ROLE ÉTIOLOGIQUE DES AGENTS PHYSIQUES
— 56*,7 (auFortReliance). C'est que l'organisme possède des moyens efficaces de défense contre les variations de la température, et que, somme iioote, sa température intérieure reste constante.
Les expériences sur les animaux démontrent que l'organisme peut résistera une température supérieure à la sienne, et que la chaleur interne do corps s'élève peu dans ces conditions, fait qui, au pvemier abord, semble faradoxal. L'animal, en effet, lutte contre cet excès de chaleur et cela au iDoyen de l'évaporation qui se fait à la surface de son corps. Si l'on empêche la soustraction de calorique qui résulte de ce fait, la température s*élève progressivement, et l'animal ne tarde pas à succomber en hjperthermie (45 degrés). C'est pour cette raison que la chaleur humide est bien plus pénible que la chaleur sèche.
L'influence du degré hygrométrique est également à considérer lorsqu'on envisage l'action du froid. Mais, pour une raison différente, l'humidité, en augmentant le pouvoir conducteur de l'air, favorise la déperdition du calorique, et il est d'expérience courante que le froid sec est plus facile à supporter qu'un abaissement même moins intense de la température par un temps humide. L'homme se défend contre les variations thermiques, il maintient constante sa température centrale, produisant plus de chaleur s'il y a soustraction de calorique, réduisant la production et au besoin perdant de la chaleur par d'autres procédés que le rayonnement si cela est nécessaire.
Mais les moyens employés pour atteindre ce résultat ne sont pas sans troubler le fonctionnement normal des différents appareils.
Si la température extérieure augmente, la production d'acide carbonique diminue, tandis que les mouvements respiratoires s'accélèrent pour faîoriser Tévaporation pulmonaire, le pouls devient plus rapide, la peau se couvre de sueurs. Tous les organes sont ainsi touchés; la bile, par exemple, est sécrétéeen excès. Le système nerveux se modifie, le caractère varie avec les latitudes, et l'on oppose volontiers la vivacité d'esprit, l'impétuosité du Méridional, au calme et à la lenteur de conception de l'homme iu Nord.
L'action du froid est, en général, inverse de celle de la chaleur ; tout conourt à éviter les pertes de calorique ou à en augmenter la production, ous l'influence de l'abaissement de la température, la sécrétion sudoile, la perspiration sont diminuées, les vaisseaux cutanés se contractent, tension artérielle s'élève, les battements du cœur se ralentissent. Par mtre, la sécrétion urinaire augmente, les échanges respiratoires sont lus intenses, l'acide carbonique est éliminé en plus grande quantité, les ssoins de l'organisme sont plus grands, la digestion est plus active, les iments, surtout les graisses, sont ingérés en excès. En somme, tandis ue le froid exalte toutes les fonctions de nutrition, la chaleur tend à les ilentir.
L'humidité concourt généralement à exagérer raclion du froid ou de la baleur; mais ce qu'il importe surtout de considérer, ce n'est pas tant
l'humidité absolue que l'humidité relative, c'est-à-dire le degré hygrométrique de l'air. Dans l'air sec, la quantité d'eau qui s'échappe de Forganisinc à l'état de vapeur par les poumons ou par la peau est à sod maximum pour une température donnée ; il en résulte une perte de calorique d'autant plus intense que la quantité évaporée est plus coDsidèrable. Inversement, à l'état de saturation, l'air ne permet aucune eihsli. tion de vapeur d'eau et réduit à son minimum la déperdition de chaleur.
Les mouvements de l'atmosphère, en renouvelant les couches d'air, pro* duisent des résultats analogues.
L'influence de la lumière sur la nutrition des végétaux n'est plust démontrer. Moins évidente sur l'homme et sur les animaux, elle n'en est pas moins réelle. La lumière active l'exhalation de l'acide carbonique (Moleschott, Fubini, Platen). D'après Pott, les rayons jaunes auraient le plus d'action sur la fonction respiratoiie. Les radiations solaires brunissent la peau, le système nerveux est impressionné soit directement, soit par l'intermédiaire des impressions visuelles. On sait qu'une impression lumineuse vive est capable de déterminer chez les hystériques un accès de catalepsie ; la grande clarté développe les sentiments gais, tandis que l'obscurité ou les temps sombres favorisent l'hypocondrie et le spleen. Le rouge rétinien se détruit sous l'impression de la lumière.
