CHAPITRE PREMIER
CONSIDÉRATIONS PATHOGÉNIQUES
L'attention est la faculté maîtresse de l'esprit humain, celle qui concourt, plus (]ue toute autre, au développement de l'intelligence. Mais la caractéristique de l'homme, c'est qu'il peut, volontairement ou involontairement abuser de cette faculté; et dans les conditions de la société moderne, i en abuse souvent. C'est de l'abus de cet état particulier d'activité psychiqiit qu'on appelle l'attention que résultent les accidents du surmenage mental
Il y a, dit M. Th. Ribot, deux formes bien distinctes d'attention : l'un spontanée, naturelle; l'autre volontaire, artificielle. La première est I
[*) On les trouve dé.'jk étudiés dans les deux ouvrages suivants: Tissot, De la santé des gens i lettres. Œuvres, 1774, t. VIII. — R£vEn.Lti-PARiSE, Physiologie des hommes livrés aux travai de l'esprit, 'i vol., 1834. — Mentionnons ici le livre récent de Marie HAiiACEnE, I^e surmena; mental dans la civilisation moderne, traduit du russe |)ar E. Jaut>ert, avec une prcfaue i Ch. Kirliet. Paris, 1890. On y trouvera beaucoup de faits; on pourra ne pas partager toutes 1* opinions de l'auteur, trouver son livre excessif et toullu, mais on le lira avec intérêt.
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forme yéritable, primitive, fondamentale de l'attention. La seconde n'est qii*une imitation, un résultat de Téducation, du dressage, de l'cntrainement. Précaire et vacillante par nature, elle tire toute sa substance de rattention spontanée; en elle seule elle trouve un point d'appui. Elle ii*e<t qu'un appareil de perfectionnement et un produit de la civilisalion (*).
En temps ordinaire, les états de conscience se succèdent avec rapidité, empiètent les uns sur les autres; l'état naturel de l'esprit, c'est la pluralilc (les états de conscience, le polyidéisme; l'attention, c'est l'arrêt momentané de ce défilé perpétuel au profit d'un seul état, c'est le monoidéismc.
L'attention a pour cause soit des états affectifs d'origine extérieure (attention sensorielle), soit des images et des idées (méditation ou réflexion). U y a émotion, lorsque l'attention est suscitée par des événements qui apportent avec eux du plaisir ou de la douleur. L'émotion devient la passion si elle est durable, chronique en quelque sorte (Ch.Feré)(»).
L'attention est un état exceptionnel, anomal, qui ne doit pas durer longtemps parce qu'il est en contradiction avec la condition fondamentale de la vie psychique; le changement. Or, l'attention est un état fixe. Si elle se prolonge outre mesure, surtout dans des conditions défavorables, il se produit des troubles tantôt légers, tantôt durables, qui dénotent l'antagonisme de l'attention et de la vie psychique normale.
L'attention s'accompagne d'un sentiment d'effort qui est h peine marqué dans I attention spontanée, mais qui est très prononcé au contraire dans Fatlenlion volontaire et en raison directe de la durée de l'attention et de b difficulté de la maintenir. On félicite avec raison les hommes qui ont pu suivre leur vocation ; mais qu'est-ce donc qu'une vocation, dit M. Th Ribot, si ce n'est une attention qui trouve sa voie naturelle et s'oriente pour toute la vie? Malebranche prend par hasard et avec répugnance le Trai/^f/e/'^omme, de Descartes; cette lecture « lui causa des palpitations de cœur si violentes qu'il était obligé de quitter son livre à toute heure et d'en interrompre la lecture pour respirer [à son aise », et il devient philosophe cartésien. Mais ces grandes vocations sont rares; le sentiment de reiïort accompagne presque toujours l'attention volontaire; et il est de notion commune qu'un travail mental exagéré peut provoquer une véritable fatigue corporelle.
