‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 58 sur 152 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Nous voici parvenus au terme de cette enquête sur l'hérédité, au cours de laquelle nous avons recueilli tous les témoignages capables de nous éclairer, ceux des physiologistes comme ceux des psychologues, des botanistes et des zootechniciens, des médecins et des vétérinaires. Pouvonsnous dégager de cet énorme dossier de dépositions quelques conclusions générales?

Pendant longtemps les auteurs qui ont écrit sur l'hérédité ont pris parti pour ou contre son influence, en obéissant à deux tendances radicalement opposées : pour les uns, l'hérédité primait tous les autres facteurs ctiologiques; pour les autres, son influence était nulle. Une plus juste et moins radicale appréciation des faits parait s'être répandue actuellement.

L'hérédité normale détermine non seulement la conformation et les aptitudes dq produit, mais elle influe sur les multiples circonstances de a ne physiologique, croissance, menstruation, grossesse, lactation, ménopause, sur l'accomplissement de ses fonctions (digestion, etc.), sur a sensibilité aux poisons, y compris ceux que fabriquent les agents inlectieux et les médicaments. L'hérédité physiologique, c'est le triomphe de l'hérédité similaire. Encore n'est-elle, bien entendu, que contingente et ^ nécessaire ; ou du moins ses cfl'cts sont-ils variables, suivant que pré« domine au moment de la fécondation l'influence de l'un ou de l'autre des générateurs, suivant que les échanges transplacentaires entre la mère et le fœtus accentuent ou dévient la direction initiale imprimée au déve-

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loppement de Fétre, suivant enfin que l'action ultérieure des milieux (ali mcntation, éducation) contrecarre ou favorise les aptitudes originelles.

L'hérédité morbide diffère principalement de l'hérédité normale en ce qu'elle est rarement directe et similaire ou homœomorphe. Elle se manifeste le plus souvent par l'apparition périodique de certaines maladies dans certaines familles et leur coexistence chez des collatéraux. Tandis que la ressemblance entre les parents et les enfants est le caractère fondamental de l'hérédité normale, c'est la dissemblance qui est le trait le plus ordinaire de l'hérédité morbide; c'est l'hérédité par transformation, ou hctéromorphe. C'est surtout la prédisposition morbide découlant d'une similitude dans la structure anatomique des organes et dans leur activité fonctionnelle, d'une conformité dans les modalités de la nutrition. On n'hérite le plus souvent que d'une anomalie de la nutrition; mais la déviation de la vie normale chez les ascendants peut, à un moment donné, avoir pour conséquence la création d'une véritable maladie familiale tran«missible en nature par hérédité. Une maladie de famille pourrait-elle devenir une maladie de race, puis une maladie d'espèce? Sans doute, i la reproduction était possible ; mais les maladies organiques éteignent la reproduction et la maladie reste une maladie de famille. Le type dégénéré s'éteint en vertu de la sélection naturelle (Londe). En outre, les maladies infectieuses qui frappent avec prédilection les dégénérés, mettent bon ordre à l'extension indéfinie des nouveaux types pathologiques. La tuberculose, par exemple, est considérée par Bennett conune une sorte de nécessité destinée à faire disparaître les familles impropres à la reprodu^ tion, et M. Bouchard a dit dans le même sens que la phtisie était une manière de mourir.

Ainsi la loi d'hérédité morbide est, en définitive, défensive de l'espèce; car d'un côté elle assure dans certains cas l'immunité contre certaines infections aux descendants dont les procréateurs ont su résister aux assauts de ces mêmes infections; de l'autre, en rendant plus vulnérables aux agressions banales, ou inféconds, les descendants des individus trop tarés, elle empêche la dégénérescence indéfinie.

Comme l'a dit Woods Hutchinson, les maladies qui tueraient l'espèce sont corrigées par elles-mêmes, puisqu'elles ' empêchent la reproduction ou tuent les enfants en bas âge. D'après cet auteur, qui s'est livré à d'im- |)ortantcs recherches statistiques, la tare héréditaire n'a pu être relevée que dans 10,1 pour 100 des cas sur 57000 cas de folie, dans i0,5 pour 100 sur 20000 cas de carcinome, dans 37,3 pour 100 sur 22000 cas de tuberculose; il refuse donc de considérer les lois de l'hérédité comme le facteur prédominant dans la production des maladies et, comparant aux faibles et incertains doiimiages qu'elle cause, les avantages sans prix qu'elle assure à Thomme par l'accumulation sur chaque individu des forces de résistance aux maladies acquises par la rdce, il conclut : c Ses effets bienfaisants sont innombrables et indiscutables; ses effets nuisibles, peu nombreux et douteux » . Le sociologiste peut s'associer i

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