Les troubles consécutifs aux vibrations sonores sont peu connus, un bruit vif éclatant comme le coup de gong provoque une attaque d'hystérie (Charcot). Brown-Séquard pensait que l'oreille était souvent le point de départ de phénomènes inhibitoires ; Gellé(') cite comme consécutifs à des troubles de l'ouïe des symptômes tels que le vertige, la sécheresse de b gorge, des troubles de la vue.
La vie à une altitude élevée modifie surtout l'état du sang. Bert avait émis l'hypothèse que l'acclimatement dans les altitudes élevées devait se faire grâce à une augmentation de l'hémoglobine. Les travaux de Viaultl'l, de Mùntz, de Regnard('), ont montré la réalité de ces faits. Egger(*), Koppe et Wolff(*), Miescher('), Mercier (de Zurich) ('),. ont fait la numération des hématies et ont montré que le séjour sur les montagnes détermine une véritable hyperglobulie.
M. Bouchard (^) a montré que si l'on soumet un homme sain à l'air comprimé pendant quelques heures, la toxicité urinaire diminue dans de notables proportions et continue à diminuei* après la sortie de la cloche.
Nous appuyant sur les considérations physiologiques qui précèdent, nous comprendrons que les modifications du milieu atmosphérique,
(*) Gexlé, Arch. de phya. 1894.
(*) ViADLT, Comptes rendus de VAcad. des sc.^ 1890.
(5) MixTz et Recsard, Bull, de la Soc. de hiol, 1892-1894.
(*) Eggeb, Actes du Congrès des sciences méd. de Wiesbaden, 1893.
(*) Koppe et Wolff, Actes du Congrès des sciences médicales de Wiesbaden^ 1895.
C') MiEscHER, Correspoudenzblati fur schweizer Aerzte^ décembre 1893.
(") Mercier (de Zurich), Arch. de physiol.^ 1894.
(*) Bouchard, Académie des sciences, 1886.
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mblent le fonctionnement de nos organes, modifient la nutrition et e cette action lente et prolongée favorise le développement d'un cern nombre de maladies. Aux climats chauds appartiennent les maladies foie, de l'appareil digestif, du système nerveux ; dans les climats froids édomineront les maladies du tube digestif, les maladies de la nutrition. Iles que la goutte, l'obésité, le diabète, etc.
Dans les pays tempérés, c'est surtout l'action passagère qui produit I troubles observés, et le froid a été invoqué comme facteur étiologique iocipal d'un grand nombre de maladies. Lais:»ant de côté ce qui a trait I infections pour lesquelles la question doit être envisagée au double int de vue de la graine et du terrain, du microbe et du malade, nous luvons dans un grand nombre défaits l'influence incontestable du froid, refroidissement du tégument externe provoque les œdèmes, l'urticaire, nasarque sans albuminurie (Fodéré). La même cause impressionne proidcment les nerfs superficiels : les névralgies, les paralysies, les anesîsies surviennent souvent à la suite d'un refroidissement local; les rélites, les myopathies peuvent relever de la même cause. L'action longops prolongée du froid humide serait capable de provoquer le rhumame chronique (Charcot, Niemeyer). La lithiase biliaire serait également 18 fréquente dans les climats froids et humides. L'abaissement de la npérature peut intenenir pour provoquer un accident dans le cours ine maladie. L'accès de goutte reconnaît souvent cette cause. M. Potain Duet la même influence dans la production dr l'ascite chez les malades eints de cirrhose alcoolique. 11 faut signaler enfin les conditions qui l^lent les accès dans l'hémoglobinurie paroxystique. Ibis c'est dans le domaine de la pathologie microbienne que l'influence 8 agents extérieurs, qui parait cependant plus évidente, est le plus difîle à interpréter. Un premier élément nous est fourni par la statistique l'armée. Les conditions identiques où se trouvent placés les soldats nnetlent par l'examen comparé de ces documents de dégager des conisions d'autant plus probantes que les chiffres portent sur un plus grand mbre d'individus.