D'où proviennent ces sentiments d'effort et de fatigue? L'origine en est complexe. L'attention n'épuise pas seulement la cellule cérébrale, elle épuise l'organisme tout entier.
(') Ta. RiBOT, Psychologie de l'atlenlion. Paris, iSSO.
(^; f'i. Fkrê, La patholojo^c des émotions. Paris, 1X1)2. Dans cot article, nous nous l)omons ■ fxpoier les n^itions de |i8ychologie physiologique strictement ntVessaires à l'intellip^ence du sujet, «ai*, à loas ceux que la question intéresse, nous recommandons, outre le livre de M. Tii. Itittot "^ J' cité, celui de M. Ch. FcrCf où le sujet est traité avec ampleur et qui renferme un très grand owiltfc do faïU.
I. Lorsque nous passons de l'état de distraction à l'état d'attention, : se produit dans la cellule cérébrale une augmentation de travail; il j transformation de force de tension en force vive. Mais le capital d réserve se dépense vite et l'épuisement survient. Il se produit donc Un d'abord un épuisement de la cellule nerveuse.
Pendant cet état d'activité psychique, le cerveau se congestioone < augmente de volume, sa température s'accroît; la désassimiktion de I cellule s'accélère. D'après Ranke, la fatigue cérébrale résulterait oi parti de l'accumulation dans la cellule psychique de certains produits de àm trition. A l'épuisement dynamique se joindrait donc une véritable aoto intoxication de la substance de la cellule par des corps qui en dériToil
Ces deux facteurs s'unissent pour provoquer la fatigue cérébrale; et Fa peut dire, avec Bain, que la pensée épuise la substance nerveuse ann infailliblement que la marche épuise les muscles.
La fatigue cérébrale se trahit par l'obnubilation de l'esprit, l'augmeD tation du temps d'association des idées (mensurations de M. Manacèinef de M. Ch. Feré), l'affaiblissement de la sensibilité, de la vision surloil et parfois par un léger état vertigineux. On peut facilement étudier h effets de la fatigue cérébrale sur soi-même; un des meili^irs moyenid la provoquer est la lecture à haute voix un peu prolongée; cet acte iatigi vite, car il met en jeu simultanément plusieurs centres psychiques.
n. L'attention n'est pas un phénomène exclusivement psychique; c'e aussi un phénomène physique; ou mieux, c'est un phénomène auqo prend part tout l'organisme. M. Th. Bibot a bien montré toute l'impo tance de ce point de vue; M. Ch. Feré l'a éclairé par des recherch précises.
Et tout d'abord l'attention s'accompagne de phénomènes moteur Qu'on observe un individu dont l'attention spontanée vient d'être sol citée. Le corps entier converge vers son objet, les yeux, les oreill< quelquefois les bras; tous les mouvements s'arrêtent, et l'individu s'il mobilise dans un physionomie et une attitude spéciales, tout le systèi musculaire est en état de tension. Cela est surtout évident dans la si prise et la terreur, qui ne sont que des formes grossies de l'attenti spontanée.
Dans le cas d'attention volontaire, l'adaptation motrice est le p souvent incomplète, intermittente, sans solidité, et aussi plus fatigan les mouvements s'arrêtent, mais pour réapparaître de temps en tem
Le rôle fondamental des phénomènes moteurs dans l'attention consi à maintenir l'état de conscience et de le renforcer(*). Mais, issus d'i forte excitation inhibitoire, ils ne peuvent durer longtemps d'i manière continue ; et, comme l'attention elle-même, ils sont intermittei
(*) Quelques sujets, au lieu de rester immobiles* réflédiissent en exécutant d«i moinreiiM en marchant à grands pas. M. Th. Ribot remarque que ces mouTcments n'ont d'autre faut a^'issant sur le sens musculaire, que d'exciter le cerveau et d'accroître son activité. D'ailleur ne moditient ({ue superficiellement l'attitude et surtout la physionomie de llioiniiie atte
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^excitation du système moteur qui accompagne Tattention peut être démontrée par des mensurations précises; chez un sujet qui vient de Ure une lecture, surtout une lecture à haute voix, de prendre des notes, d'écrire, on constate une augmentation du volume des muscles, une exagéralîoû de la force musculaire (Ch. Fcré) et une diminution de temps de réaction, c'est-à-dire du temps qui s'écoule entre une excitation et le mouvement qui l'exprime (Wundt).
