‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 69 sur 152 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Troubles nerveux. — I. Pour éviter la cause d'erreur que venons de signuler, allons du simple au composé. Examinons d'abord' efTets du surmenage intellectuel chez un sujet exempt d'antécédent; ditaires ou personnels.

Un homme, ohligé à un triivail de cahinet, travaille toute la jouméc veille tard dans la nuit. Pendant de longues heures, il fisc fortement attention sur l'objet de son étude. 11 se met au lit vers deux ou ti heures du matin; mais le sommeil ne vient pas; il pense à ce i]uil fi de faire el sa volonté est impuissante à modérer l'actÎTité déréjjlée fonctions cérébrales. Non seulement il ne dort pas, mais il éproure sensations pénibles de froid dans les extrémités, de constriction dm tête, de brisement dans les membres, de ;tiraillements à Tépigasln. plus souvent, une nuit de sommeil répare les forces épuisées. Xù l'accès de fatigue cérébrale se répète, il survient un véritable élatn bide, et d'après M. Bouveret, cet état morbide n'est autre chose qw neurasthénie. Mais ceci appelle quelques remarques. Si ce sujet n'i de tares antérieures, on peut bien, si on le veut, donner aux accidf qui déritcnt du surmenage intellectuel le nom de neuraslh^ie; tnti s'agit alors d'une petite neurasthénie, d'une neurasthénie bénigne. I différente de la grande neurasthénie, telle que nous la décriTent ati)< d'hui, après Beard et Charcot, M. Bouveret, M. Levillain, M. A. Milhi

Les symptômes de cette petite neurasthénie, de cet flat de ta épuisement sont les suivants : il se produit d'abord un état d'insomnie, caractérisé sui'tout par la difficulté de s'endormir. Au la tête est lourde, les membres fatigués, la bouche pâteuse, cl il su parfois des épistaxis peu abondantes. L'appétit est conservé, parfois exagéré; le repas est suivi d'une sensation de plénitude et de lourdeof l'estomac avec un besoin de sommeil très passager; dans quelque se produit une heure ou deui heures après une véritable douleur trique ou sous-hépatique qui disparaît par l'ingestion d'une petit* de bicarbonate de soude, Une constipation plus ou moins opiniàlnl^ blit. La marche, la station debout, un mouvement brusque, peuvent Toqucr un léger état vertigineux. La vision s'allaiblit un peu. Le devient irascible; le travail intellectuel c&l de plus en plus pénible. I une céphalée plus ou moins vive peut tourmenter le sujet; elle estb mtttente et son siège est variable, tantôt frontal, tantôt orbitaire, t occipital, tantôt en casque ('). D'après Benedikt (de Vieitnc), le (') Celte cfpliiti'e al trtt [r^ucnte cliEi 1» jcun«3 getu qui iiréjurcnl de* en

intellectuel engendrerait parfois une hyperesthésie du crâne localisée aux sutures osseuses. Je n'ai pas observé cette « névralgie suturale ». Tous ces symptômes s'effacent avec rapidité dès que Texcès de travail a pris fo. Quelques douches froides hâtent encore la guérison.

Mais si le sujet présente des tares héréditaires, alors le surmenage întellectuely même modéré, engendrera la grande neurasthénie, la neu' nsthénie grave, tenace, qui devient un supplice pour le malade et une humiliation pour le médecin.

n. Lorsque le surmenage intellectuel combine son influence à celle du surmenage moral, a celle de l'hérédité, de Talcoolisme, de divers états morbides concomitants ou préexistants, son champ d'action s'élargit beaucoup.

