‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 64 sur 152 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE SURMENAGE PHYSIQUEp CAUSE PRÉDISPOSANTE DE MALADIE

I. Le surmenage physique favorise Tinvasion microbienne de Torganisme.

I. Depuis quelques années, la pathologie microbienne subit une modification. On a constaté d'abord que Faction exclusive du microbe ne suffit pas à tout expliquer dans la genèse de la maladie infectieuse, et que les conditions de réceptivité sont très variables pour des indindi» soumis aux mêmes chances de contagion. Pour qu'une graine germe sur un sol, il faut que ce sol possède certaines propriétés particulières. De même, en médecine, pour qu'un microbe germe et pullule dans l'organisme, il faut l'opportunité morbide, laquelle est créée par des modiGcations du milieu interne (comme celles qui résultent du surmenage) ou du milieu externe (conàiiions météoriques).

Mais il y a plus; des travaux récents montrent que certains microbes pathogènes sont probablement nos hôtes habituels. Le pneumocoque et le bacille de la diphtérie (Roux et Yersin) peuvent se trouver dans h bouche à l'état normal. Le bacille de la fièvre typhoïde n'est peul-élrc qu'une modification du bacillus coli communis (Rodet et Roux). Les microbes pyogènes, streptocoques et staphylocoques, peuvent vivre dans la bouche, dans le vagin, sur les téguments d'un sujet sain. Ces constatations réduisent un peu le rôle de la contagion, qui semblait hier exclusif et unique; et on doit admettre aujourd'hui que certains cas de maladies infectieuses ne sont pas dus à la contagion, mais sont vraiment spontanés, le mot spontané n'ayant pas d'ailleurs la même signification qu'autrefois.

Quand un de ces microbes commensaux devient pathogène, ce n'est pas uniquement parce qu'il a trouvé une porte ouverte, une discontinuité de répilhélium ou une déchirure vasculaire. Cela arrive tous les jours et rinfection ne se produit pas grâce au phagocytisme et aux propriélcs bactéricides du sérum chez l'individu bien port^int. Si le microbe devient nocif, si sa virulence s'exalte, c'est que des modifications intérieures ou extérieures se sont produites. Le surmenage est une des causes intérieures qui facilitent le plus rinfection microbienne. L'histoire de bien des maladies en fait foi. Nous ne citerons que quelques exemples. M. Fournier insiste sur la gravité de la syphilis contractée par le médecin diins l'exercice de sa profession (chancre digital); il pense que le surmenage est un des principaux facteurs de celte gravité : « A Thonneur de notre profession, nous pouvons dire qu'on n'y est pas avare de sa peine, et qu'on y travaille plus, intellectuellement et physiquement, que dans tout autre pnéticr »

Nous avons \ii un officier supérieur, qui avait naguère souffert d'accidents paludiques, succomber en trois jours à des accès pernicieux i la suite d'un surmenage physique excessif. Les faits de ce genre pourraient cire multiplies. Un peu plus loin, nous dirons que certains états infectieux semblent avoir des rapports plus directs avec le surmenage.

H. Les expériences de MM. Charrin et Roger confirment les enseignements de la pathologie; elles prouvent que l'organisme, empoisonné par le surmenage, devient la proie des microbes, comme le corps entre en putréfaction quand la vie s'est éteinte en lui.

Dans une première série d'expériences, ces auteurs surmènent des cobayes en les faisant courir dans un cylindre rotatif. Au début de leurs recherches, ils se servirent d'un tambour non matelassé; les animaux marchaient ou roulaient sur une toile métallique, ils se faisaient ainsi de nombreuses écorchures. Or, sur quatre cobayes qui furent placés dans [ l'appareil primitif, un seul résista; les autres, après avoir marché un ou [ deux jours, restèrent malades et succombèrent de deux à neuf jours après ^ feipérience; à l'autopsie, on trouva de nombreux microbes dans le foie ! et la rate, et les cultures, faites avec ces organes ou avec le sang, donnèrent des résultais positifs.

Dans une deuxième série de faits, MM. Charrin et Roger rangent cinq cobayes qui furent placés dans l'appareil garni de molleton, mais s'écorcbèrent pendant l'expérience; un de ces animaux résista; les quatre autres succombèrent de deux à cinq jours après la fin de l'expérience ; chez ces quatre animaux le foie ou la rate renfermait des microbes.

