IV. — ODEUR DE LA BOUCHE ET DE L'HALEINE
L'odeur de la cavité buccale peut fournir des indications très précieuses. Les odeurs qui s'exhalent de la bouche peuvent venir de celle-ci même ou de l'haleine (air expiré), ou des amygdales, ou du pharynx. Aucune odeur
:>66 SËMIOLOGIE GËiNËRALE DU TUBE DIGESTIF.
ne s'exhale en général de la bouche des sujets sains. Cependant rhaliâne peut présenter, chez des individus sains, certains caractères tenant à Tmtroduction dans Testomac ou dans Forganisme, par une autre voie (intestinale, sous-cutanée), de substances volatilisables, qui peuvent s'éliminer plus ou moins modifiées par la voie respiratoire (ail, oignon, édniole, alcool à Fétat d aldéhyde, éther, chloroforme, paraldéhyde, telluratede -soude, valériane, musc).
La mauvaise odeur de la bouche peut dépendre seulement d'une hygiène défectueuse (oubli du nettoyage des dents dans les interstices desquelles peuvent rester des résidus alimentaires). L'abus du tabac, fume ou chiqué, peut faire exhaler une odeur presque fécaloïde. Le plus souvent il y a ime •cause pathologique : carie dentaire, fermentation des enduits qui recouvrent la muqueuse ou produits pathologiques tels que salive altérée, pus, lambeaux de muqueuse sphacélés comme dans les stomatites, surtout le* stomatites mercurielle, ulcéro-membraneuse, les diverses espèces d'ulcérations, le noma. L'odeur est alors putride avec des nuances variées; il en est d'assez caractéristiques comme celle des plaques muqueuses syphilitiques.
La cause de la mauvaise odeur peut résider dans les amygdales (am» èpithéliaux et sébacés, d'aspect caséeux, retenus dans les cryptes).
Plus souvent encore l'haleine, c'est-à-dire l'air expiré, est le véhicule des émanations malodorantes. L'odeur peut être aigre dans les dyspepsies acides, dans le diabète, d'une acescence spéciale dans l'ace tonémie, ou aigrelette dans l'hémoptysie (N. Guéneau de Mussy) ; putride ou sulfliydrique dans les dyspepsies avec fermentations secondaires, la chlorose; alliacée dans certaines bronchites avec stagnation du muco-pus sécrété, dans l'apoplexie pulmonaire; elle rappelle celle du plâtre frais ou de b macération anatoinique dans la gangrène du poumon ou des extrémités bronchiques, dans l'intoxication par les émanations des amphithcàlres d'autopsies ou de dissection. Dans ces divers cas, tantôt l'odeur vient directement du poumon ou de l'estomac lui-même ; tantôt, et plus souvent peut-être, elle est exhalée par le poumon, qui livre passage à des produits d'excrétion volatils issus de l'intestin ou résultant d'une viciation des échanges nutritifs.
§ V. — MUQUEUSE BUCCALE La muqueuse buccale peut présenter divers troubles de la sE^NsiBont
Vanesfhésie totale peut coexister avec des lésions diffuses cérébralef ou bulbaires. Mais il s'agit presque toujours d'une hémianeslhé^ie portant sur une joue, la moitié de la langue et des lèvres; les malades, c^ sant de percevoir la température, la consistance et les autres caractères
C WITÉ BÎÎCCALE, V^ SW
]>hyi4Îi{ties des corps introduits dans la btnichc, laissent séjourner eiilre la jftui' el la gencive, entre la ^cnelvt^ f't la liin^me, des résidus d'aliinenls* h muqueuse devient le siège d'une iiitlauuuation eatarrliale, aggravée par 1^$ nmrmres itivtdontaireA. Cette liétniane^tliésie bucede existe che^ des liysU'riijues liéinianesthesiques de la puan vi des sens, dans le;^ lésions emHiriiles en fojers. ai»rès certaines paralysies périphériques du nerf inuxiilaire supérieur ou inférieur, dans di?s cas d'otorrhëe avec lésions cotisrcutives du plexus lyrnpaniqne (*).
U sensibilité liueeale jieut être exagérée (hypere^théëie) de manière à rendre la luastLciilion douloureuse, et le contiict des aliments ehuuds ou [froids très pénible.
Elle peut être pervertie {/>«reiîfA(f^i>) î le patient éprouve des pi cote - Jiients, dénjangeaisons, ffuinnillenienls sur la faee interne des joues, srn' lies lïords el la ]toînte de la langue ; il se plaint de sensations illusoires de [froid ou de chaud sur les gencives, la voûte palatine.
Ces hjperesthésies et paresthésies peuvent être liées à une inflan i mation visible de la nuiqneuse; on peut aussi les voir sans lésion dans Thys^ li*rie, dans d'autres névroses ou alTections oiganiques du sysléme nerveux» dans rallénation mentale, dans ceriuins cas d'artério-sclérase avec ^ou sans né|>hrile interstitielle*
Les hyperesthésies et les paresthésîes peuvent niai'cher de pair avec les vé ri labiés névralgien, iyni se produisent par accès de quelques secondes à quelques minutes, s aceoïnpagnarit souvent d'une salivation excessive* fia plus fréquente des névndgies buccales est celle de k langue {glossalgie ou glossodynie)* Celle-ci est très tenace, exerce une influence souvent fâcheuse sur Tétid menliil des malades, qui, examinant sans cesse leur klangue, s'imaginent y voir des ulcérations et se croient atteints de canfcer. Ces malades sont d'ailleurs tons des névropathes,
La SEAsutiLiTÉ seÉciAi,H, gnstative, peut dire altérée isolément ou en
Muénu> teiiqjs que la sensibilité générale. L'abtdition du goût (agueuêie)
peut être générale ou ]>ai'lielle, continue ou intermittente- Passagère, elle
peut dépendre de la sécheresse de la bouche 1 iiupiTuiéabilitè nasale obli-
I géant les malades k dormir la bouche ouverte, c-atarrhe buccal fébrile ou
' non). Persisli\nte, elle peut se voir dans Tliystérie, dans les lésions de la
partie postéiieure de la capsub* interne; elle porte alors sur le domaine
I du lingual et du glosso-pliaryngien. Limitée aux deux tiers de la langue*
elle dépend de lésions thi trijumeau et de sa bi-anclie linguale, du facial et
de la corde dn tyuipan.
L'exagération de la sensibilité gustidive {hyperffueusie] s'observe dans l'hystérie . La perversion du goûl (paragucunic) existe aussi dans l'hystérie et chez certains aliénés ; plus souvent ceux-ci ont de véritables hallucinations gustatives. Unilatérale, elle se rencontre dans certaines para
(*) Cii. SiMOfl,, I^aitpte m'Vf(i|iftlluten'- Tln'^sc de PariB, 1880, — Butlis, litxntxen of Ikc îùh^ 0t4J^, Ixadiiil |iar D. AianE. 18t<y. — lier lUt^iiJfch vi )lAhik, SéuuuUjj^ie EiiTveiJsc dv la langui?. Lin Pr(>grèi médk&i, im\.
