‹ Traité de pathologie générale v. 1Chapitre 14 sur 139 · MORT SL'BITE · texte numérisé non relu

MORT SL'BITE

loxication jusqu'à la mort(*) » et Charrin(*) dans son livre de clinique ajoute : * La mort est duc en général à raccroisscinenl des poisons : celte notion de Taugmentation des poisons s'est trouvée mise en évidence par la recherche de la toxicité du sérum ». Il serait puéril d'ajouter que le mécanisme de l'intoxication est encore plus évident dans les intoxications vraies et les auto-intoxications.

A côté de l'intoxication, qu'il s'agisse des infections, des intoxications vraies ou des auto-intoxications, il faut faire une part très importante aux empêchements fonctionnels. L'embolie ou l'hépatisation pulmonaire pro(Kiiront la mort au cours des infections. Les caustiques agiront sur l'appareil digestif d'une façon tout à fait locale. La lithiase biliaire pourra déterminer la mort par le phénomène de l'occlusion intestinale.

En dernière analyse, la mort est le résultat de l'obstacle h l'exercice de la fonction d'un organe important. Bichat avait indiqué qu'on mourait par le cœur, par le poumon ou par le cerveau. M. Brouardel (') ajoute, au moins en ce qui concerne la mort subite, qu'on meurt surtout par les reins.

La mort survient d'une façon instantanée, c'est la mort subite, ou bien elle est précédée par les phénomènes de l'agonie.

La mort subite doit être envisagée d'une façon différente en pathologie t'ten médecine légale. Le passage suivant du livre de M. Brouardel fait bien • saisir la différence : « Comment meurt-on subitement? dit cet auteur. ^^n ne meurt pas subitement sans traumatisme quand tous les organes ^onl sains. Mais il existe des maladies qui évoluent lentement, clandestinement, sans que l'attention du malade soit éveillée par une douleur, par "n trop grand malaise et qui se terminent naturellement par une mort '•apidc.

tf Parmi ces maladies, je citerai le diabète et l'artério-sclérose accompaimée d'atrophie des reins. L'artério-scléreux jouit d'une bonn(» santé apparente; il présente, parfois, quelques troubles digestifs, il se croit dyspeptique ; il met sur le compte de son estomac les légers malaises (|u'il éprouve; sa maladie est longue d'ailleurs ; une émotion, un refroidissement peuvent tuer le malade. Le diabétique peut avoir lui aussi très honne mine ; il est gai, il mange bien, il dort bien ; un jour il est pris de coma, il a des vomissements, il meurt, et dans son entourage on parb» d'empoisonnement.

« Ce ne sont pas là des morts subites, au sens propre du mot.... Ce qui, dans le monde et au palais, a reçu le nom de mort subite, est une mort (jui n'est pas précédée ou qui n'est précédée que par un laps de temps court de phénomènes morbides incpiiétants. On devrait joindre au mol <f subit j> le mot d' « imprévu ».... Nous dirons que la mort subite est la

{*) Les microbes pathogènes.

(*) Pathogcnie appliquée.

(') La mort et la mort subite, 18d5.

58 ÉVOLITIO.X DES MALAMES.

Ufnninai>on rapide et impK'vue d'une maladie aiguë ou chronique qui, le pluj^ iviuvent. a éTolué d'une façon latente

« On obisenre des morts subites dans le dêcours de certaines maladies à longue échéance, dans la phtisie, dans les affections cancéreuses ; tous vous connai>sez la syncope mortelle du phtisique, le transport d'une emtK>lie chez un tuberculeux ou un cancéreux. Ilans certaines maladies aiguës, b mort peut également sunrenir. subitement, dans la fièvre typhoïde, par exemple, et M. Dieulafoy a consacré sa thèse inaugurale à cette question.

« Mais ce sont là des accidents imprévus dans une maladie connue. Pour nous, la mort subite vraie est un accident imprévu dans une maladie incoimue, qui a évolué sans éveiller l'attention. »

La différr*nce est donc fondamentale entre la mort subite en pathologie et en médecine légale. En pathologie, la mort subite est la mort qui survient brusquement, sans être précédée des phénomènes de l'agonie: eUe peut être tout à fait imprévue et survenir dans le cours d*une maladie connue ou latente, elle peut même n'être pas tout à fait imprévue et l'auscultation du cœur d'un typhique peut faire naître dans l'esprit du médecin des craintes qui quelquefois se réalisent. En médecine légale, au contraire, la mort subite est la mort inipréMie terminant une maladie souvent latente; mais ici la brusquerie peut ne pas se rencontrer et il peut être possible d'observer les phénomènes de l'agonie.

La mort subite est quelquefois dominée par des circonstances occasionnelles, telles que les violentes émotions morales ou les changements brusques de position du sujet, et les cas de mort subite dans la fièvre typhoïde reconnaissant cette influence sont nombreux.

Fréquemment, la mort subite est le résultat d'un arrêt brusque du cœur. C'est le cas des lésions orificiellcs comme l'insuffisance aortique ou des altérations du myocarde, qu'elles soient chroniques ou aiguës, et ces altérations aiguës expliquent dans bien des cas la syncope mortelle de la fièvre typhoïde et des infections. C'est encore le mécanisme de la syncope cardiaque que Ton rencontre dans la mort subite des malades atteint^ d'épanchement pleurétique ou péricardique.

