CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES OUI FAVORISENT L'ACTION DU SURMENAGE
Certaines conditions favorisent l'action morbifique du surmenage.
CoNDmoNs INDIVIDUELLES. — L'cufaut ct l'adolesceut, surtout au moment de la croissance (voy. plus loin Fièvre de croissance)^ ont ime nutrition très active, aussi le surmenage les atteint aisément; mais la guérison est, en général, très rapide. L'adulte présente les cas les plus fréquents de surmenage, parce qu'il se livre davantage aux exercices forcés. Le vieillard est rarement la victime du surmenage; quand cela se produit, le cœur et le cerveau étant moins résistants, les voies d'excrétion étant généralement insuffisantes, les accidents ont une gravité plus grande.
Si l'homme a, d'une manière générale, plus d'occasions de se surmener que la femme, chez celle-ci, il n'est pas rare, surtout dans les hôpitaux parisiens, d'observer les fièvres de surmenage. Cela se voit chez les jeunes femmes qui quittent leur village et la saine campagne pour se placer i Paris, où elles sont soumises à un travail pénible, sans repos suffisant, dans de mauvaises conditions d'hygiène physique et morale. Ajoutons que MiM. Dreyfus-Brisac et Dufour considèrent certaines formes d'érythème polymorphe comme le propre du surmenage féminin.
Toutes les professions pénibles peuvent nous offrir des exemples de surmenage; mais celui-ci s'observe spécialement chez les militaires, surtout au moment de l'arrivée des recrues, ou au moment des grandes manœuvres (^), et aussi chez les bonnes à tout faire et les garçons
(*) ConsTAïf, Los maladies imputables au surmeoage dans rarmée. Montpellier médical, 1894, ^«^ mai et 1*' juillet
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|''écurie, toutes professions dans lesquelles on travaille beaucoup et Ton lort peu.
Dans l'industrie, le fait capital de notre époque, c'est le développe- ■Mot prodigieux de la machine. On pouvait espérer que celle-ci allègerût la fatigue de l'ouvrier et améliorerait sa condition. Or, toute une école soutient que c'est le contraire qui s'est réalisé, c L'homme, dit llosso, a été condamné à suivre la machine colossale qu'il dirige ; comme tUe, il ne peut se reposer; son attention ne saurait se ralentir. La sachine ne reconnaît d'autre limite à sa rapidité que la faiblesse de llioinme à la suivre, i Un des grands arguments de Karl Marx contre l'orpnisation sociale actuelle, c'est que la machine n'a diminué que le prix de la marchandise et non la fatigue de l'ouvrier, car, au lieu de restreindre le temps consacré au travail, elle l'a, au contraire, augmenté. L'école adverse répond que l'augmentation du travail a epgendré en réalité une augmentation de richesse et que, à l'heure actuelle, la misère lésolte moins de la pauvreté que de la maladie, de la vieillesse ou de l'inconduite. — Pour résoudre ce différend, débattu aujourd'hui avec passion, il faudrait d'autres arguments et d'autres documents que ceux dont se servent les hommes politiques des deux partis.
Les accidents de surmenage ne s'obse^vent pas seulement chez les sujets qui sont obligés, par profession, de fournir une somme considérable de travail. On les a observés aussi chez ceux qui cultivent avec trop de passion certains sports. L'exemple le plus actuel de surmenage sportif est le surmenage par la bicyclette. Plus d'un vainqueur dans les longues courses organisées récemment, a payé cher sa victoire. M. Paul Le Gendre a insisté récemment sur la fréquence du surmenage sportif chez les entants; chez ceux-ci, l'émulation, qui les rend avides de se surpasser, a Tinconvénient de conduire très vite à l'excès.
U défaut de repos et de sommeil est une des conditions qui favorisent le plus l'auto-intoxication de surmenage. M. Bouchard a montré que le :«ommeil est l'état dans lequel la production des toxines est réduite au minimum. Travailler beaucoup et dormir peu, c'est favoriser au maximum la production des poisons organiques : c'est favoriser l'auto-intoxication de surmenage.
Mais ici il faut relever l'importance majeure d'un facteur : Vhabitude. Fo citadin qui voudra pendant une journée travailler comme un paysan, sera au lit le lendemain avec de la courbature fébrile; et pourtant le paysan fournit tous les jours, sans aucun accident, une pareille somme de travail. Pourquoi l'habitude produit-elle cette immunité? 11 y a à cela deux raisons principales • la première, c'est que, chez le paysan, par le Ut de l'habitude, peut-être aussi de l'hérédité, il s'établit un rapport ^tre la désassimilation et la puissance éliminatrice ; la seconde a été fournie par Helmholtz : par suite de l'habitude, les muscles seuls néces- ^ires au mouvement voulu se contractent, il y a maximum de travail produit avec un minimum de dépense. « Qu'on se rappelle, dit Helmholtz,
la violence des efforts auxquels se livrent un nageur et un pttiiMs inexpérimentés^ et Taisance que mettent à ces exercices les persoiiiMi qui en ont une grande habitude, i
Ceci nous explique pourquoi les accidents de surmenage sontsi lovnrt la suite d'un changement de profession. Une femme, uniquement occapji naguère des soins de son ménage, perd son mari qui subvenait i toalei les dépenses; pour gagner sa vie, elle se met porteuse de pains, et h sait quelle est cette tâche de porteuse de pains, à Paris : les femmes qi Taccomplissent, lourdement chargées, vont de maison en maison, montai incessamment des étages, et cela dès les premières heures du jour; efa ont bientôt fait leur ascension du mont Blanc. Or, cette femme fîit pria au bout de deux mois d'un état typhoïde grave, pour lequel nous U avons donné des soins dans le service de Peter ; sa mahidie guérit npi» dément par le repos, sans qu'on ait pu, à aucun moment, saisir b caractères de la dothiénentérie.
C'est d'ailleurs une notion courante que, lorsqu'on veut créer, cheiai homme ou chez un animal, la possibilité d'accomplir un travail inaceoi* tumé, il faut d'abord l'y habituer progressivement; il faut une vMtabk éducation qui est Y entraînement. C'est par l'hérédité des habitudes qu'on peut expliquer la résistahce de certaines races humaines ou animdb à la fatigue. Les Chinois, dit-on, peuvent fournir, sans accidents, une somme de travail, plus grande que les individus d'autres races. D'après Gautrelet et Lagrange, l'état d'entrahiement est, au point de vue dk h chimie des urines, diamétralement l'inverse de l'état de fatigue, en ee sens que la fatigue tend à rendre les humeurs hyperacides, tandis que l'entraînement tend, au contraire, à les rendre alcalines (*).
