de l'organisme procréé, d'hypotrophies pures et simples, d'arrêts de développement proprement dits. L'hérédité est alors à la fois bomœomorphe et hétéromorphe, lorsqu'un goutteux seulement arthropatbe engendre un goutteux arthropathe et migraineux.

L'ahération héréditaire directe et spécifique paraît dans certains cas B*étre atténuée et résolue pendant la vie embryonnaire, tandis que les altérations de contre-coup persistent indéfiniment et se localisent en certains points; ainsi un goutteux arthropathe peut procréer un goutteux simplement asthmatique.

L'hérédité hétéromorphe peut encore transmettre, pour ainsi dire, en ligne oblique, l'impulsion morbide héréditaire. Le goutteux arthropathe, qui a procréé un goutteux arthropathe par hérédité bomœomorphe ou un migraineux ou un asthmatique par hérédité hétéromorphe, peut procréer mi enfant qui ne présentera plus aucune empreinte spécifique, mais seulement une hypotrophie, une moindre résistance des tissus conjonctifs, fibreux, osseux, etc., en un mot de tous les tissus émanés du feuillet moyen du blastoderme. L'enfant ne comptera plus parmi les goutteux, mais parmi les arthritiques. L'hérédité simplement hétéromorphe peut fixt encore spécifique à un certain degré ou ne plus l'être du tout. L'asthme et la migraine sont des produits d'hérédité hétéromorphe, mais encore spécifique, parce que, malgré l'absence de substances spécifiques, lem'mode d'évolution, leur alternance possible avec les accidents goutteux proprement dits attestent suffisamment leur origine.

Chez l'arthritique issu de goutteux, la substance spécifique n'intervient phs, même quand la tare héréditaire se fixe sur les articulations. L'arthritique présente idors des arthrites chroniques, où les tissus fibreux, cartilagineux et osseux de l'articulation sont lésés, mais où on ne retrouve pins l'urate de soude. L'arthritique issu de goutteux n'a gardé de l'influDce héréditaire qu'une vulnérabilité plus grande du tissu conjonctif et de ses homologues, qui seule a persisté du trouble nutritif embryonnaire. Ainsi un tuberculeux pulmonaire engendre soit un tuberculeux pulmo-

I*) fiàmn, Arch, gén. de méd., 1895.

naire, soit un enfant atteint de mal de Pott, soit un malformé ou un dégénéré proprement dit. — M. Hanot cite l'exemple de deux consangaim mariés Tun à l'autre, non tuberculeux, mais issus de parents tuberculeux, qui ont procréé deux enfants morts de méningite, un troisième atteint de mal de Pott, un dernier phocomélique.

L'hérédité pathologique va en s'atténuant lorsque, après avoir été directe et homœomorphe, puis oblique et hétéromorphe, elle n'aboutit plus qu'à des troubles de la nutrition constituant seulement une vague prédisposition morbide ; mais, à certains moments, semblable au microbe qui, de pathogène devenu peu à peu par atténuation un simple saprophyte, peut, dans des conditions nouvelles, récupérer graduellement sa virulence pathogénique, l'influence héréditaire peut redevenir plus active et se manifester de nouveau dans les générations ultérieures par des troubles morbides nettement spécifiques. 11 aura suffi que tel ou tel des descendants, dont Théritage s'était trouvé réduit à un trouble nutritif, ait trouvé des circonstances extérieures, ou se soit créé un genre de vie de nature à rendre au germe morbide héréditaire son intégrité première ; il aura fallu quelquefois que l'action des influences hygiéniques ait pu modifier en série plusieurs individus d'une même souche, c L'organisme peut aller de h modification individuelle acquise par processus physiologico-pathologiques en quelque sorte accidentels jusqu'à la modification héréditaire inéluctable. La vie physiologique est un mouvement moléculaire et la vie pathologique un trouble de ce mouvement, dont les modifications en direction et on intensité constituent en dernière analyse tous les états morbides » (Hanot).

Les sexes jouent-ils un rôle dans la transmission des maladies ou aptitudes morbides?

Au point de vue de l'hérédité morbide, Orchansky (') a déduit de sa statistique que, si les parents ont des maladies nerveuses, ce sont surtout les pères, et surtout ceux qui sont malades, qui transmettent leur sexe et leur type à leurs enfants. Dans les familles où les parents sont phthisiques, le contraire s'observe : c'est le parent sain dont l'influence prévaut dans la transmission du sexe et du type.

La tendance des parents malades à transmettre leurs maladies aux descendants est plus considérable du côté du père. Le danger de l'hérédité morbide est plus grave pour les garçons que pour les filles. L'état morbide des pères a une tendance à se renforcer chez les enfants, surtout chez les fils (hérédité progressive); l'état morbide des mères, au contraire, s'aCEûblit chez les enfants, surtout chez les filles (hérédité régressive).