M. Kelsch('), étudiant la marche de la morbidité dans l'armée française, ontre que le nombre des malades augmente d'octobre à janvier, qu'il minue de mars à septembre. Le chiffre des bronchites s'élève de iTembre à janvier et février et s'abaisse jusqu'en septembre. Il en est de èmede l'angine catarrhale. La diarrhée, au contraire, est fréquente en été. M. Catrin(') a également établi, par la comparaison delà statistique ilitaire, que l'érysipèle est plus fréquent pendant la saison froide. Rappelons la gravité de certaines infections dans les pays chauds. La dengue ne s'élève pas au delà d'une certaine altitude (Cotholendy, îBnin).
'*) Keuci, Traité des maladies cpidémiques. T. I. Paris, 1804. ^ CàTin, Société médicale des hôpitaux, 1804.
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64!i) LES AGENTS PHYSIQUES.
Ces exemples, que l'on pourrait multiplier, montrent Tinflueiicedes siiaons, des climats, de l'altitude sur le développement de certaines maUdiei. Or, les différents éléments qui constituent ces changements do miliei extérieur, influencent Fhomme lui-même, comme nous venons de le m, et modifient les germes pathogènes.
Les recherches relatives au développement de chaque espèce mioDbienne avaient fait connaître Tinflucnce de quelques-uns de ces agcoli physiques. Mais cette étudejusqu'alorsunpeu fragmentée a été pounoiiii et complétée par des travaux récents.
Des expériences fort intéressantes, dues à MM. d'Arsonval et Charrinf |, ont mis en évidence le rôle de Télectricité, de la température, de Toiott, de la lumière, de l'état hygrométrique sur la virulence de cerUioi microbes.
L'atténuation des germes par la chaleur est un procédé joumelleiDe&l employé dans les recherches bactériologiques.
Le froid au contraire parait sans action sur la plupart des espèca microbiennes, leur fonctionnement seul s'arrête, mais la vitalité persiste. Von Frisch, Pasteur, UtTelmann, avaient établi l'innocuité des btuo températures pour les microbes. Les expériences de Pictet et Jung(') oui confirmé ces résultats; d'Arsonval et Charrin ont vu le bacille pyocjaniqoe ne perdre son activité qu'à des températures inférieures à — 60 degrii. D'ailleurs les constatations de bactéries dans les liquides congelés soot nombreuses (Bordoni, Uffredazzi, Prudden, Frânkel, Janowski).
L'humidité est nécessaire au développement des infiniment petits. Li dessiccation, lorsqu'elle est complète et longtemps prolongée, altère les virus ; elle diminue tout au moins leur vitalité. La bactérie cholérique est ainsi atténuée par la dessiccation (Guyon) ; il en est de même èi bacille pyocyanique (Charrin), et d'un grand nombre d'autres espèca étudiées par Alessi, Sirena, UfTelmann, etc.
L'influence de la lumière dans les conditions ordinaires de Tatmosphère parait autrement active (Duclaux ('). La bactéridie charbonneuse est tuée par une exposition au soleil qui ne dépasse pas trois jours (Arloing, Roux, Straus). Le bacille du pus bleu (Charrin et d'Arsonval), le bacille de Loffler (Ledoux-Lebard) sont dans les mêmes conditions. Les expériences contradictoires de Zopf, d'Engelmann, ne sont pas suffisantes pour infirmer les résultats précédents; elles tendent d'ailleurs bien plu à montrer Tinfluence favorable des rayons caloriques que celle de U lumière elle-même.
Pansini(*) conclut, d'une série d'expériences entreprises sur plusieurs espèces microbiennes, que la lumière solaire stérilise les milieux de col-
(*) D'Anso^HTAL ci Charrin, Société de biologie, 1802. — • Arch. de phytioL^ iSdMSM» (*) PicTCT et JcxG, Comptes rendue de t Académie de* êciences^ ISSi. [^) DccLACx (Action de la lumière sur les microbes. Acad.deê «c, 1885. AnnaUide tluM Pasteur, 1887).