Chez les neuro-arthritiques, dit M. Lagrange, la fatigue se manifesta avec plus de violence et se dissipe plus lentement que chez les autres sujets. D'après cet auteur, cela s'expliquerait par la production engérée de l'acide lactique et des autres produits de combustion incomplète qui existent déjà, à l'état de repos, chez tous les arthritiques, si bien que chez eux la sensation de fatigue existe presque constamment et en dehors de tout exercice. On comprend donc que, pour l'arthritique, l'exercice aboutisse très aisément aux accidents de surmenage, si Tod admet que ceux-ci sont liés à une augmentation momentanée des dédiets musculaires. L'explication chimique de M. Lagrange est trop exclusive: il faut, selon nous, faire intervenir aussi la débilité nerveuse des sujets neuro-arthritiques. 11 est d'ailleurs incontestable que très souvent h fatigue fait éclater chez les arthritiques une crise aiguë de la diathèse, uo accès de goutte, une crise de migraine, une crise d'hémorrfaoides.
Chez les convalescents et les sujets atteints de certaines maladies chroniques, telles que la tuberculose, une fatigue minime peut engen-
(*) Gautrelet et Lagrange, Les graphiques de la fa^goe et de l'entnllieaieiit. Remê éa maiadieê de la nutrition, 15 janvier 18d4.
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Irer des accidents. Tout récemment, M. Boucjard attirait encore Tattenion sur ce fait : pour un convalescent ou un tuberculeux, s'asseoir sur ton lit, procéder aux soins de sa toilette, être transporté à l'hôpital, prendre un bain, sont des actes qui peuvent donner naissance à de la Bèrre. D'après M. Ollier, les blessés sont dans le même cas : un pansement de longue durée suffit chez eux à provoquer l'hyperthermie. Comme le dit M. Bouchard, le système nerveux débilité est un réactif particulièrevmt sensible pour tous les agents provocateurs de la fièvre; or le surmenage, nous le verrons plus loin, doit être placé dans le groupe des agents provocateurs de la fièvre.
II n'est pas douteux que, dans la production du surmenage physique,, comme dans la production du surmenage intellectuel, ïétat moral n'ait me très grande importance. Un travail ennuyeux surmène beaucoup plus fi'un travail auquel on prend intérêt. Samuel Wilks raconte qu'une jeune fille, de complexion délicate et incapable d'une longue course, n'éprouvait plus aucun symptôme de fatigue et se promenait longtemps (juand elle donnait le bras à son fiancé.
CoxDrnoNs cossoques. — L'influence du milieu cosmique est aussi très considérable. Les températures extrêmes favorisent le surmenage : s'il bit trop chaud, le corps n'arrive plus à perdre par rayonnement l'excès de calorique engendré par l'excès de travail, ce qui trouble les actes Dotritifs et fiaivorise l'auto-intoxication (voy. plus loin Coup de chaleur). S'il fait trop froid, la puissance de la contraction musculaire est dimi- Boée (Marey), la dépense des matériaux nutritifs est plus grande, partant les déchets plus nombreux et l'auto-intoxication plus facile (voy. plus loin Coup de froid).
La fatigue se produit plus facilement lorsque la pression barométrique s'abaisse. Enfin Vétat hygrométrique a aussi son influence; plus une atmosphère chaude sera saturée d'humidité, moins les éliminations par le poumon et la peau se feront facilement et plus vite l'organisme sera empoisonné. Nous ne savons rien de l'influence de Vétat électrique de l'aûnosphère sur la production de la fatigue.
Nature de L'EXEnacs. — La fatigue physique s'observe à la suite de contractions musculaires qui ont été ou trop violentes, ou trop répétées, 00 à la fois trop violentes et trop répétées : c'est ce qui a permis à X. Lagrange de diviser les exercices musculaires en trois catégories. Bans X exercice de force j la contraction est violente : chaque mouvement représente une grande somme de travail et met en jeu la puissance contractile d'un grand nombre de muscles : tel est, par exemple, le transport de lourds fardeaux ou la gymnastique athlétique. Dans Vexercice de fond^ dont la marche est le type, c'est la répétition de l'effort (pli engendre la fatigue. Dans V exercice de vitesse^ dont la course offre on exemple, c'est à la fois la répétition et l'intensité de l'effort qui accumulent les effets du travail. Cette division est importante. On verra plus loin que ces différentes formes d'exercice engendrent différentes formes
chronique parait agir spécialement sur le cœur et les artères, man seulement lorsque ces organes sont déjà altérés ; aussi étudierons-nooi ses effets dans le cinquième chapitre de cette première partie (toj. Sll^ ménage f cause prédisposante).
I. Accidents dus au surmenage suraigu — Vessouflk^ ment, le cœur forcé, Vasphyxie mortelle. — Le surmenage sunigii, engendré par des exercices de force ou de vitesse, a pour effet de proie* quer des accidents dans lesquels Tasphyxie, c'est-à-dire rauto-intoxicatioQ par l'acide carbonique, et l'asthénie cardiaque paraissent jouer le rèk primordial. Ces accidents forment une série qui va de ressoufOement simple au cœur forcé et à l'asphyxie mortelle en quelques minutes.
I. Un homme fait un exercice violent et inaccoutumé, un exercice de vitesse par exemple (prenez l'homme qui court parce qu'il a peur de manquer le train); aussitôt la respiration s'accélère ainsi que le rythme cardiaque : c'est le premier degré de la série des accidents de surmenage suraigu, c'est V essoufflement simple. Si l'exercice est poussé plus loin, le sujet éprouve de l'angoisse et présente de la cyanose; le pouls devient irrégulier; il y a tendance à la syncope. On peut constater dans ce cas une dilatation cardiaque passagère. Enfin, dans un degré plus élevé, les battements du cœur restent désordonnés ; la cpnose persiste, il se produit une dyspnée plus ou moins vive, de l'œdème malléolaire; les troubles peuvent disparaître en quelques jours; ils peuvent tuer par spcope ou par asphyxie progressive; dans ce dernier cas, on observe une sorte d'asystolie aiguë qui amène en quelques jours un dénouement iatal. Ces accidents graves comprennent une partie des faits désignés sous le nom de cceur forcé. On peut toujours se demander s'ils ne se sont pas produits chez des sujets dont le cœur était déjà altéré. Moretti a obserfé un cas d'œdème pulmonaire suraigu à la suite de la danse; il fit une saignée qui guérit la malade; mais l'auscultation révéla ensuite l'existence d'une insuffisance mitrale d'origine ancienne. On a observé des cas de mort subite chez des hommes mûrs pendant une course à bicyclette; or, M. L.-H. Petit, qui en a rapporté des exemples, a montré qu'il s'agissait de cardiaques. Nous retrouverons des faits du même ordre à propos de l'influence du surmenage chronique. Quoi qu'il en soit, on ne peut nier que l'asthénie cardiaque engendrée par l'effort ne soit la cause occasionnelle immédiate des accidents asphyxiques observés en pareil cas.
