INSUFFISANCE DE LA SÉCRÉTION GASTRIQUE
L'hypochlorhydrie est un état chimique assez fréquent; il se rencontre surtout dans le cancer, le catarrhe chronique et l'atrophie de la muqueuse stomacale ; on le trouve aussi sans lésions organiques dans la dyspepsie nerveuse, chez des neurasthéniques déprimés (Bouveret), des hystériques (Ewald). Dans ces cas d'hj-pochlorhydrie nerveuse, il y aurait encore dans le suc gastrique du labzymogcne et de la propepsine.
L'expression d'ANACHLORHYDRiE n'est applicable qu'aux cas où il y a absence d'acide chlorhydrique libre. Mais Hayem s'est élevé contre l'expression d'anachlorhydrie, parce qu'on peut toujours, avec sa méthode, déceler même dans le cancer une certaine quantité de chlore combiné.
L'hypochlorhydrie peut être un phénomène sans grande gravité si la fonction motrice de l'estomac est intacte; l'estomac chasse son contenu dans l'intestin où la digestion des albumiiioïdes s'accomplit sous l'influence du suc pancréatique.
M. Hayem, préoccupé surtout de mettre en lumière l'importance des combinaisons chloro-organiques, a subordonné dans sa classification les déviations qualitatives du processus stomacal aux modifications quantitatives. Il a rangé tous les cas d'excitation fonctionnelle et d'exaltation du processus fermentatif sous le nom d'HYPERPEPsiE, les cas contraires sous le nom d'HYPOPEPsiE(').
Suivant Hayem, l'h^-popepsie, si l'on tient compte des cas latents, serait plus commune que l'hyperpepsie et, si celle-ci a paru plus fréquente à d'autres observateurs, c'est que les hj-perpeptiques se plaignent beaucoup plus souvent que les autres gastropathes.
Hayem admet trois types d'hyperpepsie et trois degrés d'hypopepsie(*) :
LMiypeqiepsic générale ou typique . Quand ie chlore organique et l'acide chlorhydrique libre sont exagérés C + H -f-. H ^ J L*hyperpepsie chloro-organique . . C seul est augmenté,. U est égal à la C ^ ) niovenne physiologique ou inférieure.
C + H=ou— .
L'hyperpepsie chlorhydrique. , . . il diminué, II exagéré. C — H-f .
Dans rhypopepsie du 1" degré I/acidité (A) est su|)érieure à 100.
Dans rhypopepsie du 2* degré L'acidité (A) est inférieure à 100.
Dans rhypopepsie du 5' degré ou apepsie. A = 0.
Voici les caractères sëmiohHjiques de I'hyperpepsie :
Dans Yhyperpcpsie générale et dans l'hyperpepsie chlo7X)'Organique,
{*'; Chimisme stomacal.
{*) Leçons de titérapeutique (1893). — Pour rinlcUigcnce de la signification des signes C, H, A, Toir plus haut, page 612.
on trouve presque toujours un liquide abondant, filtrant bien (pea de mucus), contenant une certaine quantité de résidus alimentaires modifiés, ou bien émulsionncs ; après fdtration, clair, faiblement ambré, avec fermentations acides peu développées, le plus souvent la fermentation acétique persistant. Peptones abondantes et syntonine, quand la digestion est ralentie.
Appétit conservé ou exalté, fringales même au bout de 2 ou 3 heures, si le processus est accéléré.
Sensations simplement pénibles (gène, plénitude, ballonnement), crampes et crises gastralgiques rares.
Ballonnement, régurgitations, rarement pyrosis, si la digestion est ralentie.
Vomissements très rares. Gmstipation habituelle. Langue en général propre et soif peu intense (sauf en cas d'hj^erchlorhydric tardive ou de fermentations acides au déclin). Rarement mauvais goût. Symptômes ner?eux très fréquents, révélant la forme neurasthénique : mauvais sommeil, impressionnabilité, susceptibilité. Prédisposition aux psychoses et au suicide.
Urines variables : ordinairement riches en chlore, azote et acide phosphorique.
Tendance à Tamaigrissement malgré lalimentation copieuse; quelquefois cependant obésité.
11 y a des cas à liquide gastrique peu abondant, avec accélération du processus digestif et constituant un état dyspeptique latent.
