ET SOUS UINFLUENCE DES AGENTS THÉRAPEUTIQUES
Au point de vue de leur influence sur l'activité de la réduction, on peut diviser les états morbides en trois groupes, suivant qu'ils produisent la diminution ou Taugmentation de l'activité de réduction, ou enfin quils s'accompagnent d'alternatives d'augmentation ou de diminution, suivant la marche de la maladie et les complications qui surviennent.
La chlorose ou chloro^némie est le type des maladies par ralentissement des échanges. En même temps que chez les chlorotiques on constate la diminution de la quantité d'oxyhémoglobine, c'est-à-dire ranémic, on observe une diminution caractéristique de l'activité de réduction qui est en quelque sorte indépendante de l'anémie. Ainsi que je l'ai démontré, l'activité de réduction chez les chlorotiques est toujours plus diminuée que dans les anémies symptomatiques du traumatisme ou de diverses affections, de sorte qu'au point de vue hématoscopique, la chlorose est une anémie avec ralentissement des échanges. Cette notion, qui est d'ailleurs tout à fait en rapport avec ce que nous savons de plus précis sur la nutrition des chlorotiques, offre une grande importance dans la thérapeutique de la chlorose, car il ne suffit pas chez ces malades d'efldployer la médication martiale dans le but de rétablir la richesse du sang en globules ou en hémoglobine : il faut encore exciter la nutrition générale, de façon à obtenir une activité normale des échanges, d'où la nécessité d'employer les moyens dynamogéniques généraux de la nutrition, connue Thydrothéiapie, les frictiions, l'exercice, l'électricité, ou théra- |>eutiqnes, tels que la strychnine, la caféine, etc. Cette notion explique bien les cas où, l'anémie ayant disparu passagèrement ou définitivement, la chlorose persiste, ou même, dans un âge plus avancé, se transforme en manifestations arthritiques ou goutteuses qui sont aussi une autre forme de ralentissement des échanges (*).
La diminution de Factivité de réduction s'obtient d'ailleurs comme manifestation symptomatiqne dans la plupart des affections qui amènent un trouble notable dans la nutrition, soit dans certaines anémies avec troubles du système hénmlopoiétique, c'est-à-dire avec troubles dans la formation du sang, telles que la lymphadénie, la scrofule, où elle peut descendre au quart de la normale; soit dans les troubles de nutrition
(*) IlÉ.NocQLK, Des modiricattoiis (le l'acliTité de la réduction de roxyliémog^lobiuc dans les tissoi clie^ les chlorotiques et les anémiques. Comptes rendus de la Soc. de biol.^ 27 nov. 1887.
MODJFlCATIOXîi l*ATïlOlor;iOlKS m L'ACTIVITÉ DE LA UfiDUCTION. m
i;èïU'ï-ale proiliûb par Tobesik', l'aiiëaiic île croisï^ïiiife, soit «lims les alToL*-
lionïi iiileslinîdes, li*s dyspi' pitiés giislro-ink'stiiniles, lt*s <*iitL'rih*s rhnv
niques* la dyscnlme. qui peuvent îï'occcimpa|i^nGr d'une di mi nation telle
ip' rai'tivité dï:sceii(l à O.Ii;ï-(),ijO H moins Pîu-nre* Il en »'st de nu'me
in iir|>hrïtes, dt^;* ulliuniiniiries de eiuiïieï^ tliver!*t'?i. Celfe diniiniilion
d'adiviu- [»eut dépendre de tmiihles nerveux ^ puisqirelle a été coîiilHlée
ckï certains nèvro[i«ilhes, rhez des épiîepliqnes, des liysléni(ues, des
i^uraâthéiuqne5, des nialados ayaiil sulii nit choe nerveux mi dont le
imt^au a ete le siège d accidents nrg»nic|ue§ tels qu^tnie hémorragie
céi^lirale (aelivité, 0,5r)U nne eonunotinn eéréhnile (aetîvîté, (K5<ï), des
]mm> ehnunqin*s dtî systeitu' eêréfmwspinal (nLïxitjnes» îietivili*, 0,50}*
hnm les; ulïeetions diatltésiques, le cancer dans ses diverses foriiies me