(*) Pansixi, De l'action de la lumière solaire sur les oiicro-orgaiiMiies. Riviêia tthfçiem, ISS9-
ROLE ÉTI0L06IQUE DES AGEMTS PHYSIQUES. 64%
bire, que même diffuse elle possède une action retardante, que les spores elles aussi subissent cette influence. La puissance des rayons lumineux ■enit due surtout à la partie chimique du spectre (Janowski, Downes, Chmielewski); on peut invoquer Toxydation des matières organiques 900S Finfluence de la lumière.
La pression augmente le pouvoir stérilisant des agents chimiques gueux. Le fait a été mis en évidence pour Toxygène par P. Bert, par Cbuveau, par Certes; pour l'acide carbonique, par d'Arsonval et Charrin. Roger (') a montré que, si Ton fait agir la pression directement sur les milieux de culture, son influence est presque nulle; il a ainsi prouvé {u'il fallait atteindre les pressions énormes de 2000 à 3000 kilogrammes nar centimètre carré pour obtenir des atténuations qui sont encore bien peu Qinifestes. Il résulte de tous ces faits que les modifications de pression elles qu'elles existent à la surface du globe n'ont en réalité aucune action or les germes; ce fait intéressant est à mettre en opposition avec les roubles si remarquables apportés à l'organisme par le même agent.
11 faut enfin signaler, bien que nos connaissances soient encore très npartaites, l'influence des mouvements des milieux liquides ou gazeux ir la propagation ou sur la vie des bactéries. Les vents favorisent la dissmination des épidémies en transportant les germes à distance. L'agitaion ne parait cependant pas idvorable à la puilulation des micro-orgai^mes. Pôhl aurait constaté qu'un mouvement rapide imprimé à l'eau par ne turbine diminuait le nombre des microbes.
Nous venons de résumer brièvement ce qui peut être considéré connue i part qui revient aux variations atmosphériques dans les modifications Importées à la vie des microbes. Ces expériences ont plus qu'un intérêt léorique; elles ont sur un point reçu une confirmation par les constataonsdeM. Netterqui, examinant la virulence des pneumocoques recueillis différentes périodes de l'année dans la bouche de sujets sains, a montré lie cette virulence variait en même temps que le nombre des cas de leumonies. Les variations météorologiques paraissent être de puissants ;ents d'atténuation des virus. M. Miquel fait, en eflet, remarquer que, ir le grand nombre de germes qu'il constate dans l'atmosphère, bien m sont capables de se développer sur les milieux de culture.
L'action des agents atmosphériques retentit d'une idçon encore plus live sur l'organisme humain. D'un instant à l'autre, suivant la tenipélUire extérieure, suivant l'éclairage, suivant la pression, le degré hygroétrique de l'air, les humeurs se modifient dans leur composition, le netionnement des organes est troublé, la nutrition s'altère. On peut re que, d'un moment à l'autre, chaque homme n'est plus* le même qu'il ait antérieurement.
Ce qu'il importe de considérer, en effet, à ce point de vue, c'est moins intensité des moyens extérieurs mis en jeu que la brusquerie de leur
C) H. Bocn, ÀctioD des hautes pressions sur quelques bactcrics. Arch. de phys., janvier 18Uj.
changement; car, ce qui est capital, c'est la réaction de rindi?idu. Soos Tinfluence du refroidissement, par exemple, les capillair«3s deb peaaie resserrent, les organes profonds reçoivent une plus grande quotité de sang. La fonction sudorale est supprimée, les produits excrémentiels ne sont plus résorbés, la calorification est modifiée. Un trouble, même local, réagit sur tout l'organisme. Brown-Séquard constate que la rérrigèntion d'une main amène un abaissement thermique de la main do celé opposé. On connaît le retentissement sur le pharynx, le larynx da reEroi» dissement des extrémités. Pasteur, en refroidissant une poule, rené possible l'infection charbonneuse. M. Bouchard démontre que ^abaisc^ ment de la température centrale diminue la diapédèse. Ce même saruA a fait voir également que sous l'influence d'une réfrigération un pa intense le sang normalement aseptique contenait des germes.