L'hyperpepsie répondrait à un état d'irritation de la muqueuse, vascularisation exagérée pendant la digestion, forte sécrétion glandulaire et surtout des glandes à suc gastrique ; pouvant ne s'accompagner que de faibles modifications de répilhélium et des glandes, pouvant parfois coïncider avec des altérations profondes et anciennes.
Dans Vhyperpepsie chlor hydrique d'emblée (hyperchlorhydrie des autres auteurs), les malades sont particulièrement souffrants : ils ont une continuelle sécrétion de suc gastrique même à jeun (gastrosuccorrhée). Liquide iiltrant bien, peu muqueux, débris alimentaires peu modifiés ou résidus des repas antérieurs : fermentations anormales asseï fréquentes, malgré U-+-.
Appétit excité; soif intense, gorge sèche surtout à la fin des digestions, toujours pénibles, souvent très douloureuses (crampes, gastralgie surtout nocturne, douleur aussi intense presque que la colique hépatique).
Régurgitations fréquentes, pituites à goût acide, avec sensation de chaleur ou de brûlure. Salive souvent épaisse, langue presque toujours propre. Constijxition fréquente, mais parfois diarrhée, coliques à la fin de la digestion quand un chyme trop acide surprend Tintestin.
Douleurs dans les côtés, le dos, les flancs, les lombes, plus souvent qu'à la région stomacale.
Digestion toujours ralentie, d'où dilatation gastrique proportionnelle à rancienneté de rhyperchlorhydrie.
Vomissements fréquents, très abondants si, par écarts de régime, il y a eu accumulation de repas trop rapprochés, quelquefois des crises prolongées sans cause apparente, surtout dans rhj^erchlorhydric d'origine nerveuse.
Comme symptômes nerveux : insomnie relative, réveil à une certaine heure qui correspond probablement au maximum de Tirritation causée par le contenu de l'estomac. Affaiblissement.
Difn(!ulté à travailler. Impuissance génésique.
Modification de l'urine en rapport avec la déperdition du liquide chloruré, surtout en cas de vomissements abcmdants.
Amaigrissement, flaccidité musculaire, tendance à la cachexie.
Les caractères généraux des états d'hypopepsie sont moins bien dessinés et moins fixes parce que leurs causes sont variables.
Le liquide extrait de l'estomac, moins abondant, plus épais et muqueux, plus coloré, filtre moins facilement que dans l'hyperpepsie, contenant les résidus de la digestion mal émulsionnés, souvent aliments reconnaissal)les, mais peu de résidus dans les degrés les plus avancés, parce que l'estomac est rapidement évacué.
La sécrétion à jeun est exceptionnelle et liée à un état passager d'excitation. Les peptones sont en quantité variables, la syntonine plus rare que dans l'hyperpepsie ; quelquefois les matières albuminoïdes n'ont pas été modifiées. HCl libre fait souvent défaut ou est à l'état de traces.
La dilatation gastrique est fréquente et assez accentuée dans les formes encore peu accusées, plus rare dans l'hypopepsie grave, nulle dans l'apepsic; plus souvent rattachée à des causes mécaniques ou à l'atonie des parois que dans l'hyperpepsie. Les fermentations anormales plus fréquentes (45 fois pour 100) et plus intenses.
Les grands vomissements sont rares, s'il n'existe pas d'obstacle mécanique ; ils surviennent à la suite d'irritations passagères. On voit assez souvent des pituites (alcooliques) et des vomituritions (tuberculeux). La constipation et la diarrhée se voient presque également.
Il y a peu de douleurs et les malades se plaignent peu, sauf en cas <I'augmentation de la chlorurie ou de fermentations anormales très développées.
Les symptômes nerveux souvent neurasthéniques, mais sans prédominance cérébrale : abattement et somnolence.
Dans les urines, tous les principes peuvent être diminués, mais quand l'appétit est bon, l'azote et les chlorures sont en quantité normale.
L'état général et l'embonpoint peuvent être intacts, il peut y avoir obésité. La faiblesse et l'amaigrissement tiennent à la lenteur de la digestion, à la tardive évacuation par obstacle mécanique ou à l'intensité des fermentations anormales.