L'action provocatrice du surmenage mental sur les maladies nerveuses^ sur les névroses en particulier, constitue sans aucun doute la partie la plus importante du domaine de son influence. La neurasthénie occupe le premier rang parmi les affections que suscite la fatigue cérébrale : c'est la vraie maladie du surmenage mental. Le surmenage intel« lectuel, surtout lorsqu'il est joint au surmenage moral, est une des causes les plus certaines de la neurasthénie. Mais, nous venons de le faire remarquer,pour produire la neurasthénie, telle que la comprennent les auteurs des travaux les plus récents, le surmenage ne suffit pas; il y faut joindre presque toujours l'influence de l'hérédité. Cette remarque s'applique encore i l'action du surmenage mental sur les autres névroses. Une émotion, une frayeur, peuvent faire éclater la chorée, la paralysie agitante, un paroxysme hystérique, un délire, mais seulement chez des sujets prédisposés par le nenrosisme héréditaire, l'alcoolisme ou une diathèse préexistante. Les terreurs nocturnes des enfants et les réveils angoissants des adultes sont parfois provoqués par le surmenage mental, mais seulement chez les prédisposés. On a accusé les émotions vives de pouvoir provoquer l'apparition du goitre exophtalmique; mais justement la maladie de Basedow a pour symptôme une extrême émotivité ; l'excitation mentale ne fait probablement qu'aggraver et mettre en évidence une affection latente jusque-là.

Une fatigue cérébrale inusitée, une colère, sont parfois les causes qui font éclater une crise de migi^aine.

Enfin le nombre croissant des cas de paralysie générale, de folie et de suicide a été imputé au surmenage mental qui augmente tous les jours; ici encore la suractivité cérébrale n'est pas seule à jouer un rôle : l'influence de l'hérédité, des intoxications, des infections intervient pour une part qui, il est vrai, n'est pas toujours facile à déterminer (*).

Ltô maladies générales intercurrentes prennent très souvent, chez les wrmenés du cerveau, la forme qu'on désigne du nom de forme céré-

divcot et J. Simon, elle ne doit pat ôtre confonduo avec la céphalée de croissance lii^c à l'hypcrtnpkie da cœur dite de croissance, et qui n'a aucun lien avec le surmenage intellectuel.

(') Voyez for tou« ce: pointa Ch. Feriî, La patliologie des émotions : particulièrement le c^Ml^e fu.

broie. Si la fièvre typhoïde, la pneumonie, se développent chez des sojeb atteints de surmenage mental, ces maladies prennent fréquemment h forme délirante. La syphilis se localise volontiers sur le cerveau des vat' menés (A. Fournier).

Une fatigue cérébrale est capable de provoquer la fièvre chez les sqelt débilités. L'appareil nerveux qui préside à la thermo-régulation de FoS ganisme, si parfait dans l'état de santé, est insuffisant chez les débiles et les convalescents. Aussi une émotion morale peut-elle chez ces sujeb provoquer une élévation, parfois considérable, mais éphémère, de li température. C'est un point que M. Bouchard a bien mis en lumièit. Les malades qu'on amène à l'hôpital ont, 4 fois sur 5, une tempénture supérieure de 1 degré et plus à la température qu'ils présenteroot le surlendemain et les jours suivants. Un fait bien connu, c'est que les visites reçues par les malades fébricitants, les cachectiques, les phtin* qucs, amènent une élévation immédiate de la température. Les cliniciens savent tous que dans l'état fébrile ou dans la convalescence, parler, lire, traiter une affaire, éprouver une émotion, sont des causes de recrudescences ou de retour de la fièvre. Un enfant est soigné par M. Le Noir pour une maladie insignifiante; on lui introduit, malgré sa volonté, ses cris et une lutte violente, le thermomètre dans le rectum; il monte à 43*,!. Quelques minutes après, Tenfant jouait comme si rien ne s'était passé. Le lendemain, la température, prise sans résistance, était normale.

Troiibles cardio-vasculaires. — 11 n'y a pas que le travail physique et matériel de l'artisan qui exerce sur le cœur une action malfaisante; cet organe ne lance pas seulement le sang dans tous le points de l'organisme; il est aussi l'aboutissant de toutes les émotions. Le cœur physique est doublé (Vun cœur moral, a dit Peter, et la fatigue immodérée de celui-ci produit des troubles de celui-là.

