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CHAPITRE II

ROLE ÉTIOLOGIQUE DES AGENTS PHYSIQUES ILADIES A FRIGORE — LE GÉNIE ÉPIDÊMIQUE — MALADIES SAISONNIÈRES

Jusqu'à présent nous n'avons étudié que Faction directe de chaque ;ent physique, en tant que cause unique, suffisante, de maladie. Si la >lion de résistance individuelle est intervenue parfois, ce n'est qu'à tre accessoire, et en tous cas pour les faits où l'influence extérieure ait peu accentuée. Mais dans la majorité des cas, ce facteur individuel a pas eu à intervenir. Quelle que soit la force d'un sujet, qu'il soit buste ou malingre, il présentera les mêmes lésions s'il est soumis à le chaleur ou à un froid intense; il éprouvera à quelques variantes "es les mêmes symptômes s'il s'élève à une grande altitude ou s'il entre ms la cloche à plongeur, et il suffira d'augmenter la pression ou de intinuer l'ascension pour faire apparaître les symptômes dus à l'action \ l'agent physique.

II nous faut voir maintenant quel rôle appartient à ces mêmes agents imme modificateurs du milieu cosmique. 11 nous faut élucider la part li revient à ces influences extérieures dans le développement des aiadies. C'est, en somme, montrer le rôle des changements atmosphéques dans l'étiologie générale. A côté des modifications considérables, cilement appréciables à nos sens, il faut faire entrer en ligne de compte s variations peu accentuées, les troubles atmosphériques passagers dont Waluation ne peut être faite qu'avec le secours des instruments; Seules, en fet, les influences grossières ont pu, pendant longtemps, être remarquées.

Depuis la plus haute antiquité jU8(|u'à ces vingt dernières années, il ait de tradition en médecine de considérer les modiûcations climatéques comme capables d'engendrer les maladies. Cette notion de l'inlence nocive des météores sur l'homme, déjà connue des médecins itérieurs à Hippocrate, s'est propagée à travers les siècles sans paraître t modifier par l'observation répétée des faits.

Aussi n'est-il pas de croyance plus prolondément enracinée dans l'esprit )pulaire que celle qui attribue à un refroidissement l'origine de la pluirt des aflections aiguës.

N'y a-t-il pas là bien souvent une exagération et une erreur de raison-

nement résultant d'une nouvelle application du sophisme bien coddq: Post hoc ergo pr opter hoc? Cela n'est pas contestable. Mais faut-il considérer cette idée que le froid cause souvent les maladies, comme un préjugé absurde^ réduit à néant par les découvertes de la science moderoe! Il n'est plus possible de TafQrmer comme on eût été tenté de le (aire il j a quelques années encore.

C'est qu'en effet l'avènement des doctrines microbiennes avait para porter un coup mortel à la vieille théorie des influences météorologiques. Si, comme on le croyait, la plupart des affections aiguës reconnaissaieni pour cause unique un agent pathogène animé pour chaque maladie, toujours le même, point n'était besoin de faire intervenir une circonstance extérieure. 11 suffisait que le microbe se trouvât en présence de riiomme et qu'il ait pu pénétrer dans l'intimité de ses tissus pour que la maladie fut réalisée. On recherchait cependant les causes qui facilitaient celle introduction des germes, mais il n'en est pas moins vrai que la spéciGcilé microbienne supprimait volontiers tous les intermédiaires entre la cause première, le microbe, et le résultat ultime, la maladie. Le microbe était la cause nécessaire et suffisante de la maladie. Peu à peu cependant le germe vivant a pris moins d'importance ; à côté de la notion de la graine, s'est édifiée lentement la notion de la valeur du terrain.

Le microbe a d'abord perdu dans bien des cas l'avantage de b spécificité. Si quelques maladies sont bien restées, indubitablement, sous la dépendance d'un germe toujours le même, on n'a pas tardé à établir deux faits d'une importance capitale dans la question qui nous occupe : d'une part, on a vu le même microbe provoquer les états pathologiques les plus variés, et, d'autre part, les affections semblables cliniquement (les angines, par exemple) ont été reconnues tributaires des micro-organismes les plus différents.

Enfin à ces notions sont venues s'ajouter d'autres acquisitions, tels que le microbisme normal des cavités de l'organisme et la connaissance du microbisme latent.

Eh résumé, on a démontré que les parasites les plus divers, et parmi eux ceux qui appartiennent aux espèces pathogènes, étaient constamment présents dans l'organisme, prêts à l'envahir, et que leur virulence seulement atténuée était capable de s'exalter à un moment donné. Un microbe peut en effet acquérir, et sous une influence encore inconnue, des propriétés nouvelles, telles que la faculté de faire du pus.

Le microbe, et non plus telle ou telle espèce microbienne, demeure donc encore la cause nécessaire de la maladie infectieuse, mais il n'en est plus la cause suffisante. Pour que la maladie se déclare, il faut une circonstance nouvelle, réveil d'une virulence atténuée, exaltation des propriétés morbifiques, ouverture d'une porte d'entrée, diminution de la résistance du sujet. Les influences qui modifient aussi soit le germe, soit le terrain, sont nombreuses et de nature bien différente. Un certain nombre peuvent cependant dépendre des changements du milieu extérieur.

