CONDITIONS ËTIOLOGIQUES DU SURMENAGE MENTAL
^ence, un instrument de torture pour le cerveau humain ». A notre bf)oquey journaux et romans sont devenus [indispensables à beaucoup de DOS concitoyens. Les journaux soutiennent les opinions les plus contradictoires avec la même apparence de conviction, et font osciller les esprits d'une manière désordonnée. Les romans, multipliant les émotions dans un court espace de temps, deviennent une cause de surmenage moral artiGciel; ils exaspèrent la sensibilité et font paraître la vie journalière monotone et plate.
Chez les sujets héréditairement épuisés, ces conditions sociales engendrent des états morbides variés, surtout des névroses et de la folie. Chez les plus sains, les plus exempts de tares, elles occasionnent souvent dn mécontentement, de la désillusion, de la tristesse, de la révolte; et les effets de cet état mental se font sentir sur les descendants qui deviennent des épuisés irritables, sans défense contre l'action du surmenage. D'ailleurs, comme les causes de fatigue cérébrale sont tous les jours plus nombreuses, il est à craindre que les races civilisées ne souffrent de plus en plus de cet état de choses. Mais, un jour, celui-ci s'améliorera lans doute; à défaut d'une modification profonde de l'organisation sociale qu'il est impossible de prévoir, on peut supposer que l'espèce humaine finira par s'adapter aux conditions nouvelles de la vie, par le mécanisme de la sélection naturelle.
Le surmenage mental peut être réalisé par un excès d'attention dans le dooiaine intellectuel ou dans le domaine affectif; il peut être intellec- (vei ou moral. Dans le premier cas, il ne se produit que par un effort de Tolonté qui n'est pas nécessaire dans le second. L'excès de travail intellectuel fatigue d'une manière active; les émotions fatiguent d'une nuuiière passive. Ce qui produit le surmenage intellectuel, ce n'est pas Tintensité, c'est la continuité du travail, jointe le plus souvent à l'insuffisance du repos. Le surmenage moral peut engendrer des accidents de deux manières : soit par l'intensité de l'état émotionnel ; soit par sa persistance : dans le premier cas, il se produit des accidents brusques, suraigus, qu'il faut comparer aux accidents asphyxiques du surmenage musculaire; dans le second, au contraire, les effets morbides se produisent à longue échéance et affectent une allure chronique. Le surmenage intellectuel et le surmenage ^noral combinent souvent leurs effets ; aussi n'est-il pas toujours facile de tracer exactement les limites de leur domaine respectif, et sommes-nous obligés de les réunir dans une même ^e. Nous avons essayé pourtant, dans la mesure du possible, de leur laire à chacun leur part.
1. Le surmenage intellectuel ne peut être réalisé que par un effort de volonté; aussi ne l'observe-t-on pas chez les jeunes enfants.
C'est seulement vers seize, dix-sept, dix-huit ans, lorsqu'il s'agit de passer des examens, qu'il peut se produire et aboutir à des effets morbides. Nous pensons avec Charcot, Javal, Ch. Feré, Galton que le jeune âge a une merveilleuse faculté d'inattention, et que les dangers du sur-
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ménage scolaire ont été beaucoup exagérés, dans la discussion qm« a 1886, fut suscitée à rAcadémie de médecine par M. Lagneau(*).
Voici comment M. Charcot s'exprime à ce sujet (') :
c Le surmenage intellectuel véritable n'existe pas dans les coUègei, parce qu'il n'exi»te pas, en réalité, à l'âge où se trouvent les sujets in* moment de leur existence. Donnez à un enfant un travail énorme, |m» coup au-dessus de ses forces, il l'accomplira peut-être. Mais toute li portion qui dépassera la moyenne de sa vigueur intellectuelle, il la fai ^omme une machine. L'enfant ne prend que ce qu'il peut prendre nnK^ riellement, pour ainsi dire. Une fois sa capacité intellectuelle dépassée, il rejette le trop-plein, ou mieux ne l'admet pas du tout, et cela |wr une raison d'évolution en quelque sorte, parce que c'est ainsi i cet êgi de la vie, et puis aussi parce que l'enfant, ne voyant pas Tintérèt imoidiat ou le but prochain de ce qu'on lui fait apprendre, est incapable k produire, par la volonté, cette force de surchauffement, d'hypertenâfli cérébrale nécessaire pour fournir une somme de travail au-dessus de m forces.