Mais ici il faut distinguer deux ordres de faits : 1® ceux où une émotion violente provoque, par une sorte de surmenage mental suraigu, des accidents immédiats plus ou moins graves, tels qu'une syncope ou une hémorrhagie ; 2^ ceux dans lesquels les émotions brusques ou les émotions persistantes, c'est-à-dire les passions, ont été accusées d'engendrer des lésions organiques du cœur et des vaisseaux.

1** Chez les sujets débiles ou impressionnables, une violente émotion peut entraîner une syîicope, et celle-ci peut être mortelle. C'est un fait de connaissance vulgaire.

Il faut rapprocher de la syncope les accidents connus sous le nom de choc nerveux^ c'est-à-dire un ensemble de phénomènes résultant d'une violente excitation du système nerveux et caractérisée, d'après M. Roger (*), par une série d'actes inhibitoires dont le principal est représenté par i'arrét des échanges. II peut être provoqué par des causes variées; il peut l'être en particulier par une émotion très vive et très brusque. Au point

(*) RoGEB, Le choc nerveux. Archives de physiologie^ juiUei et octobre 1893.

\e rue clinique, il se manifeste par un véritable collapsus ; abolition de 'intelligence, de la motilité, de la sensibilité, la pâleur de la peau et les muqueuses, la dilatation de la pupille, la faiblesse de la respiration st du pouls. Cet état peut se terminer par la mort au bout d'un temps im irariede quelques minutes à vingt-quatre heures; si le malade revient k hi, il présente une réaction qui n'est pas elle-même sans danger. Les ■ceidoits provoqués par le choc nerveux paraissent se produire surtout chei les sujets atteints déjà de débilité nerveuse congénitale ou acquise.

S'U n'est pas toujours facile, dans les exemples cités par les auteurs, 4e démêler si la mort subite ou rapide a été due à la syncope ou au choc nerveux, les faits ne manquent pas où l'on voit des sujets succomber à me violente émotion. On dit que [Sophocle, Denys le Tyran, Pitt, mourarent à Tannonce d'une nouvelle imprévue. Des hommes sont morts parce qu'on avait fait le simulacre de les tuer. Des étudiants se saisissent Sm surveillant et annoncent qu'ils vont lui trancher la tête; ils l'age- Dooillent et le frappent à la nuque avec une serviette mouillée; quand en le relève, il avait cessé de vivre (Mansell-Moulin). Des médecins de Copenhague, voulant étudier les effets de l'imagination sur un condamné imort, après lui avoir fermé les yeux, firent le simulacre de le saigner i blanc; il mourut sous les yeux des expérimentateurs. Un employé de diemin de fer est amené à l'hôpital sans connaissance, dans un état des plos alarmants : le pied, disait-on, avait été broyé par une machine; 00 l'examine et l'on constate* que la roue n'avait écrasé que le bout de n botte (Page).

L'influence des émotions sur la production des hémorrhagies est bien connue. Une vive émotion fait augmenter brusquement la tension artérielle; si les vaisseaux ont une fragilité morbide, ils se rompent et l'hémorrhagie se produit. L'augmentation de la pression artérielle n'est peut-être pas seule en cause. Nous avons vu que chez les animaux forces à la course, le sang a perdu la faculté de se coaguler (Huntcr) ; or la même altération du sang a été observée chez les animaux sous l'influence de la dooleur par les physiologistes d'Alfort, et par J. Hunter chez un individu niort dans un accès de colère.

