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ÉTAT LARVÉ

d'habitudes particulières d'intempérance, en raison aussi d'une grande tolérance passagère, peuvent n'avoir jamais eu de nianifestations aiguës t»t arriver cependant d'une manière lente et insidieuse à la période la plus avancée de l'alcoolisme chronique. Chez ces individus, la constatation d'une lésion viscérale grave, de la cirrhose du foie par exemple, peut être le premier signe révélateur d'une intoxication déjà longue et irrémédiable ('). »

Les effets du morphinisme, d'après Levinstein, demandent plus de six mois pour se constituer.

L'état latent se retrouve encore dans les diathèses, ces maladies étant constituées, comme l'a établi M. Bouchard, par un trouble permanent des mutations nutritives qui prépare les maladies, comportant forcément une longue période exempte de manifestations symptomatiques. L'oxalurie, la lithiase urinaire, la lithiase biliaire, la goutte, le diabète, avant d'être constitués à l'état de maladie, ne sont d'abord que de simples troubles nutritifs non apparents, des maladies en somme à l'état latent pendant une longue partie de leur évolution.

Mais il n'y a pas que les intoxications et les diathèses qui présentent une période latente. Bien des troubles organiques ou fonctionnels restent longtemps latents après la cause qui leur a donné naissance. Les lésions viscérales comportent souvent une longue période d'inobservation, et les altérations du -système nerveux offrent souvent une longue tolérance : la tumeur cérébrale ne traduit parfois sa présence par des phénomènes de compression que longtemps après son début, et le traumatisme qui fait apparaître l'hystérie, chez un prédisposé, peut être séparé par une période d'état latent des premières manifestations de la névrose qu'il a provoquée.

Commencement de la maladie. — Quand la période d'incubation ou d'état latent est achevée, la maladie commence à se constituer véritablement; elle se traduit par des manifestations cliniques qui caractérisent la période dite d'invasion pour les infections ou de début pour les autres maladies.

ÊtcU larvé, — Dès que la maladie se constitue, les groupements symptomatiques sont assez spéciaux pour chaque maladie, et c'est la condition du diagnostic. Cependant certaines maladies peuvent se manifester par des formes qui en imposent pour d'autres maladies, et c'est ce que l'on désigne sous le nom d'état larvé : l'état larvé n'étant rien aulro qu'une forme tout à fait anormale, tout à fait irrégidière, d'une maladie se manifestant sous le^ apparences d'une autre maladie.

Ces états larvés ont beaucoup perdu de leur importance et de leur intérêt depuis que l'on connaît mieux les différentes formes sous lesquelles une maladie peut se présenter. Que l'hystérie se manifeste avec les appa-

(*) RicHARDiÈRE, Traité de médecine, t. II.

8 ÉVOLITIOX DES MALADIES.

renées de telle ou telle lésion organique du système nerveux, ce n'est pas pour cela un état larvé. Mais quand on voit le paludisme se traduire uniquement par une pneumonie justiciable de la quinine, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il s'agit là d'un véritable état larvé.

Maladie cyclique. — Quand la maladie se constitue et qu'elle se traduit par la symptomatologie habituelle, on peut, dans quelques cas, envisager d'avance les étapes possibles de son évolution, c'est qu'alors elle est cyclique; ou bien l'irrégularité et l'incertitude de sa marche caractérisent son évolution. Il n'y a d'évolution cyclique que dans les infections et non dans toutes. La pneumonie, les fièvres éruptives présentent cette évolution cyclique; la sj-philis a ses périodes; le choléra, la grippe, la pleurésie ont une évolution irrégulière.

Invasion. — Quand l'invasion se produit, et ce terme ne s'applique qu'aux infections, elle est alors dans ce cas le résultat de l'action sur l'organisme des produits solubles, au moins la plupart du temps. Toutefois Courmont et Doyon pensent que les phénomènes généraux ne» commencent qu'au moment où les tissus, sous l'influence des sécrétions microbiennes, ont répandu dans l'organisme et par l'intermédiaire de la circulation une part suffisante de principes morbifiques. Guinard et Artaud* ont montré cette période latente des empoisonnements par injections veineuses de toxines microbiennes; les toxines de la diphtérie, du tétanos, de la morve, présentent une période d'incubation initiale. Ce qui indique évidemment que les toxines microbiennes agissent suivant deux types différents : ou comme les poisons ordinaires à action immédiate dès ({u'ils ont pénétré dans la circulation, ou comme les diastases ou ferments solubles, en vertu d'une action secondaire.

Lorsque suivant l'un ou l'autre de ces mécanismes, le sang renferme une quantité suffisante de principes nuisibles, l'incubation a cessé, l'invasion commence.

Et cette invasion s'annonce toujours par des phénomènes généraux ou locaux. Les phénomènes généraux attestent l'action des sécrétions microbiennes sur le système nerveux; le frisson ouvre la scène clinique, la température s'élève brusquement et l'état fébrile est constitué. La céphalée apparaît, la prostration s'accuse. Sans doute aussi sont d'ordre nerveux les troubles digestifs, consistant en vomissements, qui marquent cette période d'invasion, la rachialgie de la variole. Une caractéristique de cette période d'invasion c'est d'être soudaine, aussi le frisson est-il solennel comme on l'a écrit et répété pour la pneumonie.

Cependant l'invasion n'est pas tout entière dans les phénomènes généraux, déjà les phénomènes locaux se dessinent. Le pneumonique a le point de côté, quelquefois même le râle crépitant, le scarlatineux a Tangine, Térysipélateux la rougeur et la tuméfaction locales.

Il semblerait que ce terme d'invasion caractériserait toujours une

(*) Société de biologie, 2 mars 1895.

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