« Il est possible que le séjour trop prolongé dans les salles d'étude, que le manque de grand air et d'exercices physiques soient, jusqu'à ■ certain point, des obstacles au développement matériel des enfants. !Us peut-on appeler cela véritablement du surmenage, du moins au point de vue intellectuel? Le vrai surmenage ne se rencontre que plus tard dans la vie, chez les étudiants qui préparent des concours, chez les homma faits, obligés par leur profession, leur situation sociale, de fooinir quelquefois une somme de travail bien au-dessus de leurs forces. Ceux-U se surmènent, parce qu'ils sentent qu'il faut, sous peine de manquer one place, de paraître insuffisants dans celles qu'ils détiennent, arriver i mener à bien la besogne accumulée devant eux. Us se surchauffent bien souvent par des procédés artificiels, passent les nuits, se privent de repos. Les uns arrivent au but et résistent; d'autres atteignent le but, mais tombent malades après; d'autres, enfin, ne sont point capables d*allei usqu'à la fin, et le surmenage les abat en route. C'est chez les hoaun« qu'on observera des cas d'hystérie par surmenage et surtout des cas d( neurasthénie. Mais chez les enfants il n'en est pas de même, et je croii qu'on ne doit pas considérer le surmenage cDmme pouvant fréquemment faire éclore l'hystérie et la neurasthénie chez les jeunes collégiens, tandii que chez l'adulte, en général, on doit le ranger parmi les agents provoci teurs de ces névroses ! »
Quand on relève les accidents qui ont été imputés au surmenage seo laire, on voit qu'il Hiut accuser d'abord le défaut de lumière et l'air con fine, la nourriture insuffisante ou peu appropriée à l'âge des enlànts» ï
(») Bull, de CÂcad, de médecine, 1880, t. XV, p. 59; t. XVI, p. 219, 225, 228.
(•) Cité par G. Guncoîi, Les agents provocalcurs de l'hystérie. Thèse de Parité iSSO, p. 128 Voyez aussi : Ch. Feré, liC surmenage scolaire. Progrès médicaL 4887. — Galtosi, Recbereki sur la fatigue mentale. Revue scientifique, n* 4, 26 janvier 1889.
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■lalpropretéy les erreurs concernant rhabillement, la sédentarité ou r immobilité, les attitudes vicieuses. Que reste-t-il dès lors au surmenage icolaire? Quelques accidents nerveux très rares (céphalalgie, insomnie, inaptitudes au travail) observés, dit M. Ch. Feré, seulement chez des •qets ayant des tares héréditaires.
Les effets du surmenage intellectuel commencent à s^observer avec une certaine fréquence chez les jeunes gens qui se destinent à une carrière éoDt les portes ne s'ouvrent que par le concours. Il ne s^agit pas ici d'avoir un minimum de connaissances; il s'agit de l'emporter sur ses concurrents; cette situation engendre l'émulation, sentiment louable et liknfaisant lorsqu'il est maintenu dans certaines limites, détestable et ml&isant lorsqu'il est développé à l'excès. Les candidats à ce qu'on q^pelle c les grandes Écoles du gouvernement », ceux qui, en médecine eiailleurs, suivent la carrière des concours, les jeunes filles qui se précipitent, innombrables, dans la voie sans issue des brevets d'instruction, lont des victimes désignées du surmenage cérébral.
Plus tard la fatigue cérébrale exercera ses ravages dans toutes les classes de la société qui appartiennent à la bourgeoisie ou qui touchent à la culture intellectuelle. Les commerçants et les industriels manient de grosses sommes, calculent de gros intérêts, recherchent le» meilleurs débouchés ou les meilleures inventions; leur esprit est constamment tendu, fiévreux, surmené. Mais c'est surtout dans les professions libérales que se rencontre le surmenage intellectuel. Nous observons tous les joars des phénomènes d'épuisement chez ceux qui travaillent avec excès iuie œuvre littéraire, scientifique ou artistique; ces travaux nécessitent ane attention vive et prolongée et fatiguent rapidement l'esprit et le corps.
Remarquons ici que, dans les cas que nous venons de citer, le surmenage moral se joint très fréquemment au surmenage intellectuel ; a k titigue cérébrale se combine la préoccupation angoissante de l'issue d'an examen, du succès d'une affaire d'argent ou d'une œuvre intellectoelle.
D est très probable que dans la genèse des accidents, il faut faire à l'état émotionnel une part au moins aussi large qu'à F excès de travail lai-même.
n. Le 8U)*menage moral ou surmenage passionnel est réalisé par toutes les émotions vives et durables.
Les émotions agréables ne passent pas pour avoir de conséquences ficbeuses : il est bien exceptionnel que c la joie fasse peur ji ; et il est certain qu'elle provoque dans tout l'organisme une sensation de vigueur ^ de bien-être. Cependant on observe, dans les grands centres, un certain nombre de désœuvrés et de désœuvrées qui recherchent systéniatiquement tout ce qui leur procure d'agréables sensations : spectacles, j^ux, expositions, visites, réceptions, sports, courses et stations dans les magasins et chez les couturières. U en résulte des excitations qui» se
renouvelant constamment, finissent par être suivies d^épuisement. Lii médecins de Paris connaissent bien ce surmenage mondain.
Le surmenage passionnel est surtout créé par certaines émotions Le remords, la jalousie, la haine, la colère, ravarice, qui sont passions surtout sthéniques, l'engendrent rarement. Mais les effets ment néfastes sont causés par les passions asthéniques, telles que chagrin et Tangoisse : le chagrin qui résulte de la perte d'une chère, de l'ambition déçue, d'un revers de fortune, d'une maladie nique comme la syphilis; l'anxiété qui accompagne les embarras (fi gent, les préoccupations d'affaires, le souci de l'avenir et de celai enfants.
