CHAPITRE II
SÉMIOLOGIE DU SANG
L'examen du sang permet ou bien de lui reconnaître des caractères normaux, ou bien de lui assigner des attributs pathologiques.
Lorsque le sang parait normal, il s'en faut que la réalité concorde toujours avec l'apparence, et il est certain qu'un grand nombre de ses altérations échappent aux moyens d'observation, perfectionnés cependant, que nous possédons. Lorsqu'il se montre pathologique, il se différencie de l'état normal par une ou plusieurs des modifications exprimées dans le tableau suivant :
V Présence dans le sang d'éléments parasitaires;
2° Présence dans le sang d'éléments anormaux empruntés à l'organisme même ;
5° Modifications des éléments figurés normaux du sang;
SÉMIOLOGIE DU SANG.
4** Modifications de la fibrine et du processus de coagulation; 5^ Modifications du sérum sanguin.
i. — PRÉSENCE DANS LE SANG D'ÉLÉMENTS PARASITAIRES
Les parasites du sang se distinguent en animaux et microbiens.
Parasites animaux. — Les seuls parasites animaux qui aient été rencontrés dans la circulation périphérique sont la Glaire de Wucherer et rhématozoaire de Laveran.
Le diasioma hœmalobium de Bilharz, dont la présence est si commune i^n certains pays dans le système de la veine porte et le réseau veineux de la vessie, n'a pas encore été observé dans le sang du doigt.
FiLAiRE DE Wdcherer. — La découverte de la filaria sanguinis hominis appartient à Wucherer; mais c'est Lewis (*) qui le premier a signalé son existence dans le sang d'un individu vivant.
Ce [)arasite est un ver qui appartient à la classe des Annélides, ordre des Nématodes, famille des Filariadées. Il présente trois variétés dites diuma.nocturna ou perstans, selon qu'il se rencontre dans le sang seulement pendant le jour, seulement pendant la nuit ou à la fois le jour et la nuit (Patrick Manson).
Pour le mettre en évidence, il faut s'adresser à la préparation du sang frais.
La filaire du sang a la forme d'un sei'pent <lig. 5). Sa longueur est de 340 pi, sa largeur est de 7 [L. Elle est formée d'une substance homogène et entourée par un tube transparent dans lequel elle peut s'allonger et se raccourcir. Ainsi qu'on l'a dit, ce tube est au parasite ce que le sarcolemme est aux fibres musculaires striées. La perstans seule en est dépourvue. A l'extrémité céphalique de l'animal on distingue un point
i{u*on considère comme l'orifice buccal et un rudiment d'oesophage. Tout d'abord très mobile, après son extraction des vaisseaux, s'agitant rntre les globules sanguins sans toutefois progresser, la filaire devient peu à peu paresseuse, puis inerte. En même temps, le corps de l'animal |M?rd son homogénéité pour devenir granuleux et finement strié.
La filaire, telle que je viens de la décrire, ne représente point le parasite adulte, mais embryonnaire. Son évolution s'achèverait dans le eorps de certains moustiques qui pendant la nuit aspirent le sang des
Fip. 5.
Filaria sanguinis hominis.
(D'après Lewis.)
^*} Lewis, Tbe Hematoioon. The Lancet, 1873, i. L p. 56
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individus infectés. Transmise de Thommc au moustique, la filaire atteindrait au bout de quelques jours 1 millimètre de Umgucur sur 50 jx de large. Le moustique qui la porte venant mourir dans les mai'es où il dépose ses œufs, elle abandonnerait son cadavre pour nager librement dans l'eau, d'où elle pénétrerait de nouveau dans le corps de l'homme soit I)ar ingestion, soit à la faveur d'une excoriation cutanée. Traversant les tissus, elle irait se fixer dans les organes lymphatiques, où elle ne cesse de produire des embryons. Ceux-ci se répandent dans la lymphe et, selon les circonstances, sont éliminés par l'urine ou pénètrent dans le sang, circulant pendant la nuit, se fixant dans quelque organe pendant le jour. La filaire est l'agent d'une grande maladie des tropiques (M à laquelle les Anglais ont appliqué l'heureuse désignation de filariose (filariou» diseases), maladie à expressions multiples et diverses dont la synthèse est due à la découverte du parasite. L'hématurie, la chylurie, la diarrhée chyleuse, les épanchements chyliformes, les tuméfactions ganglionnaires, les lymphorragies, l'éléphantiasis en sont les manifestations symptomatiques principales (*). Le critérium en réside dans la mise en évidence par l'examen du sang ou de l'urine de la lilaire de Wucherer.