Dans une troisième série de faits, se placent dix cobayes chez lesquels l'examen le plus attentif ne montra aucune plaie antérieure; la résistance de ces animaux fut très variable; il en est qui purent marcher pendant neuf et même douze jours de suite. Chez cinq d'entre eux, l'examen microscopique fut négatif et les enseignements stériles; ils avaient donc succombé sans avoir été infectés. Chez les cinq autres, MM. Charrin et Roger purent, par la culture, trouver des microbes; mais ceux-ci devaient être peu nombreux, car deux fois seulement ils purent en constater la présence au microscope. Chez les animaux sans écorchures, MM. Charrin et Roger pensent que les microbes ont pénétré par l'intestin. Mais retenons surtout ce fait, que certains animaux ont succombé sans présenter de phénomènes d'infection.

Dans une autre série d'expériences, MM. Charrin et Roger ont surmené des rats blancs par le même procédé, et ils leur ont inoculé ensuite, soit le charbon bactéridien, soit le charbon symptoinatiquc. Ils sont arrivés à ce résulLit ([ue le surmenage imposé aux animaux inoculés avec l'un de ces deu\ virus, favorise considérablement le développement et la généralisalion des infections; toujours les animaux surmenés sont morts avant ceux qu'on laissait au repos; souvent même ils ont succombé alors que ces derniers résistaient.

Si le surmenage favorise l'infection, c'est parce qu'il diminue la résis-

lance vitale, c'est-à-dire, pour parler le langage moderne, p^"* sous rinfluence de la modification chimique du milieu interne et Tasthénie nerveuse, s'atténue la puissance des moyens à Taide de l'organisme se défend contre les microbes : l'activité des phagocjta,! pouvoir chimiotaxique des cellules, l'action bactéricide et antitoô^ des humeurs.

L'augmentation de l'acidité signalée dans les humeurs et les tissusi surmenés joue peut-être, à ce point de vue, un rôle imporUint. Roui Nocard ont remarqué que le microbe du charbon symptomatique at peut recouvrer sa virulence, si l'on ajoute au virus un peu d'une sok d'acide lactique au cinquième. D'après ces auteurs, le fait serait dàài altération légère que l'acide lactique, qui est justement, d'après l'acide de la fatigue, détermine dans les tissus où le virus est inj( cette altération favorise l'efTet du parasite; une simple meurtris produirait les mêmes résultats.

Ceni a démontré que le pouvoir bactéricide du sang variait beat sous l'influence du surmenage; en général, ce pouvoir diminue, bien chez la brebis que chez le chien, lorsque la fatigue est de durée; il augmente, au contraire, par une fatigue prolongée, au chez le chien (*).

Ces dernières recherches prouvent que tout n'est pas dit sur question et que de nouveaux travaux sont nécessaires.

m. Il semble que le surmenage appelle de préférence telle ou infection. Ce sont ces complications microbiennes les plus habituelles états de surmenage qu'il nous faut maintenant énumérer.

Au premier rang se place la myosite infectieuse^ bien décrite M. R. Brunon (de Rouen). La myosite infectieuse primitive ne se dé?( que chez des sujets prédisposés par le surmenage physique, auquel s'aji tcnt souvent les émotions morales dépressives, l'ennui arrivé au maxinni d'intensité, «omme dans la nostalgie des conscrits bretons. L'effort OM culaire en est la cause occasionnelle ordinaire. Mais la cause intime i processus suppuratif est dans une infection générale, probablement |É le staphylocoque pyogènc. Les muscles atteints sont toujours les museh travailleurs par excellence. La maladie peut revêtir trois formes : maligMt aiguë ou subaiguë.

Le surmenage physique est d'ailleurs la cause prédisposante princi|Mt des maladies infectieuses de l'appareil locomoteur.

Ainsi Vostéomyélite des adolescents est bien souvent préparée ptf I surmenage. Le premier cas de cette maladie qu'il nous a été dood d'observer s'était produit chez un jeune homme de seize ans, qui txi fait à pied le trajet de Nantes à Toulouse. On pourrait dire que rosU» myélite succède à la fièvre de croissance, et que la transformation dek

(*) Grni, Da pouvoir bactéricide du sang dans la fatigue moaeulaire. Arckivet itêiia0 de biologie^ t. XIX, p. 293.

seconde en la première s'effectue dès qu'intervient le staphylococcus jyogeneg.

Vinfection purulente médicale^ la pyohémie spontanée des anciens iQteurs, avec abcès articulaires, survient souvent à la suite de fatigues exagérées (Jaccoud).

Peter insistait sur ce fait que la plupart des endocardites infectieuses sont souvent préparées par le surmenage ; et M. Féréol a cité un cas de fièvre de surmenage, d'aspect typhoïde, dans lequel on trouva une myocardite suppurée.

Tous les auteurs qui ont écrit sur le typhus pétéchial sont d'accord pour accorder une grande place au surmenage parmi les conditions favorables au développement de cette maladie.