Lorsque ces passions prennent dans l'âme une place prépondéramei sollicitent l'attention d'une manière incessante, elles épuisent très les nerfs et l'organisme tout entier.
III. Le surmenage mental n'aboutit pas toujours à des accidents bides. Pour que ceux-ci se produisent, certaines conditions sont saires. Ces conditions dépendent soit de la forme du surmenage, soit prédispositions du sujet surmené.
i^ Quant à la forme du surmenage, la plus efficace est celle où l'c de travail intellectuel se joint à de vives préoccupations morales, l'avons déjà dit plusieurs fois. Tous les médecins qui ont écrit sari neurasthénie en tombent d'accord. « L'homme qui, sans aucun soud lendemain, se livre avec ardeur à des études purement spéculatifes, court pas de grands périls. 11 n'en est pas de même de l'homme qui mène son cerveau avec la pensée sans cesse présente d'un but d'atteii d'une ruine à éviter, d'une affaire importante dont il faut assurer i succès, d'un examen ou d'un concours duquel dépend son avenir celui de sa famille. Celui-là peut tomber et rester longtemps dans véritable état d'épuisement nerveux (*). *
La combinaison du surmenage physique au surmenage mental des conséquences non moins fâcheuses; la profession médicale en nit de trop nombreux exemples.
S"" Tous les hommes ne se surmènent pas. € Il y a, dit M. Galton, personnes d'un esprit mou qui protègent leur propre santé cérébrale se refusant à tout excès de travail. C'est parmi ceux qui sont zélés et qui ont des aspirations et des idées d'un ordre élevé, qui se savent doués mentalement et sont trop généreux pour penser à leur propre qu'on trouve le plus fréquemment les victimes de l'excès du travail. > faut sans doute se féliciter qu'il existe des personnes d'un esprit suit elles sont peut-être pour la race les réserves de l'avenir.
Quant aux sujets qui se surmènent, leurs qualités individuelles al une très grande importance dans la genèse des accidents. A capadtt égales, celui qui a suivi sa vocation est bien moins sujet au surmem|
(') L. BouviBR, lit neurasthénie, épuisement nenreux. Paris, 4891.
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que celui qui a suivi une voie où ne l'appelaient ni ses facultés, ni ses goûts; nous en avons donné plus haut la raison. Mais le facteur le plus important est l'inégalité des aptitudes. Celui-ci fournira sans fatigue ou sans accidents une somme de travail intellectuel qui épuisera celui-là et le rendra malade; tel supportera des assauts de la fortune qui causeront h chute de tel autre. Tout cela dépend de la puissance intellectuelle et de la résistance morale du sujet.
Or la valeur du sujet dépend elle-même de diverses conditions telles que rhéréditc, Téducation, les états morbides.
L'hérédité est le facteur de beaucoup le plus important. L'intensité de la culture intellectuelle et morale chez les ascendants affine la sensibilité des descendants: ceux-ci, devenus plus impressionnables, réagissent plus vivement à toutes les excitations; et pour une même stimulation, leur cerveau travaille beaucoup plus. D'autre part, dans une lignée, la puissance intellectuelle et morale s'épuise comme dans l'individu. Les enbnts peuvent souffrir de Texcès de travaux de leurs parents. Plus sen- «bles et plus faibles, les descendants arriveront très vite à l'épuisement; ik présenteront ce qu'on a si bien appelé la c faiblesse irritable ». Dans Tordre pathologique, les sujets issus de parents névropathes ou arthritiques seront plus sûrement frappés que ceux qui sont issus de parents sains : c'est là une notion universellement admise aujourd'hui.
L'éducation est un puissant facteur de la valeur intellectuelle et morale; elle peut atténuer les effets de l'hérédité. Mais si le milieu familial a des Tertus éducatrices incontestables, il n'en est pas de même de l'internat, système général aujourd'hui, qui trop souvent produit des sujets rabougris de corps et d'esprit, mal préparés aux combats de la vie. L'internat logmente le nombre des sujets destinés à être les victimes du sur-* ménage.
Enfin l'efficacité du surmenage mental dépend parfois des états morbides concomitants. Le rôle des intoxications, surtout de l'alcoolisme, le réle des infections, particulièrement de la syphilis sont extrêmement considérables.
En résumé, le surmenage mental provoque des accidents sérieux et durables presque uniquement chez les sujets appartenant à la tribu que forment les descendants de surmenés, de névropathes, d'arthritiques d'une pvt, et d'autre part, chez certains sujets ayant des tares acquises, comme les cUcooliques et les syphilitiques.
Si l'on songe que, pour produire des états morbides, le surmenage se combine le plus souvent aux influences héréditaires, à Talcoolismc, à I3 sypbilis, on comprend la nature de difficultés qui surgissent dès <|u'on veut faire le dénombrement des accidents qui en relèvent exclu- «▼ement.
LA FiTiGUE ET LE SURMENACK.