Immhk déteniijner une modifieatinn de raetivité des échanges compawbli- à celle que présentent les chlorotiqnes. U'* observations que J'ai recueillies et celles du Ir Porge ont montré miVn général il y a» ehcK les cancéreux, raleniissement des échanges, les riiilTiTs les plus élevés atteignent U,75> les plus lias descenrleiit a 0/20. l^ii£ certains cas, les hénîorrafries, les suppnrutions, accentuent ee àympluaie par suite île Fanémie q nielles entretiennent. ■ b fitvrc hjphùïde présente des variations tJe Padivité de la réduction, rnwwû les piTiiKles de la maladie ou inéuie les varia tifuis quotidiennes de ^ la k'iupéiature. Les recherches cliniques ftntes en collohoration avec le BD^(]. Ikiodouîn nous ont pennis de comparer entre elles les courbes de ta ' ipni|U"rnture, celles des variations ile la quai dite d oxyliérunglfiliiné et eiiiîii — les Cijurhes des variations de raetivité de Ja réduction de roxyliémtïjudowKne* Ce.^ dernières sont en générai en ra|tport avec relies des (pian ti tés I ilVi\yhérnogIoliine. mais elles présentent de?^ nseillatifnis phis variées l^iiidi^ que Ton observe des oscilintinns tmln^ 1 [Kïur lOO i-t l'J pour KM! j te lovyhinuoj^lobîne el des différences ne dépassant pas I à *2 pour 10l> flutttîilii-onenjenl, raetivité de la nulurtinn p4*ut s'afïaisser n 0,'2(l pour i"'i]iii(iter à (l,MI dans la ciuivalescence et atteindre 0,7l> à 0,80 liu^stpie laifiiérison est continuée.
Le résultiit le plus reuiartpiablede ces recherches cliniques se déiluît de
'^foaîparaison di» In juarebt* de la tenqiératureavec Tai-tivité des échanges*
tti ciïel, étudiant comparativement les courbes i|ui représentent des
M'ihiins qnotidiemies de ces deux expressions symptomatiques, nous
tVDp* constaté ce fait, génénd dans la fièvre typhoïde, qu'aux maxima
Je tempéralure i-orrespondent les mi ni ma d'activité de réduction : en
rlautrcs termes il y a un rapport constant et direct eirtre l'élévation de
Hiipé rature et la lenteur de la rérluelioUt et, par suilct l'aetiviîé de la
réduction, on Ténergie de eonsonnnation de Foxygéni' du sang par les
fiî!isus, est en fïnipoilion invtTse de Télévation de la température. Les
Incés et les |danches ([ne jai (inhliés démontrent très nettement ces
rapports inverses de la tem|>érature et ile raetivité, les courl>es ohte-
[1ÙA oiïïeiit \miï symétrie reinarriuahle, mais en sens inverse; il sem-
Lierait qu'on puisse les superposer en les renversant Tune sur Tautre.
Cette conclusion de nos recherches, que l'intensité de la fièvre amène une diminution simultanée de Tactivité des oxydations ou des échanges, peut sembler paradoxale, puisque Ton a admis longtemps que dans la fièvre il y a une augmentation de Félimination d'acide carbonique et de l'urée, que les combustions sont exagérées, que « la fièvre brûle *; mais la question est plus complexe. Dans la fièvre d'origine septique, et en particulier dans la fièvre typhoïde, la consommation d'oxygène peut être accrue, mais le travail de désassimilation, s'exagérant lui aussi, accumule les déchets organiques que l'oxygène du sang ne peut suffire à brûler, d'où résulte le ralentissement des échanges.
Les agents thérapeutiques peuvent modifier l'activité de la réduction soit en agissant sur le sang directement, ou sur les organes qui préparent et réparent le sang (hématopoiétiques ou hématosiques), soit par action sur les centres nerveux trophiques et conséquemment sur les échanges intimes des tissus.
Parmi les agents qui relèvent l'activité des échanges, les uns agissent sur la reconstitution immédiate des globules, comme le fer, la viande crue, une alimentation tonique; les autres s'adressent directement an système nerveux pour en fortifier, exalter ou « dynamogénier » les fonctions : tels sont les amers, la strychnine, les douches. D'autres, tels qur les courants alternatifs de haute fréquence, l'arsenic, la caféine, agissent sur le système nerveux, la nutrition et l'hématose.
C'est dans la chloro-anémie qu'on trouve les exemples les plus frappants des effets qu'on peut obtenir en suivant cette double indication de Tanémie globulaire et du ralentissement des échanges.