Hématozoaire de Laveran. — Jusqu'aux travaux de M. Laveran (') on inclinait à penser que l'impaludisme était lié à l'infection de l'organisme par un parasite végétal. Cet observateur a renversé cette hypothèse et établi le rôle d'un parasite animal, qui est analogue à ceitains parasitaires de la grenouille, du lézard, de la tortue, du geai, de la corneille, de la chouette, etc., et qui, comme ces êtres, doit être rangé en histoire naturelle dans la classe des sporozoaires h côté des coccidies.
L'hématozoaire de Laveran se montre dans le sang des paludéens sous 4 formes principales qui prennent les désignations de corps sphériqueSy de flagella y de corps en croissant , de corps segmentés ou en rosace.
Les corps sphériques ont de 1 à 8 [x de diamètre; ils sont formés d'une substance transparente contenant le plus souvent des grains pignientaires noirs régulièrement ou irrégulièrement disposés. La substance hyaline des corps sphériques est douée de mouvements amiboïdes et les grains pigmentaires sont souvent animés d'un mouvement très vif. Tantôt ces corps sont libres dans le plasma sanguin et tantôt accolés aux hématies (fig. 6).
Les flagella sont fins, transparents, d'une longueur de 21 à 28 jx. Quelques-uns sont libres ; la plupart sont insérés par une de leurs extrémités sur un corps sphérique. Certains corps sphéricpies en possèdent deux,
('] Selon Guitéras, la filaire pourrait ôtrc conslatoe non seulement chez les in(li\idus rivant ou ayant vécu sous les tropiques, mais encore chez des individus n'ayant pas quitté certaines contrées du Nord.
(*) D'après P. Manson, la maladie désignée sous le nom de Sommeil des nègres serait également engendrée par la fdaire.
(') Laveran, Du paludisme et de son hématozoaire. Paris, 1801.
SÉMIOLOGIE DU SANG.
ln>is ou quatre. Lorsqu'un corps sj)hérique présente plusieurs flagella, ceux-ci s'attachent sur le même point ou se disposent d'une façon symétrique. L'extrémité libre des flagella offre habituellement un petit renlleuient piriforme ; quelquefois aussi d'autres renflements existent dans la continuité des flagella. Libres, les flagella se déplacent avec rapidité; attachés, ils impriment au corps sphérique duquel ils émanent des mouvements plus ou moins étendus, cinglant et chassant les hématies qui viennent à leur contact (lig. 6|.
Les corps en croissant sont des éléments cylindriques incurvés et etfilés à leurs extrémités, souvent réunies par une ligne très une. Ils sont composés p une substance translucide, renfermant vers la parlie moyenrte des grains de pigment noir. Leur longueur est de 8 à 9 pi et leur largeur de 2 |x environ. Ces corps î^onl toujours libres, dépourvus de flagella, inertes et chargés de pigment immo- »"le(fig. 6).
Les corps segmentés ou en rosace sont sphériques, pigmentés au centre et régulièrenient segmentés. D'après Gol- }îi. celte forme aurait une l^'rande importance, car elle représenterait le principal mode de multiplication du parasitaire.
Si 1 étude histologique permet de fixer minutieusement les aspects divers de Thématozoaire du paludisme, on ign|[)re à peu près complètement le mécanisme de ses modifications successives, et Ton ne sait rien de l'état où il se trouve dans la nature, en dehors de l'organisme humain.
Les formes jeunes semblent représentées par les corps sphériques dii» |>etite taille qu'on rencontre surtout dans les fièvres récentes; les corpn en croissant appartiennent principalement à la cachexie paludéenne.