Ivftics faciales, dans des otorrhces anciennes. La perversion totale dn goût rend souvent odieuses aux fébricitants des saveurs quHIs aiment i Tétat de santé (vin, tabac).
Coloration. — Beaucoup do modifications de la muqueuse buccale, que nous avons notées à propos des lèvres et des gencives et que nm» retrouverons en parlant de la langue, se rencontrent dans les autres p8^ ties de la cavité buccale (face interne des joues, plancher delà bouche, voûte palatine); il sera donc inutile d'y revenir chaque fois. NousaTons cité la coloration ardoisée causée par la maladie d'Addison. On voit une pigmentation d'un noir bleuâtre chez certains tuberculeux ayant en même temps de la mélanodermie. Dans les ictères intenses, certaines parties de la nuiqueuse buccale, le dessous de la langue sur les côtés du frein, le i*aphé de la voûte palatine se teignent plus ou moins en jaune.
A Tétat normal, la muqueuse palatine est la partie la plus pâle; les culs-de-sac, formés par la réflexion de la muqueuse à la base des gencives, s(mt, au contraire, les parties les plus colorées. A l'état pathologique, quand il y a anémie intense ou congestion excessive, toutes les parties peuvent être d'une pâleur ou d'une rougeur uniformes ; on distinguera la rougeur difTuse des stomatites et les taches d'un rouge plus foncé, se détachant sur le fond général, dans les énanthèmes des fièvres éruptives ou des intoxications.
Nous rappellerons brièvement que Ténanthème de la rougeole est pointillé et commence à apparaître sur la voûte palatine ; M. Coniby a considéré comme un signe prémonitoire un enduit érythémato-pultacé des culsJesac gingivaux (*). L'énanthème scarlatineux est diffus et porte sur toute la muqueuse, mais plus accentué toutefois au niveau de l'isthme pharyngien; il est suivi de la desquamation totale de celle-ci, qui prend alors h coloration du rouge le plus vif, en même temps qu'un aspect âpre et comme saignant. La rubéole, les oreillons ont des énanthèmes beaucoup moins constants et caractéristiques. Parmi les autres fièvres éruptives, h varicelle donne quelques vésicules entourées d'un fin liséré rose vif et surtout placées sur la voûte palatine; la variole produit des i>apules peu nombreuses dans les formes discrètes, serrées ou confluentes dans les formes graves, et qui deviennent successivement des pustules et des ulcérations.
Les autres éruptions dont la nmqucuse buccale peut être le siège sonl les érythèmes polymorphes, l'urticaire, Thydroa, le pemphigus, le purpura, etc. On y voit les taches pigmentaires de la maladie d'Addison, cl celles (pii ont été signalées connue accompagnant quelquefois la mélanodermie de la phthiriase (Thibierge, Besnier, Chauffard, Grcenhow) et le goitre exophtalmique.
Les stomatites proprement dites sont des altérations de la muqucase
(*) Société médicale des hôpitaux^ 1895.
aVlTÉ BUCCALE. 569
i|ui reconnaissent pour cause soit une irritation physique ou traumatiquo, ftoii un irritant chimique, mais dans la pathogcnie desquelles il y a toujours une part à faire aux microbes, hôtes habituels de la cavité buccale.
Ceux-ci peuvent sans doute <^ eux seuls provoquer des lésions inflammatoires de la bouche, si par suite de circonstances spéciales ils passent de fétat saprophytique à Tétat vinilent; mais le plus souvent leur entrée en scène ne se produit qu après lagression d'un élément physique (air ou liquides trop chauds ou trop froids) ou chimique (gaz irritants, substances caustiques ou irritantes amenées du dehors ou apportées par la salive : mercure, iode, arsenic, phosphore, antipyrinc, etc.).
Les microbes trouvés à l'état normal dans la bouche appartiennent à de très nombreuses espèces : pour ne citer que les princii)aux pathogènes, i>n rencontre les streptocoques (Widal et Hezançon), les staphylocoques, pneumocoque (Nettcr), pneumobacille de Friedlaender, colibacille, etc.
Les stomatites (*) se révèlent par la rougeur plus ou moins foncée, la fit»cheresse d abord, puis Thypersécrétion muqueuse et salivaire, certains cxsudats fd)rineux revêtant tantôt laspect de taches lenticulaires disséminées, comme les aphtes à fond crémeux avec liséré rouge vif, tantôt celui l'une fausse membrane plus ou moins étendue (stomatite diphtéroïdc) (*); la desquamation épithéliale intense favorise laspect pultacé, et la diapédèse leucocyticpie active, avec nécrose des phagocytes, fait apparaître le pus.
Certaines stomatites sont remarquables par Timportance et la profon- Jcurd'un exsudât interstitiel, dont la nécrose aboutit à la formation d'une ulcération (stomatite ulcéro-membraneuse); c'est à la face interne des joues ou au niveau des gencives (pie siègent ces ulcérations.
On voit encore des ulcérations disséminées, mais plutôt au niveau des gencives, des sillons gingivo-géniens, dans les stomatites médicamenteuses ou toxiques, surtout celle du mercure, (pie caractérise encore le ramollissement fongueux de la muqueuse, l'abondance, la viscosité et la Fétidité de la sécrétion salivaire.
La stomatite du scorbut est remar(|uable par la production de taches ecchymoti(pies et d'hémorragies en nappes.
On reconnaît certaines stomatites parasitaires à des caractères spéciaux : le muguet à ses nappes d'un blanc crémeux, assez fortement adhérentes; les mycoses à d'autres taches brunâtres ou jaunâtres.
On peut encore voir des plaques disséminées de gangrène ou l'ulcération profonde et horriblement fétide qui succède, sur la face interne [Kune des joues, à l'élimination de l'eschare intragénienne du noma.
(•) A. CHAcrFARD, Dictionnairo d»» Jaccoiid. — Labocld^.?ie. Fran c médicale^ I8T8. («) Sevkstre cl Gastoo, 1895. — L. Beco, 1806.
§ YI. — LANGUE
La sémiotiquc de la langue comme celle du pouls avait été remarquablement étudiée par les anciens médecins; Lasègue, un des derniers repré» sentants de la clinique pure, disait que Ton ne saurait trop regretter la disparition des « médecins du pouls ou de la langue ». — « La langue. ajoutait-il, ne dénonce pas la maladie, mais Tétat du malade qui en est atteint. » Si Ton ne se contente pas de la regarder, mais si on la touche. ou si on la palpe (avec les doigts humectés d'eau fraîche), de manière» apprécier non seulement sa coloration, mais sa consistance comme sa. FORME, on tire de cet examen des renseignements fort utiles.