L'apepsie peut être accompagnée d'une évacuation rapide de l'estomac, en moins d'une heure; aussi le liquide est-il peu abondant, spumeux, contenant des débris alimentaires non modifiés. On peut observer la
conservation de Tétat général, embonpoint et vie active, malgré des lésions irrémédiables de Testomac et une digestion stomacale nulle, à la condition que Tintestin supplée à Testomac. Plus souvent il existe de la faiblesse et de Tamaigrissement.
Au sujet des MODiFiCATiaNs ocamitatives de la sécrétion gastrique il peut y avoir augmentation de la sécrétion dans toutes les variétés de dyspepsie, mais c'est surtout dans l'hyperpepsie. C'est Testomac qui fournit le liquide abondant des dige.stions ralenties et des évacuations tardives, beaucoup plus que la stase des liquides ingérés.
Quand il y a continuation de la sécrétion gastrique, alors qu'il n'y a plus d aliments dans Testomac, le matin à jeun par exemple, on dit qu'il y a gastrosuccorrhée. Reichmann ne l'admet que si on peut retirer le matin un suc gastrique acide, après avoir fait le lavage le soir. Mais Hayem croit que le lavage du soir est plutôt une cause d'hjpersécrétion, qu'il provoque un reflux de bile du duodénum dans Testomac et que le contenu gastrique du matin résulte moins de gastrosuccorrhée que d'une hypersécrétion résiduelle. La coloration verte du liquide retiré en cas d'hypersécrétion peut dépendre de microbes chromogènes ou en partie de pigment biliaire et de pigment microbien.
Le liquide d'hypersécrétion résiduelle est tantôt hyperchlorhydrique, tantôt hypochlorhydrique. L'hypersécrétion résiduelle peut se rencontrer chez des h\T)opeptiques qui ont d'abord été hyperpeptiques. Elle indique, en général, que les glandes gastriques sont conservées, quoique altérées. Elle ne peut constituer, pas plus qu'aucun autre symptôme considéré isolément, la caractéristique d'une maladie particulière de l'estomac.
La diminution de la sécrétion gastrique est surtout le propre de rhypojx'psie intense et de l'apopsie, elle peut cependant exister dans certaines hyporpepsies, mais presque jamais dans l'hyperchlorhydrie d'emblée : elle indique que les glandes gastricpies sont en voie de disjwrilion ou même déjà comj>lètement atrophiées.
TnouBLKs ÉVOLUTIFS. — Hayem a étudié spécialement les modifications (pii se produisent dans l'évolution du processus digestif par accélération ou l'aient issetuent, et qu'il nomme troubles évolutifs. Il dit que la digestion est accélérée (juand, au bout d'une demi-heure ou à peu près, le processus digestif est arrivé au même point qu'au bout d'une heure à l'état normal. Mais cette amélioration coexiste tant4^t avec une excitation stomacale et un processus intense, tantôt avec un défaut d'excitation et un alTaiblissement du processus chimique. L'hj-popepsie très intense et Tapepsie «"accompagnent toujours d'un processus accéléré.
Dans les cas de ralentissement, on voit les divers temps de la digestion traîner en longueur, tantôt depuis le début du processus jusqu'à la fm, tantôt seulement après une période qui a évolué normalement ou même d'une manière accélérée. Le travail stomacal n'est jamais plus prolongé que dans Thyperchlorhydrie avec hj7)ersécrétion ; l'excitation persistante
icî rcstomac a pour conséquence une sécrétion continue et la gastrosucçorrhce.
D existe encore d'autres tj^ics de troubles évolutifs : Vhyperpepsie d'évolution, dans le cas où au bout d*une heure existe une digestion normale ou un peu d'hypopepsie, tandis qu'au bout d'une demi-heure existe de l'hypcrpepsie : — Y hyperchlorhydrie secondaire ou tardive, quand, après une première période d'hyperpepsie générale, apparaît seulement l'hyperchlorhydrie proprement dite; — la pseudo-apepsie, dans laquelle restomac ne contient plus au bout d'une heure qu'un liquide dépourvu de toute activité, tandis qu'au bout d'une demi-heure il y a seulement hypopepsie intense avec accélération du processus et évacuation précoce; — la fermentation tardive, par production d'acides anormaux dans la phase de déclin du processus, tandis qu'on n'en trouvait pas à son acmé.