Pour la tuberculose j nul doute que le surmenage ne puisse, dans certaines circonstances, en favoriser l'éclosion. C'est ce que soutenait Peter, et M. Jaccoud dit : c L'observation enseigne que les causes ordinaires de b tuberculose tardive acquise sont des refroidissements répétés chez des individus surmenés par des excès de travail et par la misère, y^

Le rôle de la fatigue dans l'étiologie du scorbut parait incontestable à M. Hallopeau; pendant le siège de Paris, dit-il, le scorbut atteignait de préférence les individus robustes, sans doute parce qu'ils se fatiguaient sans pouvoir réparer leurs pertes, tandis que les individus faibles, avec une alimentation égale, dépensaient moins.

Signalons en terminant deux complications exceptionnelles de fièvres de surmenage; elles sont dues sans doute à une infection secondaire Revilliod a observé un cas très net de phlébite dans la convalescence d'une fièvre de surmenage. Le Fort a communiqué à M. Rendon deux cas remarquables de gangrène des membres inférieurs consécutive au surmenage par la danse.

Rapports de la fièvre typhoïde avec la fièvre de surmenage. — La plupart des cliniciens admettent que, parmi les divers facteurs étiologiques qui favorisent l'éclosion de la dothiénentérie, il faut accorder une place an surmenage. Dans Tarmée, cette notion se vérifie couramment. On a vu des épidémies qui décimaient un régiment cesser le jour où on changeait de colonel. La fièvre typhoïde frappe les troupes soumises à des manœuvres supplémentaires, à des marches forcées; elle atteint de préférence les jeunes militaires, qui ne sont pas encore habitués à la fatigue. Des soldats en garnison dans une ville, dit M. Kelsch, sont indemnes de fièvre tjphoïde; ils partent en manœuvres, parcourent les campagnes, passent leur journée au grand air, logent dans des villages où la maladie n'existe pas et la fièvre typhoïde éclate (*).

D'autre part, entre la fièvre de surmenage qui dure cinq ou six jours et la fièvre typhoïde, il y a, suivant la remarque de M. Peter, toute une série d'intermédiaires, si bien qu'on peut se demander si la fièvre de

(*) Voyei aussi sur ce sujet : A. Covstan, Maladies imputables au surmenage dans l'armée. MonipeUier médical, 1" mai et !•' juillet 1894.

surmenage n'est pas une fièvre typhoïde abortive, et c'est en effet ee qu'admettent la plupart des épidémiologistes modernes, qui sont paih sans résolus de la spécificité morbide.

Cependant cette doctrine de la spécificité, si brillamment défendue pr Trousseau, fondée, pour la fièvre typhoïde, sur les travaux d'Eberth, it Gaffky, de MM. Chantemesse et Widal, comporte des tempéraments. Noos avons relevé plus haut ce fait capital, que la microbiologie entre dan une voie nouvelle, en montrant la présence, dans lés cavités naturellei de sujets sains, de microbes susceptibles de devenir pathogènes : teblex microbes de la suppuration, de la pneumonie, de la diphtérie. Si ks recherches de MM. Rodet et Roux (de Lyon) sont confirmées, c'est-à-dire s'il est démontré que le bacille d'Eberth n'est qu'une modification de bacille commun du côlon, on ne pourra plus croire que la cause univoqae de la dothiénentcrie est la contagion par l'eau; il faudra admettre qu'il; a des cas où le bacille commun du côlon a gagné sa virulence dans l'orginisme lui-même, sous l'influence de modifications dans le milieu inté* rieur. Or, ne savons-nous pas que le surmenage est un des facteurs qn modifient le plus profondément le milieu intérieur? On peut donc conc^ voir qu'un sujet subisse, sous l'influence de l'auto-intoxication de surmenage, des modifications telles qu'elles l'amènent, à un certain moment, à devenir la proie du Bacterium coll. Ainsi s'expliqueraient les sériei morbides observées, séries qui vont de la simple courbature fébrile i h fièvre typhoïde la plus caractérisée.

II. Le surmenage physique aggrave l'influence malfaisante des températures extrêmes. — Coup de chaleur rt coup de froid. — L'homme est celui des mammifères qui résiste le mieux aux températures extrêmes. Il peut supporter 72 degrés de froid, et 70 degrés de chaud. Ce n'est donc pas à l'élément thermique seul qu'il faut rapporter le coup de chaleur et le coup de froid. Il semble (pe les températures extrêmes ne puissent provoquer des accidents que chei certains sujets préparés par une influence antérieure (^). A ce point de vue, Rossbach fait jouer un rôle à l'insuffisance du rein; Dittrich, ib stéatose cardiaque (').