Le danger de la dégénérescence est plus grand pour les garçons des pères malades que pour les filles des mères malades.

La mère tend à faire prévaloir son état normal contre la constitution pathologique du père.

(') Loc, M

L^HERËDire EN PATUOGÉNIE. Sib

L'hérédité morbide est plus intensive chez les jeunes parents qu'à Tépoque de la maturité individuelle complète.

C'est parmi les premiers enfants des parents malades qu'on trouve la plus forte proportion des malades et les maladies les plus graves.

L'hérédité morbide du côté du père est plus de nature organique ; celle de la mère a plus le caractère fonctionnel.

En résumé, Iliérédité morbide est soumise aux trois principes que l'auteur a admis comme base de Thérédité normale : interférence ou lutte mire les parents ; maturité individuelle des parents ; un principe des limites on de la stabilité et de la variabilité (voir p. 298).

Ordinairement on considère l'hérédité comme une fonction des parents seub. En réalité, les enfants jouent aussi un rôle bien considérable dans b manifestation de l'hérédité. Si les parents transmettent leurs caractères par l'hérédité, ce sont les enfants qui acceptent activement l'influence des parents et ils ne sont pas, comme on le suppose ordinairement, des facteors passifs. L'hérédité ne se réalise pas à un moment donné une fois pour toute la vie. Le moment de la fécondation et même la période intraulérine ne déterminent pas pourtoujours l'influence de l'hérédité. Celle-ci demeure à l'état latent et se manifeste peu à peu par petits à-coups successifs pendant toute la période du développement. A chaque moment, les diverses conditions intérieures et extérieures contribuent à sa réa- Usation.

Dans h transmission des qualités des parents, l'interférence ou lutte entre les influences paternelle et maternelle est antagoniste de laprédomi- DiDce de l'une d'elles : les fonctions biologiques des deux cellules embryoplastiques sont à peu près égales, l'interférence tend à établir toujours un état d'équilibre. La prédominance d'influence de l'un des parents, comme résultat de la lutte entre leurs deux forces, ne dure que pendant la prcnûère période de la vie conjugale; puis vient une période plus longue de stabilité. La manifestation de l'hérédité dans une partie de l'organisme suit le développement de cette partie et est au maximum quand cet organe se trouve à l'apogée de son développement. Chacun des deux parents joue HO rôle spécial dans l'hérédité : l'influence du père favorise la variabilité 00 l'individualité, la mère tend à conserver le type moyen. Cet antagonisme existe déjà dans l'origine du sexe, puisque c'est l'influence de la mère qui sous b forme de périodicité tend à égaliser la distribution des sexes. La mère manifeste la même tendance à maintenir la stabilité dans l'hérédité de la constitution et dans la transmission des maladies. Elle transmet très faiblement sa propre hérédité morbide ; elle combat, en outre, énergiquement l'influence morbide paternelle; elle transforme une hérédité grave en une moins grave (Orchansky).

3ie L'HÉRÉDITË ET LA PATHOLOGIE ^NÉRALE.

L'HÉRÉDITÉ TÉRATOLOGKUIE

Elle peut être similaire ou dissemblable.

Hérédité similaire, — Il y a des familles où Ton rencontre de nombmi cas de malformations congénitales ; des femmes ont mis au monde plu* sieurs anencéphales, plusieurs cyclopes ('). On a vu plusieurs nains dans une même famille (I. 6. Saint-Hilaire) (') ou plusieurs géants. Le bec-delièvre a été noté par Hutchinson sur iO membres d'une famille de 20 personnes ('). J'énumérerai seulement, d'après Féré, l'hérédité de l'apophyse lémurienne, coïncidant ordinairement avec un arrêt de développement plus ou moins marqué du maxillaire inférieur, l'implanUÉlioD vicieuse et la caducité des dents (*). Sont encore héréditaires les anomalies dentaires (^), celles de la voûte palatine, fréquemment ogivale; — certaines affections congénitales de l'œil, rétinite pigmentaire, catande congénitale dans six générations (Fromaget), aniridie bilatérale (Pfiûger), coloboma de l'iris ('), asymétrie chromatique de l'iris, coïncidant souvent avec l'asymétrie de la pupille et la déviation de celle-ci en haut et en dedans (corectopie) (^), microphthalmie('), — anomalies du frein de la langue, filet (*).

On a noté encore l'hérédité des kystes de la fente inter-maxillaire (**), des fistules congénitales du pavillon de l'oreille, des fistules branchiales du cou ("), des appendices congénitaux de la région auriculaire et du cou ("), d'une fissure congénitale de la face ("), — des hernies inguinales ou ombiHcales par laxité congénitale des orifices (Marc), — du spina bifida apparent ('*) ou plus souvent masqué par l'hypertrichose de

(^) li. Blanc, Les anomalies chez l'homme et les mammifères, 1893.