La conséquence des troubles évolutifs est que, dans la digestion accélérée, il n'y a pas de dilatation de l'estomac; dans la digestion ralentie, l'estomac tend à se dilater, et il l'est toujours quand le ralentissement digestif existe depuis longtemps.
Voici le classement des faits morbides adopté par Hayem par application des signes objectifs, physiques et chimiques au diagnostic organopathique :
. ÉT^cuim. I ï>iniinution de la sécrétion gaslriquc. . j Jl^^^,ZZn^m^ ■ATivE. . . I Insuffisance du py
Gastrite mixte atroplii(|ue.
muqueuse, lore.
I A. Sarui dilatation Gastrite parenchymateuse.
!l a. Par troubles i Formes diverses de la gastrite l évolutifs.. . ( parenchymateuse. I ( Gastrite ancienne à tendance atro-
1 b. Atonie. . . ] phiquc.
^ B. Avec dilatation. . '. ( Gastro-névrose.
1 [ Compression de la taille.
( c. De cauw^s 1 En***ropl<»<^ primitive ou secon-
\ mécaniques, i ^. ./'!*^* .., . .. .
I Peruiépalite et diverses causes de
[ sténose pylorique.
MM. Alb. Robin et Soupault ont récemment introduit dans le langage médical une expression nouvelle, qui ne contribuera pas à éclaircir la question si obscure des gastropalhies, c'est celle A'hypersthénie gastrique, qui a comme contre-partie Vhyposthénie (^).
M. Robin est l'auteur qui a donné l'extensicm la plus considérable au sens du mot dyspepsie. Tandis que Lasègue n'admettait comme dyspeptiques que les malades qui souffrent et se plaignent, M. Robin dénomme dyspepsie tout trouble quelconque de la digestion gastrique : « Toute
(') A. Robin, Leçons sur les dyspepsies. Bulletin de thérapeutique ^ 1896. SovPAVLT, Thèse de Paris, 1892.
affection gastrique s'accompagne de dyspepsie, qu'il s'agisse de gastrite chronique, de catarrhe gastrique, d'ulcère, de cancer, de dilatation, etc. Le plus souvent même, sauf pour le cancer, c'est par la dyspepsie que ces affections débutent ; le trouble fonctionnel devenant permanent engendre, soit par la suppression, soit par l'exagération de l'activité de l'organe, le$ lésions matérielles qui à leur tour dans la suite entretiennent le trooUe de la fonction, de sorte qu'en réalité la dyspepsie commence et finit l'histoire des maladies de l'estomac. > M. Robin, remontant le courant qui a poussé tous les contemporains à analyser les diverses fonctions de IV tomac au point de vue physiologique et pathologique, synthétise sous le nom de dyspepsie les troubles multiples de la sécrétion, de la motricité, de la sensibilité : à ses yeux c l'estomac anatomique et physiologique est un tout indissociable », sa fonction est une, elle ne peut pécher que par excès (hyporsthénie), par insuffisance (hyposlhénie) ou par perversion (fermentations vicieuses).
Avant l'apparition de ces états pathologiques confirmés, M. Robin admet une période de dyspepsie prémonitoire ou « alimentaire >, dans laquelle les troubles se passent dans le milieu alimentaire sans altération des sécrétions; la cause en est soit dans un excès de liquide ingéré qui dilue le suc gastrique, soit dans un excès d'aliments, les peptonesen excès inhibant la fonction pepsinique; dans cette période, les candidats! la dyspepsie ont pendant la digestion des régurgitations de liquides neutres ou très peu acides.
L'hypersthés'ie gastrique peut être aiguë ou permanente.
V hyper sthéiiie aiguë peut revêtir trois formes : la forme paroxtjstiqvie d'origine névrosiquo, correspondant à la gastroxynsis de Rossbach, est une maladie de l'adolescence, de quinze à vingt-cinq ans, qui se montre chez des arthritiques nerveux; le début en est une pseud(vmigraine avec pjTi»sis, céphalalgie, puis vomissements abondants, très acides : elle rovifol par accès dont la cause est d'ordri» cérébral ou cérébro-spinal.
