‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 59 sur 152 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

. optimisme au point ae vue philosophique des intérêts généraux de ^pèce; mais le médecin, qui a surtout à s'inquiéter des intérêts partiiers de chaque famille et de chaque individu, redoute nécessairement érédité pathologique pour ses clients. C'est une raison d'ailleurs pour

de ne s'en point désintéresser.

En effet la connaissance des lois de Thérédité n'est pas seulement une riosité scientifique, mais elle présente une importance pratique consirable pour le médecin.

Au point de vue du diagnosticj Aupronostic^ du traitement et de la proylaxie nous pouvons tirer un parti considérable des notions d'hérédité. Quelques exemples le prouveront. Au cours de maladies aiguës, comme fièvre typhoïde ou toute autre infection fébrile, la notion d'hérédité tvropathique nous guidera dans la saine appréciation de l'intensité des actions nerveuses et de la vraie thérapeutique à y opposer ; c'est à elle ne nous devons souvent de pouvoir diagnostiquer les pseudo-méningites l les pseudo-péritoniteSy différencier les hyperthermies qui dépendent 'une réaction nerveuse excessive, de celles qui sont liées à la gravité léme de l'infection ; c'est elle qui nous indiquera l'utilité des moyens les lus convenables à opposer à ces affolements imprévus de systèmes ner- «QX déréglés par l'hérédité névropathique.

La même chose peut être dite au sujet de l'hérédité alcoolique. Les nbnts des intoxiqués ne réagissent pas comme d'autres à la pierre de ooche des infections.

Ao cours de bon nombre de maladies chroniques la notion d'hérédité l'est pas moins importante; sans parler de la syphilis à propos de laquelle e (ait est de toute évidence, c'est elle qui permet de soupçonner la goutte anrée derrière certains accidents obscurs et formidables en apparence itde leur opposer, quand on aura démasqué l'étiologie héréditaire, la leule thérapeutique logique.

La notion d'hérédité n'est pas moins importante au point de vue du ironostic. Est-il indifférent de savoir que la tuberculose évolue autrement imles fils d'arthritiques et chez les descendants de scrofuleux? La pré- Ksposition héréditaire peut devenir une cause d'atténuation de la gravité k Finfection tuberculeuse, puisque les individus vierges de tare tubernleose héréditaire paraissent réaliser l'infection sous la forme la plus rinilente, celle de la tuberculose aiguë généralisée. C'est du moins ce i|a*a pensé Léon Collin a propos de la fréquence de la tuberculose aiguë Aa les soldats d'élite, les gardes de Paris. N'est-il pas précieux pour Fiecoacheur de savoir que, dans certaines familles de névropathes, il existe one prédisposition héréditaire à l'éclampsie? Quel parti ne tire pas l'aliénisle, au point de vue du pronostic, de la notion d'hérédité? N'est-ce pas rfkqui lui permet de prévoir la rapidité de l'évolution ou l'éventualité probable des rémissions?

Et maintenant, que |)ouvons-nous faire au point de vue prophylactique? A eoritager les choses au point de vue le plus général, le médecin doit

BS4 L'IIËRÉIlITÉ ET LA PATHOLOGIE CGSËRALE.