(') Geoffroy Saikt-Hilaire, Histoire gén(^rale et particulière des anomalies de rorganisation,

(^) J. HcTCHiNsox, À course of lectures of the laws of inherance în relatioc to disease. Med. prens. and circular^ 1881.

(*) Ch. Ytwf.^ Len épiUpsies et Us épilepttgueê, 1800. — La famille nivropathique, 180i. — Dans ce dernier ouvrage, que je suis pas à pas dans ce chapitre, se trouTent rétmif tous le» renseignements désirables sur l'hérédité téralologique.

(*) Magitot, art. Dent. Dici. encycl. des sciences médicales^ 1882.

(^) Sedgwick, On sexual limitation in hereditary diseases. British and foreign med. ckir. Reviewy 1861.

(^) Cu. Fémi', Stigmate indien. Progrès médical, 1886, p. 802.

(^) Ncxneley, Congénital malformation of the eye in three childrenin one family. TheLancel,

(^) MiGxoT, Note sur un cas de iilet par hérédité. Gazette hebdom. de méd. et de ckir.,

(*^) Lannelongue et Ménard, Affections congénitales, 1891.

C) GoRRO.N, Des fistules branchiales. Thèse de Bordeaux ^ 1888.

(*'*) Reverdix et A. Mator, Appendices congénitaux de la région aaricalaire et du eou. Ret. méd, de la Suisse romande, 1887.

(*^) Stavelet, Case of rare malformation of face, etc. The Lancet, 1891.

(^*) BoTLBR Smttiie. Tlirce casesof spina bilida oocurrin;{ in the same family. 7Ae Loncel, 1889.

L'HÉRÉDITÉ TÉRATOLOOIQUE. M7

h région rachidienne (*), des déviations de la colonne vertébrale^ surtout h scoliose et la cyphose ('), — de Fectrodactylie ('), de la brachydactylie (*) et de la déformation du petit doigt en crochet, de l'absence d'une ou plusieurs phalanges, des doigts palmés, de la polydactylie (24 membres sur 80 en étîdent atteints dans une famille citée par Cl. Lucas), du martèlement des orteils par longueur excessive de l'orteil, du pied bot et de la main bote, d'une laxité articulaire qui explique l'aptitude à contracter des entorses si remarquables dans certaines familles, et des luxations congénitales de la hanche (*).

Le gigantisme, qui coïncide avec l'acromégalie (Dana, Brissaud), — les mamelles surnuméraires ('), certaines anomalies des organes génitaux : hjpospadias (^), ectopie testiculaire ('), pseudo-hermaphrodisme, absence de rnténis et des ovaires chez trois sœurs (Squarey), — l'obésité et particulièrement l'obésité juvénile, les lipomes multiples et symétriques (^), — les anomalies du système vasculaire, malformations du cœur (maladie de Henri Roger), fragilité des capillaires (hémophilie), maladies des artères, nrices et varicocèles, — les exostoses épiphysaires (^^), — les anomalies de la peau : productions cornées ("), taches pigmentaires et érectiles, albinisme, alopécie congénitale (*'), canitie précoce ("), absence de poils diei l'homme et hypertrichie chez la femme, développement insuffisant et minceur quasi-fœtale des ongles ('^), l'ichthyose (dans quatre et même SX générations successives), sont encore des anomalies de l'embryogenèse qui peuvent être héréditaires.

n convient de citer encore l'hérédité des anomalies de la fécondation,

des grossesses gémellaires (la gémelliparité peut être transmise aussi bien

pir les hommes que par les femmes) (**), des anomalies de la gestation

(loeoachement prématuré spontané dans quatre générations successives)(**).

La gémdliparUé se voit certainement avec une fréquence particulière

[*) Cl. FiRtf, Li queue des faimefl et U qaeue des satyres. Nouv. iconographie de la bÊlpêtriire, 1890.

(*] Bourm et Pimu Boulaito, art. D^riAnoN du racris. Dict. encycL des êc. méd.

C) Billot, Ree, de mém. de méd. milit.^ 1882. — Drcillet, Thèse, 1886. — Parier et IflBmos, Tnm», of the ciinical Society of London^ 1887. — Rouxeau, Gazette méd, de ilntef, 1S8O-1890. — B^art, Comptée rendus de la Société de bioL, 1892.

n Dbooc, De U bradijdactylie. Thèse de Lille, 1888.

0 Nkati, BuU, de la Soc. méd. de la Suiêse romande, 1872, VI, p. 128.

(*) BuROARD, Bull, de la Soc. anthrop,, 1885, p. 226, et 1886, p. 485.

P) LssARR, The LaneeU 1884, t. I, p. 703.