Elle est, dans les angines aiguës, blanche, large, amollie; — chezlesi^ pleuréliques, couverte d'un voile opalin « comme si le malade avait busune tasse de lait » ; — chez les rhumatisants, dans la crise fébrile, elle a c^^ même élargissement, ce même enduit blanc; mais, dans les inteniiUe^ mêmes des crises, elle demeure molle et blanchâtre, sans être ni épaisse^ ni élargie. Dans l'embarras gastrique, on constate que l'enduit est particu— licrement épais, plus grisâtre ou jaunâtre, que les papilles sont saillantes.
Dans certains cas de grippe, elle prend une teinte blanchâtre et un aspect miroitant, porcelainique (Faisans).
Dans la fièvre typhoïde, au début elle est étalée, humide, avec un enduit presque total depuis le Y jusqu'à la pointe, qui est un peu sèche et rouge ainsi que les bords; plus tai*d, dans les fièvres graves adynamiques ei livrées à leur marche naturelle ou traitées par les anciennes méthodes, la langue devenait sèche, noirâtre, puis cornée, fendillée, fuligineuse, « la détérioration de la langue marchant de pair avec la déchéance progressive de l'individu ». Mais, depuis que la dothiénentérie est traitée par les procédés hydrothérapiques et la désinfection intestinale, on ne voit que bien ^ar^ ment la langue décrite par nos devanciers, la langue « de perroquet >. Malgré les hautes températures passagèrement atteintes, la langue demeure presque toujours humide.
Dans les affections des voies respiratoires (bronchites aiguës, bronchopneumonies, pneumonies), la langue est blanchâtre, saburralc tant que les températures sont modérées, elle se sèche, quand la température atteint 40^; dans la pneumonie, la langue sèche jointe au tympanismc abdominal, est, surtout chez les vieillards, du plus fâcheux pronostic.
Il n'est pas sans utilité de rappeler les colorations que peuvent communiquer à la langue divers aliments, médicaments ou caustiques (RigaLButlin).
Noh^ : Encre, vins rouges, mûres, certaines espèces de cerises ou de baies, vins ferrugineux et préparations martiales solubles. — Brun: tabac, jus noir, noix fraîches, prunes. — Rouge brun : chocolat. — Jaune safran : laudanum, rhubarbe. — Rouge : quinquina rouge.
CAVITÉ BICCALE. 57i
certaines pastilles au chlorate de potasse que les pharmaciens colorent on ne sait pourquoi, ratanhia, framboises, cerises.
Les colorations produites par les caustiques sont intéressantes au point de vue de la thérapeutique immédiate à employer comme contrepoison ou antidote, si le malade est hors d'état de renseigner sur la nature du caustique ingéré, et aussi au point de vue médico-légal. — Gris blanc : acides sulfurique, oxalique, phénique. — Jaune : acides nitrique (si Faction est superficielle), chromique. — Rouge : nitrate acide de mercure. — Gris gelai ini for me : potasse caustique. — Blanc ou gris de perle : nitrate d argent, sublimé.
Les TACHES rares qu'on rencontre sur la langue sont : celles du xanthelasma, jaunâtres, allongées, sur les bords et la pointe de la langue, sans induration aucune, variant comme étendue de la dimension d'un pois à celle d'une pièce de cinquante centimes; elles coïncident en général avec d'autres taches jaunâtres sur les paupières, la conjonctive, divers points de la peau du tronc, avec de l'ictère chronique ou une affection hépatique. — Les taches brunâtres de la maladie d'Addison ont même siège sur les |)arlies latérales et la pointe; elles coïncident avec d'autres taches sombres, ardoisées ou noires sur la muqueuse des lèvres, de la face interne des joues et avec la mélanodermie.
On voit des taches blanchâtres en nappe ou en semis produites par des touffes de leptothrix(*). Porak a décrit (') chez le nouveau-né des plaques blanchâtres, festonnées, très adhérentes à la langue, à bords surélevés, formées par la végétation d'une espèce de levure, espèce cryptogami({ue distincte du muguet.
Les ecchymoses, consécutives à un traumatisme ou causées |)ar un purpura, donnent lieu à des taches de formes irrégulières, d'abord violacées ou noirâtres, puis brunes et jaunes, durant fort longtemps. On les distingue des taches produites par certains caustiques à cause de leur profondeur, dont on se rend compte en frottant avec un linge ou en raclant un peu répithélium lingual; les couches épidermiques mortifiées par un caustique s'effritent aisément.
Chez certains individus existe une coloration de la face dorsale de la langue avec hypertrophie du revêtement épithélial des papilles fdiformes, qui a été étudiée, sous les noms de « langue noire » (M. Raynaud), nigriiia /irt^i/â? (Bertrand de Saint-Germain), glossophy tic (Dessois), mélanotrichie linguale (H. Surmont). Elle consiste objectivement en une plaque surélevée, de dimensions variables (d'une pièce de cinquante centimes jusqu'à couvrir toute la surface située en avant du V lingual) ; sa coloration, allant du jaune brun au noir d'encre, est liée à une hypertrophie des papilles fdiformes (jusqu'à un centimètre et demi ou deux) formant un chevelu emmêlé, qu'on a com|>aré à un champ de blé ou d'herbe versés, à
(«) RoTKT, Province ni^dicalr, 1896.
(*} Journal de méd. de Paru, I89tf.
