ESTOMAC ET TROUBLES NERVEUX
Une (liairhéc d'origine intestinale est celle des constipes. Les matières, séjournant trop longtemps dans Fintestin, deviennent le siège de fermentations putrides, irritent la muipieuse et provoquent une hypersécrétion qui les ramollit.
Dans d'autres cas, surtout si les matières ont stagné dans TS iliaque et le côlon, autour d'elles s'agglutine une substance d apparence muco- (ibrineuse où on trouve delamucine, des cellules épithéliales et une quantité considérable de microbes ; ce sont ces concrétions qui revêtent parfois laspect de longs rubans ou de moules membraneux, dont l'expulsion est précédée de crises douloureuses. Cet état porte le nom d'entérite pseudo-meinbraneuse ou muco-membraneuse.
On a décrit sous le nom de dyspepsie ilëo-cœcale un état caractérisé par des coliques sourdes dans la région du caecum avec production de gaz et de gargouillements quand le contenu de l'intestin y arrive; peu après, la crise se termine par l'expulsion de matières mal moulées.
D'autres fois, la diarrhée est provoquée par des maladies de l'utérus et des annexes.
On appelle diarrhée nerveuse une forme dans laquelle des évacuations de matières souvent très liquides, sans colique préalable, sont provoquées par diverses influences morales, par le refroidissement, simplement même par la mastication : c'est au moment des repas que le besoin d'aller à la garde-robe se fait sentir. Les malades atteints do cette diarrhée dite nerveuse ont souvent en réalité des troubles de la digestion stomacale. Hayem a constaté Thypopepsie chez pres(|ue tous les malades atteints de diarrhée dyspeptique ; les diarrhées dyspeptiques sans hypopepsie, surtout chez des individus encore jeunes, doivent faire songer, suivant cet auteur, à la possibilité d'une tuberculose, même en l'absence de signes pulmonaires. € En résumé, dit encore Uayem, chez les intestinaux, constipés ou diarrhéiques, le type stomacal le plus souvent réalisé correspond chimiquement à Thypopepsie plus ou moins intense, ou à l'apepsic avec complications liabituelles de fermentations acides. Toutefois, tandis (|ue la diarrhée est exceptionnelle chez les hyperpeptiques, la constipation est au contraire fréquente chez ces malades et surtout chez ceux du type hyperchlorhydrique ».
La plupart des dyspeptiques éprouvent de nombreux désordres ne)"veux.
Les uns sont des troubles sensoriels, sensitifs ou moteurs : vertiges, bourdonnements d'oreilles, troubles visuels, céphalées, migraines, névralgies, zones d'anesthésie ou d'hyperesthésie, paralysies passagères, crampes, tétanie.
Les troubles psychiques consistent en insomnie ou somnolence après les repas, hypochondrie, humeur triste ou irritable, diminution de l'énergie morale, inaptitude croissante au travail et même diminution de la mémoire ou embarras de la parole.
V appareil vaso-moteur est i>articulièrement impressionné, puisqu'on
observe des rougeurs de la face et des pommettes pendant le travail digestif, le refroidissement des extrémités, le doigt mort.
Du côté de Papparcil génital, on a noté l'impuissance ou la spermatorriiée.
Parmi les phénomènes précédents, quelques-uns méritent d'être étudiés plus spécialement, à cause de leur fréquence ou de leur gravité dans leui-s relations avec les troubles du chimisme.
Les étourdissements et les vertiges se voient le plus souvent dans rhyperchlorhydrie d'emblée ou tardive, alors même que les malades n'accusent que des troubles dyspeptiques insignifiants. Certains malades, traités pour vertiges de Ménière, parce qu'en même temps que les étourdissements existe chez eux une otite, ne sont pourtant que des dyspe^ ptiques, et le sulfate de quinine qu'on leur donne en ce cas ne peut qu aggraver la situation, en augmentant l'hypersécrétion gastrique et Thyperchlorhydrie.
La migraine et la céphalée habituelle dépendent souvent de l'hyperpepsic.
Vinsomnien même en l'absence de toute sensation stomacale pénible, est souvent sous la dépendance d'une hj^perchlorhydrie. La somnolence invincible après les re|)as se voit, au contraire, plutôt dans l'hypopepsie ou Tapepsic.