L'image microscopique la plus frappante est fournie par les flagella; mais ceux-ci manquent, ou du moins échappent à l'observation, dans le plus grand nombre des cas. D'ailleurs, les divers aspects du parasite sont également pathognomoniques.
Lorsque le paludisme se manifeste par des accès fébriles intermittents.
Fijf. 6. — Ht^matozoairo du paludisme, fl>■ap^^s M. Lavoran.) — Dans celle fl(îiïr<?* on voil successiveiuenl une hihnatie à laquelle sonl accol<^s doux corps sphériques, une hématie à laquelle est accolé un corps sphérique }»lus volumineux, deux corps sphériques plus volumineux encore, un corps sphérique pourvu de trois flagella, un flagelluni libre, deux corps en croissant, et enfin trois corps eu rosace, dont l'un est segmenté et désagn'gé.
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si l'on veut rechercher l'hématozoaire de Laveran, il faut choisir, pour l'examen du sang, les instants qui précèdent l'accès, ou le début de l'accès lui-même. Les cas dans lesquels les malades n'ont pas encore pris de quinine sont les plus favorables.
On aura recours à la simple préparation de sang frais qui a, sur les préparations sèches colorées, l'avantage de laisser aux flagella leur mobilité.
Grâce aux mouvements que ces éléments impriment aux hématies, on pourra, dans certains cas, malgré leur extrême transparence, reconnaître leur présence; mais le plus souvent, les corps sphériques seuls, que la privation de noyaux distingue radicalement des leucocytes mélanÛeres, seront aisément décelés par l'observateur.
Parasites microbiens. — Un grand nombre d'espèces microbiennes ont été rencontrées dans le sang périphérique ou dans le saAg des viscères; il faut citer notamment le spirille d'Obermeier, la bactéridie charbonneuse, le bacille de Koch, le bacille de la morve, le bacille d'Eberth, le colibacille, le pneumocoque, le streptocoque et les staphylocoques.
Spirilles d'Obermeier. — On sait, depuis les recherches d'Obermeier (*)^ que la fièvre récurrente est engendrée par un spirille, présentant de 10 ài.
20 spires d'égal rayon (fig. 7). Sa longueur* est de 16 à 40 [jl; sa minceur est remarquable, particulièrement aux extrémités qui se terminent en s'efTilant; son diamètre ne dépasse pas le quart ou le tiers de celui du bacille-virgule. Cet organisme est doué de mouvements rapides autour de son axe longitudinal et possède parfois aussi des mouvements de latéralité. II conserve sa mobilitt^ pendant plusieurs jours dans le sérum sanguin ou dans une solution saline, mais la perd dans la glycérine.
Sacharoff avait exprimé l'idée que les
spirilles d'Obermeier étaient une émanation
de corps protoplasmiques amiboïdes, à la
façon des flagella du paludisme devenus libres; d'où la désignation d'hé-
matozoon de la fièvre récurrente par lui proposée ; mais il a récenunenl
reconnu l'inexactitude de ses observations.
Les spirilles apparaissent immédiatement avant les accès et disparaissent peu de temps avant la crise ou défervescence. Dans les intervalles apyrétiques qui séparent les accès ou rechutes ils font défaut dans le
Kifç. 7
— Spirilles d'Obermeier.
(D'après une prëparatioQ due à l'obligeance de M. NetchnikoflT.)
(*) Oberveier. Vorkommen fcinsler, eine Eigenbcwegung zcigcndcr FSden ins Blute on Rccurcns-Krankcn. Centralbl. f. med. Wiasens., 1873, Bd. II, S. 145^
SÉMIOLOGIE DU SANG. 59
sang ; on y trouve de petits corps réfringents remarqués par Sarnow et considérés par von Jaksch comme les spores des spirilles.
Doux opinions sont émises sur le mode de dispaiition des spirilles du sang.
D'après l'une, ils seraient tués dans le sang par la température élevée qu'ils ont provoquée, laissant des spores qui mettraient huit jours à se transformer en spirilles. Alors se produirait un nouvel accès fébrile amenant la mort des micro-organismes adultes, mais pouvant encore permettre la survie des spores.