un chapeau de soie mouillé et brossé à rebrousse-poil. Autour de la plaque existe une zone gris siile d aspect velouté, par hypertrophie moins accentuée du gazon papillaire. Chez certaines personnes, Taspect noir de la plaque est en partie masqué par une couche grisâtre de squames épithélialei^ et de débris alimentaires, d'où émergent les poils plus foncés, « comme les débris d'une barbe bien noire tranchent sur la mousse savonneu^^ dans laquelle ils tombent lorsqu'on se rase » (Surmont). Cette affection* qui tantôt demeure stationnaire pendant une ou plusieurs années, tantôt, évolue par poussées cycliques et récidivantes de quelques semaines, etn^ s'accompagne guère d'autres phénomènes subjectifs qu'un peu de séchc!?resse de la bouche, un goût terreux, quelque sensation de chatouillement et une réaction acide de la umqueuse au niveau de la plaque, se renconti*^» chez des sujets la plupart du temps bien portants. L'examen microscopique montre que les poils sont formés exclusivement de cellules épithV*^ liâtes, soudées les unes aux autres et a}*ant subi la transformation épiderini. que, la kératinisation ; les plus superficielles de ces cellules contiennent beaucoup de graisse (Alb. Mathieu). Les parasites les plus divers ont ofé mentionnés à la surface des fdaments épithéliaux et dans les intervalles des cellules épithéliales ; mais ce sont des hôtes habituels de la bouche, et seul M. Dessoix a décrit un glossophjlon spécial que les observateurs ultérieurs n'ont pas confirmé; les pliLs récents ont admis que cette hypertrophie épithéliale piliforme des papilles (Féréol) était la conséquence d'un trouble dans l'évolution de l'épithélium papillaire, auquel le système nerveux peu^ n'être pas étranger. Au point de vue sémiotique, la présence des productions piliformcs a une valeur diagnostique supérieure à celle de la coloration plus ou moins foncée de la plaque. Rostavtzev (Gaz. russe de Botkin, 1896) est aussi pour l'origine mycotique; il a observé la transmission incontestable d'un individu à un autre. Elle ne lui pai^it pas la conséquence de troubles digestifs, mais elle peut les engendrer. Parmi les micro-organismes qu'il est parvenu à isoler, il suspecte surtout le cladothrix et le saccharomyces, ([ui n'ont pu être retrouvés dans la cavité buccale api*ès la disparition de l'enduit. La coloration noire tient pour la plus grande parla la transformation cornée des papilles piliformcs et pour une faible pari aux micro-organismes. D'autres microbes peuvent donner aux papilles la coloration bleue (Rydygier), et Chourek a décrit un cas de langue jaune. Plaques des fumeurs. — Vers la partie médiane et antérieure de la face dorsale, à droite ou à gauche, existe souvent une plaque légèrement proéminente, ovalaire, d'un centimètre de long sur un demi de large; c'est le point où vient se poser le bout du tuyau de pipe et où vient s'étaler la fumée du cigare. Cette tache peut être parfaitement lisse, sans excoriation: les pa|)illes semblent avoir été seulement rasées à ce niveau. La coloration dans le premier stade est rouge livide. Plus tard elle devient blanc jaunâtre ou brunâtre par la formation d'une mince croûte dont la chute laisse de nouveau à nu une surface rouge et lisse; chez d'autres fumeurs, on observe, à la place de la tache rouge, une tache blanc bleuâtre ou nacrée
parfaitement lisse, à bords nettement délimités; celle-ci peut être Findice d^un stade plus avancé de la lésion ou bien le résultat d'un mode d'irritation plus lent. Chez les fumeurs invétérés la plaque peut s'étendre progressivement sur toute la face dorsale de la langue, jusqu'aux papilles caliciformes du V lingual. Le diagnostic de la placpie linguale des fumeurs est facilité par la coexistence constante de taches blanches, opalescentes, analogues à la face interne des joues, sous forme de deux triangles dont les sommets sont dirigés vers les deux commissures. Les plaques des fumeurs sont parfaitement indolentes; elles consistent en un épaississement progressif des couches profondes de Tépithélium et des couches superficielles du derme mu(|ueux. Qiez les grands fumeurs, si à Faction du tabac se joignent d'autres causes, soit diathésiques (goutte, rhumatisme, syphilis), soit locales (hygiène défectueuse de la bouche), les plaques peuvent non seulement exister au lieu d'élection, mais se multiplier sur la plus «grande partie de la muqueuse à la façon de la leucoplasie buccale.
La leucoplasie ou leucoplakie (synonymes : psoriasis buccal, ichtyose, kératose, tylosis) est une affection caractérisée par la formation d'ilôts d'un blanc l)lcuàtre sur une étendue variable de la langue, de la face interne des joues et des lèvres; sur la langue, la muqueuse, au niveau de ces plaques, est parfaitement lisse, les papilles ayant disparu ; la couche superficielle est transformée en une pellicule blanc bleuâtre, opalescente, presque translucide en certains points, de façon à laisser voir, par transparence, la couleur rouge de la langue; mais, au début, elle reste souple et mobile. Elle peut être délimitée brusquement par un bord plus épais, jaunâtre et dentelé, ou bien Tépaississement est plus marqué au centre, et les bords vont plutôt en s'amincissant tout en se terminant par une ligne fi-angée et dentelée. On rencontre çà et là des crevasses peu profondes, peu douloureuses, dont le fond présente une coloration bleu foncé ou rouge ; on a comparé Taspcct de la muqueuse ainsi transformée à celui d'une couche de peinture qui se serait desséchée, puis craquelée. A un degré plus avancé, ta transformation opaline de la mu(|ueusc a envahi la plus grande partie de la langue ; la rnucpieuse est moins souple et plus épaisse. En certains points, la phupie opaline semble avoir été enlevée à l'emporte-pièce et la langue esta vif, plus rouge que normalement, comme excoriée, et douloureuse. La lésion de la leucoplasie est une atrophie des ])apilles avec arrêt de la circulation dans leurs vaisseaux, avec épaississement de la couche épidermique cornée et infiltration du chorion par des leucocytes; la coloration bleuâtre ou blanchâtre résulte du début des lésions dans le chorion sous-épidermique et de l'arrêt de la circulation dans les papilles atrophiées. La leucoplasie buccale s'obsene *de vingt à soixante ans; elle est très rare chez la fennne. Si elle existe chez beaucoup de fumeurs, chez lesquels elle parait n'être qu'un état plus accentué des plaques vulgaires, on la rencontre chez des individus qui n'ont jamais fumé. L'abus des liqueurs fortes, des mets épicés, des boissons chaudes, la présence de pièces prothétiques, invoqués comme cause d'irritation
locale, manquent chez certains malades, tout aussi bien que la syphilis, /^ (liathèse goutteuse ou rhumatismale et Tétat dyspeptique, qui ont été cités comme influences prédisposantes générales. Cependant^ pour ma part,jai toujours trouvé larthritisme et la dyspepsie, isolés ou associes, etrartériosclérose.
Les travaux modernes ont mis en lumière Tapparition assez fréquenl^» du cancer sur les surfaces leucoplasiques. Dans ces cas, on voit se produire, au niveau de Tune d'elles, une petite grosseur qui s'ulcère ou une perte de substance qui s'agrandit et dont les bords s'indurent, en même temps que se développe l'adénopathie sous-maxilhire.
On peut rencontrer des états desquamatifs de la langiie assez embarrassants à diagnostiquer, quand on n'est pas familiarisé avec eux.