U. Il est des faits où le surmenage suraigu amène une asphyxie moT' telle en quelques minutes, sans qu'on puisse invoquer une autre influence que celle de la fatigue excessive. Ces faits, fort intéressants» s'observât surtout chez les animaux.
Les chroniques de la vénerie et les annales vétérinaires nous en offrent des exemples. Des cerfs, des renards ou d'autres animaux, poursuivis par la meute, finissent, après avoir fourni une course longue et pénible, par tomber inanimés sans même avoir été blessés. On a aussi observé les
aèmes accidents chez des animaux conduits vers les marchés par une oarche trop rapide. Après la mort, on constate que la rigidité cadavérique .^empare presque immédiatement du cadavre, que la putréfaction est rapide A intense et que des ecchymoses s'observent sur les téguments et sur les riscères. Huntër avait remarqué, en outre, que le sang a perdu la faculté de K coaguler» et» d'après Arloing, chez les animaux surmenés, les capillaires lODt largement dilatés comme si Ton avait administré des médicaments viso-dilatatenrs (*). Ajoutons que la viande des animaux surmenés est bisandée, a une odeur de marinade, de linge sale, de triméthylamine ('), et qu'elle est souvent toxique pour ceux qui la consomment. On a rapporté des exemples d'accidents graves, simulant un empoisonnement, tunrenus sur im grand nombre de personnes à la fois, et dont la cause le rattachait à la consommation de viandes provenant d'animaux surmenés.
Chez l'homme, les exemples de ce genre sont plus rares. L'antiquité en aurait probablement pu fournir un plus grand nombre que les temps modernes. Le soldat de Marathon qui vint annoncer la victoire aux Athéniens et tomba mort à son arrivée est un cas de ce genre. De même, les athlètes qui succombaient après une lutte ou une course trop pénible. M. Bertherand a observé, en Algérie, deux cas très curieux. Deux couram indigènes succombèrent dès leur arrivée, le premier après avoir idt 192 kilomètres en quarante-cinq heures^ le second 252 kilomètres en soixante-deux heures. Après leur mort, ce qui frappa le plus ce fut b promptitude de la rigidité cadavérique, très rapidement suivie d'une décomposition putride très prononcée. Dans les deux cas, on crut à m empoisonnement; mais l'autopsie ne révéla que la fétidité indicible des rares matières contenues dans l'estomac et dans l'intestin, un sang très noir dans tous les vaisseaux, le ramollissement extrême et la colontion foncée de la plupart des muscles devenus infects, des suffusions sanguines des muqueuses et de la peau. Les poumons avaient on aspect normal. M. Bertherand conclut à une mort par excès de lâtigue.
Ces faits nous éclairent sur l'anatomie pathologique du surmenage nraigu; à la prompte rigidité du cadavre, à la rapide putréfaction, aux cchymoses que nous avons signalées plus haut, il faut ajouter le ramolissement ultérieur des muscles, les caractères du sang, noir, fluide, sphyxique^ et parfois les congestions viscérales. Mosso a trouvé des «ions analogues chez les pigeons-voyageurs qui venaient de faire un ajet de 500 kilomètres et qui furent sacrifiés à leur arrivée. La couleur es muscles pectoraux était plus brune; mais le fait le plus frappant fut I rapidité avec laquelle apparut la rigidité.
Comment expliquer ces diverses modifications ? En les groupant d'une
(*) Aklo»6, Surmenage des animaux. Dicl. encyclopédique de$ iciences médicaUët 1884. (*) P. But, Thèae de Fournol, p. 37 et 38.
manière rationnelle, on voit qu'elles peuvent être classées tous tm 1^ chefs : 1® rigidité , puis ramollissement musculaire; 2* putrttdNi rapide ; 3° phénomènes asphyxiques (état du sang, ecchymoses, cot* gestions).
La rigidité musculaire est rapportée par Paul Bert et M. Foumol à li violente irritation du système nerveux. Mais Herzen Tattribue à une contraction idio-musculaire due à l'irritation chimique résultant de TeueoBbrement du muscle par les déchets de contractions trop répétées. Ce qû semble bien prouver qu'il en est ainsi, c'est le ramollissement extrême du muscle qui suit la période de rigidité.
Pour la putréfaction, si elle se produit si rapidement, c'est qu'elle est favorisée par diverses circonstances; la principale est que le dé&dl d'oxygène dû à la consommation exagérée et l'excès d'acide carboniqoe laissent pulluler dans les humeurs et les tissus les microbes anaéroÛei qui sont des agents très actifs de putréfaction. 11 est probable, d'autre part, que les matériaux azotés, apnt subi un commencement de désintigration, et partant éminemment fermentescibles, sont en très grande abondance.
Quant aux lésions asphyxiques qui dominent tout, elles sont si frappantes que quelques auteurs ont décrit les faits que nous décrivons um les noms de forme asphyxique du surmenage, dUanhématosie (Boulej et Mercier), auto-intoxication par V acide carbonique (Lagrange). Cette asphyxie se comprend aisément, si l'on se rappelle que l'exercice musculaire forcé produit une grande quantité d'acide carbonique*
n. Accidents dus au surmenage aigu ou subaigu; les fièvres de surmenage. — Ce sont les accidents que nous allons maintenant décrire qui intéressent surtout le médecin. Un exercice musculaire exagéré, lorsqu'il n'est pas assez intense et assez rapide pour produire l'état asphyxique, provoque néanmoins des accidents, et s'il est prolongé quelque temps, ces accidents deviennent de véritables ^ts morbides.
Quand on rassemble les faits qui montrent l'influence du surmenage aigu ou subaigu, on constate qu'ils forment une véritable série morbide, qui est un bel exemple de ces séries morbides sur lesquelles insistait tant Peter. De la simple lassitude aux états typhoïdes, il y a une daine ininterrompue.
Degrés légers. — La lassitude est le premier degré; à la suite d*ua travail inaccoutumé, une marche rapide, une course à pied, à cheval, ou à bicyclette, on éprouve, non pas immédiatement, mais quelques heures après, un malaise léger, avec quelques faibles douleurs musculaires. Tout cela s'efface rapidement.