D'après une seconde opinion émise par Ponlick, pendant Tapyrexie les
1 spirilles se trouveraient dans la rate. Cette supposition a été vérifiée pai* M. Metchnikoff en 1887 et de nouveau récemment par Soudakewitch (*). Profitant de la découverte de Carter et de Koch sur la réceptivité des singes vis-à-vis de la fièvre récurrente, ces bactériologues ont pu, en innoculant un certain nombre d'animaux et en les sacrifiant à diverses phases de la maladie, constater qu'on n'observe pas de phagocytose ni de des- Iruclion des spirilles dans le sang; qu'avant la crise, les spirilles qui sont parfaitement vivants se rassemblent tous dans la rate et y sont englobés parles microphages ou leucocytes à noyaux lobés, alors que ni le foie, ni les reins, nr les ganglions lymphatiques, ni la moelle des os ne contiennent de spirilles. Si dans diverses maladies infectieuses les éléments de la rate prennent une part importante dans la lutte que l'organisme soutient contre les microbes, si môme dans certaines, comme la fièvre typhoïde, le rôle principal appartient à la rate, dans la fièvre récurrente la rate serait le terrain exclusif de la lutte.
Pour rechercher les spirilles, on peut s'adresser à la préparation du î^g frais qui permet de reconnaître la mobilité de ces organismes ou à 'a préparation de sang sec coloré avec une solution alcaline de fuchsine. D'ordinaire une simple gouttelette de sang contient un nombre considérable de spirilles. Lorsqu'ils sont rares, il convient de recourir à la méthode indiquée par Gunthcr (') : faire agir pendant 10 secondes une solution d'acide acétique à 5 pour 100 sur une préparation de sang sec filé par la chaleur, dessécher, neutraliser en exposant la lamelle aux vapeurs de Fammoniaque, colorer au moyen de la solution de violet de gentiane et d'aniline d'EhrIich, laver à l'eau, sécher, éclaircir, monter dans le baume au xylol. Les hématies dont l'hémoglobine a été dissoute ne se colorent pas et les spirilles se distinguent plus aisément. Leur mise en évidence est caractéristique de la fièvre récurrente.
Bàctéridie charbonneuse. — L'évolution du charbon comprend deux phases distinctes : la première est marquée par l'apparition d'un accident local, la pustule maligne; la seconde par l'addition à cet accident de
(*] SouDAEEWTTCH, Recherclics sur la fièvre rccurrcnlc. Annales de V Institut Pasteur^ 1801. p. 545.
(*) GuîCTHEB, Fortschrilte d. Med., 1885, Bd. III, S. 755.
tiO
SÉMIOLOGIE DU SANG.
j)hénoniènos généraux. A la première phase le charbon est curable, à la seconde il est inévitablement mortel.
Le diagnostic du charbon j)cut être établi d'une façon certaine à la première période, parTexamen bactériologique du liquide pustuleux. L'étude du sang permet de reconnaître, si Tinfection est devenue générale, et si par conséquent la maladie est entrée dans la phase inéluctablement fatale. La culture du sang et son inoculation sont à cet égard très précieuses, car elles fournissent des résultats positifs, môme alors que l'infection sanguine est à son minimum. Mais malgré que certains animaux, tels que la souris, soient sensibles à l'inoculation bactéridienne au point qu'elles succombent en moins de vingt-quatre heures, le sang rempli de germes, l'inoculation comme la culture a le désavantage de ne pas pouvoir donner à une question, qui se pose d'une façon pressante, une solution immédiates , Depuis Pollender (*), Brauell, Davaine (*), on sait que le simple exame^w microscopique du sang est capable de remplir ce desidei^aium dans V^ uifijorité des cas. Il sera bon de recourir successivement à la préparalioï
de sang frais, qui montre Ïî bactéridie dans son immoh^î Ç\^ r\ /^-N^V-CMr^ ''*^' ^^ ^ '^ préparation sècl^<
Çj^ ^ ^o C3^-''^ simplement colorée avec ur^<
solution aqueuse de fuchsia c^i lavée dans l'eau et montée dam^^ la glycérine, qui laisse apc?**cevoir les parasites plus aist^ment.