Dans la forme intermittente (Vorigine centrale, qui est syniptoinatique do rhyslérie, du tabès, de la paralysie générale, il y a peu ou pas de céphalalgie, le pyrosis prédomine, ainsi qu'un malaise général considc»rable; il y a des vomissements hyperacides, le ventre est rétracté, le pouls petit.
Vue forme intermittente et même périodique est d'origine gastrique ou réflexe, — L'augmentation du taux de l'acide a pour point de départ Tingestion des aliments et persiste après leur digestion : il y a du pyrosis, d«' la pesanteur dans restomac. des bouflïîes de chaleur au visage, un pouls accéléré, des vomissements /rc's acides, sans nausées préalables.
Vhypersthénie gastrique permanente correspondrait à l'état peniianenl (le la maladie de Reichmann (Bouverel). à l'hypersécrétion continue d»* Riegel et Jaworski, au plus grand nombre des dilatations de l 'estomac. M. Robin pense que cette forme englobe les pseudo-cancers; elle se voit chez des sujets de trente à cinquante ans, ayant la teinte cachectique et
la maigreur; la langue conslaminent rouge, Tappctit conservé, le pyrosis, tiraillement d'estomac, une crise d'éructation trois ou quatre heures après le repas, véritable orage auquel la faim succède; une soif ardente « providentielle i>, puisqu'elle amène le malade à diluer le contenu trop irritant de son estomac; on note encore la faiblesse et l'impuissance au réveil, auxquelles succède une excitation nerveuse quand la journée s'avance. On trouverait comme signes physiques la distension stomacale, l'hypertrophie du foie perceptible du moins quand le malade est debout, la distension du gros intestin avec coprostase (quelquefois des masses fécales sont prises pour un rein mobile).
Comme syndrome chimique, IlICI total et libre est augmenté, l'HCI combiné est variable, la transformation des albuminoïdes en syntonine est complète, les propeptones sont normales ou augmentées, les peptones diminuées, la digestion des féculents irrégulière. Les symptômes rationnels sont des veiiiges, des palpitations et des intermittences cardiaques, des troubles oculaires par asthénopie accommodative, une teinte subictérique, un malaise général indéUnissable. Les urines sont pâles, abondantes, alcalines, laissant un sédiment bhinc de phosphates terreux ou ammoniaco-magnésiens (urines laiteuses), l'urée est toujours en excès; il y a de l'albuminurie phosphatique, dite cyclique.
M. Robin admet conune pathogénie ime excitation nerveuse de la sécrétion chlorhydrique : Thyperchlorhydrie provoque le spasme du pylore; la distension gastrique qui en résulte disparait après la crise ; il n'y a donc pas vraie dilatation.
En opposition aux dyspepsies hypersthéniques, M. Robin décrit I'hypo- STHÉ.ME GASTRIQUE, Caractérisée par l'insuffisance fonctionnelle, la diminution de la fonction digestive avec hypochlorhydrie ou anachlorhydrie. Cet état compliquerait souvent les maladies organiques ou diathésiques de l'estomac (gastrites consécutives à un état d'hyspersthénie et à l'abus des alcalins, cancer, tuberculose avancée), mais se rencontrerait rarement comme espèce morbide indépendante. On le constaterait, après tout accès de fièvre et dans la période cachectique de toute maladie chronique. La symptomatologie de l'hyposthénie serait le contre-pied de l'hypersthénie, si Ton envisage ce tableau quelque peu schématique.
Hypersthénie.
Maigreur, quoique le malade mange parfois beaucoup.
Appétit conservé ou exagéré, langue rouge.
Estomac distendu, clapotagc.
Foie augmenté de volume et douloureux.
Constipation régulière.
Le malade soufTre avant le repas, mais l'ingestion d'aliments amène un soulagement momentané.
Hypotthénie,
liC sujet semble avoir conservé une certaine apparence, tout en mangeant peu.
Anorexie.
langue blanche, saburrale
Pas de distension, pas de clapotage à moins de fermentations anormales.
Foie normal (sauf en cas de fermentations).
Garde-robes normales ou diarrhée.
L'alimentation est une cause inunédiate de malaise. Pesanteur, chaleur épigastrique, douleurs vives.
Hypersthénie.
La douleur revient deux ou trois heures après le repas.
Les vomissements, s'il s'en produit, se manifestent quatre ou cinq heures après le repas.