Ces exemples suffisent pour mettre en évidence le rôle des agents extérieurs sur le terrain. Ils expliquent qu'une même cause (le refroidissement, par exemple) agissant sur cent individus à la fois, les résultats soient différents pour chacun. Chaque être réagit contre les actions venues du dehors avec ses moyens de défense propres, selon sa vitalité, selon la sensibilité spéciale de son système nerveux, et s'il devient malade les organes prédisposés seront atteints de préférence. La majorité dei individus cependant pourra demeurer indemne, seuls ceux qui étaient ci état de débilitation seront touchés ; ils le seront dans leur point de moiodie résistance et par les micro-organismes qui seront en eux et qui, cuxiosâ, agiront selon leur degré de virulence variable d'un sujet à un autre. Cei faits nous permettent de comprendre que, en somme, la maladie soit l'exception, bien que les conditions capables de la faire naître soient rèilisées à chaque instant. Ne savons-nous pas d'ailleurs que les expériences entreprises pour reproduire les maladies sous l'influence du refroidiaie* ment sans faire intervenir le microbe ont constamment échoué (Hei* denhain, Massalongo.)
Ce qu'on a dit du froid peut être dit des autres agents méléorokh giques, bien que l'action en soit moins facile à démontrer. Ainsi, en éclairant peu à peu la notion ancienne du génie épidémique (')» on voit que si lei acquisitions de la bactériologie, les travaux de physiologie, les redierdio de laboratoire de toute nature ont permis d'entrer dans le d^ail des phénomènes, les connaissances acquises par l'observation séculaire de la médecine ont conservé toute leur valeur. L'interprétation seule a changé.
Il ne faudrait pas croire cependant que les notions nouvelles soient restées sans résultats pratiques. Elles ont, au contraire, singulièremeot contribué à montrer le rôle de l'hygiène ; elles permettent de saisir tout le profit que la thérapeutique pourra tirer de ces agents atmos[diériqiiei pour la prophylaxie et le traitement des maladies.
(*) CuAiiRDr, Semaine médicale, 1893. — Revue d hygiène^ février 1804»
rÉNERGIE ÉLECTRIQUE ET LA MATIÈRE VIVANTE
Par H. le Protessenr d'ARSONTAL
De Hoftitut.
Nous yiyons dans deux mondes distincts : le monde de la matière et le monde de l'énergie. Les corps simples : carbone, azote, oxygène, hydropoe, etc., dont est composé l'être vivant appartiennent au monde de la ■ntière; le travail, la chaleur, Télectricité et d'autres manifestations phs compliquées dont cet être vivant est le siège appartiennent au nonde de l'énergie. En dehors de l'être vivant, ces deux mondes, qui ont kor histoire et leurs phénomènes distincts, intéressent des sciences diiîé- KDtes : la chimie s'occupe du monde de la matière ; la physique, du monde de l'énergie.
Si ces deux mondes sont distincts, ils sont néanmoins gouvernés par une loi identique: on ne peut ni créera ni détruire de la matière; on ne peut ni créer ^ ni détruire de V énergie»
n suit de là que le physiologiste qui étudie l'être vivant, que le médecin qui a pour but de rétablir son fonctionnement troublé par la maladie, doitent l'un et l'autre connaître également bien ces deux mondes. Inutile de dire que nous sommes encore loin d'un pareil état de choses ; mais, dejHiis Lavoisier, nous nous y acheminons graduellement. La matière est U iupport de Vénergie^ mais en reste distincte. Une masse d'eau s'écou- Imt d'une montagne peut mettre en mouvement une usine tout entière dans la Tallée. Elle possédait donc une certaine quantité d'énergie. En Ittnt de la montagne l'eau renferme de l'énergie en puissance (énergie potentielle) ; en faisant tourner les turbines dans la vallée, cette énergie potentielle se transforme en énergie mécanique. A sa sortie des turbines, l'eau a exactement toutes les propriétés, en tant que matière, qu'elle >niit au sommet de la montagne; le plus habile chimiste ne pourrait trouver la plus petite différence ni dans sa masse, ni dans ses réactions, ni dans sa composition. Une bouteille de Leyde est chargée d'électricité ;
nous réunissons ses deux armatures par un conducteur. Cette ièdm^t donne lieu à des phénomènes lumineux, calorifiques, mécaniques, pkysii. logiques, etc. Après la décharge, rien n'est changé non plus, aupabdie vue matériel^ dans la bouteille de Leyde. Un animal est derant nous bia vivant, capable de développer de la chaleur, du travail mécanique et es mille manifestations que nous appelons vitales; c'est, en un mot, on résow voir d'énergie à l'état potentiel. Un physiologiste, avec une pointe d'aigoiUe, touche un point du système nerveux : le nœud vital, et subitement cet être s'ellbndre. Rien n'est changé en lui, en tant que matière, et pov^ tant il n'est plus qu'un corps inerte, un cadavre privé de toute énôgie.