(*) BtROHMi, Comptée rendu» de la Soc. de hiol., 1861, 3« série, t. III, p. 256.

0 Sm. Macuviii, Trans. of the clin. Soc. of London, 1885, t. XVIII, p. 331. — km. Bordeaux médical, 1874, t. III, p. 218.

!**) Gn!(CT, Amer. Joum. ofmed. se, 1876, n. série, LXXII, p. 73.

(**) L GiruAR», Précis do tératologie, 1893, p. 148.

(**) SoGwici, On the influence of the sez in hcreditary diseases. British and for. med. (kir. Beview, 1861.

i**) Goaus, Hereditary wfaite patch of hair. Med. Times and Gaz., 1884.

(*•) TamiiAi, Med. chir. Trans., 1848, XXI, p. 71.

■*i A. lUttos, Hérédité des grossesses gémellaires. Gaz. ohst. et gyn. de Paris, 1876.

("i BmniA», Hérédité de raecouchement prématuré 8|M)ntanc. Gaz méd. de CAlgérie, 1S71

dans certaines familles; on peut la considérer comme héréditaire; eW souvent dans les familles névropathiques. D'ailleurs Féré a noté que la troubles névropathiques sont très prédominants dans la pathologie des jumeaux. On a observé chez eux les mêmes troubles survenant au mbat âge, et aussi des anomalies morphologiques très analogues. Les tronbtei fonctionnels peuvent ne pas être proportionnels à Timportance des ouiformations physiques; pourtant Féré cite deux jumeaux épileptiques, dook Tun, qui n'a que des malformations insignifiantes, a été atteint d'épilepsie cinq ans plus tard que l'autre qui a des anomalies beaucoup plus marquées (Soc. de biologiey i89i). Féré a aussi observé une famille où en trois générations il y a eu quatre cas de gémelliparité, où tous les jumeaux et les jumeaux seuls sont atteints d'affections névropathiques et où plusieurs des membres non jumeaux ont succombé à une aflection prétendue cancéreuse.

On sait combien il est fréquent d'observer plusieurs malformations chez un même sujet. Certaines combinaisons (f anomalies peuvent se transmettre par hérédité : ectrodactylie, avec bec-de-lièvre et ectropûm (Picard), division du voile du palais et anomalies dentaires (Allao Jamieson).

La plupart des malformations énumérées ci-dessus se rencontrent dans des familles où existent des maladies du système nerveux et ches des individus porteurs de tares névropathiques ou psychopathiques. Nousj reviendrons à propos de l'hérédité nerveuse.

Hérédité tératohgique dissemblable. — Ollivier avait observé une fille hémimèle dont le père était paralytique (').

Féré (') cite un père ataxique syphilitique, avec voûte palatine ogivale, luette bifide, apophyses lémuriennes volumineuses, implantation vicieuse des dents, tumeur fibro-cartilagineuse congénitale en avant du tragus et double hernie inguinale, — dont le frère avait un bec-de-lièvre. — Cet homme a eu deux fils : l'un avec asymétrie cranio-faciale, asymétrie chro* matique de l'iris, déviation des pupilles en haut et en dedans, absence d'hélix aux deux oreilles, voûte palatine ogivale, implantation vicieuse des dents de la mâchoire supérieure qui est dépassée en avant par l'inférieure; large tache pigmentairc brune et velue sur la partie antérieure de la poitrine ; — le second fils a eu des convulsions pendant la première dentition et est cryptorchide à gauche.

Voici une femme hystérique qui porte diverses taches pigmentaires velues, a la voûte palatine ogivale et un sillon médian profond sur h langue, deux orteils palmés aux deux pieds, avorte une première fois d'un enfant difforme, en a un second atteint de cyanose congénitale et de hernie ombilicale qui succombe à dix-huit mois, et en outre deux filles dont l'ainée a un bec-de-lièvre, l'hélix déplissé aux deux oreilles, aux pieds les mêmes orteils palmés que sa mère; la cadette a une asymétrie chromatique

(^) Ollivier, Sur la pithogénic des yicesde conformaiioD. Bull, de laSQcdtamtkrop.f iS78. (') Féré, L'hérédité névropathiqoe, p. 215 et sq.

HÉRÉDITÉ DES DYSTROt>UI£S ÉLÉMENTAIRES. 519

de Tirisy un léger degré d*épicanthus et plusieurs taches pigmentaires dans la région dorsale.

On pourrait trouver, si l'on y regardait de près, un grand nombre de GnniDes néTropathiques, dans lesquelles Thérédité des malformations est attestée par de nombreuses tares dissemblables. D'ailleurs la syphilis héréditaire peut également être une cause de malformations combinées; et aussi la fécondation pendant l'ivresse, la disproportion d'âge entre les conjoints^ etc.

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