L'attention s'accompagne aussi de phénomènes respiratoires. Le sujet attentii respire lentement, superficiellement, incomplètement ; même il arrête un instant sa respiration. Mais ces modifications ne sont pas pcrma- [ nentes; elles alternent avec des mouvements respiratoires plus amples, plus fréquents ; parfois un bâillement ou un soupir interrompent un effort soutenu d'attention. Ces phénomènes révèlent l'excitation de centre respiratoire qui accompagne l'attention, excitation tantôt inhibitoire, tantôt dynamogéniquc. Le rire est une forme de l'excitation des mouvements respiratoires qui s'observe lorsque Tattention est suscitée par des émotions agréables d'une nature particulière.
Parmi les concomitants physiques de l'attention, on a encore signalé isA phénomènes circulatoires. Dans l'attention, les battements du cœur s'accélèrent, deviennent plus énergiques; la pression artérielle s'élève (Gouty, Charpentier, Dogiel, Mosso) ; le tracé sphygmographique se modifie; son amplitude diminue; le dicrotisme est plus accentué, le soulèvement prédicrotique est plus saillant et se rapproche du sommet de la courbe, dont le niveau général est plus élevé (Mosso, Thanofler, Gley). Ici encore nous retrouvons les signes d'une excitation de l'appareil circulatoire qui est corrélative de l'excès de travail dans les autres appareils.
Quand l'attention est violemment sollicitée par un événement qui apporte avec lui de la douleur, on sait que le cœur peut présenter de véritables phénomènes d'inhibition, c Quelquefois, dit Cl. Bernard, un mot, un souvenir, la vue d'un événement, éveillent en nous une douleur profonde. Ce mot, ce souvenir, ne sauraient être douloureux par euxmêmes, mais seulement par les phénomènes qu'ils provoquent en nous. Quand on dit que le cœur est brisé par la douleur, il se produit des phénomènes réels dans le cœur. Le cœur a été arrêté, si l'impression douloureuse a été trop soudaine : le sang n'arrivant plus au cerveau, la syncope et les crises nerveuses en sont la conséquence. On a donc bien raison, quand il s'agit d'apprendre à quelqu'un une de ces nouvelles terribles qui bouleversent notre àme, de ne la lui faire connaître qu'avec "iénagenient. Quand on dit qu'on a le cœur gros après avoir éprouvé des Notions pénibles, cela répond encore à des conditions physiologiques particulières du cœur. Les impressions douloureuses prolongées, devenues incapables d'arrêter le cœur, le fatiguent et le lassent, relardent les batteroenla, prolongent la diastole et font éprouver dans la région précordiale wi sentiment de plénitudes ou de resserrement. »
L'effort d'attention slinuile l'activité du centime thermoyène. M. (iloy a
constaté que l'activité psychique élevait la température. Mosso a obsené sur lui-incmc qu'après une conférence solennelle, sa température inoDbà de près de 1 degré centigrade.
L'activité mentale s'accompagne aussi de modifications dans les téertlions. On salive de plaisir et « l'eau vient à la bouche »; mais au secousse morale pénible dessèche la muqueuse buccale. Une émotioD agréable coupe l'appétit. Il y a des diarrhées émotionnelles. La perspintion cutanée augmente sous l'influence de l'activité cérébrale, surtool dans les émotions. Tout le monde connaît la polyurie émotionnelle. Une forte contrariété peut tarir ou modifier le lait d'une nourrice.