Si les efforts ont été intenses et prolongés, le malaise général et les douleurs musculaires sont plus marqués; le sujet est abattu, inapte au travail, sensible au froid; il a les membres brisés; pariois la langue se
charge d'un léger enduit saburral, et il se produit un certain degré danorexie. Mais le pouls reste calme et la température ne s\>lève pas. C'est la courbature simple, non fébrile, dans laquelle doivent rentrer probablement la plupart des embarras gastriques sans fièvre, décrits par quelques auteurs.
A un degré plus élevé, se produit la courbature fébrile. Qu'un citadin, inapte aux travaux corporels, aille à la campagne et qu'il s'y livre à un exercice inaccoutumé, qu'il batte en grange, par exemple; aussitôt après il n'éprouve aucun malaise et est étonné de se trouver si vigoureux. Mais le soir venu, il est accablé et somnolent. S'il se couche, il ne dort pas; il est pris d'agitation, de céphalalgie et éprouve une chaleur désagréable surtout le corps. Au matin, si ses yeux se sont fermés quelques instants, il s'éveille brusquement, couvert de sueur, les membres raides et douloureux, la tête lourde, la langue chargée; l'appétit fait défaut. Le pouls est fréquent et la température élevée. Dans la journée, l'état fébrile s'apaise un peu; mais le sujet est inapte au travail, éprouve une sensation de lassitude extrême, de jambes coupées. Au bout de vingt-quatre heures, d'ordinaire, les malaises généraux ont disparu, mais il reste des souffrances locales, souvent du lumbago, des crampes douloureuses dans les muscles; et pendant cinq ou six jours encore, tous les muscles qui ont pris part à l'exercice forcé demeurent raides, douloureux au toucher, incapables d'effort (Lagrange).
Fièvre de surmenage. États typhoïdes dus au surmenage. — Un pas de plus, et nous arrivons aux états typhoïdes qui durent cinq ou six jours, disparaissent brusquement et offrent le type courant de la fièvre de surmenage (Peter). Les exemples de fièvre de surmenage abondent dans les thèses récentes qui ont paru sur ce sujet. Nous en choisissons une dans le travail de M. Foumol.
c EIn 1874, j'ai vu dans le service de M. Moissenet, à l'Hôtel-Dieu, un iiomine qui avait fait le voyage de Marseille à Paris à pied, soit 870 kilomètres environ en neuf jours, parcourant ainsi chaque jour la distance énorme de 24 lieues. En arrivant à Paris, cet homme, épuisé, fut transporté à l'hôpital, où il offrit toutes les apparences d'un état typhique des plus graves. Rien ne manquait au tableau : épistaxis, céphalalgie violente, fièvre intense, langue blanche au milieu, d'un rouge vif sur les bords et i la pointe, gargouillements dans la fosse iliaque droite, diarrhée fétide, hébétude, soif vive, et, ce qui est remarquable, taches abdominales qui bientôt s'étendirent et prirent l'aspect de larges ecchymoses. Au bout de quatre jours de repos le plus absolu, tous les symptômes s'amendèrent et le malade reprenant l'appétit, les forces et l'intelligence, sortit de rhôpilai dans la même semaine, i
Passons en revue les divers symptômes dont l'ensemble constitue la fièvre de surmenage. Le faciès typhoïde ne manque presque jamais. Le malade est stupide, indifférent, insensible, hébété, et si on lui demande de quoi i) «^ plaint, il répond presque toujours : « Je suis fatigué i. (Peter.)
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Quelquefois un peu de subdélire s'observe, mais cela est rexcep&D. La céphalalgie est la règle.
Un symptôme presque constant et très important pour le diagnostic, ee sont les douleurs musculaires, spontanées ou à la pression, doulairsqù afTectent parfois la forme de crampes, et qui frappent surtout les musda qui ont le plus travaillé. C'est ainsi qu'un homme, qui avait dansé dem nuits de suite à Fépoque du 14 juillet, entre à Thôpital avec un ébt typhoïde et des douleurs extrêmes dans les mollets. En pinçant les musdes, on y constate le nœud musculaire, comme dans tous les cas d'épuisement On peut aussi observer une douleur dans les lombes, qui ne cesse que ptr les émissions sanguines locales.
Constamment aussi le tube digestif est atteint. La langue est le plu» habituellement chargée d'un enduit saburral, épais, et porte l'empreinte des dents. Ce n'est que par exception qu'on la voit amincie, blanche au milieu, rouge aux bords et à la pointe, comme dans la dothiénentérie. L'appétit est supprimé; la soif est vive ; parfois le malade a des nausées et des vomituritions. Souvent on observe un peu de diarrhée avec gargouillement iléo-caecal. L'hypertrophie de la rate peut être constatée, mais elle est très inconstante. Parfois aussi le foie est volumineux (Peter) et l'ictère peut compliquer le tableau morbide (Drcyfus-Brisac).
La peau, sèche d'abord, se couvre de sueur au moment de la déferrescence. On a décrit des taches rosées lenticulaires dans les fièvres de surmenage. Nous croyons que c'est là une erreur; ce qu'on observe surtout, ce sont des pétéchies et quelquefois des ecchymoses assez larges. L'épistaxis s'observe fréquemment. L'herpès labial a été aussi con^té quelquefois.
Les voies respiratoires sont habituellement indemnes. Pourtant, une observation de M. Peter semble montrer qu'une congestion pulmonaire peut accompagner l'état typhoïde de surmenage ; il s'agissait d'un jeune homme surmené, qui guérit en six jours avec débâcle d'urée (70 grammes en vingt-quatre heures).
Si on observe parfois un peu de dyspnée, cela tient à rafiaiblissement du cœur. Le cœur bat mollement, la matité cardiaque est plus étendue qu'à l'état normal ; on constate un léger souffle systolique, et le myocarde est douloureux à la pression (Peter). Le pouls est mou, petit, irrégulier, fréquent. Cette asthénie cardiaque prend parfois la première place dans le tableau clinique, comme nous le montrerons plus loin en étudiant la forme myocardlque des états de surmenage.
La fièvrej dans les états de surmenage, mérite une mention spéciale. Trois cas peuvent se présenter :
V Le plus ordinairement, la température s'élève brusquement, et (|uan(l on examine le malade, on constate qu'elle atteint 39 degrés. Elle évolue sous forme de fièvre subcontinue. Brusquement, du cinquième au huitième jour en général, la chute thermique se fait par crise, en l'espace d'un ou deux jours.
2* D'autres fois, il est assez remarquable que, malgré Fétat typhoïde, l'clévation thermique est modérée ou nulle; c'est Vétat typhoïde sans fièvre^ que Peter considère comme presque caractéristique du surmenage.