Ceux-ci offrent la forme 3c ^^ bàtoimets rectiligncs de 5 â
\^J}-\ C X JM) Jt^^^ "" grossissement de 600 à
700 diamètres, se montrent fragmentés en articles courts de 1 ,5 à 2 [JL de longueur sur 1 [jL à 1»*,5 de largeur, placés bout à bout, comme les anneaux d'un ticnia. Les extrémités de chaque article sont légèrement renflées et donnent à l'ensemble des bàtcmnets l'aspect de bambous. Des espaces clairs, la plupart de forme lenticulaire, exislentau niveau des interstices des articles ; ils résultent de ce (}ue ceux-ci sont creusés à leurs extrémités. Enfin une capsule enveloppe les bâtonnets dans toute leur étendue (Gratia). Jamais les bactéridies ne prennent dans le sang les formes filamenteuses qu'elles revêtent dans les milieux de culture; elles n'y produisent également pas de spores et s'y multiplient uniquement par scissiparité.
(») PoLLEîïDER, Caspers Vierteljahreêsch. f. geritliche u. ôffentltche Med., 8, 103, 1855. («) Davaixi:, Comptes rendus de VAcad. des sciences, 57. 220, 1863.
Kijf. 8. — Bactéridie charbonneuse. (Préparation faite non avec du san^ humain, mais avec du sang de cobaye mort 30 heuivs après l'inoculation.)
SÉMIOLOGIE DU SANG. (H
Bacilles de la tuberculose et de la morve. — Pour la recherche des bacilles de la tuberculose dans le sang, on s'adressera soit au procédé classique d'Ehrlich, soit aux méthodes plus i*apides d'IIefman ou de ZiehI. C'est seulement, on le conçoit, au cours de la tuberculose graimlique aiguë, pour laquelle on a d'ailleurs proposé la désignation de bacillémie, t\ue Meisels {*), Rûtimayer et d'autres observateurs ont relevé dans des préparations de sang la présence des bacilles de Koch. Ils sont peu nombreux, et leur découverte nécessite une grande patience; mais elle est pathognomonique.
Licbmann a insisté sur Tapparition commune des bacilles de Koch dans le sang des phtisiques soumis h l'action de la tuberculine, et de cette constatation l'on a fait une arme nouvelle contre l'usage de ce remède; mais les afTirmations de cet auteur n'ont pas généralement été confirmées.
Selon von Jaksch, le bacille de la morve pourrait être également rencontré dans des préparations de sang. Si l'on avait l'occasion de rechercher ce micro-organisme, l'on devrait traiter les préparations de sang sec par le procédé de Loefller.
Bacille d'Eberth et colibacille. — Le bacille d'Eberth a été vainement cherché dans le sang du doigt ainsi que dans le sang veineux par divers microbiologistes. Le sang des taches rosées, par contre, a fourni à Newhaus ^résultats positifs sur 15 cas examinés et la ponction de la rate, plus favorable encore, a permis à Maragliano, h Luc<itello, à Chantemesse et Widal (l'y recueillir le bacille d'Eberth dans tous les cas.
Le colibacille a été pour la pr(»mière fois rencontré dans le sang d'un individu affecté de choléra nostras par Girode et moi (*). Nous l'avions obtenu par la ponction du poumon; depuis, il a été retiré du sang du foie par llanot dans un cas d'ictère grave et du sang périphérique dans diverses infections, notamment dans l'infection lu-inaire (Sittmaïui et Barlow).
Pneumocoque, streptocoque, staphylocoques. — Dans la pneumonie, le sang périphérique ne charrie ([u'exceptionncllement le pneumocoque, si ce n'est aux approches de la mort. Le sang du foie n'est pas moins souvent stérile, et dans le cours de l'année 1896 avec mon interne Grenet, j'ai pu y chercher l'organisme de Talamon, chez 14 malades dont 6 ont succombé, sans l'y rencontrer une seule fois. La pneumococcémie peut d'ailleurs se produire en dehors de la pneumonie.
De même que le pneumocoque chvi les pneumoniques, le streptocoque chez les érysipélateux ne fait irruj)tion dans le sang qu'à l'agonie. La
(•) Meisels, Wienrr med. Woeh., 34, ii49, 1187, 1884.