Dans d'autres cas, la mort subite est le résultat d'une lésion des vaisseaux circulatoires, de la nipturo d'un anévrisme de l'artère aorte, d'une hémorragie cérébrale considérable, d'une oblitération complète et immédiate du tronc basilaire, d'une embolie, comme le fait s'observe dans la tuberculose et le cancer. « Le malade est assis dans son lit, il mange ou accomplit un besoin naturel ; tout à coup, il tombe, manque d'air, suffoque et meurt. Ces accidents se produisent surtout au cours de certaines localisations cancéreuses, qui peuvent rester à l'état latent pendant un temps assez long : ce sont, le cancer du sein qui détermine des thromboses des. veines huinérales, le cancer de la matrice au début, avant que les hémor— ragies n'aient donné l'éveil, le cancer de la prostate. » (Brouardel.)

Dans les cas où il n'y a pas mort subite, l'approche de la mort est quel--

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quefois précédée de phénomènes précurseurs. Au point de vue des fonctions intellectuelles, on connaît Texaltation de rintelligence du phtisique quand la maladie touche à sa fin ; dans d'autres cas, on voit le malade avoir conscience de sa mort prochaine et retrouver à ses derniers moments une surprenante mémoire ; et cette lucidité se retrouve surtout dans la mort par asphyxie. D'autres fois, Tagonie est précédée de délire.

En même temps, on voit les différents phénomènes de la maladie s'aggraver et le malade entre alors en agonie.

L^agonie se manifeste toujours par des phénomènes à peu près identiques. Parrot en a donné une merveilleuse description dans le Dictionnaire encyclopédique (*) :

t Uagonisant est couché sur le dos, la tète renversée en arrière ou bien,

au conti'aire, inclinée en avant. Il a cessé d'être en relation avec le monde

extérieur ; plus de connaissance, plus de sensations, plus de voix. Le corps

est souvent dans la résolution et c'est à peine si de temps en temps on

observe des contractions fibrillaires, des soubresauts de tendons et, du

côté des membres, quelques mouvements faibles et sans but appréciable,

presque toujours provoqués par la sensibilité réflexe, la seule qui ne soit

pas encore atteinte. Les yeux à demi clos ou largement ouverts sont

immobiles. Il n'y a plus de clignotement. Les cornées desséchées et ternes

rappellent celles d'un cadavre. Les pupilles, presque toujours dilatées,

restent insensibles à l'influence de la lumière. Le nez est eflilé et froid,

les pommettes saillantes, les tempes creusées et arides. La bouche béante

î^mble faire appel à l'air qui manque au moribond. La cavité buccale est

^^'sséchée et les lèvres, comme flétries, sont collées sur les arcades den-

^iresqui proéminent démesurément. La respiration est bruyante, saccadée

^^ I on entend à distance des râles et quelquefois un véritable gargouille-

"^'^nt dû à l'obstniction des voies bronchiques par d'abondantes nuico-

•"^'^és.... On voit à chaque mouvement respiratoire le larynx s'élever et

'^ ^baisser alternativement, comme si l'air était dégluti, la dilatation du

"^orax étant insuffisante à le faire pénétrer dans le poumon. Le pouls est

P^tit, en général accéléré, parfois irrégulier et intermittent. Si on vient à

^^Hculter le cœur, on constate l'aflaiblissement de ses bruits et la main

appliquée sur la région précordiale ne perçoit plus de choc. La peau, dont

^ température est habituellement plus basse et quelquefois plus élevée

î^^ïfî dans les autres périodes de la maladie, se couvre souvent d'une sueur

''^s^queuse. »

l'agonie dure d'une à quarante-huit heures. La mort survient alors ou J* xine façon insensible, la respiration devenant de plus en plus faible, ou ^î«n d'une manière plus marquée : un cri, un soupir, quelques mouve- ^^>cnts convulsifs indiquent la fin de l'agonie.

(*) Article Agoxik. Dict. encycl.

SEMIOLOGIE

SÉMIOLOGIE DU SANG

Par k. GILBERT

Professeur agrégé. — Médecin de l'hôpital Broussais.

€ L'avenir appartient à l'hématologie », écrivait il y a quelques années M. le professeur Hayem. Cette prophétie n'a pas tardé à se réaliser et le présent appartient à l'hématologie.

Baignant les éléments anatomiques aux échanges nutritifs desquels il veille, le sang vit de leur vie et souffre de leurs souffrances à ce point i|ue, si l'appréciation exacte de sa composition pouvait être faite, elle serait un miroir fidèle de la santé et de la maladie et une clef précieuse pour la solution des grands problèmes pathologiques.

Les nouvelles générations médicales Font bien compris. Elles se sont portées vers l'étude du sang et déjà, à la lumière de la bactériologie, y ont fait d'importantes découvertes. La sérothérapie et le sérodiagnostic sont issus de ces efforts.

Me plaçant ici au point de vue sémiologique, je n'aurai pas à traiter «le la sérothérapie, mais du sérodiagnostic et des autres récentes acquisitions sémiologiques. L'article que j'ai écrit sur le même sujet, il y a six ans, dans un autre Traité (*), se trouvera ainsi sensiblement modifié et renouvelé.

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