3* Peter a montré aussi que la fièvre de surmenage peut affecter la forme de fièvre à rechutes. Le cycle thermique est en général celui-ci : d'abord une période pyrétique de six à dix jours, puis deux jours d'apyreiie; enfin, une dernière période pyrétique de cinq à six jours. Il semble donc que la fièvre à rechute, due au surmenage, diffère de la fièvre récurrente à spirilles, observée dans d'autres climats, par la brièveté de la période d'apyrexie; dans la fièvre récurrente à spirilles, la période d'apyrexie dure de cinq à huit jours.
Cabactèrc des urrœs. Crise urinaire. Preuves de l' auto-intoxication. — Dans tous les cas, la chute de la fièvre est brusque ; la maladie disparaît en îingt-quatre ou quarante-huit heures. Cette défervescence est marquée par une crise urinaire que nous allons étudier.
Dans le. cours de la fièvre de surmenage, Valbuminurie peut s'obsenrer; mais cela est rare.
Presque toujours Vurée diminue beaucoup. Puis, au moment de la crise, il y a une diurèse abondante, l'albuminurie disparaît et une dAâcle d^urée se produit (Revilliod, Quinquaud, Semmola). Dans un cas de Revilliod, il y a eu excrétion de 126 grammes d'urée en vingt-quatre henres; et dans un cas de Gubler, cité par M. Carrieu, une excrétion de 100 grammes d'urée dans les vingt-quatre heures.
Gomment expliquer le fait? Cela est assez malaisé, parce que l'influence du travail musculaire sur l'excrétion de l'urée est encore controversée Revilliod admet que, sous l'influence du surmenage, l'organisme s'imprègne de substances extractives, matières premières avec lesquelles se forme l'urée. Ces substances sont toxiques, irritantes, lorsque, formées f en excès, elles séjournent dans l'organisme, sans subir l'oxydation qui, en les transformant en urée, les rend inoffensives. Tant que le travail chimique qui doit les oxyder n'est pas terminé, tant que la coction n'est pas complète, les symptômes persistent; l'excrétion d'urée est au-dessous de la normale.
Réciproquement, on observe une marche parallèle entre l'amendement des symptômes et l'augmentation de l'urée.
D'autre part, certains physiologistes pensent, avec Hermann, Noyés et Engelmann, que tant que le travail n'épuise pas le muscle, il n'y a pas une production plus abondante d'urée. Mais si la fibre musculaire est épuisée par un travail trop énergique, alors, comme si elle se détruisait elle-même, il y a destruction d'une matière albuminoide et l'urée est produite en excès. On peut donc supposer que, retenue dans l'organisme au moment de la maladie, elle finit par s'éliminer ensuite en bloc au moment de la crise.
Ua autre fait bien établi, c'est que les urines des surmenés sont
troubles, ce qui tient à un excès A'urates. Et pourtant, ici encore, même désaccord sur l'influence du travail musculaire sur Texcrétion des imte&. M. Lagrange a fait une étude très soignée de la question. Après avoir signalé les opinions contradictoires, il nous dit que ses recherches personnelles l'ont conduit à cette conclusion que, chez un individu surmené par un travail inaccoutumé, les sédiments uratiques s'observent coosUmment, à la condition de ne les chercher que dans Turine émise trois beureâ au moins après l'exercice. Et M. Lagrange conclut : c Entre ces diim phénomènes, émission d'urines troubles et malaises consécutifs i ^exe^ cice, il y a une corrélation tellement constante, qu'il est impossible de n'y pas voir un rapport de cause à effet ».
En même temps que les urates, les chlorures, les phosphates et les sulfates augmentent dans les urines de fatigue.
Mais les urates ne sont pas les seules substances nuisibles fabriquées par l'organisme surmené. Les recherches de Colosanti et Moscatelli, cell» de Gautrelet et de Lagrange ont démontré Y augmentation considérable des acides dans les urines des sujets fatigués. C'est surtout la présence de V acide lactique qui accroîtrait la réaction acide du liquide d'excrétion rénale. D'après Lagrange et Gautrelet, l'acide lactique, qui fait d^ut dans l'urine normale, apparaît en abondance dans l'urine des surmenés; en dehors des accidents de fatigue, la présence de l'acide lactique dans les urines ne s'observerait guère que dans l'arthritisme. Marcus, étudiant l'efTet de la fatigue sur des soldats de l'armée allemande, a vu aussi qu'après les marches forcées on observait dans l'urine une dose considè rable d'acide lactique qui n'y existait pas précédemment.
11 est probable que des ptomaïnes, et peut-être des toxalbumines doivent intervenir aussi. M. Bouchard a constaté que l'urine des cour baturés, même apyrétiques, est éminemment toxique; l'urine d'un cour baturc tue à la dose de 12 centimètres cubes par kilogramme d'animal alors qu'il faut 45 centimètres cubes en moyenne pour obtenir le mém résultat avec des urines normales. M. Roger a montré que l'urine e même le sang des chiens surmenés sont plus toxiques que le sang normal MM. Tissier et Bergognié ont constaté qu'après une longue course bicyclette, il existe pendant vingt-quatre heures une augmentation notabi de la toxicité urinaire.
De cet ensemble de faits, il résulte que, dans les états de surmenage, i y a auto-intoxication. Il est donc très naturel d'attribuer à cet empoison nement une partie des accidents morbides que l'on constate après I surmenage.
Les quelques notions que nous possédons à cet égard se rapporter aux modifications de la sécrétion urinaire. Il est probable que les poison créés par le surmenage s'éliminent aussi par le foie, l'intestin (diarrhée] par la peau, par les voies respiratoires. Mais sur les troubles de ce émonctoires, nous n'avons pas de renseignements précis.
Physiologie pathologique. — Si la réalité de rauto-intoxication n
LE SIRHENAGE PHYSIQUE, aUSE EFFICIENTE DE MALADIE. 409
parait pas contestable, si rempoisonnement par les déchets du travail musculaire explique une partie des troubles morbides, il n'en est pas moins vrai que le rôle de répuisemcnt nerveux et de l'asthénie cardiaque reste considérable. Seulement ce rôle est plus difficile à définir.
Si Ton prend les symptômes énumérés précédemment, on voit qu'il n*en est pas un qui puisse être attribué à une origine unique. Les douleurs musculaires si caractéristiques de la fièvre de surmenage peuvent être attribuées à l'accumulation des produits de la fatigue; mais qui pourrait affimier que l'épuisement nerveux ne joue aucun rôle dans leur production?
Dans la genèse de la dépression ou de l'agitation nerveuses, l'épuisement nerveux, l'auto-intoxication et l'asthénie cardiaque doivent avoii chacun leur part.
La diminution des sécrétions digestives('), qui semble tenir sous sa. dépendance l'état saburral, est due sans doute aussi à l'action combinée de ces trois facteurs (').