L'examen du suc gastrique dénote une augmentation considérable de l'acide libre.
Hypoêtkénie,
La douleur disparaît trois k quatre beam a|Mrès le repas (à moins de fermentatiom anormales).
Les vomiflBements, s'il s'en produit, se manifestent immé^atement après le repis.
Peu ou pas d*acide libre dans le suc gvtrique.
Enfin les troubles gastriques par fermentations anormales^ qui peuvent compliquer toutes les maladies gastriques, gastrite et cancer, en particulier dans la stase gastrique avec spasme pylorique et atonie ou diktotion, se rencontreraient plutôt chez les hyperchlorhydriques que chei les hypochlorhydriques, et seraient favorisés par Tintroduction dans restomic d'aliments que Gubler appelait métazymes (portant avec eux leurs ferments), tels que gibier, huîtres, fromages, et par la mauvaise masticatioD.
Les caractères les plus apparents sont la flatulence et la production d'acides anormaux. Les symptômes principaux sont : la pesanteur et la somnolence après le repas, l'inaptitude, au travail ou à l'action, le gonflement gastrique, puis la flatulence immédiate ou plus tardive (deux heures après); les gaz éructes sont inodores, sauf en cas de fermentation putride ou butyrique. 11 y a des régurgitations fortement acides chez les hJpe^ chlorhydriques, moins aigres ou insipides chez les hypochlorhydriques; il y a quelquefois im vrai mérycisme. Quatre heures après le repas, le pyrosis est au maximum et il se produit une explosion d'éructations (un malade peut éructer 200 à 400 litres de gaz au cours d'une digestion, Bardet). Du côté de l'intestin, on note du tympanisme avec des borborygmes, des alternatives de constipation et de diarrhée.
Contrairement à Bourget, qui considère la pepsine comme existant toujours en quantité suffisante, M. Robin admet aussi une dyspepsie par défaut de pepsine, qu'il y ait insuffisante formation de ce ferment ou déperdition par les urines (pepsinurie).
Le chimismc stomacal chez le nourrisson a été l'objet de recherches d'où il résulte ([u'il n'y a guère à cet âge que des états pathologiques dus à Thypochlorhydrie ou à la présence d'acides organiques de fermentation. Depuis les recherches de Léo et de KIopatt (de Dorpal), on a admis qu'il n'existe pas d'HCl libre dans le suc gastrique du nourrisson sain ou dyspeptique et que l'hyperchlorhydric est inconnue dans le premier âge. Toutefois MM. Oddo et de Luna (de Marseille) ont publié des observations (*| d'où il résulterait que l'hyperchlorhydric peut se rencontrer dans le jeune âge, surtout chez l'enfant sevré prématurément et soumis à une alimentation grossière. Le lab ferment persiste toujours (*).
Le chimismc stomacal dans la dyspepsie de la seconde enfance a été
(*) Oddo et de Luna, Soc. méd. des hAp., 50 avril 1896. (*) SziDLosKi, Prag. Med. Woch., 1892.
récemment étudié par A. Magnaux (*). Cet observateur conclut que dans la grande majorité des cas les enfants dyspeptiques du second âge ont une dilatation de Testomac et que Tatonie musculaire joue le rôle capital dans les phénomènes dyspeptiques. Les altérations du chimisme sont pourtant constantes. L'hjT)ochlorhydrie est la règle, Thyperchlorhydrie l'exception, lanachlorhydrie n'est pas rare. Dans quelques cas, TlICI libre est normal. Si les formes légères de Thyperpepsie sont habituelles, les formes graves sont exceptionnelles et il n'y a pas de relation étroite entre l'intensité des phénomènes dyspeptiques et les variations quantitatives et qualitatives du chimisme.
Exposons encore quelques considérations de sémiologie chimique relatives à des viciations du travail digestif total par modifications des autres ferments ou sécrétions qui y jouent un rôle parallèlement à ceux de l'estomac (salive, suc pancréatique, sécrétion biliaire).