;•; A. Gilbert et J. Girode. Contribution à l'élude clinique et bactériologique du cbolért no^tr». Bull Soc. méd. des hôp., 1891, 6 février.
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streptococcémie, toutefois, est beaucoup plus commune que la pneumoceémie : outre qirelle peut compliquer les angines à streptocoques (Frîienkel), la scarlatine (M. Raskin), outre que selon Petruschky et Jakowski, contrarement à l'opinion de Straus, elle est fréquente chez les tuberculeux dont elle expliquerait la fièvre hectique, elle est encore et surtout la raison première de la majorité des cas d'infection purulente chirurgicale ( Arloing et Chantre) et d'infection puerpérale (Doléris, Widal).
La staphylococcémie peut accompagner le furoncle, lanthrax, Tostéomyélite et comme la streptococcémie, à laquelle elle s'associe quelquefois, elle peut découler de l'infection d'une plaie chirurgicale ou de la plaie utérine réalisée par l'accouchement.
D'après Sittmann (*), la constatation de staphylocoques dans le sang; comporterait un pronostic moins sombre que celle du pneumocoque et du streptocoque, la pneumococcémie et la streptococcémie pouvant d'ail — leurs elles-mêmes se terminer par la guérison.
II. — PRÉSENCE DANS LE SANG D'ÉLÉMENTS ANORMAUX EMPRUNTÉS A L'ORGANISME MÊME
On a observé la présence dans le sang d'éléments néoplasiques divers ^ sarcomateux (Simon) et épithéliomateux (') (Nepveu), de cellules endo— théliales détachées de la tunique interne des vaisseaux (Hayem), de graimlations de nature indéterminée, de cristaux octaédriques (Charcot) ne* différant de la tyrosine que par leur solubilité acétique, cristaux que l'on a considérés comme consUmls dans la leucémie, enfin de globules rouges à noyaux et de granulations pigmentaires mélaniques.
Nous devons insister sur les caractères et sur la valeur sémiologiquc des globules nucléés et des particules de pigment.
Hématies mclékes. — Ces éléments ne sont pas visibles dans le sang frais; dans les préparations sèches, ils se distinguent au contraire asseï aisément des antres hématies, grâce à leur noyau, sans l'addition d'aucun réactif et mieux encore après l'action de l'eau iodo-iodurée.
Leur diamètre mesure de l^,b à 10 |x, leur forme est arrondie, ovîilaire ou irrégiilière. Ils sont composés d'un corps et d'un noyau. Le cor|)s est homogène, infiltré d'hémoglobine, moins coloré que celui des hématies vulgaires; il prend par suite, après l'action de l'iode, une teinte acajou plus claire que celles-ci. Le noyau, volumineux, atteint jus-
(*) SiTTMAXN, I^ liaclêrMilogie du sang dans les Si'plicéniies. Deutsche Arch. fur kl in. Med.,
1894, Bd. LUI, S. :>n.
(•) Do cette constatation faite sur le vif nous devons rapprodier celle que nous avons faite, M. Hanoi et moi, sur le cadavre d'un individu emparté pir un cancer gastro-hépatique, de rcxislencc dans le sang pjrte de cellules cancéreuses, saisies ainsi en pleine migration. V. Hanot cl A. Gilbert, Étude sur les maladies du foie y 1888, p. 192.
SÉMIOLOGIE DU SANG. 65
qu'à 6 et 7 ji. de diamètre; il est sphcrique ou ovoïde, fortement granuleux, dépourvu de nucléole; il occupe rarement le centre exact de Thénuitie; sous l'influence de Tiode, il apparaît délimité par un double contour et rempli de granulations de couleur acajou (fig. 9).