fntre tous ses ciTorts pour vulgariser autour de lui les notions r^latim l'hcrédité pathologique et en faire saisir l'imporlance aux fandIiesA il a la confiance. ■ Un bon choix dans les mariages ne concourt paspl i dit Portai, h diminuer et & atténuer les vices de familles, et s que natuiellenieni ces heureux ctTets s'opèrent très souvenl daail grandes villes, surtout par des hommes et des femmes de campagne f en quelque manière, renouvellent la race. 11 est eertain qu'on voit i disparaître de vrais maux d'origine. » Si le médecin, imbu de cette idi réussit par une prédication incessante à convaincre ses clients dt gravité des unions conclues à la légère sur les seules considérations f térêt, il sera sans nul doute souvent consulté sur l'opportuntlé de Id tel choix. Il s'inspirera alors des circonstances et des rcnseignemi réunis dans les pages précédentes pour donner le conseil qu'il juger meilleur, et il aura quelquefois la satisfaction de constater qu'on eni tenu compte. Plus souvent sans doute il apprendra qu'on a passé « à ses avis, et plus tard, quand un mariage conclu malgré lui M mal tourné, on viendra lui en faire la triste confidence et lui dcm de réparer le mal dans la mesure possible. Il le pourra, souvent a soit par la thérapeutique, soit en conseillant une hygiène apprcfril l'éducation des enfants malades. — Mais, avant même que dcfl 81 sances d'enfants malfnrmés ou déliiles soient survenues, ou qu I maladies héréditaires se soient déclarées chez les enfants issus desVB mauvaises contractées malgré ses conseils, le médecin aura pd fl quefois intervenir utilement en donnant certains conseils aux f récemment mariés, pour qu'ils se mettent dans les conditions p logiques les plus favorables à ia procréation d'enfants sains. Et cette 1 n'est pas purement spéculative. Nous savons par les éleveurs qu'un ni reproducteur donne des produits de valeur inégale sui^'snt son ^ santé an moment précis de la saillie fécondante, il n'est pas doalemf en soit ainsi dans l'espèce humaine. Il est certain que le taux de la Dl ~ tien est variable, que c'est une fonction élastique, que l'activité i échanges est plus ou moins ralentie, et que l'être engendre doit H conforme ;i son générateur dans les modalités de la nutrition. Va indjv qui est soumis à une intoxication habituelle, soit par auto-intoiîciti d'origine digestive, s'il est dyspeptique, ou d'origine interstitielle, i^j soumis au surmenage, n'est pas toujours intoxiqué au même dtâ "^~ les moments de sa vie. Unehygiènc bien comprise peutmodiSflrj tage des états semblables, ne fût-ce que temporairement. Un p tunément alcoolisé, ou morphinîsé, ou surmené, peut, apria] mois de repos ou d'abstention des poisons, devenir i meilleur, comme un syphilitique ancien et traité est meilleur a qu'un homme encore sous le coup d'accidents secondaires. L'n tt ciileux, dans une période d'enkystenicnt de sa lésion, ayant engr vivant à la campagne, sera moins dangereux pour sa progéniture. ( exemples pourraient être multipliés à volonté et prouvent qu'une prop^

CONaUSIONS. 3tô

hxie bien comprise peut écarter quelques-uns des dangers de l'hérédité apthologique pour les enfants à naître.

Et» quand les influences héréditaires sont défavorables du côté des deai générateurs» il ne faut pas encore désespérer absolument de l'avenir in produit; car l'influence des milieux, de l'éducation et des soins prénnûfs peut modifier beaucoup les qualités héréditaires. Déjerine dit qu' < au moment de la naissance l'hérédité psychologique n'est qu'une probabilité, jamais une certitude » ; la même réflexion s'applique à toutes les formes de l'hérédité pathologique. Le médecin, mis en défiance contre les maladies auxquelles est plus spécialement exposé l'enfant par les tares de ses parents, conseillera les mesures préservatrices les plus convenables. Certaines périodes de la vie seront l'objet d'une sollicitude plus vive. Si ks tares sont d'origine maternelle, l'allaitement sera confié à une nourrice merGenaire bien choisie. Si c'est la souche paternelle qui est défectueuse etsi la mère au contraire est exempte de tares héréditaires, on insistera pour (|oe ce soit eUe qui nourrisse son enfant ; en tout cas l'enfant sera élevé de préférence à la campagne, et ne sera jamais confiné dans un établissement scolaire de grande ville. Aux étapes principales de la croissance OD redoublera de surveillance. L'influence réciproque de l'hérédité morbide et de la croissance a été bien mise en lumière par M. Springer (').

( L'hérédité, dit-il, est considérée, à juste titre, comme le facteur le plus important de la prédisposition morbide. Ce fait est bien démontré pour un grand nombre d'affections, parmi lesquelles on doit citer les troubles nerveux, les affections syphilitiques et para-syphilitiques, la tuberoilose, les gastropathies, etc.

€ L'apparition des symptômes spécifiques est fréquemment actionnée par les poussées de croissance qui accompagnent et suivent la puberté ; nuis, d'autre part, ces maladies, par leurs conséquences dystrophiques, ralentissent la croissance et entravent le développement, d'où résulte un unoindrissement physique des individus, des familles et des races. Toutebis, cet effet est évitable, et le clinicien pénétré delà valeur de la notion de rhérédité peut, dans une certaine mesure, neutraliser son action. C'est là m fait qui ressort de l'examen des enfants que l'Assistance publique leunit à Monté vrain près de Lagny-Thorigny, et qui sont catalogués sous Fétiquette administrative « d'enfants moralement abandonnés ». Les girçonsde treize à dix-neuf ans sont, pour la plupart, des Parisiens; ils sont puisés parmi les Enfants Assistés ou dans le même milieu social. Par leur origine, ces enfants réunissent toutes les tares héréditaires et acquises, satellites de la misère. Aussi est-on quelque peu surpris de constater chez eux, après quelques années de séjour à Montévrain, tous ks caractères objectifs de la santé la plus florissante. Un grand nombre d'entre eux présentent bien les empreintes indélébiles de leurs maladies du premier âge, mais on ne rencontre aucun trouble fonctionnel,

