PASSAGE A L'ÉTAT CHRONIQUE
Une autre notion, dont il importe de tenir compte dans le passage des maladies à Tétat chronique, est celle de la complication. Fréquemment, l'infection première se complique d'infection secondaire et, en face de cette complication, la maladie première, qui aurait disparu dans le laps de temps d'une maladie aiguë, persiste et passe à l'état chronique. De même une intoxication se complique souvent d'une autre intoxication ; les intoxications par l'alcool et le tabac marchent souvent de pair.
Dans les maladies limitées à un organe, cette union de deux maladies se rencontre également. Les troubles de la sécrétion gastrique peuvent se compliquer de dilatation de l'estomac.
Quoi qu'il en soit des interprétations, le passage de la maladie de l'état aigu à l'état chronique est un fait clinique.
L'évolution clinique se ressent de cette modification. Si la maladie aiguë est fébrile, dès qu'elle a tendance à passer à l'état chronique, on voit la fièvre diminuer, puis disparaître pour un temps plus ou moins long.
De plus, quand la maladie passe à l'état chronique, les lésions et les troubles fonctionnels qui sont sous leur dépendance évoluent avec une intensité moindre et les empêchements fonctionnels sont loin d'atteindre l'intensité qu'ils ont dans la marche aiguë.
Les phénomènes réflexes que la maladie provoque dans des organes éloignés perdent aussi de leur intensité.
Donc, diminution des phénomènes généraux comme la fièvre et des réactions réflexes, atténuation dans l'intensité des empêchements fonctionnels. jMais, parmi ces divers ordres de faits, le plus frappant en ce qui concerne l'état chronique est certainement la tendance à la localisation de la maladie dans un système ou dans un organe, alors que dans l'état aigu les phénomènes généraux et réflexes aboutissaient à l'éparpillement de la scène morbide.
Enfin, lorsque ce passage à l'état chronique est eflectué, la maladie a une marche généralement progressive, pouvant aller jusqu'à la cachexie.
Mais si, dans cette transformation d'une maladie aiguë en maladie chronique, les phénomènes fébriles diminuent, si les réactions de l'organisme sont moins intenses, il semble que l'atteinte profonde apportée à l'organisme par une maladie qui se prolonge ait pour eflct d'aboutir à une débilitation de plus en plus marquée, à un état d'anémie de plus en plus manifeste.
Parmi les maladies qui ont le plus facilement tendance à passer de l'état aigu à l'état chronique, il convient de rappeler : au nombre des infections, la tuberculose, le paludisme, la blennorragie; au nombre des intoxications, l'alcoolisme surtout; au nombre des inflammations, les inflammations des muqueuses telles que celles du larynx, des bronches, de l'estomac, de l'intestin, les inflammations des séreuses telles que la plèvre, l'endocarde, le péricarde, le péritoine, les inflammations des viscères tels que le myocarde, le rein, le foie.
Mort. — Ce mode de terminaison de la maladie se rencontre dans des conditions très différentes. Quelquefois la cause de la maladie est suffisante par son intensité pour déterminer la mort sans que la thérapeutique puisse efficacement s'exercer. Tels sont certains grands traumatismes, les blessures d'organes importants comme le cœur.
Dans d'autres circonstances la mort est le résultat de Tabsence d'une intervention thérapeutique dans une maladie générale ou locale. Tels sont l'accès pernicieux, l'occlusion intestinale, Thémorragie par section artérielle, lasphyxie larjngée, les compressions déterminées par un épanchement péricardique ou pleural très abondants.
Dans un autre groupe de faits, de beaucoup le plus nombreux, la mort est le résultat de conditions diverses tenant les unes à la cause même de la maladie, à sa gravité, à ses localisations, les autres à l'organisme sur lequel évolue la maladie, organisme trop jeune ou trop vieux, débilité par quelque maladie antérieure; parfois l'apparition d'une complication, l'absence d'une thérapeutique utile ou l'emploi d'une médication intempestive viendront mettre l'organisme en infériorité de résistance et décideront de la mort.
Il y a des infections particulièrement graves et qui ne pardonnent pas, la fièvre typhoïde et le choléra en fournissent des exemples plus ou moins nombreux suivant les épidémies. L'intoxication par un même agent est, suivant la quantité du toxique, mortelle ou curable. Le dénouement différent du rhumatisme articulaire et du rhumatisme cérébral, la gravité de la goutte viscérale attestent l'importance de la localisation de la maladie. La pneumonie sera plus facilement mortelle chez le vieillard et l'alcoolique, à cause de la faible résistance du terrain. Que la mort puisse être le résultat de quelque complication, l'érysipèle du diabétique ou du cardiaque en constitue des exemples. Que l'absence d'une thérapeutique utile ou l'emploi d'une thérapeutique intempestive déterminent la mort, certains cas de mal de Rright en fournissent la démonstration dans l'apparition de l'urémie sous l'influence d'un régime alimentaire autre que le régime lacté ou encore sous l'influence de médicaments qui s'accumulent ou irritent le rein par leur passage.
Enfin, il est une dernière catégorie de maladies, qui n'aboutissent pas ordinairement à la mort, qui sont essentiellement bénignes et qui cependant parfois sont l'occasion du décès. Un léger degré de bronchite ou de gastro-entérite déterminera la mort d'un vieillard débilité ou d'un enfant afl'aihli congénitalement. Ce sont ces sujets dont on dit qu'ils meurent de rien.
Quant à la cause immédiate de la mort, elle sera variable suivant les cas. il semble cependant qu'il faille faire une place importante à l'intoxication qui paraît d'une portée très générale. On retrouve en effet les phénomènes de l'intoxication comme cause de la mort dans les infections. M. Bouchard a écrit : « En continuant à pulluler, le microbe pousse i'in-