Les médecins militaires paraissent d'accord pour admettre que le couf de chaleur est favorisé surtout par un surmenage préalable, ce qui revient à dire que le surmenage rend plus efficace, plus rapide, l'influeDCi de la chaleur excessive. C'est surtout dans l'armée que s'observent le coups de chaleur; si on songe au vêtement du soldat, qui est decouleoi

(*) Je dois (lire ici que dans quelques travaux récents, on relève des faits tendant à proafc qu'il existe récllcmenl des accidents relevant uniquement de la dulcur et de rinsolatioa.

SAorET, Études sur les accidents d'origine thermique, l'insolation, le coup de dialcur et 1 tlicrmo-lu'liosio. Thèse de Paris, 1893. — Hirs<:iifeld, Deutsche media'nische Woehenêckrif 18ir», n* 28 et 30. — Laverax et Reoard, Pathogénie du coup de chaleur. Buli. de CAcmd, à vif'd., 27 novembre 1894. — Vallix, Jbid., 18 (lécombre 1894.

(*) Rossbach, Deutsche militar. Zeitsch., 1894, p. 309. — DimiCH, Mort dans i'inaolatia Zeit. f. HeWi., t. XIV, p. 277.

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ioDCce (ce qui nuit à la perte de calorique par rayonnement) , qui est fermé (ce qui ne permet pas l'évaporation) ; si on songe au col carcan qui serre le cou, au sac dont les courroies gênent la poitrine, on voit (|ae des conditions multiples gôncnt Thématose (Lacassagne). De plus, suiTant la remarque de Kuerfer, la chaleur a par elle-même le pouvoir d'accroître le nombre et l'intensité des contractions du cœur au même titre que le surmenage. L'asthénie cardiaque se produira donc facilement, exagérant les effets de Tanhématosie.

Quant à la forme clinique des accidents, elle fait penser à l'asphyxie de surmenage : « Par une température qui peut ne pas être très élevée et oscille parfois autour de 25 degrés, dit M. Iléricourt, le ciel étant plutôt nuageux que lumineux, le temps orageux et l'air chargé de poussière, vers la fin de manœuvres prolongées et particulièrement de longues marches, on voit les côtés de la route se 'garnir d'hommes qui déclarent ne plus pouvoir avancer; leur visage est congestionné et baigné de sueurs, ils accusent une soif vive et se plaignent d'éprouver une douleur constrictive à l'épigastre, des vertiges, des éblouissements, de la céphalalgie; il n'y a pas d'envie d'uriner. Un peu plus loin, la fatigue augmentant, on voit des hommes tomber — Leur connaissance est abolie à des degrés différents, depuis le simple éblouissemcnt fugace jusqu'au coma complet; mais toujours la face est violacée, turgescente; la peau humide et {Kirfois visqueuse, la respiration lente, le pouls fébrile et irrégulier, les pupilles dilatées : parfois on remarque un peu d'écume à la bouche. » Umort peut survenir en quelques minutes. Quand les hommes résistent, ilsrestent longtemps malades et longtemps convalescents (').

D'autres observateurs ont signalé la fréquence des convulsions. Eichberg a insisté récemment sur la faiblesse du cœur et la congestion pulmonaire.

MM. Comil et Babes, qui ont eu l'occasion de faire des autopsies de sujets morts d'insolation, n'ont pu démontrer la présence des bactéries dans les organes, et ont simplement constaté l'hyperhémie avec état ecchymotique de la plupart des viscères. Dittricha fait aussi des autopsies de sujets ayant succombé à Tinsolation; il ne trouvait que des ecchymoses multiples.

Il est donc très probable que la plupart des faits classés sous la rubrique c coup de chaleur j> sont imputables à Taction du surmenage suraigu combinée à l'influence des hautes températures.

De même que la chaleur favorise la production du surmenage, le froid peut aussi hâter ses eflets malfaisants. Certains cas de prétendue asphyxie par le froid seraient, d'après M. Dufour, des cas de surmenage suraigu favorisés par cette condition cosmique. 11 en cite des exemples probants fournis par les annales militaires.

Le vrai traitement du coup de chaleur, c'est la saifjncu ((îéraud). IJn

C) Vorez aussi les faits relatés par A. Cocstax, Loco citato.

nTHOLO(;iC GÉNbi'.AlX. — I. ô\

vertu d'idées théoriques, M. Lacassagne recommande, comme moyen pn ventif du coup de chaleur, Tusage des perles de térébenthine à Y\A rieur, et, comme moyen curatif, les injections sous-cutanées d^esseoeeie térébenthine. Eichberg conseille les applications froides sur toutleceipi, et la digitaline en injections sous-cutanées. Ross propose, au contraire, de mettre le malade, pendant deux ou trois minutes, dans un bun i 45 degrés en rafraîchissant la tête à Taide d'afTusions froides; 0Dfri^ tionne ensuite la peau avec une serviette rude. Barclay et Kuerfer (d recommandé les inhalations de chloroforme lorsqu'il existe des accideob convulsifs.