M. Bouchard attribue ce symptôme à la production d'une quantité excessive de peptones, en se basant sur l'injection expérimentale de peptones dans le sang qui provoque chez les animaux un besoin de sommeil presque immédiat.
Chez certains dyspeptiques, anciennement et gravement atteints, peuvent éclater des accidents graves, souvent mortels, caractérisés par le coma. L'attaque débute par une période d agitation, de jactitation, à laquelle succède la somnolence, puis le coma. Une dyspnée Taccompagne : le malade respire vingt à trente fois par minute, son inspiration est profonde et laborieuse avec grands mouvements ascensionnels du larynx: son expiralion est gémissante et haletante. Le pouls est petit, rapide: la température normale ou abaissée. Une odeur de chloroforme est exhalée |iar Tair expiré, dans KhjuoI on a décelé une substance également trouvée dans les urines et qui a été observée aussi dans le coma diabétique. Hayem, apnt observé un état seinl)lable dans la leucocythémie et dans l'anémie |)emicieuse progressive, se demande s'il n'est i)as imputable à l'anémie excessive plutôt qu'aux troubles dyspeptiques.
Litten a décrit une autre variété de coma, caractérisée par une anorexie absolue, un besoin de sommeil invincible, des arthralgies, une odeur chloroformique de Thaleine, une coloration rouge des urines quand onler^ additionne de perchlorure de fer, quelquefois une fièvre sans type déterminé et une odeur c^idavéri((ue des matières fécales.
La lélanie a été vue surtout dans de grandes dilatations de l'estomac l')
(*] KussMAVL, Dcutsch Arehiv f klin. Med., 1889.
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avec accidents cholériformes, algidité, collapsus; elle est précédée le plus souvent de vomissements réitérés. Elle peut être expliquée par une autointoxication. Hayem la croit liée à de grandes déperditions de liquides riches en chlorures. Korczinski et Jaworski mettent aussi en cause la diminution des chlorures du sang(*).
Bouveret et Devic (') pensent qu'elle est une complication propre à la dilatation de Testomac qui fait partie du syndrome de la maladie de Reichmann dans sa forme permanente. Tantôt il y a seulement des accès de contractures douloureuses des extrémités; tantôt les contractures sont plus ou moins généralisées, offrant Taspect d'un tétanos qui déhuterail par les extrémités et non par les mâchoires et la nuque ; la contracture prolongée des muscles du thorax peut produire lasphyxie; tantôt enfin il y a des attaques violentes de convulsitms épileptiformes avec perte de connaissance suivie de coma. Il y a élévati(m continue de la température centrale, accélération de la respiration et du pouls jusqu'à la mort qui est la terminaison la plus fréquente. Suivant ces auteurs la matière toxique et convulsivante prendrait naissance dans les estomacs dilatés et hyperchlorhydriques «juand les malades prennent de l'alcool ; toutefois dans un cas d'Ewald (') les liquides gastriques ne cimtenaient pas d'état lihre.
Les autres phénomènes constatés chez les dyspeptiques sont, du côté de Vappareil circulatoire, les palpitations, l'arythmie, la syncope, la fausse angine de poitrine; — du côté de Vappareil respiratoire, la toux, la dyspnée, l'asthme.
M. Bouchard a signalé comme fréquentes dans la dilatation de l'estomac diverses dermatoses; eczéma, pityriasis capitis, pityriasis versicolor, urticaire, acné, surtout acné rosée.
Les troubles de la nutrition s'observent avec une fréquence très variable. On voit rend)onpoint conser>'é ou augmenté chez bon nombre de malades atteints de troubles gastriques et intestinaux. Mais chez eux on remarque toujours mie diminution de forces, une sensation permanente de fatigue, une incapacité pour le travail ou la vie active, qui les fait traiter de paresseux ou d'hypochondriaques. C'est surtout dans l'hyperchlorhydrie qu'on observe la maigreur et la diminution des masses musculaires; on la voit aussi chez les hypopeptiques anorexiques, et quand une diarrhée habituelle vient compliquer l'affection gastrique. L'état vraiment cachectique ne se rencontre qu'exceptionnellement dans les dyspepsies, et demeure un des caractères propres au cancer.
C'est à des troubles nutritifs que se rattachent certaines albuminuries sans lésions rénales, le purpura indiquant une altération du sang ou des parois des vaisseaux, les lésions osseuses qui forment les nodosités
(*) DeuUch Arch. f. klin. Med., 1891.