Ln glossite exfoliatrice marginëe(^) consiste en îlots rouges, lisses, d'aspect velouté, limités par un liséré blanc, saillant, festonné, dont la. coniiguration, d'une irrégularité géographique, varie très souvent. Les lésions, essentiellement nomades, se présentent à diverses étapes de leur évolution, de sorte qu'on trouve toutes les transitions entre le ronge vif des parties nouvellement desquamées et la couleur de l'épithélium normal- Cette afTection bizarre, décrite sous des noms divers (desquamation en aires, langue géographique, etc.), est indolente; elle ne s'accompagne d'aucun engorgement des ganglions sous-maxillaires. Parrot la considérait comme un stigmate de syphilis héréditaire. Louis Guinon a contribur à montrer qu'elle est indépendante de la syphilis.
V eczéma de la langue^ rare, coïncide avec une poussée de cette affection sur la peau. 11 consiste en une ou plusieurs plaques plus ou moins régulièrement arrondies, dont le centre est lisse et rouge vif, les bords nettement découpés, blanchâtres, à peine surélevés.
Nous diviserons en cinq catégories les ulcérations de la langue :
Ulcérations iVorâre inflammatoire. — Toutes les fois qu'il existe une dent cariée, ébréchéc, rugueuse, dont Tarcte vive et saillante est tournée vers la langue, cet organe peut présenter, et doit même presque nécessairement offrir, au bout d'un certain temps, une perte de substanerî consécutive à rinflammalion mécanique que les frottements incessants y déterminent. Au début, il s'agira d'une ou plusieurs érosions, si super— iicielles et si minimes que le malade en aura à peine de l'agacement • mais, au bout d'un temps variable, ces érosions s'étendent en surface e^ en profondeur, se fusionnent, et voilà une véritable ulcération constituée -r douloureuse, tenace, gênante pendant la mastication. Un noj-au de phleg^ — masie chronicjue a pu se développer autour de l'ulcération, noyau dure*rénitent ; c'est la g lossi te dentaire. Un examen attentif fera reconnaîtR» l«c^ rapport do voisinage et de juxtaposition de la perte de substance ava' 1^^ dent ébrécbée; le limage ou l'avulsion de cette dent suffiront à dissiper 1=3 lésion en quchpies jours.
(') G. LtiioKMEn, Thèse de Paris, 1883.
Quand l'état général d'un individu est détérioré par une maladie adynamique, les ulcérations se font plus facilement sous Finfluence des traumatismes les plus légers (pression des dents ou de chicots), parce que les agents infectieux sont tout prêts à envahir les tissus sans résistance, et elles ne guérissent cpie quand la vitalité renait. Ainsi peuvent être expliquées certaines ulcérations superficielles de la bouche et de la langue qui se produisent dans la fièvre typhoïde. Duguet, Dérignac avaient étudié celles du pharynx et de Tisthme du gosier. Tripier, E. Devic(*) ont décrit des ulcérations qui se montrent sur le pilier antérieur, sur la base de la langue à ce niveau, sur les bords et la pointe dans le premier septénaire et la moitié du second; indolentes, ne retentissant qu'à peine sur les ganglions, sans décollement des bords, sans exsudats, elles suivent l'évolution des ulcérations intestinales, ne guérissant qu'en même temps et pouvant servir au pronostic, puisque leur persistance, malgré l'apyrexie temporaire, peut faire prévoir la rechute ou que leur cicatrisation permettrait de ne pas considérer comme un début de rechute la réapparition de la fièvre. Elles ne sont pas de nature lymphoïdc (A. Siredey, Devic).
L'usage du tabac, pris sans modération, peut déterminer une glossite avec des ulcérations. Celles-ci sont souvent imdtiples, disséminées, superficielles; mais quelquefois, si le sujet est peu soigneux de sa bouche, s'il est en même temps alcoolicpie et cachectique, elles peuvent être plus creuses, assez étendues, jusqu'à égaler une pièce de 50 centimes : elles peuvent reposer sur un tissu induré, offrir un fond jaunâtre et de mauvais aspect, qui fera songer à des syphilides ulcéreuses. Mais celle glossite des fumeurs est nécessairement de date très ancienne pour être parvenue à ce degré. Elle détermine, outre les ulcérations, des plaques nacrées, d'apparence blanchâtre, (jue nous avons décrites plus haut.
L'élimination du mercure par la voie buccale, par (pielque procédé que ce médicament ait été administré (pilules, frictions, injection souscutanée), peut déterminer une stomatite allant jusqu'à l'ulcération. L'inflanunation buccale commence toujours derrière la dernière molaire, du côté où le malade dort, pour s'étendre graduellement. Les gencives se gonflent, deviennent chaudes, douloureuses, saignantes; le collet des dents s'entoure d'un cercle rouge vif; l'haleine prend une odeur d'une fétidité caractéristi(pie. Les malades éprouvent une sensation désagréable de sécheresse buccale et un goût métallique, des douleurs dans les mâchoires, surtout vers les angles; les dents vacillent et semblent allongées. Puis la mucpieuse buccale tout entière, tuméfiée et rougie, se recouvre d'un enduit blancbàtre et limoneux. La langue en est surtout le siège; elle s'est élargie et porte l'empreinte des dents. Si le mal s'aggrave, on voit apparaître des ulcérations recouvertes d'une couche grisâtre pseudo-membraneuse, qui auguientent rapidement, mais plus en étendue
(*) E. Devic, Ulcérations siipcrficirllcs bucco-linguales tians la fièvre typhoïde. Province médicale^ décembre 1895. — Fohasso, Même sujet. Thèse de Lyon, 1895.
qu'en profondeur, et quelquefois se confondent en une seule surface ulcéreuse. La bouche, entr'ouverte, s'emplit continuellement d'une salite filante, quelquefois teintée de sang, que le malade laisse couler au long des commissures labiales.
Les ulcérations de la glossite aphteuse se rencontrent, chez les entanU très jeunes, dans la partie profonde de la bouche ; chez les adultes, sur les bords et la pointe de la langue. Elles ont été précédées d'un picx)tero€nt désagréable ; un petit point jaunâtre d*un ou deux millimètres, eulonré d'un cercle rouge, s'agrandit peu à peu et peut atteindre, au bout de huit à dix jours, l'étendue d'un centimètre. Les grands aphtes ne sontpa.^ toujours absolument circulaires, leurs contours peuvent être allongés ou anguleux. Les petits sont souvent cachés entre les papilles linguales et od ne les découvre qu'après un examen attentif, tandis que le malade en accuse bien l'existence par lagacemcnt qu'ils lui causent. Leur caractère pathognomonique, c'est la présence d'im exsudât crémeux ayant lacwsitance et la couleur du beurre frais; cette matière crémeuse peut n'exister qu'en quantité presque imperceptible, mais elle est constante, même sur les aphtes que l'on ne peut distinguer qu'à la loupe, ainsi que celaarriTe souvent à la pointe de la langue (Jules Worms).