L'asthénie cardiaque est un eilet direct du surmenage; mais l'adynamie nerveuse et l'auto-intoxication sont susceptibles de l'accroître.
Mais c'est surtout la fièvre des états de surmenage qui est passible d'interprétations variées. Dans ses leçons, M. Bouchard a admis deux grandes classes de fièvres : les fièvres toxiques (par troubles de la nutrition ou par infection) et les fièvres nerveuses. Dans le surmenage, la lièTre est-elle toxique ou nerveuse? En faveur de l'origine toxique, on peut invoquer deux faits : en premier lieu, l'auto-intoxication dans les états de surmenage est incontestable; sa démonstration est assise sur des fondements solides; en second lieu, M. Roger a montré que les muscles contiennent des substances fhermogènes. Et cependant M. Bouchard ne paraît pas très disposé à accepter cette origine : « On parle, dit-il, de la fièvre qui résulte du travail musculaire. En dehors du travail excessif, elle ne s'observe presque exclusivement que chez ceux qui sont débiles et ne s'observe plus chez eux, même pour une grande dépense d'énergie, quand ils sont devenus plus forts, quand ils sont entraînés. Cette fièvre des débutants dans tous les genres de sport, elle n'est ni musculaire, ni toxique, elle est nerveuse. Comme la fièvre d'origine toxique, elle s'accompagne de destruction accrue de la matière azotée, ce que ne produit pas le travail musculaire dans les conditions physiologiques (') ». Et ailleurs, M. Bouchard se demande si la fièvre de surmenage n'est pas, au moins dans certains cas, susceptible d être interprétée autrement que par l'iniMxication ou le désordre nerveux, et s'il ne faut pas admettre une troisième variété pathogénique de la fièvre : la fièvre musculaire. Les muscles sont
(*) Salvioli, Influence de la fatigue sur la digestion stomacale. Archives italiennes de 6to- /r>7i>, l. XVII, p. 248, 1888.
(') O . Hf:R?(ARo, a noté que, sous rinfluence de la fatigue, la fonction glycogénique disparaît Est-a*. uu cflet du l'épuiseraeiit nerveux ou de l'auto-intoxication?
[^) DoccnARo, Les doctrines do la lièvre. Scm. méd.^ p. 117, 1893.
les grands producteurs de la chaleur animale; la fièvre musculaire, d'oa mécanisme très simple, serait celle où la chaleur eiagérée résulte dimtement de Faction primitive et exclusive du tissu musculaire; ce sont là, la vraie € fièvre du travail excessif qui, dans certaines conditions de température et d'humidité, peut aboutir au coup de chaleur i.
Résumé. — Laissons la théorie. Ce qui est bien acquis, c^est le tjpc clinique de la fièvre de surmenage. Douleurs musculaires siégeant diu les muscles qui ont le plus travaillé; dépression ou agitation nenrcna réalisant parfois un véritable état typhoïde; état sahurral des voies dig» tives; phénomènes plus ou moins marqués de défaillance cardiM|iie; fièvre à ascension brusque, à oscillations légères, à défervescence trè rapide avec crise urinaire; durée courte, excédant rarement une semaine; rechutes possibles : tels sont les caractères primordiaux qui nous sembkir individualiser le type clinique de la fièvre de surmenage.
Mais ce type peut être modifié par certaines circonstances et ces modi fications engendrent des formes variables que nous allons étudier main tenant.
m. Formes cliniques spéciales de la lièvre de surmc nage. — Pseuoo-rhubiatisiie de surmenage. — Signalé d'abord par M. Be nier, appelé familièrement par Lasègue rhumatisme des sergents de viU le rhumatisme de surmenage a été l'objet d'un travail de M. A. Mathiei A propos de ce travail, M. Dreyfus-Brisac disait : « Le rôle du surmenai ne se borne pas seulement, comme dans les cas qui ont fourni à M. M thicu le sujet d'un excellent travail, à réveiller la diathèse rhumatismal il peut, à lui seul^ en dehors de toute influence diathésique, produire i syndrome morbide qui, à un examen superficiel, ressemble aux form atténuées du rhumatisme, mais en diflere par la prédominance des mar festations saburrales, l'extrême i-areté des complications viscérales l'inefficacité des préparations salicylées ». Puis MM. Albert Robi Lubanski et Dreyfus-Brisac lui-même dans la Gazette hebdomadai (juillet 1888), reviennent sur le rhumatisme de surmenage.
Le plus habituellement, avant l'apparition des douleurs articulaires, y a un état fébrile avec un malaise assez prononcé. Cet état reprodi celui de la courbature fébrile que nous avons décrit plus haut; il complique ordinairement d'épistaxis, d'état sahurral des voies digestii supérieures. La douleur est moins forte que dans le vrai rtiumatisme; I articulations sont gonflées, mais restent pâles. D'ailleurs, la localisati est plutôt péri-articulaire que vraiment articulaire. Ce sont les articul tions qui se sont les plus fatiguées qui sont prises (Peter) ; les genoux, I articulations tibio-tarsiennes ; car c'est le surmenage par la marche et station debout qui est ordinairement en cause. M. Carrieu cite un cas l'articulation la plus malade était le poignet; or, il s'agissait d'i serrurier.
Au bout de quelques jours, l'état général s'améliore; mais, avant
guérison complète» il reste longtemps un peu de raideur articulaire. De ces formes arthropathiques il faut rapprocher la tenosite du tendon S Achille j observée chez les soldats qui marchent avec une chaussure qui frotte sur ce tendon ; la tenosite des radiaux, observée chez les élèves tambours (Coustan) ; Vaï-crépitant des gaines du cou-de-pied« dans la région antérieure de la jambe» chez les grands marcheurs.
Comment agit le surmenage pour produire ces lésions? La plupart des auteurs admettent que le surmenage peut favoriser Téclosion du rhumatisme articulaire aigu franc chez un individu prédisposé. Dans Tobservation de M. Albert Robin, il nous parait que le surmenage a du agir de cette manière. Mais il semble aussi que le surmenage, à lui seul, suffit à provoquer des accidents articulaires. Pour la pathogénie de ces cas, il est bon de rappeler les expériences de Frerichs qui, opérant sur de grands animaux, a constaté que, sous Tinfluence de la fatigue, les articulations subissent les modifications suivantes : la synovie diminue de quantité; elle devient plus épaisse, plus dense, plus riche en globules blancs, plus pauvre en matières solides inorganiques ; mais les matières extractives subissent une très notable augmentation.