(•) Recherches cliniques et expérimentales sur la tétanie d'origine gastrique. (Revue de Médecine, 1892.)
(') EwALO, Hufelaud'êche Ge$elUchafl, 1892.
H6â SÉMIOLOGIE GÉNÉRALE DU TUBE DIGESTIF.
phalango-phalanginicnnes, et, suivant M. Bouchard, la prédisposition à l*ostéoinalacie et au rachitisme.
La composition des urines chez les dyspeptiques doit être étudiée au point de vue de leur acidité, des principes fixes, des principes anormaux et des pigments. Chez hon nombre de dyspeptiques la composition des urines est normale ; ce qui prouve une assimilation demeurée suffisante. Au point de vue de la réaction, on sait que les urines tendent à devenir neutres ou alcalines, quand il y a des vomissements abondants et riches en chlorures, par exemple chez les hyperchlorhydriques qui ont des vomissements acides.
Les rapports de Tacidité gastrique et de Tacidité urinaire ont été récemment étudiés par A. MaÛiieu et Ch. Tréheux (').
Voici leurs conclusions : « Il y a un rapport entre Tacidité du suc gastrique et lacidité de Turine. Plus il se produit d'acide dans Testomac, soit par le fait de la sécrétion, soit par le fait des fermentations alimentaires et surtout de la fermentation lactique, plus sont élevées la proportion et la quantité d'acide éliminé par Turine pendant la durée de la digestion. A l'état normal, l'aciditti de l'urine s'abaisse notablement pendant les trois à cinq heures qui suivent l'ingestion des aliments, elle se relève ensuite. L'abaissement de l'acidité peut être précédé par une augmentation passagère la première heure, comme si une certaine quantité d'acide était immédiatement entraînée par le flot du liquide ingéré et rapidement éliminée. Le plus souvent il y a un parallélisme presque absolu entre les courbes que représente l'acidité relative (acidité pour 1 000) et la quantité absolue d'acide excrété. Ce parallélisme se trouve détruit lorsqu'il y a, après le repas, un certain degré de polyuric. La courbe de l'acidité relative va alors en s'élevant tandis que la courbe de l'acidité absolue va en s'abaissant.
« Lorsqu'une notable quantité d'acide de sécrétion se trouve soustraite à l'estomac, soit par le vomissement, soit par le lavage, cela se ti-aduit par un abaissement notable de l'îicidité de l'urine. L'urine, dans ces conditions, peut même devenir alcaline. La quantité moyenne d'acide éliminé par beure est plus élevée chez les hyperchlorhydriques que chez les hypochlorhydriques. L'ingestion du lait élève notablement la quantité d'acide excrété par les urines ; cela est dû sans doute à ce que le lait donne rapidement naissance dans l'estomac à une notable quantité d'acide lactiqur et que cet acide se trouve rapidement entraîné vers le rein, en vertu môme de Taugnientation de la diurèse. Il n'est pas possible encore de tracer des courbes de Tacidité urinaire pendant la digestion, qui puissent servir à faire indirectement le diagnostic de la variété clinique de la dyspepsie. Il paraît même vraisemblable que ces courbes ne peuvent pas être tracées. Il faudra exclure le lait des repas d'épreuve destinés à la
(*) Arch. gén. de méd., 1895, p. 52G; cl Tuiîhi-ux, Rcchorclics sur raciditê urinaire iprès le repas chez l'homme sain et chez les dyspeptiques. Thèse de Paris, 1895.
UROLOGIE DES DYSPEPSIES. 663
recherche et à l'étude de ces courbes. Ces repas d'épreuve devront être soumis à un régime constant pendant un temps suffisant; en eflet nous avons vu que la bière bue la veille influençait notablement les chiffres de l'acidité qui se trouvaient sensiblement élevés. »
La quantité de l'urée est aussi souvent inférieure que supérieure à la normale dans l'hyperpepsie et dans l'hyperchlorhydrie ; elle diminue en général chez les hypopeptiques et les apeptiques. D'ailleurs le taux de l'urée est influencé par de nombreuses circonstances, le mode d'alimentation, les vomissements, la diarrhée. La loi de Rommclaere, d après laquelle on peut diagnostiquer le cancer quand le taux de l'urée est inférieur à 12 grammes, n'est vraie que parce que les cancéreux ont en général de l'anorexie et une hypopepsie très accentuée ; mais les rares cancéreux qui conservent de lappétit et des digestions suffisantes ont un taux d'urée normal.