Les hématies nucléées ressemblent à Tune des variétés de globules rouges nucléées de Tembr>'on et à certains éléments de la moelle fœtale et de la pulpe splénique. D'ailleurs, leur apparition dans le sang est considérée comme le résultat de TefTort fait par la rate et la moelle osseuse |MKir compenser Tinsuffisance de Thématopoièse normale. Elles sont facilement distinguées des leucocvtes dont le protoplasma se charge dans
, ' .... VU' \ w 1 Fiff. 9. — Hématies nuclé^^cs
quelques conditions d hémoglobine, par leur dans la leucémie. - (Prérichesse toujours plus i^rande en cette substance paraiion de sang sec coio-
, m 3 \ rée par l'eau iodoioduréc.)
et [>ar la forme de leurs noyaux. a côté de sept hématies nu-
Ces éléments se montrent dans le sang au u^^u^J^ll!^^'^^'''' cours de la leucémie d'une part, où leur nombre
ne dépasse jamais 1000 par millimètre cube, d'autre part dans Tanémie |K»micieuse progressive et dans diverses anémies symptomatiques extrêmes (*), où ils restent toujours très peu nombreux et annoncent une issue fatale à brève échéance (Ilayem).
Grjlmxations mélamques. — Le sang peut charrier des granulations mélaniques dans la mélanose et dans Timpaludismc.
La présence de granulations pigmentées dans le sang des individus affei-tés de néoplasmes mélaniques a été signalée par M. Nepveu (*).
Ce pigment est libre ou inclus dans les leucocytes; libre, il est disséminé dans le plasma sous la forme de fines granulations noirâtres ou rassemblé en cylindres courts et minces ([ui semblent être les moules des capillaires.
Il tire sa provenance des productions mélaniques, et son existence dans le sang doit être considérée comme l'indice de la généralisation des néoplasies et comme une contre-indication à toutcî intervention opératoire. Mais son défaut n'autorise pas la conclusion adverse, car je n'ai pas trouvé la moindre granulation pigmentaire dans le sang d'une femme que lautopsie, queltpies jours après ma dernière prise de sang, a montrée atteinte d'un néoplasme mélaniquc généralisé.
(V Chez les enfants du premier Age, les liématins nucléées apparaissent dans le sanfc plus aisément que chez l'adulte. Plus l'enfant est jeune et moins il est nécessaire que l'anémie soit marquée pour que cette apparition ait lieu, et chez les enfants de moins de cinq mois une anémie simplement intense, non extrême, suflit à provoquer la présence d'hématies nucléées dans la circublion. — Luiet, Etude sur les anémies de la première enfance et sur l'anémie infantile pseudo-leucémique. Thèse de doct. de Paris. 1891.
.<, NvTET, Bull. deU "^.de biol., t. XXVI, p. 82, 1874, et Mim, de chir., 1880, p. 163.
r4 SÉMIOLOGIE DU SANG.
Chez les paludéens, le pigment mélanique apparaît au cours des accès fébriles aigus graves et disparaît rapidement après les accès aigus légers. Dans Timpaludisme chronique, il ne se montre qu'à l'occasion des recnidescences aiguës.
Il siège principalement dans le protoplasme des leucocytes et dans les hématozoaires, que Ton regarde actuellement comme les agents de sa formation aux dépens de Thémoglobine des hématies.
Ce pigment est formé de grains plus ou moins volumineux, arrondis ou irréguliers, dont la couleur varie du brun au noir foncé. Sa composition chimique élémentaire est inconnue : on n'y peut déceler du fer par les réactifs ordinaires. Il résiste aux acides forts, à l'acide chlorhydrique et à l'acide sulfurique, même bouillants; il pâlit jusqu'à prendre une teinte jaune chamois sous l'influence des alcalis, tels que FommoDiaque et la potasse; il se laisse dissoudre par le sulfhydrate d'ammoniaque (Kiener). Il présente donc d'étroites analogies physico-chimiques avec le pigment des tumeurs mélaniques, et se distingue au contraire nettement des autres pigments, en particulier du pigment ocre (*) à réaction ferrique, réfractaire à la potasse, que l'on rencontre fréquemment dans les organes des paludéens.
Bien que l'on connaisse un grand nombre de maladies infectieuses et d'intoxications dans lesquelles la destruction globulaire atteint un haut degré, il n'en est aucune dans laquelle la circulation de pigment mélanique dans le sang ait été constatée : la mélanémie peut donc être considérée — une réserve étant faite pour la mélanose (•) — comme un produit exclusif et caractéristique de la maladie (Kelsch et Kiener) (').