Les observations cliniques des effets de la médication mailiale et du traitement général dynamogénique dans la chlorose, montrent que les« deux facteurs, anémie et ralentissement des échanges, suivent des courbes pres'que parallèles dans leur ascension. En général, ramélioration se définit par des chiffres plus élevés de l'hémoglobine et de Facti' vite. Cependant, cette dernière reste souvent en retard; il n'est pas rare de constater que, tandis que l'oxyhémoglobine est déjà élevée de 11,50 S 12 pour 100, l'activité se trouve encore dans le milieu de l'échelle, atteignant péniblement 0,50 h 0,60, d'où la nécessité d'adjoindre à la médication martiale les excitants de la nutrition générale, tels que les amers, b strychnine, puis les frictions, Télectricité, les douches; en somme, ne pa^ perdre de vue qu'après la disparition des symptômes de l'anémie la guérison complète ne peut être affirmée que si l'activité des échanges redevient normale, ce qui ne s'obtient que par une intervention prolongée des agents dynamogéniques des centres nerveux irophiquQs. Les médicaments qui diminuent V activité de la réduction sont nombreux; la plupart des antithermiques, la kairine, l'antipyrine, Texalgine et l'acétanilide, la paraldéhyde, ralentissent l'activité : les nitrites d'amyle et de sodium agissent certainement par destruction d'un certain nombre de globules
MOniFfCATlOXS TMÉn U'KlîTînUES M L ACTIVITÉ m LA UÉlîtCTlON. 10!
I rouges, ou pr action siur 1(?^ centres thermiquej^; les deux moites d aclioii ^H?uvenl être observes s^iiivant les doses. CVsl ainsi qucj*;iî vul'anlipyrine, VcxalgirH** |>rodiiireù doses tosiqurs dr la inellieinoglobinc avec lu lulenlisseinent des tHdianj*es, lundis rjne racétanîlidi?, mènieà dose mndirairicn- U'Uiic, produit la diitiinnlinn de raçtivilê, i^t vo restdlîit contre-intlique Tusago «k* racétanilide contre repilepsie [ïinsi|ui\ dans celte maladici il j îidrjn ralentisse me ni des échanges (*)< (llénuctjiie, Dcny, Féré )
Le rhkirù forme cnijïloyé comme anesthéi^ique est le lype du niif^dicamritt(|ui îi-^il jiar Tinllnence du système nerveux sur la nnlrîlioTi générale iprtniuisant nncdiinintitiori des échanges. Le raleutisseitient des échanges hV rt'^lc dîms raneslhésie par le cldoroforiTie, indépendanunent de la |mtUm1(^ sîing, et en dehors de tout phérmmcne aspliyxitpic. Dans le cas de ori^ultite au délmt de ranesthésie, Tarrèt des «khanj^'es est complet, et SnVst pas ras|>lmîi* qui est la cause de la cessation de la vie (")» Iles agentê mrdkamenletix qui produisent tantôt raugmentalion, Tmitùl l;i diiJiintilioti de Tac ti vite, suivant Félat (pathologique individuel« *<îiit nombreux ; ils peuvent être considérés comme régulateurs de Tactitilé de§ échanges, c'est-à-dire qu'ils ont pour elTet de ramener la durée de tiK'dijrtion vers la normale.
Ufi iodures alcalins peuvent être considérée comme les types de ces ïMMÎiaments, et c'est dans Femphysènie, dans les troubles de la circulalinn pulmonaire, la cyanose, que ces médicaments agissi'ut le pbis effica- ««ijieiit, soit sur la quantité d'oxybémoglobine, soit sur lartivilé des febnges.
Dans les métllcations tkennaies, t étude speefroscùpiqKe du mng et étladiviié de la réduction Ç) est de la |»lus giimde utilité pratique parcii qu'elle permet d'abord de suivre presque rjiiolidit^niiement les eiTets «Inadivers uiOfles d'application des eaux minérales* et aussi d'en apprécier brésultjts ultérieurs.