Les émotions très vives peuvent provoquer l'hémorrhagie cérébrale cheiles sujets qui ont des anévrysmes miliaires dans le cerveau. Fabrice «le Hilden raconte qu'un homme à peine guéri d'une blessure de Tartèrc temporale se livra à une violente colère; une hémorrhagie s'ensuivit qui faillit amener la mort. L'hémoptysie chez les tuberculeux, le flux anni chez les hémorrhoïdaires, Thématémèse chez les sujets atteints d'ulcère rond, peuvent être provoqués par une colère ou une émotion. On a rapporté à des secousses morales rotorrhagie(Luc), le purpura (Hamaidc, Lancereaux, Mollière), l'hématurie (Lancereaux), l'épistaxis (Ogier, Ward),

ht contre, on sait que des hémorrhagies peuvent s'arrêter sous l'inr ilaence d'une vive émotion, probablement en raison du spasme des nisseaux*

506 U FATIGUE ET LE SimNENAGE.

2^ L'influence du surmenage moral sur les affections cardia^ admise par beaucoup d'auteurs, entre autres Corvisart, Schina Cl. Bernard, Peter, Lamare, Bernheim, Picot, etc. Les émotions pourraient engendrer de la dilatation permanente du cœur avec hypertrophie. L'influence du surmenage moral est-elle àm aggravante, et agit-elle pour provoquer des accidents d'asthénie a chez un sujet atteint d'une lésion organique antérieure? Ou bien capable, à elle seule, de créer une affection du cœur? Il est difBc; dire. Voici un fait cité par Peter : une jeune dame, menacée domestique qui voulait la voler, lutte avec lui, et éprouve aussit une violente douleur cardiaque; et depuis elle présente une dikfa cœur avec des accidents d'asthénie cardiaque. Mais, qui peut que le sujet n'avait pas déjà une myocardite chronique?

Quoi qu'il en soit, une vive émotion morale paraissant avoir p de provoquer une sorte de spasme généralisé du système vasci d'augmenter ainsi brusquement la pression sanguine, on compn le cœur puisse subir, consécutivement à cette influence, une d de ses cavités.

M. Huchard, qui a étudié récemment la question qui nous soutient qu'il faut faire une distinction capi^le entre les cardi valvulaires et les cardiopathies artérielles. Pour les premières, monde est d'accord; elles peuvent être sûrement aggravées, mais sauraient être jamais créées de toutes pièces par les impressions i En est-il de même pour les secondes?

M. Huchard avance que les émotions sont les causes les plus tri du développement de V artériosclérose en général, et de l'artéi rose du cœur en particulier. Tout l'arbre circulatoire entre en con sous l'influence d'une émotion. Des émotions prolongées ou subi créent un état presque permanent de spasme vasculaire et d'hype artérielle; or, d'après M. Huchard, celle-ci est la cause prod l'artério-sclérose. Quelques faits observés récemment nous p< accepter l'influence du surmenage passionnel sur les vaissea sujets jeunes, sans aucun antécédent héréditaire ou personnel, s diathésique, toxique ou infectieuse connue, ont présenté de 1 sclérose à la suite de malheurs, d'émotions et de déceptions de tou

Mais l'ingénieuse explication proposée par M. Huchard néce nouvelles recherches. Nous savons que les actes physiques qui pagnent l'attention, avec ou sans émotion, sont des actes d'ei inhibitoire ou dynamogéniqpie, suivie de dépression proportionnel nous ne considérons que le résultat fmal, les recherches de M. Ch de M. J. Chéron(*) contredisent celles de M. Huchard; d'après ces le surmenage mental sous toutes ses formes a pour effet d'abi tension artérielle; et l'hypotension serait même, d'après J. Ch<

^*) J. CHtnoN, Introduction à lëtudc des lois générales de rhypodermift. Parit,lft)6

ien commun qui unit le surmenage mental aux divers états morbides [a*il engendre. Enfin, pour M. Charrin(*), ce sont surtout les oscillations iféquentes de la pression, de la vitesse du sang sous l'influence des émokms qui fatiguent à la longue le cœur et les vaisseaux.

Troubles digestifs. — L'influence des excès de travail intellectuel, des vives préoccupations, des émotions morales sur le développenent des états dyspeptiques^ est reconnue par tous les cliniciens. Le nrmenage mental d'une part, d'autre part la qualité ou la quantité des aliments* telles sont les grandes causes efficientes ou occasionnelles de dyspepsie.