Ainsi, pendant l'état d'attention, l'excitation psychique s'accompagne d'une excitation motrice, respiratoire, circulatoire, thermique, sécrctoire.
Mais toute excitation est suivie d'un épuisement proportionnel à l'eid* tation antérieure. Aussi l'attention est-elle suivie de phénomènes de dépression qui sont assez faciles à observer quand l'activité intellectuelle a été excessive. Pendant cette phase d'épuisement, on constate une diminution du volume des muscles et un affaiblissement de la force musculaire (Ch. Feré). Les mouvements respiratoires diminuent d'ampleur et de tréquence. Les battements du cœur deviennent moins énergiques et b tension artérielle tombe au-dessous de la normale. La température subit un certain abaissement. Le tube digestif se dessèche; et la constipation est un cfTct du travail intellectuel trop prolongé.
Tous ces phénomènes paraissent n'être qu'un cas particulier d'une loi générale que M. Feré énonce ainsi : Chaque fois qu'un centre neneux entre en action, il détermine d'abord une excitation de tout l'organisme, puis un épuisement proportionnel à l'excitation antérieure.
Mais cette loi générale subit des modifications suivant les modalités de l'attention. Celle-ci peut avoir des effets un peu différents suivant les événements qui la mettent en jeu. S'il s'agit d'attention volontaire, oa d'attention spontanée provoquée par la simple curiosité, l'excitation des diverses fonctions se produit et se constate facilement: l'épuisement qui en est la suite ne s'apprécie que si l'attention a été excessive. On peut donc dire que ces formes de l'attention sont des états psychiques surtout sthéniqucs, c'est-à-dire engendrant la force à la condition qu'elles ne dépassent pas une certaine mesure. Mais, pour les émotions, il en est de sthéhiques et d'aslhéniques (Ch. Feré). Le plaisir modéré est sthénique. Parmi les émotions douloureuses, celles qui sont explosives, la colère, la haine, la fureur, le désespoir, sont aussi sthéniques. Mais les émotions douloureuses dépressives, le chagrin, la peur, sont asthéniques, c'est4dire qu'elles aboutissent presque immédiatement à des phénomènes d'épuisement, sans qu'il y ait eu auparavant une phase d'excitation appréciable. Ce dernier fait est de la plus haute importance. 11 nous laisse pressentir que dans le surmenage mental, les accidents les plus sérieux résulteront (le la mise enjeu de Tatlention par des émotions dépressives.
L'inQuence de l'activité psychique sur tout l'organisme se manifeste
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par des troubles de la nutrition. L'analyse chimique de certaines ImmeurSy de Furine en particulier, montre que le travail intellectuel provoque des modifications dans les échanges nutritifs. Les travaux qui ont été faits sur ce point ne laissent aucun doute, malgré leurs dissidences de détail et leurs lacunes.
Rappelons d'abord que A. Flint a avancé que le sang de la veine jugulaire était plus riche en cholestérine que celui de Tartère carotide; il en conclut que la cholestérine est un produit de désassimilation de la substance cérébrale ; elle proviendrait de la lécithine. Mais ces expériences n'ont pas été reprises; et d'ailleurs elles ne nous apprennent pas si la quantité de cholestérine augmente dans le sang de la veine jugulaire sous rinfluence du travail psychique.
Les recherches entreprises dans le but d'étudier l'influence de l'activité intellectuelle sur la composition des urines ont fourni des résultats intéressants.
D'après Byasson, le travail intellectuel augmente la quantité d'urée, de phosphates, de chlorure de sodium et diminue celle de l'acide urique(*).
Golding Birg cite l'exemple d'un prédicateur qui, après un sermon, éliminait deux fois plus de phosphates qu'en temps ordinaire.
Sùlzer et Strûbing, Paton ont aussi trouvé que le travail intellectuel augmente la quantité des phosphates. Mais cette augmentation n'a pas été retrouvée par les autres expérimentateurs.