V énergie est donc une sorte dHêtre immatériel que nous reconnaissov à ses manifestations diverses. Comme la matière, cet être peut revêtir ou grand nombre de formes, mais jamais V énergie ne peut se tramfomer en matière ni la matière se transformer en énergie.
Jusqu'à ces derniers temps on ne connaissait que trois formes de l'énergie :
1** V énergie mécanique; 2® V énergie thermique; 3* V énergie chimique, ou encore le travail, la chaleur et l'affinité diimique.
Les phénomènes électriques, mieux étudiés et surtout mieux compris, ont mis à notre disposition une forme nouvelle de Ténei^e qui constitoe Vénergie électrique.
La découverte de l'électricité est une découverte faite dans le monde de l'énergie et point du tout dans le monde de la matière. Cette quatrième forme de l'énergie n'est certainement pas la dernière que nous aurons à découvrir. Je suis convaincu que le domaine de la vie nous réserve bien des surprises à cet égard. Quoi qu'il en soit, l'électricité n'est pas 8eul^ ment la dernière connue des formes de l'énergie, elle en est aussi la plus précieuse et la plus parfaite, parce que :
V Elle renferme toutes les formes anciennement connues de l'énergie:
2® Toutes les autres formes de l'énergie peuvent se transformer en électricité.
Dans tout être vivant, de même que dans le monde inorganique, il y a donc à étudier les transformations de la matière d'une part, les transformations de l'énergie d'autre part. D y a donc une chimie et une physique biologiques qui sont aussi distinctes l'une de l'autre que le monde de la matière est distinct du monde de l'énergie.
Au point de vue de la physique biologique qui seule nous intéresse ici, nous considérerons l'être vivant comme un transformateur d'énergie ayant un modus faciendi qui lui est propre.
Là encore Téleclricité jouit d'un privilège remarquable : celui de pouvoir mettre enjeu toutes les propriétés dites vitcUes de la matière organisée.
Pour nous conformer à l'esprit de cette publication, nous nous borne rons à exposer les actions les plus générales de l'agent électrique sur h matière vivante.
L'ÉNERGIE Electrique et la matière vivante. 6i7
L'électricité révolutionne actuellement la mécanique, la physique, la ehimie et toutes les industries qui dérivent de ces sciences. Cela n'est pas étonnant, puisque nous savons que cette nouvelle forme de Ténergie peut se transformer dans toutes les autres dont Fétude constituait autrefois un domaine à part pour chacune d'elles, avec des lois et des applications distinctes.
n ne faut pas être grand prophète pour prédire qu'il en sera de même pour la ^médecine quand le médecin, imitant le mécanicien, le physicien et le chimiste, aura fait connaissance, autrement que par un grossier smpirisme, avec l'agent nouveau.
On sait que l'action d'un médicament dépend à la fois et de sa dose et le la façon dont il est administré ; cette notion banale de thérapeutique levîent un axiome quand il s'agit de l'électricité. Suivant qu'on donne à 'énergie électrique telle ou telle modalité physique, on peut produire les îBets les plus divers, et même les plus opposés, sur les êtres vivants.
Sans connaître la nature de l'agent électrique, qui n'est d'ailleurs ni plus ni moins mystérieux que les autres agents physiques, nous pouvons tout d'abord établir une division fondamentale au point de vue de ses effets physiologiques. L'électricité peut traverser le corps ou sous forme le courant permanent ou sous forme de courant variable.
