ANALYSE SPECTROSCOPIQUE DE L'HÉMOGLOBINE
Les anémies forment plusieurs groupes d'afleclions protopalhicjues ou symplomatiques qui présentent dans leur évolution des variations très étendues dans la quantité d'oxyhémoglobine, c'est pourquoi en dehors même de leur origine il est utile, en se plaçant au point de vue hémaloscopique et sémiologique, d'établir les divisions suivantes :
A partir de 11,5 à 11 pour 100 ii y a début de ranémic;
— 10,5 à 9 pour 100 l'anémie est confirmée;
— 8,5 à 7 pour 100 l'anémie est intense ;
— 6,5 à 4,5 pour 100 l'anémie est grave;
— 4 à 3 pour 100 l'anémie est extrême ou cachectique.
Dans la chloro-anémie, l'oxyhémoglobine se montre à un taux faible, 4,5 à 9,5, mais dans les phases d'amélioi*ation ou d'atténuation les chlorotiques peuvent présenter 10, H et jusqu'à 12 pour 100, enBn 13 pour 100, lorsque la guérison semble obtenue (Hénocque) (*).
Les hémorragies n'amènent de changements importants que si les pertes de sang sont très abondantes ou répétées ; chez deux femmes ayant eu des métrorragies graves à la suite de raccouchcmenl, j'ai constaté un abaissement de l'oxyhémoglobine à 4,5 pour 100. Il en a été de même dans 2 cas de métrorragies causées par des corps fibreux.
Les hémorragies modérées peuvent cependant avoir une action immédiate; ainsi à la suite d'hémoptysie, j'ai, dans 2 cas, observé 9 et 11,5 pour 100. Une épistaxis abondante a abaissé à 9,5 pour 100, le taux de roxyhémoglobine qui deux jours plus tard se relevait à 11,5 pour 100. hplélhore s'accompagne de chiffres élevés, 14,5 à 15 pour 100. Mais, pour en apprécier les symptômes, il faut tenir compte de l'état habituel de l'individu : ainsi j'ai vu plusieurs fois chez des femmes, à l'âge de la ïnénopause, les troubles congestifs coïncider avec des chiflres de 13 à 14 pour 100 ; j'ai observé également chez une jeune femme aménorrhéique jusqu'à 15 pour 100 d'oxyhémoglobine. Enfin un avoué de Paris, avec 14 pour 100, a présenté des troubles caractéristiques de la pléthore.
La fièvre typhoïde^ qui peut être considérée comme type des maladies infectieuses à marche cyclique, présente des variations caractéristiques dans la quantité d'oxyhémoglobine (Hénocque et Baudouin) (').
En eiïet, la quantité d'oxyhémoglobine est constamment diminuée; dès le huitième jour, et quelquefois le quatrième, elle s'abaisse à 9, 8, 5 pour 100, s'y maintient pendant la période d'état, puis remonte à 8, 9, 11 et 12 pour 100 dans la convalescence, qui est en général annoncée par l'augmentation de l'oxyhémoglobine de 9 à 10 pour 100.
Il se produit un abaissement à la moindre reprise de la fièvre, ou s'il survient des complications; la diarrhée diminue le taux de Toxyhémoglo-
(*) A. Hésocque, Des modifications de l'activité de la réduction de l'oxyhémoglobine dans les tissus chez les chlorotiques et les anémiques. Bull, de la Soc. de biol., 26 nov. 1887, p. 715.
{*) A. HtfxocQCE et BAUDocr5, (Des variations de la quantité d'oxyhémoglobine et de ractivitc de la réduction de cette substance dans la fièvre typhoïde. Comptes rendue de VAcad. des Mciences, 23 avril 1893.
bine et les manifestations pulmonaires produisent des oscillations plus considérables encore.
La tuberculose, qui est un exemple de maladie infectieuse à formes multiples et à marche plutôt chronique, ofire aussi des variations fort diverses dans son influence sur la quantité d'oxyhémoglobine. Les observations que j ai faites sur 58 malades (Comptes rendus du Congrès pour Vélude de la tuberculose en 1891, p. 632) m'ont amené aux conclusions suivantes :
Dans la phtisie pulmonaire, la quantité d'oxyhémoglobine a varié entre 11 et 4 pour 100. En général, cette diminution est en rapport avec le degré de la phtisie, les complications, les hémoptysies, les poussées de tubercules. C'est dans la tuberculose osseuse que les quantités les plus faibles se rencontrent (3,2 à 4 pour 100 dans un cas de coxalgie suppurée).
L) scrofulo-tuberculose ganglionnaire, la tuberculose du testicule et de Tépididymc ont donné une diminution de 8 à 11 pour 100.
Dans les tuberculoses cutanées (chez 9 malades atteints de lupus considérés comme tuberculeux, et qui s'étaient soumis au traitement par la tuberculine de Koch), la quantité d'oxyhémoglobine était très rapprochée de la normale; il s'est produit, au moment des poussées congestives dues à rinoculation de tuberculine ou même lors des poussées congestives spontanées, une augmentation de 1 à 2 pour 100 dans le taux de Toxyhémoglobine. Il est d'ailleurs à remarquer qu'il y a habituellement concordance entre l'augmentation ou la diminution du poids des tuberculeux et les variations, en plus ou en moins de la quantité d'oxyhémoglobinc, circonstance importante au point de vue de l'appréciation des médications (').
La quantité d'oxyhémoglobine est abaissée chez les cancéreux, en dehors même des hémorragies; sur 14 observations (Ilénocque, Lejard, Porge). Cette quantité a oscillé entre 12 et 3 pour 100. Elle a été inférieure à 8 pour 100 dans 8 cas. Chez des malades atteintes de carcinomes utérins sans hémorragies, elle était de 11 à 12 pour 100; chez celles qui présentaient des métrorragies, elle descendait à 9 et 6 pour 100 (voy. thèse de Porge, p. 57)(*).
Parmi les états constitutionnels morbides, le diabète occupe une place des plus importantes ; dans 72 analyses faites chez des diabétiques dont la plupart ont été observés pendant plusieurs années, j'ai trouvé que le plus souvent la quantité d'oxyhémoglobine s'écarte peu de la normale; elle peut même rester élevée, 12 à 14 pour 100 chez des diabétiques gras, arthritiques et fortement nourris par le régime azoté. Lorsqu'il y a des troubles nerveux et des complications intercurrentes, la diminution de l'oxyhémoglobine n'est pas nécessairement en rapport avec le degré de
(*) A. IU>-0€QUE, Des varialions de la quantité d'oxyliémoglobinc à la suite des injections de liquide de Koch. lievue géu. de clin, et de ihérap., 17 déc. 1890, p. 819.
(*) Porge, De l'activité de réduction de l'oxyliémoglobinc dans les tissus vivants. Stcinhcil. Taris, 1805.