III. Le surmenage physique favorise le développement de certaines maladies du cœur, des vaisseaux, des reini et des poumons. — L'influence de rexcës de travail muscuhire sv le cœur est connue depuis longtemps. Galien savait que la professko d'athlète favorise le développement des cardiopathies. Nous avons drji étudié des accidents cardiaques qui semblent dépendre uniquement Ai surmenage suraigu, aigu ou subaigu. 11 faut aborder maintenant un autre problème. 11 est des cas où l'exagération du travail musculaire est de telle nature qu'elle peut se prolonger pendant lon^emps sans trooUe appréciable de la santé; c'est ce qui s'observe surtout dans les exercices de fond. 11 en résulte un surmenage chronique. Or ces efforts physique répétés longtemps, d'une manière continue, mais sans apparence d'exoèi et sans accidents immédiats, ont été accusés de retentir à la longue su le cœur et les vaisseaux, les reins, les poumons.

1. Depuis une vingtaine d'années, l'influence du surmenage physique sur le cœur a été l'objet de nombreux travaux (') parmi les(]uels nom signalerons; en Amérique, ceux de Da Costa; en Angleterre, ceui de Myers, Peacock, Clifforth Albutt, Morgan, Sansom, Collier; en Allemagne, ceux de Thum, Fràntzel, Leyden; en France, ceux de M. Raynaud, G. See, Potain, Bernheim.

Les accidents cardiaques causés par l'eflort et la fatigue ont été dési* gnés sous les noms de cœur forcée cœur surmené ^ cœur irritable {irrl table hcart)^ hypertrophie athlétique.

Ces accidents so produiraient chez les ouvriers dont la profession exîgi un grand déploiement de forces : chez les bûcherons, les portefaix, le forgerons, les mineurs, les soldats des armées en campagne, les gymna siarques, les athlètes. C'est surtout dans la répétition de l'effort qi» serait le danger.

Un grand nombre de ces sujets succombent avec tous les signes d l'asystolie après avoir présenté pendant plus ou moins longtemps de symptômes d'hypertrophie cardiaque non valvulaire. Au début, le patiei) éprouve des palpitations et l'organe s'hypertrophie. Dans une second phase, on voit survenir de l'arythmie, parfois du bruit de galop, un

(*) Talamon, Les exercices du cur(>s et riiy()crtrophie du cœur. Méd. mod., 1802, p. 781.

ppression assez vive, et rexamen physique permet de reconnaître de la ilatation du cœur et un souffle systoliqueà Torifice mitral. Enfin dans ne dernière phase on observe le tableau complet de Tasystolie. L'évolu* ion de ces divers accidents a une durée variable.

A Fautopsie, on constate une dilatation des cavités cardiaques et une insuffisance relative des valvules mitrales sans lésion d^endocardite. Les iltérations du myocarde sont variables : tantôt les parois des cavités cardiaques sont épaissies; plus souvent elles sont amincies. Au microscope, (m trouve quelquefois une atrophie des fibres musculaires. Sansom admet que le surmenage peut à lui seul engendrer de véritables lésions de struc- Inre du cœur, et même l'endocardite.

Cet ensemble morbide relève-t-il partiellement ou complètement du nnnenage? M. Bemheim (de Nancy), après une critique des faits précédents, répond par la négative. Nous pensons qu'on peut, au contraire, affirmer la réalité de Tinlluence néfaste du surmenage sur le cœur, mais en tûsaat une réserve importante. Les effets du surmenage chronique sur le cœur ne se produisent pas chez tous indifféremment. La suractivité cardiaque qui résulte de la fatigue physique ne force le cœur d'une manière irréparable que chez certains individus dont les fibres myocardiques ont une débilité particulière, innée ou acquise. Diverses causes facilitent l'actioD du surmenage : la faible résistance de certains sujets mal bâtis, à poitrine étroite, la croissance, la misère physiologique qui résulte d'une mauTaise alimentation, la diarrhée, surtout dans les armées en campagne ('). Mais parmi les conditions prédisposantes les plus efficaces, il bot citer les lésions cardiaques préexistantes (valvulaire, myocardique, pèricardique), puis les maladies virulentes ou toxiques qui débilitent le cœur en agissant sur ses nerfs, sur ses artères, ou sur sa fibre musculaire. Le tabac, l'alcool et la syphilis tiennent le premier rang. Hutchinsonaméme incriminé la cure à Tiodurc de potassium; cette assertion est à signaler au moment où M. G. Sée soutient que l'iodure est le médicament cardiaque par excellence.