Dyspepsie salivaire ou buccale. — On connaît incomplètement la physiologie de la salive. La ptyaline, ferment salivaire qui n'a pu être isolé à l'état de pureté, transforme l'amidon en glycosc et cette transformation est favorisée par une acidité de 1 pour 1 000 (Ch. Richet). Mais, d'après 0. John, elle est arrêtée'par les acides de la série grasse et l'acide chlorhydrique libre, même à petite dose, tandis qu'elle est favorisée par les combinaisons organiques de ces mômes acides : chez les hyperpeptiques et les hyperchlorhydriques, la digestion salivaire doit donc être enrayée , mais beaucoup d'entre eux ne maigrissent que peu, parce que cette digestion, entravée dans l'estomac, poursuit son cours dans l'intestin.
La dyspepsie par insuffisance de ptyaline, c'est-à-dire par modification qualitative de la salive, dont parla Coutaret en 1870, n'est ])lus admise. Mais l'insuffisance quantitative de la salive peut jouer un rôle dans la dyspepsie. Si les aliments n'ont pas été assez divisés par la mastication, s'ils n'ont pas été assez humectés de salive, ils seront plus difficilement attaqués par le suc gastrique. D'après les expériences de Sticker, la salive excite la sécrétion de la pepsine et de l'acide chlorhydrique et le jaborandi aurait guéri un dyspeptique dont la sécrétion salivaire était abolie. Les lactates, et d'autres corps peut-être, contenus dans la salive, auraient un rôle chimique à jouer dans la digestion stomacale. Chez bon nombre d'hyperpeptiques et d'hyperchlorhydriques la salive est épaisse et visqueuse, ce qui explique leur soif habituelle; chez d'autres, il existe de la sialorrhée.
Dyspepsie intestinale. — La digestion intestinale est si importante qu'elle' peut suppléer à rinsuflisance et à l'absence de digestion stomacale : témoins les chiens auxquels Czerny avait extirpé l'estomac et qui ont survécu plusieurs années, et certains apeptiques dont l'état général demeure satisfaisant. Nous savons que les sécrétions qui jouent un rôle dans cette digestion sont la bile, le suc pancréatique capable de digérer
(«) A. Macnaux, Thèse de Paris, 1897.
dans un milieu neutre ou alcalin les trois variétés de principes alimentaires, et le suc intestinal. On peut penser que des troubles digestifs sont imputables aux modifications qualitatives aussi bien que quantitatives de ces sécrétions. Mais nous ne connaissons guère réellement que les conséquences résultant de leur insuffisance ou de leur suppression.
Suppression de la bile. — Quand Técoulement de la bile ne se fait plus dans l'intestin (obstruction calculeuse ou compression néoplasique du cholédo(|ue), on constate Tanorexie, la lenteur des digestions, Tamaigrissement, la perte des forces. L'absorption des graisses est rendue presque impossible, puisqu'elles doivent être d'abord émulsionnées par la bile. Mais dans Tétat complexe où tombent les malades dont ^écoul^ ment biliaire est suspendu, une part est attribuable à Tauto-intoxicatioD par rétention de la bile. Si les garde-robes sont argileuses, c'est qu'elles contiennent 55 à 78,5 pour iOO de matières grasses diverses, tandis qu'il n'y a que 6,9 à 10,5 pour 100 de graisses ingérées. La digestion des albuminoîdes est entravée parla pepsine qui, non précipitée parla bile, gène l'action du suc pancréatique (Kùhne). Les matières amylacées continuent à être digérées et absorbées. Les selles ont une odeur infecte, parce que l'action antiputride de la bile ne s'exerce plus. Dans les cas de fistules biliaires complètes, les animaux maigrissent et ont de la diarrhée colliquative, mais leur cas est diflFérent, l'écoulement de bile constituant pour leur organisme une abondante déperdition.
Suppression du suc pancréatique. — Nous savons que celte suppression par destruction pathologique ou expérimentale du pancréas produit un diabète avec azoturie et amaigrissement rapide; mais, parmi ces phénomènes, la glycosurie est imputable à la suppression d'une action exercée par le pancréas sur le sang.
On ne sait presque rien sur les conséquences de la suppression du suc intestinal y malgré certaines recherches de Boas (1890) qui a analysé do> vomissements de liquides intestinaux donnant la réaction de Grnelinet fait des digestions artificielles avec un liquide qu'il obtenait en aspirant à joua le contenu stomacal d'un sujet, chez lequel il s'était efforcé de provoquer le reflux intestinal par le décubitus et le massage de la région épigastrique.