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Le chaud, le froid, l'humidité atmosphérique, Tétat électrique, Wne, la lumière, la pression, ne sont-ce pas là autant de causes apables de modifier les propriétés vitales des agents microbiens? La plupart de ces conditions ont été soumises à Texamen de l'expérience. Hais ne sait-on pas que certaines maladies prédominent à certaines ^qucs de Tannée, que des épidémies naissent presque invariablemei^ lux mêmes moments, qu'enfin les climats extrêmes ont pour ainsi dire me |»thologie spéciale? C'est vraisemblablement sur l'homme lui-même }lo8 encore que sur les germes pathogènes que se fait sentir cette action; nais il est permis de ne pas dénier toute influence aux conditions extérieures sur le développement, la pullula tion, les propriétés des microorganismes, qu'ils soient nos hôtes habituels ou qu'ils vivent normale* Dent en dehors de nous.

Quant à Faction des mêmes causes sur l'organisme animal, elle devient !e plus en plus évidente à mesure qu'on connaît mieux les moyens de ésistance de l'animal contre l'infection. Les épithéliums nous protègent )ntre la pénétration microbienne, la phagocytose tend à détruire les ?rmes qui ont pu s'introduire dans l'organisme ; les cellules mobiles du ng ou les cellules fixes des tissus microphage ou macrophage exercent ur fonction protectrice d'une façon constante. Les humeurs elles-mêmes nt bactéricides, et ainsi on conçoit que l'organisme, constamment cnacé par l'ennemi microbien, est constamment défendu et constamment otégé par les moyens multiples que la nature met à sa disposition. Mais cette défense perpétuelle n'est possible qu'à condition que les )yens de protection s'exercent avec une égale activité ; que la résistance ^nne à faiblir et aussitôt l'assaillant prendra le dessus, Tennemi pénétra dans la place, la maladie sera déclarée.

C'est donc en dernière analyse à l'organisme que doit être rapportée la ise de la maladie. Tant que la protection est efficace, que l'étal physiofique normal n'est pas troublé, la santé persiste. L'intégrité des foncns de défense est une condition nécessaire de santé, mais c'est presque ijours une condition suffisante. Il est, à la vérité, des cas où toutes les prières sont brisées de vive force, et où dans la clinique la maladie se ilise par des moyens analogues à ceux que nous employons dans les •oratoires pour reproduire expérimentalement les maladies (inlroducn des microbes en grand nombre, suppression de l'action du système rveux, intoxication préalable). Mais c'est là une exception, et, dans la jorité des cas, c'est par une défaillance momentanée de l'organisme que maladie est possible, et cette défaillance trouve généralement son orile dans une altération du système nerveux, dans une modification dans composition des humeurs.

Parmi toutes les circonstances qui viennent troubler et altérer le foncnnement normal de Tètre vivant, il n'en est pas qui interviennent is fréquemment que les impressions physiques extérieures. Les recherches bactériologiques les plus récentes permettent de com-

prendre comment ces changements météorologiques peuvent c^nciiurir au développement des maladies infectieuses. Si bien des points restent encore à éclaircir, nous commençons cependant à posséder un rcrtab nombre de faits qui serviront de base à une étude plus complète, et qui suffisent cependant à faire entrevoir dès maintenant le jour où il sera po»* sible de concilier les données fournies par Tobservation pure, avec lei acquisitions nouvelles de la bactériologie.

Mais en dehors de l'infection, toutes les maladies qui relèvent dW altération anatomique de nos organes, qui dépendent d'un trouble de h nutrition, ne laissent pas que de subir aussi les mêmes causes, et notre attention doit être attirée sur Finfluence passagère ou permanente d*nD ou de plusieurs de ces agents météorologiques, tant sur le développement même de la maladie que sur Féclosion de tel ou tel symptôme.

Dans presque tous ces cas, il s'agit de l'influence sur l'organisme de plusieurs facteurs réunis ; il nous est difficile de séparer la part qui reîieot à chacun, et c'est en réunissant sous un même nom cette action dont le mécanisme nous échappe que la médecine avait créé des entités, telles que le génie épidémique, la constitution médicale dont elle étudiait les effets sans en connaître la vraie cause.

L'analyse permet cependant de séparer, grâce à l'observation et à Texpérimentation, ce qui, dans des circonstances déterminées, revient à certains agents agissant isolément. Le froid, la chaleur, l'humidité, Télectricité, la lumière, le son peuvent agir sur notre organisme, toutes les autres circonstances restant les mêmes. Physiologiquement, on a pu étudier l'influence de ces causes; pathologiquement, le problème est plus complexe. Il faut, en effet, considérer la durée, l'intensité de Finfluence à laquelle le corps est soumis partiellement ou dans sa totalité.

Une action générale, un refroidissement pour spécifier, peut déterminer une maladie locale, de même qu'une action limitée peut être le point de départ d'une maladie dans un organe éloigné (le froid aux pieds, cause d'angine). C'est que, en effet, il faut faire intervenir et Finfluence du système nerveux et tenir compte de l'état antérieur du sujet, de la virulence plus ou moins grande des microbes qu'il portait en lui-même.

Avant d'entrer dans Fanalyse de ces faits, les modifications apportées au fonctionnement des organes par chacun de ces agents physiques doivent être passées en revue. Ce sont ces données fournies par la physiologie qui nous permettront de mieux comprendre le mécanisme de l'actioD pathologique.

L'homme subit, sans paraître en souffrir, des écarts considérables de température. Il vit sous l'équateur et près du pôle ; dans la même région, la température présente, suivant les saisons, des oscillations coqsidéniblcs. L'homme a pu supporter une température de +53 degrés i l'ombre (Sénégal), expérimentalement Blagdcn a pu pénétrer et rester quelques minutes dans une éluve sèche à -+-129 degrés, de même que, en sens inverse, les températures extrêmement basses ont été tolérées,

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