M. Mairet, qui a étudié d'une manière très précise les oscillations de l'acide phosphorique et de l'azote dans l'urine, a constaté, sous l'influence du travail intellectuel, une diminution des phosphates unis aux alcalis et une augmentation des phosphates unis aux terres. La quantité totale d'acide phosphorique est diminuée ou reste sans changement. Le cerveau, en fonctionnant, absorbe donc de l'acide phosphorique uni aux terres. La quantité de l'azote urinaire diminue par le travail intellectuel*).
A. Stcherback (') a fait une série d'expériences desquelles il tire les conclusions suivantes : « La transformation du phosphore dans l'organisme dépend en partie de l'activité cérébrale, dont les oscillations retentissent aussi bien sur l'échange phosphorique du cerveau que sur l'échange phosphorique général. Les modifications de ce dernier montrent nettement l'existence d'un accroissement du besoin de l'organisme en phosphore, dans les cas de travail intellectuel intense, et inversement d'un affaiblissement de ce besoin, dans les cas de diminution de l'activité
(*) Btahoii, Essai sur la relation qui existe à l'ctat physiologique entre l'activité cérébrale et B composition de l'urine. Thrsc de Pari/t^ 1K08.
(*) Xairet, Recherches sur rrliniiiialion de l'acide pliosphorifiue chez l'homme sain, raliéné, répii(>p(iquc et l'hystérique. Paris, IS8i.
C) A. Stcherbak (de Saint-Pélershom-j:), Contribution à l'élude de l'influenco de l'activité *rébrile sur l'échange d'acide plios|ihuri(|ue et d'azote Archives de médecine expérimentale, IW, p. 309.
cérébrale, chez les idiots par exemple. Chez l*homme, le tissu neneui intervient dans les modifications de l'échange phosphorique génénL Dans les cas de surmenage intellectuel, Fécliange azoté se modifie wm d'une façon très accusée en créant des conditions très défavorables i li nutrition générale de l'organisme. L'action nocive du surmenage intellectuel parait, en plus, dépendre plutôt de sa durée et de l'insuffisaiMe du repos que de l'intensité du travail intellectuel lui-même. Il est difli' cile d'éviter les conséquences fâcheuses du surmenage intellectuel, eo augmentant l'apport de matériaux nutritifs en général et de phosphore cb particulier, pour cette raison que, dans ces conditions, l'assimilation des aliments est considérablement diminuée ».
M. Thorion a trouvé que le travail intellectuel augmente nettement li quantité des urines et diminue sa densité, et nous rappellerons a ce propos le fait bien connu de la polyurie émotionnelle; il accroît I'cxcrtion de la chaux, du chlore, de la magnésie; il diminue l'acide sulibriquc total. 11 est sans intluencc sur les autres éléments. L'acide phosphorique total, qui ne présente pas de variations quantitatives, subit probablement un changement qualitatif, la quantité de phosphates terreux s'élevant pendant que celle des phosphates alcalins s'abaisse. Ces rt^ultats ne doivent pas être mis sur le compte de la désassimilation générale, car le travail intellectuel ralentit la nutrition générale; il abaisse, ea effet, le taux de l'azote total, et surtout de l'urée et du soufre; il y a dooc désassimilation moins active des substances albumïnoides. Si l'augmen* tation des éléments signalés ne peut être attribuée à la désassimilation générale, c'est donc, selon toute vraisemblance, qu'il y a désassimilation spéciale du cerveau, d'autant plus que les physiologistes ont déji démontré que la pensée produit dans cet organe une élévation de b température et une suractivité de la circulation (*).
Contrairement à l'auteur précédent, M. Gaube (du Gers) aflirme qw le travail intellectuel diminue la (|uantité de magnésie des urines; d'oi il conclut que pendant ses périodes d'activité, le cerveau retient celU substance (').