(*) SnisccB, Congrès de médecine interne. Lyon, 1894

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586 L'HËRÉDITÉ ET LA PATUOLOGIË GËNËRiOiE.

et ils sont surtout intéressants par leur parfait développement génénl.

« Comment ces résultats sont-ils obtenus? A Taide d'un traitement méthodique et judicieusement appliqué. L'alimentation est Tobjet d'one surveillance attentive, et les substances considérées comme alûnaitsde croissance y occupent une large place. La ventilation des logements ta bien assurée. Sans négliger l'instruction générale, la plus grande partie du temps est employée à l'enseignement professionnel. Les exerden physiques en plein air jouent un rôle important. Grâce à l'entralnemeot progressif et modéré, on ne constate jamais les effets de l'intoxicatioDct de Tauto-infection résultant du surmenage. Il faut tenir compte, en outre, de l'action de l'hydrothérapie sous forme de bains de rivière pendant l'été.

« Cet exemple peut servir de guide pour la thérapeutique des manifestations héréditaires de la croissance anormale. 11 montre comment dei enfants, destinés aux accidents pathologiques des plus graves, peuvent, jusqu'à un certain point, éluder cet avenir et présenter les attributs de h force, de la vigueur et de la résistance. Cette modification du terrain pv le milieu, résultant de l'ensemble des moyens mis en œuvre etconcoorart au même but, s'obtient surtout grâce à l'utilisation de la dynamique di la nutrition mise en œuvre par la puberté, et, en efTet, la croissance 1m dirigée est une force dont on doit profiter pour la thérapeutique. »

La puberté dans les deux sexes, le mariage, les grossesses, la ménopause chez la femme, sont encore des circonstances physiologiques qa favorisent chez les prédisposés l'apparition de tels ou tels accidents nMR^ bides suivant la tare pathologique héréditaire, névropathique, infectieiM ou néoplasique. Le médecin, instruit des éventualités fâcheuses <pe peuvent amener ces circonstances, pourra souvent les prévenir en conseillant à ces prédisposés telles ou telles réformes dans leur hygiène.

En terminant, nous émettons encore le vœu que les médecins, bien convaincus de la réalité des influences héréditaires, s'appliquent à vulgariser autour d'eux cette notion, car elle est de la plus haute conséquence morale. L'hérédité, c'est la solidarité entre les générations successifei; elle pourrait devenir le plus puissant facteur du progrès humain, si chaque homme était convaincu que chacun des actes de sa vie retentir sur sa descendance

Ponr que tos actions ne soient vaines ni folles, Craignex déjà les yeux futurs de vos enfants.

Jea!C Lahoa, Bénédiction du mariage penan

Par P. BOURCT

Mëdecia des hôpitaux.

< Le physicien et le médecin ne doivent jamais oublier que l'ôtre vivant forme un organisme et une individualité. »

(Claude Bernard, Introduction à t élude de la médecine expérimentale,)

temps n'est plus aux discussions dogmatiques^ et les longues dissersde nos pères sur les causes éloignées ou prochaines, prédisposantes îcîentes, préparantes ou occasionnelles, n'éveillent guère chez nous

sentiment de curiosité rétrospective. Les mots mêmes ont vieilli, \i à peine si les auteurs ^contemporains se souviennent des termes nés d'opportunité morbide, de spontanéité, d'idiosyncrasie, d'antane.... Méritent-ils cependant un tel oubli? Non, car dans l'étiologie lie des maladies, ils correspondent à l'étude du terrain qui doit lir et iaire évoluer le germe morbide. Cette étude du terrain fut un nt quelque peu délaissée, quand une méthode nouvelle, substituant lées vagues de germe, miasme, contage, la notion de la nature e de la contagion, eut montré qu'un grand nombre de maladies ;nt que fonction du parasitisme. De là à attribuer à chaque maladie ieuse un microbe toujours semblable à lui-même, véritablement que, cause à la fois nécessaire et suffisante, donnant toujours lieu lémes effets, il n'y avait qu'un pas, et il ne faudrait pas remonter loin dans la littérature médicale pour trouver les traces de cet isiasme qui devait être de courte durée. Une étude plus approfondie its ne tarda pas à montrer que le problème n'était pas si simple ; car