En résumé, le surmenage physique chronique a une action nuisible sur le cœur; mais cette action n'est vraiment efficace que lorsque cet organe est déjà altéré au préalable.

iilNirdons maintenant un problème qui se rattache au précédent. Existe4-il une relation entre le surmenaf^e physique et V hypertrophie de croiuance décrite par M. G. Sée et admise par M. R. Blache (*)?

Beaucoup d'adolescents, dit M. G. Sée, surtout les garçons, offrent de

(*) Toot récemment Da Costa rient de décrire sous le nuin d'asthénie cardiaque simple des «odenti qa'il attribue au surmena^ ou aux ('mcitions morales tristes, et dont lo caracli're majeur vnit la earabilité et la bénignité. Les symptômes seraient : tendance à la lipothymie, |)ouls W>fc rt liguent, refroidissement des extrémités, |)cu de dyspnée, {)as d'u'dènio, clior de la pointe («ible, pai d'au|nnentation de la matité cardia<|ue, pas de souffles, insomnie, ron<ilipation, ^^pnftioQ morale. Il nous est tort dillieile d'émettre une appréciation sur un état morbide que Bw n'iToQS jamais rencontré.

(') R. BuciE, llypcrtmpbie et dilalnllon du cœur dans l'adolescenn; ou ectasie cardiaque d« c'^wuice. Revue mensuelle des maladies de Cenfance, décembre 18*.) 1, p. 529

quatorze à vingt ans une hypertrophie cardiaque qui se manifeste ptr k signes suivants : augmentation de volume du cœur, surtout dans le mo vertical, ia pointe venant battre dans le sixième ou même le huitièn espace intercostal sous le mamelon, une impulsion cardiaque forte; o souffle systolique siégeant un peu au-dessus de la pointe, de rarytlmii cardiaque (les deux derniers signes sont inconstants). On ne constate p de vQussure précordiale, ni de frémissement cataire. M. G. Sée décri trois types cliniques de cette hypertrophie cardiaque de croissance : da le type tachycardiaque^ il y a prédominance des palpitations; dansli type dyspnéique^ on constate de l'oppression au moindre exercice, n essoufflement facile à la course et l'impossibilité d'accomplir un exerciei physique; dans le type céphalalgique^ une céphalée qui peut entraTerie travail intellectuel et qui ne serait autre que la céphalée de croissant décrite par Charcot, Keller et René Blache. Cette hypertrophie finit ffniralement par disparaître avec les progrès de l'âge. G. Sée recominaniie remploi de l'iodure de potassium et l'usage de la digitale et de la c<Nh vallamai'ine quand il existe de l'arythmie cardiaque.

Pour expliquer cette hypertrophie, G. Sée rappelle les travaux de Bizot, de Ruger et surtout de Beneke (1879) sur la physiologie de h croissance du cœur. D'après Beneke :

Le cœur double de volume • De0à2 ans.

Le cœur double encore de volume 3 à 7 ans.

Le cœur n*augmente presque pas de volume .... 7 à 15 ans.

Le volume du cœur augmente d*un tiers io à 90 ans.

Le cœur n*augmenle presque plus Après 20 ans.

Ainsi, à 20 ans, la croissance du cœur est achevée; de 7 à 15 ans, soo volume reste stalionnaire ; c'est de 15 à 20 ans qu'il achève son àèstloppcment.

Donc, à Tétat normal, de 7 à 15 ans, le volume du cœur n'augroenU presque pas; par suite, à cette phase de la vie tout accroisse ment est pathologique et constitue une hypertrophie. Sous quelle influences ce phénomène se produit-il? M. G. Sée admet que trois c* peuvent se produire : 1* la croissance corporelle suivant son cour normal, le muscle cardiaque s'accroît outre mesure, mais selon des loi régulières; le développement du cœur devance simplement le temps; i est préparé ainsi à un travail qu'il ne fournira que plus tard ; 2** le corp se développe rapidement et sans mesure, parfois à la suite d'une fièvi grave ; la croissance est générale et porte sur les os ainsi que sur les muscler le cœur est obligé de s'hypertrophier pour subvenir aux besoins d'u organisme qui s'est accru dans des proportions énormes; 5"* si de 7 15 ans, on impose à Tenfant des travaux excessifs, si on le charge ( fardeaux, si on lui impose de trop longues courses, le cœur se surmènei et ce surmenage favorisera l'apparition de l'hypertrophie de croissance mais n'aura été que la cause prédisposante ou occasionnelle d'un accroi sèment qui eût pu se produire sans lui.

On a dit que les déformations thoraciques qui gênent le fonctionnement du cœur peuvent aussi être l'origine de l'hypertrophie dite de croissance, mais l'hypertrophie qui s'observe en pareil cas porte sur les cavités droites du cœur et non sur les cavités gauches comme la précédente.