M. A. llobin, qui a plus particulièrement étudié les rapports de l'aciA phosphorique incomplètement oxydé à l'acide phosphorique total, adiuc que l'augmentation du phosphore incomplètement oxydé se produi quand il y a dépression nerveuse. Une diminution relative du phosphor incomplètement oxydé correspond à une excitation nerveuse.
11 est intéressant de relever ici la diminution de Tacide phosphoriqu dans les urines des sujets qui ont une faible activité intellectuelle : le hommes endormis, les déments, les idiots. Les recherches de M. Beauni ont montré que l'excrétion de l'acide phosphorique diminue uettcmen pendant le sommeil; M. Mairet et M. Beaunis ont constaté aussi cett
(') TiiORioN. Influencer du Iravail inlcllocluel sur les variations cic quelques éléments de Turiii à l'état p]iy<i(»lMpi(|ii(.. Thèse (h iSaitcy, 18U"». (*) Gaub£, Uiiiilie minérale des corpb organisés. Arch. gin. de médecine^ septemlut; iS03
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diminutioQ chez les déments. M. Mabille, qui a étudié les urines des idiots, arrive aux conclusions suivantes : la quantité des urines émise par les idiots dans les vingt-quatre heures est un peu inférieure à la normale. Les urines sont acides et leur densité varie entre 1018 et 1022. La quantité d'urée est faible, variant entre 7 et 11 grammes par jour. U en est de même de la quantité d'acide urique (8 à 10 centigrammes). Le chlore, en revanche, atteint souvent 8 à 10 grammes, mais c'est surtout la faible quantité d'acide phosphorique éliminé par les idiots qui est remarquable. Les malades éliminent 25 à 50 centigrammes d'acide phosphoriqiie par jour. La proportion de l'acide phosphorique uni aux terres est de 1 pour 4 (').
De l'ensemble de ces recherches on peut conclure, malgré leurs dissidences, que le travail intellectuel est caractérisé par une modification des échanges nutritifs dans la substance nerveuse et dans tout l'organisme; Furine devient plus abondante; certains corps sont éliminés en excès, d autres en moindre quantité qu'à l'état normal; d'autres enfin, comme Tacide phosphorique, changent de forme chimique et subissent des modifications quantitatives encore mal déterminées.
En résumé, Tattention, état psychique anomal, ne peut durer longtemps sans provoquer des troubles, qui sont tantôt légers et physiologiques en quelque sorte, tantôt sérieux, durables et vraiment morbides; non seulement elle épuise la cellule cérébrale; elle épuise aussi l'organisme tout entier. Elle provoque dans les appareils de la vie animale et de la Tie végétative des phénomènes d'excitation dynamogénique ou inhibitoire; excitation suivie à son tour d'épuisement, qui est surtout marquée dans les émotions dépressives. Ces manifestations physiques de l'attention s'accompagnent d'une modification plus ou moins profonde dans les échanges nutritifs, modification qu'on peut apprécier par l'analyse des urines.
Les considérations qui précèdent nous permettent de supposer que, pour produire des états morbides, le surmenage mental agit sans doute d'une manière assez complexe : d'abord en épuisant la cellule cérébrale, ensuite en provoquant l'asthénie des grandes fonctions de la vie végétative, enfin en troublant plus ou moins profondément la nutrition intime des tissus.
Nais quelle est la limite qui sépare la fatigue cérébrale, étal normal, do surmenage mental, état pathologique? Cette limite est évidemment indécise, comme celle qui, en biologie, sépare le normal de l'anomal; on peut dire néanmoins (|ue la fatigue devient le surmenage lorsque ses effets psychiques et physiques se présentent avec une intensité inaccoutumée et se prolongent outre mesure.
(') Coiigrct de médecine mentale de la Rochellef 1H93
4Ca U i'ATlGUE ET LE SURMENAGE.