que la variabilité de la morphologie, du degré de virulence, des étés pathogènes d'un microbe déterminé obligeaient à reconnaître

lamine était moins fixe qu'on ne l'avait cru d'abord, la résist^ince rtains organismes, ou d'un ménie organisme suivant l'âge, suivant de la nutrition au moment des tentatives d'infection, démontrait à au que, si la graine était un facteur nécessaire, elle ne pouvait agir iir un terrain apte à la recevoir.

st qu'en matière de biologie, et surtout de pathologie, les lois ifiques ne peuvent avoir le degré de précision absolue qui n'apparqu'aux sciences physico-chimiques; Tobservateur qui abandonne un

388 PRÉDISPOSITION ET IMMUNITË

corps à l'action de la pesanteur, peut prédire à l'avance et i coup iji comment se produira la chute ; de même, le chimiste qui met en préseoa deux solutions salines pouvant donner lieu à un composé insolaUe, annonce sans crainte d'erreur la formation d'un précipité. Le même degré de fatalité existe-t-il quand un organisme vivant est mis au conUct don agent infectieux? L'observation et l'expérience imposent une réponse négative.

En effet, il faut faire la part de la résistance, de la réaction de Torp* nisme, résistance et réaction qui peuvent se traduire de bien des bçm différentes; suivant l'âge, suivant le sexe, suivant les conditions nli> rieures de santé ou de maladie, suivant l'état de repos ou de fatigue di l'individualité menacée, la réaction variera. D y aura des conditions p favoriseront, d'autres qui empêcheront l'action du germe pathogène; c'd de ce fait que l'on doit tirer la notion des causes prédisposantes et eofl»; chantes, de la prédisposition et de Vimmunité.

11 faut donc, en médecine, descendre de l'étude des lois géoénki k celle des faits particuliers, ou tout au moins réunir en groupes homof|[èMi les faits particuliers comparables entre eux; ce qui est vrai de l'eoM ne l'est plus de l'adulte ou du vieillard ; le nègre n'est pas comparafakk l'Européen, ou, si l'on veut donner à la même idée une forme plus iuk santé, une quantité donnée de matière vivante ne présente pas i l'^vl des causes morbigènes une réaction identique suivant qu'on l'empronlBl ' un enfant ou à un vieillard, à un homme ou à une femme, à un n^^nii : à un Européen. L'individualité de chaque organisme entre ici en ien, é c'est le cas de rappeler cette phrase profonde de CL Bernard : c k ^ médecin n'est pas le médecin des êtres vivants en général, pas même h médecin du genre humain, mais bien le médecin de l'individu hunnii» et de plus le médecin d'un individu dans certaines conditions qui lui sot spéciales, et qui constituent ce qu'on appelle son idiosyncrasie » (^).

L'étude de ces conditions spéciales à l'individu, susceptibles de prtparer ou d'empêcher la maladie, constituera notre tâche : dans un prenaer chapitre, consacré à la prédisposition, nous envisagerons successiveoMnit d'un point de vue général, l'influence de l'âge, du sexe, de la race, de II constitution, du tempérament, des diathèses, des professions, du milÎMi du climat et des maladies antérieures, puis, dans un second cbapitn» complément naturel du premier, nous étudierons les conditions qpi mettent l'organisme à l'abri de la maladie, c'est-à-dire l'immunité aov différents aspects (*).

(*] Cl. Bernard, Introduction à C étude de la médecine expérimentale^ p. 159.

(*) Dans l'étude de la prédisposition, nous aurions à faire une Itrge ptrt à l'hérédité; wêêÈ rommc ce point important est, dans cet ouvrage, l'objet d'un chapitre spécial, nous nous on* Icnterons d'y renvoyer le lecteur.

De même, à propos de l'immunité acquise, nous aurions à empiéter sans cesse sur le ehafiln dos vaccinations : pour éviter des redites inutiles, nous laisserons abaolumeat de eMé e question qui, du reste, sera traitée ailleurs avec tous les développements qu'elle oomporle.

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