M. A. OUivier a critiqué la conception de l'hypertrophie de croissance; il estime que chez les enfants et les adolescents, on confond souvent la véritable hypertrophie du cœur avec ce qu'il appelle la pseudo-hypci^trophie; celle-ci résulterait du développement tardif du thorax dans le sens transversal ; le cœur paraîtrait alors trop gros pour cette étroite poitrine; la dyspnée et les palpitations seraient dues à l'insuffisance de l'expansion pulmonaire. Mais dans ce cas, l'insuffisance pulmonaire doit finir par retentir sur le cœur droit, qui se dilatera ou s'hyperlrophiera, et la pseudo-hypertrophie de M. A. Ollivier deviendra une hypertrophie vraie qui rentrera dans le groupe'des hypertrophies par déformation thoracique et non dans l'hypertrophie de croissance. M. C. Paul ne croit pas à la réalité de l'hypertrophie de croissance ; il admet que, dans les cas de croissance rendue difficile par le ncrvosisme, les enfants peuvent présenter des palpitations; mais celles-ci n'aboutiraient pas à l'hypertrophie. M. Huchard (') n'admet pas non plus l'existence d'une hypertrophie du cœur liée à la croissance; faire le diagnostic d'hypertrophie de croissance, c'est faire une erreur de diagnostic et méconnaître la cause réelle deThypertrophie et des palpitations, phthisie commençante, malformation thoracique dyspepsie, chlorose, symphyse cardiaque, etc.

Signalons enfin l'opinion de M. Bloch (du Havre), d'après lequel l'hypertrophie de croissance serait surtout fréquente chez les enfants issus de tul)erculeux, de névropathes, d'alcooliques, et qui présentent des stigmates de dégénérescence.

Quoi qu'il en soit de ces diverses opinions, on peut conclure de l'exposé qui précède, que la rupture de l'équilibre circulatoire est singuliùrement facile dans la phase de croissance. Toute cause de palpitations et d'hypertrophie cardiaques sera dans cette période plus efficace qu'à (onlo «lire. Il est donc tout naturel de penser avec Talamon que des ell'orts anomaux, violents et répétés, surprenant le cœur dans cette phase de tâtonnements, aient sur son fonctionnement des conséquences plus Bcheuses qu'à tout autre ûge. C'est ce qui explique la fréquence et Tintensité des accidents cardiaques dans le surmenage aigu ou subaigu chez l6s enfants et les adolescents; c'est ce qui explicpie aussi pourquoi le sormenage chronique peut favoriser le développement de l'hypertrophie du cœur au moment de la croissance.

n. Quelques médecins pensent que le surmenage physique chronique doit prendre place parmi les causes de ï artériosclérose. Celle-ci serait fréquente chez les sujets dont la profession exige un grand déploiement

C) H. HrcHAED, La p5cm!o-liy|H»rlnj|>hio cardiaque de la croissance. Journal des praticiens^ 10 novciiilire 1804.

de forces comme dans les cas cités plus haut. Le surmenage chronique produirait une auto-intoxication chronique, latente pendant longtemps, mais dont un des effets éloifi^iés serait la sclérose artérielle. Ce qui raid cette assertion discutable, c'est d'abord la difiiculté de faire la part des infections et des intoxications auxquelles le sujet a pu être soumis pendant son existence ; et c'est ensuite que d'autres auteurs attribuent ao surmenage intellectuel et au surmenage moral une influence au moins égale à celle du surmenage physique.

III. Les recherches de M. E. Gaucher ont prouvé que les substances provenant de la désassimilation musculaire : leucine, tyrosine, créatine. créatinine, xanthine, hypoxanthinc, étaient capables de provoquer de» néphrites expérimentales. Peut-on en conclure que chez l'homme Fétal dyscrasique créé par le surmenage peut, à lui seul, engendrer la néphritt chroniquet Jusqu'ici aucun fait clinique n'est venu le démontrer formellement. Cependant Penzoldt classe les excès de fatigue corporelle parmi les causes de la néphrite chronique. En fait, l'observation nous apprend seulement que le surmenage physique a une influence très fâcheuse sur les brightiques. S'il est permis de supposer que la fatigue peut aggraver une néphrite préexistante, en jetant en abondance dans la circulation des déchets de la désassimilation musculaire, il ne faut pas oublier qu'elle peut agir aussi en provoquant l'asthénie cardiaque dont l'importance est bien connue dans les accidents brightiques.

lY. M. Le Gendre a vu, chez les jeunes sujets atteints de varices^ i^ la tuméfaction avec engourdissement des pieds et des mollets et même un peu d'œdéme malléolaire et prétibial succéder à de trop longues séances de bicycle.