Les chlorures sont diminués dans le cancer : Beneke, Stricker expliquent ainsi la diminution de lacide chlorhydrique dans le suc gastrique. Les chlonires diminuent dans l'hypersécrétion gastrique avec vomissements (Jaworski et Gluzinski, Rosenthal, Stroh). La diminution des chlorures est la conséquence soit d'une faible introduction, comme dans Tanorexie: — d'une déperdition exagérée (vomissements répétés, hypersécrétion nécessitant de fréquents tubages); — d'une insuffisante absorption, comme dans la dilatation par sténose du pylore chez les cancéreux. On observe plus souvent la diminution excessive ou l'absence des chlorures dans l'hypersécrétion chlorhydrique que dans le cancer.
L'exagération de la quantité des chlorures a été, plus souvent encore que leur diminution, constatée par Hayem; ce qui s'explique parce que beaucoup de dyspeptiques mangent avec excès. L'hyperchlorurie est fréquente dans l'hyperpepsie, dans les formes atténuées ou tardives d'hyperchlorhydrie. On voit un peu plus souvent dans l'hypopepsie et l'apepsie, ï'hypochlorurie que le contraire. Chez les hyperchlorhydriques avec gastrosuccorrhée, le taux habituel des chlorures s'abaisse considérablement au moment des grandes crises avec vomissements, mais, dès que les vomissements ont cessé et que lalimentation reprend, les chlorures reparaissent dans l'urine en quantité parfois supérieure à la normale. En général l'excrétion du chlore ur inaire dépend surtout de l'alimentation.
Bouveret a tiré des conclusions de la comparaison entre les variations
du chlore et de l'urée chez les dyspeptiques : le rapport de Turée au
chlore -p étant normalement de 2,5 chez les hyperchlorhydriques, la pep-
tonisation étant exagérée, le chiff're de l'urée s'élèverait; tandis que, la sécrétion chlorée stomacale étant exagérée, il y aurait un excès de chlore qui ne s'éliminerait pas par la voie rénale; d]où une élévation constante
du rapport j,' Ilayem déclare ces conclusions inexactes, parce que ce rapport est très variable suivant que les malades ont ou non des vomisse-
ments, sont ou non tubes, mangent peu ou beaucoup. D a vu réiévation (lu rapport -^ aussi bien chez les hypopepiiques que chez les hj-perchlorhydriques, et il considère comme bien plus important d'étudier le rapport de l'urée à Fazote total calculé en urée -r-dont les modifications peuvent mieux nous renseigner sur l'état de la nutrition des dyspeptiques.
Les sulfates augmentent dans l'hypo- et l'anachlorhydrie, diminuent dans l'hyperchlorhydrie.
Dans l'urine des dyspeptiques on peut trouver de Talbumine et du sucre, abstraction faite des troubles de la digestion chez les albuminuriques et les diabétiques. On y rencontre fréquemment des cristaux d'oxalale de chaux. L'indican existe souvent en excès, et son augmentation, en rapport avec la fermentation des tryptopeptones (Pisenti) indiquerait une activité supplémentaire du pancréas. L'augmentation de Tindicanurie est constamment associée avec la diminution ou la disparition de Facidité du suc gastrique. Dans l'hj'peracidité les conditions sont différentes et, par exception, dans l'ulcère de l'estomac, l'indican est presque toujours augmenté (*). L'urobiline apparaît souvent chez les dyspeptiques, en même temps qu'une poussée congestive du foie, dont les deux lobes ou un seul, d'ordinaire le gauche, sont tuméfiés. On peut trouver dans les urines certains ferments digestifs, la pepsine notamment (*).
L'acétone a été vue chez les dyspeptiques non diabétiques, seule ou associée à de l'acide acétique et à de l'acide oxybutyrique. Une réaction ehromogène signalée par Rosenbach est la coloration rouge vineux produite par l'acide nitrique et qui devient persistante par l'addition d ammoniaque ou de carbonate de soude. Cette réaction, qui se voit également dans certaines diarrhées, se rapprocherait de celle de l'urohématine et sei-ait en rapport comme elle avec l'élimination de produits sulfo-conjugués, qui entraînent le phénol, le scatol, l'indol formés dans l'intestin.