Vétat permanent et Vétat variable produisent des effets tellement différents que cette distinction s'impose par l'examen, même le plus superficiel.
Vétat variable^ sur un être vivant, se traduit par une excitation très dolente des nerfs et des muscles qui entrent en contraction, tandis que lout reste au repos si l'on emploie Vétat permanent en faisant usage d'un »)urant modéré.
Une expérience très élégante de Claude Bernard met bien ce fait en lumière. On place dans le circuit d'une pile un interrupteur, un voltamètre et une patte de grenouille. En laissant l'interrupteur immobile on lait passer le courant à travers les trois appareils à la fois : l'eau est iécomposée dans le voltamètre, qui se remplit de gaz, la patte de grelouille reste immobile. Vient-on, au contraire, à mettre l'interrupteur en mouvement, le développement gazeux cesse presque complètement, mais bi patte entre en contraction violente. Le courant qui la traverse est pourtant beaucoup plus faible que dans le premier cas, mais on a les effets physiologiques dus à l'étit variable. Cette simple expérience nous montre, en outre, que les effets physiologiques du courant (action sur la sensibilité et la motricité) ne sont nullement sous la dépendance de son intensité ibsolue. Si le courant continu est très fort les tissus sont décomposés, comme l'eau du voltamètre, et les produits de la décomposition, agissant alors en tant que substances chimiques, peuvent mettre en action les tissus. Dans ces conditions, ce n'est pas l'électricité qui agit, mais bien les produits chimiques libérés par son passage.
C'est sur cette action électrolytique spéciale que Ciniselli et A. Tripier
m LES AGENTS PHYSIQUES.
ont fondé une branche importante de l'électrothérapie : l'éleeti destruction des tissus par Télectricité.
Cette action dépend uniquement de Vintensité du courant» c*c de la quantité d'électricité qui traverse le tissu, conformément de Faraday.
Il sera donc facile de doser les effets de l'état permanent en in dans le circuit un mesureur de quantité ou ampèremètre^ et en la surface du tissu intéressé, c'est-à-dire la densité du coun points d'entrée et de sortie. C'est ce que font aujourd'hui tous I ciens spécialistes, depuis le Congrès de 1881, où je fis adopter ces par la Commission internationale d'électrophysiologie. Les ob« médicales y ont gagné en précision et en unité. Ce progrès e fait semblable à celui qu'a réalisé l'emploi du thermomètre mesure des températures morbides.
L'électrométrie clinique est même beaucoup plus important thermométrie clinique, en raison des nombreux accidents que pei l'absence de dosage de l'électricité.
L'état permanent peut être appliqué à basse ou à haute tensi le premier cas, on emploie généralement la pile comme source i cité. Pour produire l'état permanent à haute tension, on se machines statiques, et le courant traverse alors le corps, soit en ei l'effluve, soit en recourant au bain appelé très improprement Quand l'état permanent est produit par la pile, on appelle volt ce procédé d'électrisation. Il prend le nom de franklinisation^ source électrique est une machine statique.
En dehors de l'action électrolytique produite par l'état pei nous savons très peu de chose sur les modifications ultérieun trahie son application. Le seul résultat expérimental un peu i que le courant continu modifie l'excitabilité du nerf moteur au ^ des électrodes. L'excitabilité est augmentée au voisinage de !'( négative et diminuée au voisinage de l'électrode positive. C'est L qu'il faut retenir de la fameuse théorie allemande de Y Electre est très probable d'ailleurs que cette modification tient uniqu l'action des produits chimiques de l'électrolyse et nullement i électrique lui-même. Quant au bain statique, il augmente légère échanges gazeux respiratoires, ainsi que me l'ont montré des directes faites sur moi-même, et cela en dehors de la production
Si nous savons à quelles conditions physiques rapporter 1 physiologiques de l'état permanent, si nous pouvons surtout aisé mesurer, il n'en est pas de même pour l'état variable. Par que! devrons-nous définir la puissance physiologique d'une excitati trique? Cette importante question a été agitée en 1881 au Congr national d'électrophysiologie, mais ne put donner lieu alors échange de vues plus ou moins hypothétiques; la base expér manquait. C'est depuis cette époque que j'entrepris sur ce s