Dune façon générale, les varintiiuis dans la quantité d'oxyhémoglohine ^'otirjites, progressives (eaux chlorurées sodiques, eaux ferrugineuses, mik-h Bourhfiule), souvent même on observe avec certaines eaux arseoi^^ileg telles que Saint-Ilonoré (Hénocque, lïinet), une diminution de la ')uanlitéd'oxyîiémogkîbine au début, c'est-à-dire une sorte de spoliation, jujisplus tard ime augmentation préparation ultérieure). t>s phénomènes /fui? 1 étude clinique des eaux thermales a établis, a la suite de longues
l'i HKVKoi'tï, Ih* h mi'M II talion aiililherrxiMfUL'. Camp tes r enduit dn CfmqrH dt méd. inL
|«) ajE««f4}(!ic cl ïhïï, A(»plicBlii*Tift fk- lacialjfîc *î»cjlit*stîo|iiquc du ung en cbiruipc. Conjnrs ik ehirufgii?, 4 avril t«Ul ,
[*) H£»oc^ti£, Dft rinrtui'iirjî d*** raLMlictlions Ihiîrmalpi sur l'ictivitc du tu n*thirtk»n rlo i'wïjr-
l Jtéfnoftobini* ot fur li rirhesst' du switjîî en o^jyliérnojîlolïim^ Comptes rrndn« dt h Stff*. de
\ hioi.. i^ nnv. tHS7. — Cii. Io.iud, Ui^s im-mk'** tUiysiolftpi^ jiarMu|cii|ue. Trailt'Hu^nL Paris,
jltgg, — Liro^, Compte t renetuit de i'ÀcmL de^ ^deareë^ IH févr, 1805 el 4 mai IMOtl. —
ponat^ (li'therdics liL-niali>lcigiqii«^ à Sain KN cet ajrc. buit. de la Soc. méd.-chif., p. *i7K, 180j.
. Twii^ET* llcnaU^ opio proltf[U*» p!icï le^s |ialud»*^cns, L-a idêriqucâ et les eachediijucu. BatL
102 SPEGTROSCOPIE DU SANG.
recherches, peuvent être vérifiés avec la plus grande exactitude par les procédés hématospectroscopiques, mais les constatations sont bien plus intéressantes dans Tétude de Tactivité de la réduction.
En se plaçant à ce point de vue, on peut établir d*une manière générale (|ue : Taugmentation de Tactivité des éclianges s*observe dans les conditions les plus variées.
Un bain d'eau douce à 5i degrés ou un bain alcalin, h Vichy par exemple, amène mie augmentation légère, passagère, de Tactivité des échanges; les bains de piscine, à Saint-llonorc ou à Aix-les-Bains, produisent une augmentation plus prononcée et celle-ci atteint son maximum par la grande douche chaude d'Aix avec massage, car j'y ai vu Tactivité doubler (de 1 à 2 degrés); d'autre part, les douches froides avec forte pression amènent, dans la réaction, une augmentation de Taclivité (|ui est plus durable que celle qui provient de Taction de Teau chaude.
Kn delioi^ de cette action générale due à la thennalité, il se produit une action plus directe encore, qui résulte de la composition même de Teau minérale. C'est ainsi que j'ai constîité, en 1885, Tinfluence très différente des eaux chlorurées et bromo-iodurées de Salies-iIe-Béani, suivant la valeur du bain en chlorure de sodium ou en sels des eaux mères; par exemple, chez mi même malade on peut obtenir, avec un bain contenant 1/i d'eau de Salies, une augmentation de l'activité qui rend ces bains excitants; si, au contraire, on donne le bain entier, c'est-à-dire avec les eaux salines non diluées, on obtient un effet sédatif, c'est-à-dire une diminution qui est plus prononcée encore si Ton ajoute plusieurs litres d*eaux mères (bromo-iiul urées, etc.). Enfin il est |)ossible, en employant les eaux salines au l/ô, d'obtenir l'un ou l'autre effet, suivant la réaction de rindividu.
Des recherches, faites à la Hourboule, m'ont aussi démontré qu'il est possible de faire la |Kirt de l'action arsenicale et de l'action du chlorure et des autres sels de l'eau de la liourboule, car si l'on prend seulement les eaux en boisson on obtient l'effet sédatif, résolutif, et surtout modérateur ou régulateur résultant de l'arsenic, de l'activité des échanges, tandis que |Kir le tnntement externe (bains, douches, etc.), on observe plutôt les elTets excitants ou tonicpies du chlorure de sodium, c'est-à-dire l'augmentation de l'activité des échanges.