La papillite linguale, cause de vives douleurs, ne consiste qu'en petil< points exulcérés, visibles seulement à la loupe et cachés dans les plis de la muqueuse autour des papilles fongiformes(*).
Des amas de vésicules très petites, s'exulcérant et guérissant rapidement, chez des sujets atteints d'érysipcles à répétition, peuvent cire en rapport avec des varices lymphatiques (').
L'ulcération papillomateuse du frein de la langue, dite maladie ii Riga, a l'aspect d'une excroissance saillante, végétante, de la grandeur d'une pièce de vingt à cinquante centimes, recouverte d'un exsudât blanchâtre, d'aspect diphtéroïdc(').
Les ulcérations cancéreuses de la langue sont souvent d'un dia{ni«!*tic diflicile, au début surtout. Elles ont été plus d'une fois confondues avei' des ulcérations syphilitiques ou dentiiires.
H arrive, par exemple, (ju'un sujet déjà âgé afl'ectéde chicots dentaircN {idonné à l'abus du tabac, soit considéré comme atteint d'ime ulcération simple' causée par ces deux intluences ; on lui prescrit une hygiène meilleure de la bouche, quehjucs gargarismcs astringents, et on le rassure pleinement sur les suites de cette écorchure. Mais, au bout d'un certain temps, la perte de substance s'est agrandie, est devenue douloureuse; le> ganglions se prennent, le malade s'amaigrit; le diagnostic de cancer sïnipose. On doit donc se montrer assez réservé dans le pronostic de toulf
(•) DcpLAix, Gaz. deshôp., 1895.
(•) . Tenxesox et Darif:r, Varices lymphatiques de la langue. Soc. de dermal., 1895. —A* IloBix et Leredde, Arch. de méd. expéi., 1896.
(') Feoe, Congrès de Rouen, 1894. — F. Brun, Presse médicaU, 1896.
coriation lin^niale de quelque iuiporLince« soit par son étendue, soit ir sa durée, chez les sujets qui ont atteint Tàge mûr. Plus d'une fois aussi, une ulcération linguale, diagnostiquée cancéreuse, guéri rapidement par Tiodure de potassium, administré en désespoir de use et comme par acquit de conscience.
En faveur de la nature cancéreuse d'une ulcération militent d'abord irtaines présomptions : l'âge de cinquante à soixante-dix ans (pourtant jeune âge n'en est pas absolument exempt : Variot a vu l'épithélioma lez un enfant de onze ans), la notion de néoplasmes coincé reux chez les cendants ou les collatéraux directs. Le siège n'a rien de caractéristiquepointe et les bords de la langue où on le rencontre habituellement prédtent aussi bien des ulcères simples et sypliiliti(|ues. Mais le principal •actère est que le cancroîde ulcéré est une ulcération siégeant sur une neur. « Cette tumeur a beau s'être ulcérée en surface, c'est encore et st toujours une tumeur. Même dans sa forme rongeante où l'ulcère est )rimé par perte de substance, le cancer a encore une base indurée. » ►umier.) Il est vrai que le chancre syphilitique est aussi entouré d'une ic indurée, mais cette induration pathognomoniquc est beaucoup moins rquée sur la langue que sur les autres régions du corps; d'ailleurs, si une induration régulière, uniforme; l'induration du cancer est gale, bosselée.
îlicord a dit aussi que le cancroîde était unilaléral, azygos. C'est un actère qui peut aider à le distinguer des goannes, mais non tours.
^e cancroîde est fongueux, saignant ou bourgeonnant; il sécrète un or fétide. Il est, en général, spontanément douloureux, il cause des icements au malade ; il n'est pas seulement pénible par les contacts tants et au moment do ces contacts, comme les autres ulcérations, in, l'état des ganglions est encore le meilleur signe diagnostique peutî; ils sont tuméliés, douloureux dès que l'ulcération est tant soit peu enluée; ils peuvent aussi devenir le siège d'ulcérations secondaires irgeonnantes et ichoreuses.
}uelques autres caractères moins constants sont le renversement et le ollement des bords de l'ulcère, les hémorragies parfois in(|uiétantes, aide cachexie du malade; mais il peut arriver que tous ces signes nquent de netteté, qimnd le mal est encore à une période peu avancée. m les auteurs conseillent-ils tous, quand on est dans le doute et qu'on ite entre le cancer et la syphilis, de conmiencer par instituer le traitent spécifique d'épreuve.
iCs ulcérations tuberculeuses peuvent se développer sur tous les points la langue ; cependant c'est, en général, siu* les bords, au voisinage de ointe, ou vers la face inférieure qu'on les trouve. On peut en rentrer un assez grand nombre, disséminées, d'étendue médiocre ; d'autres , une seule s'agrandit peu à peu et détruit une portion notable de jane. Tantôt le début se fait, dit le malade, par un petit bouton, qui
PATHOLOGIE GÉNÉRALE. — lY. 57
8'écorche et s'agrandit; tantôt, c'est une fissui^e linéaire qui sembler cacher entre les papilles, niais se décolle en profondeur jusqu*à mettre k nu les fibres musculaires.
Trélat, dans un mémoire classique, a fait connaître Fimportance de certaines taches ou points jaunâtres disséminés dans le voisinage de rdcération en un semis plus ou moins confluent. Chacun de ces points senit une petite granulation tuberculeuse en voie de caséificaiion, à bqueHe doit succéder, au bout d'un certain temps, une petite perte de substance cupuliforme ; la fusion de celle-ci avec d'autres voisines donne lieu à des ulcérations étendues, qui sont alors assez irrégulières comme contours, dont les bords sont à peine saillants quelquefois, ou se boursouflent, mais ne se décollent point, ne sont pas taillés à pic. Le fond est d'un rouge vif, quand on Ta détergé d'une certaine quantité de sécrétion grisâtre.
M. Fournier ne considère |>as les caractères objectifs des ulcères tuberculeux connue assez tranchés pour qu'on puisse en faire la base du diagnostic et surtout pour les difTérencier des syphilides ulcéreuses. Il croit que le s(»niis de points jaunâtres, regardé par M. Trélat corame pathogn(mionique, n'est pas constant, si bien que c'est surtout par b notion des antécédents et de l'état des autres organes qu'on doit chercher à s'éclairer.
Le diagnostic serait simple si, connue on Ta cru pendant longtemps, la tuberculose de la langue était obsenée seulement chez les individu^ déjà tubercideux par leurs poumons. Sans doute, dans beaucoup de cas. les ulcères tuberculeux se voient chez les phtisiques, mais iL n'est ps exceptionnel de les rencontrer comme première manifestation de la tuberculose. Ile ce fait nait une difficulté souvent très grande.