A la suite de fatigues cérébrales excessives, rien n'est fréquent comme devoir éclater des troubles gastriques, le plus souvent des troubles de la lémtîon, de l'hyperchlorhydrie ou de l'hypochlorhydrie ; M. Bouveret incline à penser que le surmenage intellectuel provoque de préférence riiyperchlorhydrie, et que les passions dépressives, le chagrin et la triste^ prolongée, entraînent plutôt le ralentissement de la sécrétion gastrique. Je suis porté à croire que ces dernières peuvent aussi engendrer la myasthénie gastrique. Une émotion violente, la peur surtout, peut provoquer un flux diarrhéique^ mais le surmenage prolongé engendre la constipation. Celle-ci est un des efl'ets les plus certains du nrmenage mental; on peut avancer qu'elle manque bien rarement de se produire à la suite des fatigues cérébrales.

Les troubles digestifs engendrés uniquement par le surmenage mental, quand ils sont survenus chez un sujet sans tare héréditaire et antérieurement sain, ne sont d'ordinaire ni très graves, ni très durables; ils disparaissent assez rapidement dès que le repos succède à l'excès de fonctionnement. Quant aux grands états dyspeptiques, j'ai soutenu ailleurs et je répète ici que les vices de l'alimentation et le surmenage mental ne les provoquaient guère que chez des sujets prédisposés par l'hérédité neuroarthritique.

Cest sans doute à cette circonstance qu'on doit les discussions non encore épuisées sur les rapports de la neurasthésie et de la dyspepsie. Pour les uns, la dyspepsie est la cause la plus fréquente, la plus sûre de neurasthénie; c'est l'opinion soutenue, sous des formes différentes, par M.Bouchard, M. Glénard et M. Ilayem. Pour les autres, la neurasthésie engendre la dyspepsie, laquelle mérite alors le nom de dyspepsie nerveuse. C'était la manière de voir de Charcot; c'est celle de M. A. Mathieu. A mon sens, les deux états morbides, dans leurs formes sérieuses, se développent sur un terrain commun, le neuro-arthritisme héréditaire; parmi les causes occasionnelles (|ui en suscitent l'cclosion, le surmenage mental et les vices de l'alimentation occupent la première place. Ce qui a contribué à obscurcir cette question, c'est que les troubles dyspeptii|ues aggravent les troubles nerveux et réciproquement ; et lorsque les

(*) GiAMni, Aperçu général sur l'éliologie. Semaine médicale^ 1893, p. 557«

deux coexistent, le médecin se trouve en présence d'une sorte de eenk vicieux que sa thérapeutique ne parvient à rompre que difficilement.

Rossbach a décrit sous le nom de gastroxynsis une névrose partkilière, qui est considérée comme très rare en France. Elle se nuuûiaii par des paroxysmes, dont les deux principaux éléments sont une oépUéc violente et diffuse et une hypersécrétion acide de la muqueuse gastriqv; ces paroxysmes se terminent après l'évacuation par des vomissemali répétés du contenu de l'estomac. Cette affection» qui n'est pas an analogie avec la migraine, serait presque toujours provoquée par m excès de travail intellectuel, une veille prolongée, une émotion, une colère.

Une vive émotion morale peut provoquer presque immédiatemol l'apparition de l'ictère. Si les conditions pathogéniques de V ictère émolU sont encore obscures, certains faits ne laissent aucun doute sur m existence; la jaunisse est apparue brusquement chez un homme misM mur, pendant la Commune, et près d'être fusillé (Potain), chez une jeune fille vivement émue par une tentative de cathétérisme vésid (Rendu), chez un ouvrier qui venait d'avoir une violente altercation aiM ses camarades, et s'était contenu à grand'peine pour ne pas se laissa aller à des voies de fait (A. Chauffard).