Un caractère particulier du rhumatisme de fatigue, bien mis en lumière par M. Dreyfîis-Brisac, c'est qu'il peut s'accompagner, surtout chez les femmes, d'éruptions érythémateuses, qui revêtent l'aspect d^érythèmes polymorphes. Quelle que soit l'opinion que l'on admette sur la pathogénie de ces érythèmes, soit que l'on suppose l'agent morbifique agissant directement sur la peau, soit qu'il agisse par l'intermédiaire du système nerveux (angio-névrose), personne ne doute que, parmi ces érythèmes, ii en est qui sont dus à des poisons exogènes. On peut admettre comme M. Dreyfus-Brisac, que les poisons autogènes produits par le surmenage agissent comme les précédents pour les produire.
Forme cardiaque des fièvres de suriienage. — Toutes les formes de surmenage peuvent donner naissance à des troubles cardiaques. Nous aTons déjà dit que dans les fièvres de surmenage les plus simples, il n'était pas rare de saisir quelques signes de défaillance cardiaque. Dans quelques cas, ces signes prennent la première place dans le tableau clinique et il en résulte une forme particulière de la maladie désignée |iar Revilliod sous le nom de Ponose cardiaque et par Peter sous le nom de myocardite de surmenage. — Voici, brièvement résumé, un bit cité par Revilliod. Un homme de cinquante-deux ans, après avoir fait plusieurs métiers, entreprend celui de chifl'onnier, et porte, dès l'aube, un gros sac sur le dos. Au bout d'une quinzaine de jours, il se !tent fatigué et éprouve de l'oppression. Perdant de plus en plus ses forces, il entre à l'hôpital, où il a un aspect typhoïde complet, avec 59 degrés de température. De plus, les lèvres sont cyanosécs; le pouls est faible, mou; le choc de la pointe du cœur ne peut être vu ni palpé. Au bout de trois semaines, les extrémités se refroidissent, le teint pâlit et la mort arrive. L'autopsie ne révèle rien qu'un myocarde dégénéré et
An LA FATIGUE ET LE SURMENAGE.
quelques infarctus hémorrhagiques dans le poumon. A côté de ces Eûts, terminés par la mort, il en est de bénins. Des sujets surmenés préseDknt tous les signes de la fièvre de surmenage, et de plus un peu de cyanose, de Tangoisse précordiale, de l'oppression, de la douleur à la pression dg myocarde (Peter), de Tarythmie cardiaque, du bruit de galop, de la dilatation du cœur, un souffle systolique, parfois un peu d'œdème malléolaire; puis, au bout de quelques jours de repos, tout disparait nos laisser de traces.
Le surmenage physique et subaigu chez les enfants et les adolescents.— C'est une excellente chose que de recommander l'exercice aux jeun» gens ; mais il y a une mesure à garder, surtout à l'époque de la croissance, et cette mesure est très souvent dépassée. C'est ce qu'a bien niontn Paul Le Gendre dans une étude sur les accidents causés par l'abus de exercices sportifs pendant la croissance. La bicyclette, le canotage, k foot-ball, et tous les exercices en honneur aujourd'hui chez nos jeune; lycéens, sont cultivés souvent avec trop de passion. 11 en résulte de accidents divers. — Les plus légers sont la céphalée, l'insomnie et le épistaxis. Mais tout ne se borne pas à ces troubles; on peut voir parfoi des accidents plus sérieux qui affectent deux formes principales : h fièvre dite de croissance^ et le cœur forcé.
A. Fièvre de ci'oissance. — M. Bouilly a défini la fièvre de crois sance : un processus pathologique, frappant les enfants et les adolescrak caractérisé par de la fièvre aux allures souvent typhoïdes, des douleui spontanées et provoquées siégeant dans la zone d'accroissement des oi et suivie d'accroissement rapide dans la taille du sujet.
Or, il parait bien établi que la fièvre de croissance est presque Uh jours causée par le surmenage. La maladie éclate après de grandes fat gués, des marches prolongées, des exercices de gymnastique, des exercio de natation, des courses de bicyclette, un canotage passionné, une part de foot-ball ou de tennis. La fièvre apparaît la nuit ou le lendemain < l'exercice; l'abattement, les yeux cernés, les urines rares, foncée chargées d'urates ou de phosphates, l'anorexie et un peu d'embarr gastrique, la douleur spontanée ou provoquée au niveau de certai groupes musculaires plus spécialement surmenés, mollets, cuisse biceps, deltoïdes, masse sacro-lombaire, droits et obliques de Fabdomei tels sont les signes constatés par Le Gendre; ce sont ceux des éU typhoïdes de surmenage. Il s'y joint un phénomène caractéristique : d douleurs au niveau des épiphyses les plus < fertiles », à l'extréiui inférieure du fémur, à l'extrémité supérieure du tibia, au col du fémi aux extrémités supérieure et inférieure de l'humérus. 11 est probable q l'exercice forcé active le travail qui se fait au niveau des zones épipî saires, et qu'à l'auto-intoxication, due au surmenage, se joint une aut intoxication, due à un poison autogène engendré par la suractivité nuti tive de la moelle osseuse. — En général, la fièvre de croissance guéi en quelques jours; et on s'aperçoit alors que la taille du sujet a su
un accroissement notable. Mais il est une particularité qui doit faire réserver le pronostic de la fièvre de croissance ; c'est qu'elle prédis pose à l'ostéomyélite des adolescents ; c'est un -point sur lequel nous refiendrons.
B. Accidents cardiaques dus au surmenage chez les enfants et les adolescents, — La forme cardiaque des accidents causés par l'abus des exercices sportifs pendant la croissance a été observée par Collier (d'Oxford) et par M. Le Gendre. Nous empruntons à ce dernier la description suivante :
c Les troubles de l'appareil circulatoire sont les plus frappants par leur brusque apparition et leur intensité ; les plus ordinaires sont des accès de palpitations, toujours éveillés par l'exercice; les premiers sont généralement provoqués par une séance trop prolongée de cycle, de couine ou de foot-ball ; ils sont modérément violents et cessent assez vite par le repos; mais, si l'on n'y prend garde, ils deviennent de plus en plus fréquents, même avec un exercice mitigé, et ne prennent fin qu'après une suspension prolongée des exercices qui les avaient provoqués. Les palpitations s'observent surtout chez les adolescents de quatorze à seize ans, période pendant laquelle le développement de la cavité thoraciquc en largeur est souvent moindre proportionnellement que l'augmentation de Tolume du cœur. Elles acquièrent leur maximum d'intensité chez les sujets dyspeptiques rhumatisants, de souche névropathique et surtout chez ceux qui sont porteurs d'une altération orificielle méconnue, comme le rétrécissement mitral. Celte malformation, souvent congénitale, peut rester latente et ne se décèle quelquefois que par un dédoublement permanent du deuxième bruit, la facilité de l'essoutllement et la fréquence des épistaxis. Mais l'accident type que produit le surmenage cardiaque est une dilatation aiguë des cavités droites, asystolie passagère, mais îniiment inquiétante, et dont j'ai observé deux cas chez des enfants de onze à quinze ans, après une course à pied et après un match de football. » M. P. Le Gendre a observé, dans un cas de ce genre, du mélania et un hématome de la paroi abdominale.