Le lupus (le la langue (') siège presque toujours à la base de cet organt par propaj;ali()n de lésions lupi(pies du larjnx et du pharynx; il peut débuter cependant à la pointe. Ovalaire, allongée dans le sens du plus grand diamètre de la langue, la plaque lupique est de couleur gris i*ose, indoh»nte, donnant une sensation de dureté élastique et de rugosité niaimlonnée par juxtaposition de nodules gros connue des grains de chènovis ou de petits pois, et séparés par d étroits sillons ou des crevasses. Ellei moins de tendance à s'ulcércM* en niasse (pi'à former ime glossite sflêreuse lobulée par la juxtaposition de cicatrices au niveau des nodules successivement caséifiés (Leioir). j
La tuberculose peut encore affecter la langue sous la forme de gommo< l'i unique ou nuiltiples, superficielles ou |)rofondes; celles-ci peuvent évoluer sans douleur d'abord sous la forme d'un corps solide et rond qu'on sent par la palpation sous la muqueuse, pour aboutir à la fluctuation, à l'ulW*- i ration de celle-ci, et à Técoulement d'un liquide séro-purulent jaune ver-
{*) Spibe, Lupus linfriial. TIiôs*» <ic Bordeaux, 1895.
(*) Le Nad\>-, (iomiiu'8 IuImtcuIcusos de la langue. Tlièsc de Bordeaux, i896. Ai«\
Tulierculosc linguale. Thèse de Paris, 1895, — Rolland, Tuberculose inlra-Iînguale. Thos** àt Lyon, 1895«
dàirc, ne contenant pas de bacilles, mais dont rinoculation au coliaye est positive.
La syphilis peut, à toutes ses périodes, déterminer des ulcérations de h langue.
Le chancre lingual est une ulcération arrondie, peu profonde, à fond lisse, tantôt rougeàtre et violacé, tantôt grisâtre, dont les bords sont nettement découpés, quoique non surélevés. II repose sur une induration tantôt hémisphérique, tantôt parcheminée, et s'accompagne toujours de rengorgement des ganglions qui correspondent à la partie afTectée. L'un des ganglions a surtout un volume et une dureté prédominants.
Les plaques muqueuses de la langue deviennent souvent ulcéreuses quand elles siègent sur les bords, jKir suite des irritations mécaniques auxquelles elles sont exposées. Ce sont alors des surfaces irréguliéres, le plus ordinairement iimltiples, recouvertes d'une pellicule blanchâtre, parfois pseudo-membraneuse, mais assez peu adhérente pour qu'on puisse l'enlever et apercevoir un fond rougeàtre et saignant. On peut voir, tout autour des bords de la langue, une série de plaques disposées en festons, qui correspondent aux saillies et aux interstices dentaires. La coexistence de plaques uuiqueuses en d'autres points de la bouche ou du corps ou d'autres signes de syphilis est nécessaire à la solidité du diagnostic. Les syphilides tuberculeuses ulcérées sont rares. Vecthyma syphiliti(pie Test beaucoup moins. Il présente sur la langue les mêmes caractères que l'ulcère ecthymateux de la peau : ulcération plus ou moins creuse, â bords entaillés, à fond jaunâtre, de forme assez régulière, en cercle ou en demi-cercle, bordée par une aréole rougeàtre offrant un certain degré de résistance; la dimension varie entre une lentille et une pièce de 20 centimes, à moins que plusieurs pustules ecthymateuses ne se soient fusionnées.
Dans la glossite scléreuse^ les sillons irréguliers et profonds, qui lobulenl l'organe et séparent les mamelons indurés caractéristiques de cette forme, peuvent être le siège d'érosions fissuraires.
Mais c'est la glossile gommeuse qui engendre le plus souvent les ulcérations sj-philitiques de la langue. 1/ulcération, qui succède au ramollissement (l'une gonmie et à l'évacuation de son contenu, est arrondie, ovalaire ou déchiquetée, mais creuse, toujours creuse; c'est une cavité souvent plus profonde que large, comme un puits, pouvant contenir une noisette ou ime amande. Les bords sont véritablement taillés à pic, sculptés, pour ainsi dire, dans les tissus ambiants indurés et rénilents. Le fond est de mauvaise mine, anfractueux, tapissé d'enduits jaunâtres, très adhérents, putrilagineux ou bourbillonneux. L'ulcération gommeuse n'est pas douloureuse spontanément. Elle ne s'accompagne que par exception de quel(|ue engorgement ganglionnaire. Elle détermine moins de troubles fonctionnels que la plupart des autres ulcérations (').
Une place doit être faite à une affection très i-are, ou du moins rare-
(*) A. FooRSiER, I^*çoii9 in Fran-e médicale, 1876-77.
ment signalée jusqu'ici à la langue, Vactinomycose, Débutant par une tumeur intra-linguale qui grossit tout en restant indolente, puis deTJenl fluctuante et aboutit à une ulcération, elle peut être confondue avec no néoplasme, bénin ou malin, avec une lésion syphilitique, ainsi que l'a montré récemment M. P. Claisse(*).
Une dernière catégorie d'ulcérations de la langue est constituée par celles que la coexistence, chez le même sujet, d'infections multiples (syphilis et tuberculose, cancer et syphilis) modifie dans leur aspect et leur évolution.
Ces ulcérations hybrides (*) jettent le clinicien dans une perplexité bien naturelle quelquefois. Un tuberculeux syphilitique, un syphilitique cancéreux peuvent en même temps présenter des dents rugueuses, vicieusement implantées, avoir été soumis à l'irritation chronique du tabac, être attehits aussi de glossite mercurielle ou aphtheuse. Toutes les combinaisons possibles d'influences morbigènes ont été réaHsées dans la clinique, et, quand on se trouve en présence d'un de ces cas ambigus, la plus délicate analyse clinique est parfois impuissante à résoudre un problème trop complexe.
Il faudra alors procéder avec méthode, en mettant successivement en œuvre les moyens locaux et généraux applicables à toutes les ulcérations connues, et arriver à éliminer ainsi les ^unes après les autres les causes supposées.
Les dents nigueuses limées, le tabac supprime, le traitement mercuriel suspendu, l'iodure de potassium essaye pendant quelque temps à assez hautes doses, il ne restera que la tuberculose et le cancer en présence.
L'apparition de signes de tuberculose pulmonaire ou d'adénopathie sous-maxillaire seront alors les deux incidents dont Ja survenance pourra trancher le litige dans un sens ou dans l'autre.