Y. Toutes les professions qui obligent à des efforts considérables ài\%^ ^QVïi il V emphysème pulmonaire; les portefaix et les boulangers y sont très sujets; mais nous avons montré ailleurs (*) que si l'effort est une cause occasionnelle de l'emphysème, il ne suffit pas à engendrer celle lésion. Pour que l'effort ou la dyspnée qui le suit parvienne à rompre les libres élastiques du poumon, il faut ordinairement une prédisposition antérieure, c'est-à-dire une fragilité spéciale de ces fibres élastiques. Celle-ci tient à l'hérédité, à certains troubles de la nutrition générale on de la nutrition locale du poumon. L'effort n'est donc pas capable à lui seul de créer Temphysème ; mais, chez les sujets prédisposés, il favorise et il occasionne la rupture des fibres élastiques du poumon. On connaît d'ailleurs l'infinence de l'emphysème sur la dilatation du cœur. Par Tinterinédiaire de Fenipliysème, la fatigue pourra donc aggraver encore les lésions cardiaques.

Le surmenage physique peut être l'agent provocateur d'accidents aigus au cours de diverses maladies chroniques. -^ Dans les névroses, le surmenage physique peut être la

(') Traité de médecine de Charcnt, Bouchard et Brtssaud, t. IV, art. Ehmti&mb.

cause proYOcatrice des paroxysmes. M. Lagrange a soutenu que, chez les paysannes, le surmenage des moissons fait éclater des crises d'hystérie et de yésanie, et il décrit une épilepsie des marcheurs. Briquet, Charcot et Dutil ont montré aussi que la fatigue physique excessive peut provoquer les paroxysmes de Thystérie. Le surmenage musculaire peut bire éclater un paroxysme de neurasthénie ; un neurasthénique soigné par M. Levillain s'occupe à abattre un gros arbre; à la suite de cet exercice inaccoutumé, il est pris d'une véritable crise de neurasthénie semblable à celles dont il était coutumier à la suite de travaux intellectuels.

Inversement, les paroxysmes convulsifs de l'épilepsie et de l'hystérie réalisent un surmenage physique qui est suivi de phénomènes d'épuisement; c'est ce que M. Ch. Feré a bien montré pour l'épilepsie. Briquet a relevé aussi que les attaques d'hystérie sont capables de déterminer des paralysies, ou d'aggraver les paralysies déjà existantes.

D'ailleurs, chez les hystériques dont on pourrait dire avec M. Ch.Féré. comme de tous les dégénérés, qu'ils sont normalement des fatigués, le surmenage physique suffit à lui seul, sans paroxysme convulsif, pour provoquer des paralysies.

Chez les arthritiques, la fatigue fait éclater souvent une crise de la diathèse, un accès de goutte, une crise de migraine, une crise d'hémorrhoîdes. Dans le diabète, le surmenage a fréquemment pour effet de précipiter la cachexie, soit de provoquer l'accident redoutable connu sous le nom de coma diabétique, et qui est dû justement, comme la iatigue, à une intoxication acide.

J'ai observé des sujets dyspeptiques à qui l'on avait conseillé l'exercice physique et qui, exécutant avec trop de zèle les prescriptions de leur médecin, avaient abusé de l'effort. Dans ces cas, loin d'avoir une influence favorable, les exercices ont aggravé l'affection digcstive et en ont exagéré tous les symptômes. M. Le Gendre croit que Tabus de la bicyclette peut provoquer l'apparition de la typhlite chez les sujets prédisposés.

Le surmenage physique localise les accidents morbides sur le système locomoteur ou sur certaines parties de ^organisme, r— En étudiant la prédisposition des surmenés à l'infection, nous avons dit que le surmenage physique localise la maladie infectieuse sur l'appareil locomoteur; nous avons cité comme exemple la myosite et l'ostéomyélite. Nous avons cité les faits de Le Fort où il s'agit de gangrène des membres inférieurs consécutive au surmenage par la danse.

Il semble bien établi que, chez les sujets prédisposés, l'atrophie musculaire progressive peut commencer par certains groupes musculaires soumis au surmenage. Chez un maître de danse observé par Hammond, l'atrophie se manifesta tout d'abord dans les muscles du mollet. M. Raymond a observé un ouvrier rubanier qui, travaillant au métier Jacquard, était obligé d'élever et d'abaisser alternativement ses bras pendant des

journées entières; Talrophie commença parle muscle deltoïde. L'oi^téooie des adducteurs, observé chez les cavaliers, la tarsalgie qui se rencontre chez les adolescents obligés à de longues stations debout, nous oOrenl des exemples analogues^

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