Troiibles cutanés. — L'influence d'une émotion pénible sur mT'

taines affections cutanées de l'ordre des dermato-névroses, signalée (» les anciens auteurs, a été mise hors de doute par M. Leloir. Un âiocmon peut provoquer l'apparition de la maladie de Raynaud, de l'érythème, i l'urticaire, du purpura, de l'eczéma, du psoriasis, de l'herpès, du peo phigus, du prurigo, du lichen, du vitiligo, de la calvitie et de la canitic La décoloration presque immédiate des cheveux a été observée à la suit d'une violente secousse morale. Mais dans la genèse de tous ces étal morbides, sans doute l'émotion n'est qu'une cause occasionnelle, et faut faire une grosse part à la prédisposition.

Chez les individus violemment affectés par une émotion désagréabk on voit se produire des sueurs profuses et, chez certains névropathes, c la chromhidrose.

M. Peter a rapporté un cas d'œdème hystérique survenant à la sui d'émotions pénibles.

Troiibles de la menstruation. — Les troubles de la menstni tion sont fréquents chez les jeunes filles soumises au surmenage menta au dire de M. Dujardin-Beaumetz, l'aménorrhée et la dysménoniiée soi parmi les troubles que présentent les élèves de l'École normale primai) supérieure des filles, lesquelles sont soumises à un travail intellecto* excessif. L'arrêt brusque de la menstruation s'observe quelquefois à I suite d'une vive émotion.

Maladies de la nutrition. — Des maladies de la nutrition peo vent être la conséquence du surmenage mental. Celui-ci a une actioi puissante sur les échanges. L'influence du travail intellectuel sur h com

position de rurine le prouve. M. Bouchard admet que les habitudes tristes, Tennui, les préoccupations doivent prendre place parmi les causes du ralentissement de la nutrition. La clinique démontre que les passiors d^ressives doivent figurer dans Tétiologie de la Kthiase biliaire, et, à ce propos, il n'est pas sans intérêt de rappeler que, d'après A. Flint, la cholestérine est un des éléments de la désassimilation cérébrale. L'irfluence du surmenage mental, du choc nerveux en particulier, sur le développement du diabète sucrée est acceptée par tous les cliniciens. Les diagrins peuvent aussi provoquer parfois Vobésité. A coup sûr il faut, pour que ces maladies puissent se développer, une prédisposition héréditaire ou acquise; mais les faits ne manquent pas qui montrent Téclosion des accidents peu après une fatigue cérébrale ou une émotion vive.

Une femme perd un fils unique; elle tombe dans un état de prostration très alarmant ; trois semaines après survient sa première colique hépatique. La femme d'un riche bourgeois marie sa fille à un noble; après la cérémonie, elle épanche sa joie dans le sein de son gendre ; celui-ci la repousse, lui fait comprendre en quelques mots très secs que ces témoignages d'affection lui déplaisent, ne cache pas son mépris des parvenus, et déclare qu'il entend que les distances soient conservées. La malheureuse est écrasée par ces paroles ; elle est prise la nuit suivante d'une soif inextinguible et d'une polyurie intense ; les urines, examinées quelques jours après, contenaient 100 grammes de sucre par litre (*).

Un homme, observé par M. Ch. Féré, perd plusieurs membres de sa tunille qui succombent à la phtisie; sa fillette est prise à son tour et succombe; il en éprouve un violent chagrin et, peu après, il engraisse et passe du poids de 60 kilogrammes au poids de 106 kilogrammes qu'il n'a pu faire diminuer.

Sydenham eut un de ses plus violents accès de goutte après avoir traTaillé sans relâche au célèbre Traclatus de podagrâ.