A propos de la forme et du volume de la langue, il faut signaler [hyperh^ophie en masse (niacroglossie) congénitale par lymphangiome ou acquise (acromégalie), — Vatrophie générale ou partielle (hémiatrophie dans le tabès, par traumatisme de l'hypoglosse (')), — les tuméfactions* soit en masse par glossite parenchymateuse aiguë, soit partielles causées par un abcès, par des gommes syphilitiques intra-musculaires, des tubercules profonds conglomérés, un noyau cancéreux débutant dans la profondeur, des lipomes (Derégnaucourt), ou même par corps étrangers (frag ments de dents, de tuyau de pipe, etc.).
Il importe encore de relever comme éléments sémiologiques Yadhérence insolite de la langue au plancher de la bouche (ankyloglosse) par brièveté du frein ou cicatrices, — la mobilité anormale, au contraire, pe^ mettant à la base de la langue de venir renverser l'épi glotte sur le larynx
(*! P. Claissk, L'acliiiomycosc linguale prirailivc. Prêtée médicale, mars 1897.
(*) De Périer, Thêso de Paris, 1883.
(5j J. Babi.nski, Soc. méd. des fiôp., 31 juillet 1896.
CAVÎTÉ BUCCALE, 581
ou à sa pointe d'aller atteindre tous les points du naso-pharynx (*); — la paralysie plus ou moins complète, la déviation de la pointe par suite d'hémiplégie d'un côté ou de contracture unilatérale, — les tremblements d'ensemble ou partiels, fibrillaires (alcoolisme, paralysie générale).
§ YII. — GLANDES SALIVAIRES
La sécrétion des glandes salivaircs peut être modifiée dans sa quantité ou sa qualité.
Elle est diminuée, comme toutes les sécrétions, dans les maladies Fébriles; dans tous les cas où l'organisme subit une soustraction d'eau importante : diarrhées profuses, ou sueurs, polyurie. Elle Test aussi par Taciion de certains poisons (belladone, opium).
Cette diminution a pour conséquence physique la sécheresse de la langue et de toute la muqueuse buccale, qui devient d'un rouge vif et se desquame plus activement; pour conséquence mécanique, la gène apportée à la déglutition et à la parole ; elle cause la sensation de la soif. Une autre conséquence plus importante est l'entrave produite à la digestion des amylacés par diminution dans l'apport de la diastase.
Non moins grave est la suppression du balayage incessant que le flux salivaire exerce sur tous les points de la muqueuse buccale. Il en résulte que les microbes qui vivent normalement dans la bouche et ceux qui y sont accidentellement introduits par l'air atmosphérique (spores du muguet) pullulent plus aisément, et que les substances chimiques qu'ils sécrètent stagnent à la surface de la muqueuse, exerçant sur elles diverses actions irritantes. En outre, c'est une loi de pathologie générale que, lorsque la sécrétion d'une glande est ralentie ou supprimée, les microbes, qui se trouvent sur la surface où vient déboucher le canal excréteur, remontent le long des parois de celui-ci pour aller déterminer dans le parenchyme glandulaire une infection, dite ascendante. Tel est le mécanisme de certaines parotidites suppurées qui viennent compliquer les maladies fébriles.
^augmentation de la sécrétion salivaire (sialorrhée ou salivation) se produit le plus souvent par suite d'une action réflexe à point de départ buccal. L'éruption des dents est accompagnée d'une sialorrhée que traduit l'écoulement de bave par les commissures buccales et qui, produisant en même temps une déglutition excessive de salive, diminue la capacité digestive du nourrisson (dyspepsie par hypersécrétion salivaire). A un âge plus avancé, les odontalgies, la névralgie du trijumeau, les stomatites de toutes sortes (soit |)ar ingesta irritants, soit au cours de mala- Jies générales à déterminations buccales, scorbut, variole, rougeole,
(I) BovRDETTi, Soc. (Canal, et de physiol. de Bordeaux, 1807.
soit par in toxicationmcrcuri elle) s accompagnent d'une sali valioncxagôrép.
Le point de départ du réflexe peut être l'estomac : on salive avec o\cès dans certaines dyspepsies et gastralgies, il y a de véritables crises de salivation dans certaines formes de dyspepsie nerveuse. L'exagération dp la sécrétion salivai re fait partie du syndrome nausée, quelle qu'en soit la cause (naupathie, indigestion, action de l'émétine).
Le tartre stibié peut donner lieu à la salivation non seulement en lanl que médicament émétisant et même après des frictions avec une pommade stibiée (Griffith), mais aussi par les ulcérations qu'il peut déterminer sur la muqueuse buccale quand on l'administre en potion.
Le saturnisme peut donner du ptyalisme (Villemin).
La quantité de salive sécrétée en 24 heures, dans certains cas, est surprenante (3 kilogrammes). Le médicament sialagogue par excellence est le jaborandi et son alcaloïde la pilocarpine.
Il faut distinguer l'hypercrinie salivaire du crachement ou pfyalime. Ce symptôme peut être observé dans la grossesse, l'hystérie, des goitres basedo wi formes (*), chez certains aHénés (manie aiguë, delirium tremens), dans certains cas d'aménorrhée (Royer-Collard).
La nature de la sécrétion salivaire peut être modifiée sous diverses influences pathologiques ; elle peut être plus épaisse et plus visqueuse, comme dans certaines dyspepsies, s'agglutinant alors sur la face dorsale de la langue en minces traînées d'apparence spumeuse, — dans certaines paralysies faciales atteignant la corde du tympan et réalisant une expérience physiologique de Cl. Bernard.
•La salive pathologique peut avoir une odeur fétide, soit parce qu'elle est mélangée à d'autres produits pathologiques, soit parce qu'elle élimine des substances venues du sang.
Elle prend une saveur spéciale quand elle sert de véhicule à certains poisons ou médicaments qui s'éliminent par les glandes salivaires (iodures, iodoforme). Ce dernier, absorbé en excès, fait naître une saveur alliacée chez le malade qui met dans sa bouche un objet d'argent. Dans certains états pathologiques, les malades accusent une saveur métallique, cuivreuse ; dans d'autres une saveur douceâtre (saturnisme) ou sucrée (diabète). Ces saveurs tiennent sans doute à des éliminations de substances chimiquement définies ou encore non isolées.
La présence des calculs dans les conduits excréteurs des glandes salivaires est décelée : par le doigt ou le stylet qui les touche; par le regard. (|uand ils viennent faire saillie h Fostium ; par la présence d'une tumeui dans la région où aboutit le conduit excréteur, tumeur constituée parla rétrodilatation du conduit. Les symptômes principaux sont : gêne de la mastication, de la parole, de la déglutition, douleurs lancinantes (coliques salivain»s) et éventuellement des abcès ou phlegmons de la cavité buccale par septicité de la tumeur salivaire (*).
[*) P. Marie, 5oc. niâd. des hôpitaux, 1897.
(*) Graille, Étude sur les calculs salivaires du canal de \Miarlon. Tlièse de Paris, 1896.