Il est d'ailleurs très vraisemblable, nous le verrons plus loin, que le surmenage joue un rôle important dans la pathogénie de V hypertrophie ^^Tiiaque dite de croissance (*).
IV. Diagnostic, évolution et traitement des fièvres de surmenage. — Diagnostic. — Le diagnostic des états morbides cngcn- ^fi's par le surmenage aigu ou subaigu repose sur trois caractères principaux : i» la notion étiologique; il suffit d'interroger le patient pour la f^uver; 2* la forme clinique des accidents et la prédominance des
i') P. U Grndre signale encore une tendance génc^rale à la cyphose du racliis dans la région ^f^KD-donale que présentent bon nombre d'adolescents adonnés avec trop d'ardeur à la ^(ioUe par l'attitude vicieuse dite à la jockey, qu'ils adoptent pendant les courses rapides et iMceofiao det cdtet.
AU LA FATIGUE ëT Le SURMENAGE
douleurs musculaires ; 3® la courte durée habituelle de la maladie, qui guérit par le simple repos.
On doit éviter de confondre les états de surmenage avec la ticvre typhoïde, l'embarras gastrique, la tuberculose miliaire aiguë, le typhus exanthématique, la grippe et le rhumatisme subaigu.
Avec la fièyre typhoïde, la fièvre de surmenage présente bien des points communs : faciès typhoïde, aclynamic, courbature, diarrhée, épistaxk Pourtant le diagnostic dilîérenlici n'est pas aussi ardu qu'on pourrait le penser. Dès le premier jour, le surmené se présente comme un typhique à la deuxième semaine. On ne constate pas de taches rosées (ce sont des pétéchies qu'on observe habituellement dans la fièvre de surmenaj^'e); il est aussi exceptionnel de trouver des manifestiitions du côté des voies respiratoires. Enfin, la terminaison ne se fait pas par lysis comme dans la dothiénentérie, mais brusquement, par crise, souvent avec débâcle d'urée.
Pour l'embarras gastrique, il nous semble qu'il est inutile de faire le diagnostic. Le groupe des faits classés sous cette rubrique doit subir uo démembrement. Il nous suffit d'avoir montré que bien des faits étiquetés sous cette rubrique sont des états de surmenage.
Peter considérait Tétat typhoïde sans fièvre comme presque caractéristique du surmenage, ce qui n'est pas tout à fait exact; l'état typhoïde sans fièvre s'observe souvent dans la tuberculose miliaire généralim de l'adulte. Il faut donc, en présence d'un sujet profondément déprimé, n'offrant aucune localisation morbide bien précise, et sans fièvre, faire le diagnostic entre le surmenage et la granulie ; cela n'est pas toujours aisé; cependant la notion étiologique et surtout l'évolution ultérieure permettront de reconnaître la nature de la maladie.
Le typhus exanthématique, qui frappe si souvent les surmenés et les faméliques, offre une certaine ressemblance avec Tétat typhoïde de surmenage. Ce n'est guère que par le caractère épidémique et contagieux, les conditions d'éclosion du mal (armée en campagne, famine, encombrement), par sa durée beaucoup plus longue (dix-sept à vingt jours environ) qu'on le distinguera.
£n temps de grippe, on peut aussi avoir des hésitations pour le diagnostic; mais la grippe, avec son caractère épidémique, sa céphalalgie sus-orbitaire si spéciale, son catarrhe des voies respiratoires, sera aisément reconnue.
Quant au pseudo-rhumatisme de fatigue, on le distinguera du rhumatisme vrai par la notion étiologique, la profession du sujet, le siège de arthropathies, l'atténuation des douleurs peu en rapport avec l'adynamii profonde du sujet, la disparition rapide des troubles généraux, la persis tance d'un peu de raideur articulaire.
En somme, un état typhoïde ou rhumatoïde, avec douleurs muscu laires violentes, sans localisation viscérale bien précise, ayant début brusquement, d'apparence grave, mais guérissant rapidement aprè
•u six jours, souvent avec crise urinaire, doit faire soupçonner vre de surmenage et engager le médecin à interroger le malade ! sens.
iation. — Dans l'immense majorité des cas, les états de surmenage it rapidement; leur durée est courte; une semaine représente ordient le temps de cette évolution.
lant le pronostic n'est pas toujours bénin. Dans les formes cardialinsi que M. Peter et Revilliod en ont cité des exemples, la mort urvenir; et, Tautopsie ne décelant rien de caractéristique, si les lents ne sont pas connus, on se borne à dire que le sujet a succombé maladie de forme insolite. Enfin, et surtout, les états de surmenage t se compliquer d'infections microbiennes. C'est là une cirice qui aggrave beaucoup le pronostic et sur laquelle nous allons
itement. — Nous n'exposons pas ici les règles prophylactiques qui traient d'éviter les états de surmenage; car c'est une grande partie giène qu'il faudrait retracer ici (*).
\ l'inmiense majorité des cas, les états de surmenage guérissent simple repos : QuieSy lassitudinis remedium. On favorisera l'élim des déchets par les diurétiques (lait, boissons abondantes), les ifs, les diaphorétiques. Le massage est utile quand les douleurs laires sont intenses; il active d'une façon remarquable la réparation isoles fatigués.
B cœur est faible, on aura recours aux injections simultanées ' et décaféiné recommandées par M. Peter. Enfin, en cas d'asthénie rdique grave, il ne faut pas hésiter à faire la saignée, qui diminue ^e du cœur et permet l'élimination des toxines, mieux que toute spoliation. Si Tétat fébrile est très prononcé, on administre le de quinine. C'est encore au sulfate de quinine qu'il faudra ^r en cas de pseudo-rhumatisme de surmenage, car les préparalalicylées sont inefficaces.
r U proposition de M. P. I^ Gendre, la section médicale du Congres de Caen (1894) a
es vœux suivants :
ire examiner chaque enfant par un médecin avant de le laisser se livrer à tel ou Ici
physique. S'il y a quelque tare des appareils circulatoire, locomoteur ou digestif ou du
nerveux, interdire les exercices physiques qui peuvent l'aggraver. Exiger toujours un
menl progressif.
ooorager l'exercice, mais faire la guerre au sport dans les établissements scolaires.