Surmenage mental et infections. — Le surmenage mental prédispose aux infections peut-être autant que le surmenage physique. L'être vivant se défend contre l'infection par une série de procédés que lesrecherches modernes commencent à classer: la phagocytose, la chimiotaxie, la diapédèse, le pouvoir bactéricide et le pouvoir antitoxique des himeiirs. Tous ces actes de défense ne sont possibles que si le système nenreux fonctionne bien et si la composition chimique des tissus est Dormale. Or, le surmenage mental épuise les nerfs et modifie la compoution des tissus. On s'explique ainsi la prédisposition des surmenés à l'infection. La fièvre typhoïde est fréquente chez ceux qui préparent un concours. J. Wier a rapporté le scorbut des armées aux mauvaises conditions morales, à la nostalgie, au découragement de la défaite. Le peuple croit que la peur est capable de provoquer l'érysipèle, surtout au moment de la menstruation; cette crojance n'est pas sans fondement; il est inté-

(*) Tout réeemmcnt M. P. Gibier a vu qu'on peut provoquer U giyoMurie cbei Ici animaux a moyen d'excitaiions psychiques

ressant de la rapprocher des expériences de M. Roger qui mettoil < lumière l'influence du système nerveux sur la genèse et ré?olatioii h Térysipèle expérimental ; cet auteur inocule le streptocoque aux den oreilles d'un lapin; 'mais, au préalable, d'un côté il arrache le gaD|^ cervical du grand sympathique; or, de ce côté où on a réalisé la n dilatation, la guérison est beaucoup plus rapide; d^autrepart, si ^OQse^ tionnc un nerf sensitif, et si Ton inocule Férysipèle dans la région énervée, rinfection parait beaucoup favorisée, probablement parce que les réactîoQi réflexes vaso-dilatatrices sont impossibles. M. A. Feré cite une obsemtiM où le paludisme fut ravivé par une émotion. Rostan et Grisolle ont n^ porté des faits qui prouvent que la pneumonie peut éclater à roccuiai d'une vive émotion, et Peter disait : c Quelqu'un est mort de chagm et de fluxion de poitrine ». Laënnec ne connaît pas à la phtisie decami plus certaine que les passions tristes, surtout quand elles sont profoodei et de longue durée. 11 cite l'exemple d'un couvent de femmes dont c Fattcntion était habituellement fixée sur les vérités les plus terribles de h religion » et qu'on s'efforçait d'amener, par toutes les contrariétés, c i un entier renoncement :» ; sous l'influence de ces pratiques, Lacnnec a n la communauté se renouveler deux ou trois fois dans l'espace de dii années, par la perte successive de tous ses membres, qui succombaient} la phtisie pulmonaire. Peter adopte l'opinion de Lacnnec; pour lai, k lien entre la tristesse et la tuberculose, c'est la dyspepsie qu'engendrent les passions dépressives. D'après M. Lagneau, la phtisie se montre souvent chez les jeunes gens studieux «c qui, presque constamment penches sur leur table, ne respirent qu'incomplètement ». M. Dufestel a cité l'exemple d'une jeune fille atteinte de phtisie aiguë à la suite du surmenage causé par la préparation d'un examen (^).

Les mêmes conditions qui favorisent l'invasion bactérienne de l'organisme interviennent aussi pour expliquer la gravité de rinfection cbei les sujets atteints de surmenage mental. Ceux-ci présentent avec une grande fréquence les formes graves des affections parasitaires, et le mal les emporte sans qu'ils opposent de résistance. Un homme tombe dans un profond chagrin à la suite de la mort de sa femme; il contracte un érysipèlc de la face qui s'accompagne d'hyperthermic, de délire, puis de coma; et il meurt en six jours. M. Hervieux déclare que l'infection puerpérale est beaucoup plus grave chez les femmes qui sont agitées de préoccupations morales sérieuses, chez les filles mères par exemple. M. Ch. Feré raconte des expériences où des animaux furent inoculés avec divers microbes (choléra des poules, pneumo-entérite du porc, diplocoque): les uns furent soumis à des frayeurs répétées ; les autres furent laissés tranquilles ; les premiers succombèrent avant les seconds.

On fait aujourd'hui de nombreuses tentatives pour démontrer que le cancer rentre dans le cadre des maladies parasitaires. Or, beaucoup de

(*) DuFKSTEL, Phlhisic tiguc et surmenage. Journal de ciini^ue ei de thérapeutique infe»^ tiUê, 1807/, D» ().

Page 1