CHAPITRE CINQUIÈME
Névralgies articulaires.
(Arthralgies^ névroses articulaires,)
Décrites en premier lieu par le médecin anglais Brodie, les arthralgies n'ont pas tardé à être universellement reconnues en Allemagne, après que Esmarch eut démontré par des observations nombreuses qu'il existe des douleurs articulaires très violentes et d'apparence grave, qui ne sont produites par aucune maladie anatomiquement appréciable et qu'on est par conséquent autorisé à considérer comme des affections nerveuses. Comme dans la plupart des cas appartenant à cette catégorie, la douleur localisée à l'articulation est le symptôme culminant; il s'ensuit que le terme arthralgie est parfaitement choisi, quoique dans l'espèce la douleur ne se déclare pas d'une façon typique et sous forme d'accès comme dans les névralgies véritables et qu'ordinairement il existe en outre une série de symptômes qu'on ne rencontre pas en cas de névralgie essentielle. C'est pourquoi le mot « nhfrose articulaire » est peutêtre encore plus en situation que celui ^ ^arthralgie >.
Les arthralgies s'observent de préférence chez les personnes nerveuses et entachées d'hystérie, par conséquent plus fréquemment chez les femmes et les jeunes filles que chez les hommes. Il arrive très souvent qu'on peut incriminer une cause psychique comme productrice de la maladie. Les traumatistnes qui atteignent l'articulation et qui, sans importance en eux-mêmes, sont accompagnés d'une violente frayeur, de manière à appeler sur le membre contus l'attention inquiète du malade, jouent le rôle essentiel dans Tétiologie des névroses articulaires.
Aussitôt après l'action d'une cause semblable, souvent après quelques semaines seulement, les malades commencent à se plaindre de douleurs articulaires. C'est presque toujours un genou ou l'une des hanches qui est endolori, plus rarement une articulation des extrémités supérieures. Les douleurs sont continues, deviennent plus vives par moments, surtout à propos des mouvements ou d'émotions morales, etc. De temps en temps elles semblent se calmer.
38 Maladies des nerfs sensibles.
notamment quand l'attention des malades est détournée de leurs souffrances. En général celles-ci sont localisées dans une articulation» quoique parfois la jambe tout entière soit dolente. Les malades sont d'ordinaire très sensibles à la moindre pression, au plus léger ébranlement, etc. et on découvre parfois quelques points douloureux sous la pression à l'entouf de l'articulation. La marche est complètement impossible, tout au moins très pénible et clopinante. Dans les cas graves, et quand les craintes outrées de ceux qui les entourent contribuent à abaisser l'énergie réactionnelle des malades à l'endroit de leurs souffrances, ils gardent le lit pendant des semaines et de longs mois. D'ordinaire le membre est atteint d'une faiblesse manifeste, presque toujours associée à une forte raideur et une tension des muscles. La jambe est dans l'extension ou entièrement fléchie et dans la rotation en dedans tout comme dans la coxalgie véritable.
Le diagnostic des arthralgies est souvent d'une difficulté réelle, mais cependant il devient presque toujours possible à la suite d'une observation prolongée. Dans le principe, la maladie a l'air d'être une affection articulaire grave, à raison de l'intensité de la douleur, de la raideur de la position et de l'impuissance totale du membre. Nonobstant cela, le médecin expérimenté ne tai'de pas à s'apercevoir de l'absence de toute altération articulaire objective et certaine, surtout du défaut de gonflement, puis des /variations dans l'intensité des plaintes, de l'influence qu'exercent les émotions morales sur la maladie, enfin de l'impression d'ensemble que font les malades, de leur manière de se comporter, du contraste que présentent leurs vives lamentations avec leur excellent faciès (pas toujours cependant) et avec la conservation de l'appétit et du sommeil. Dans les cas graves, on conseille beaucoup de faire l'examen pendant Vanesthésie ckloroformique. Alors les contractures les plus fortes en apparence disparaissent et le membre reprend manifestement sa mobilité et ses conditions normales.
Dès que le diagnostic d'une arthralgie est posé, le traitetnent se réduit à une indication formelle. Les frictions, les cataplasmes, les bandages de toute nature doivent être laissés de côté. Il faut bien persuader les malades qu'ils sauront marcher du moment qu'on leur aura appris à t/^iiA^/V marcher de nouveau. On fera des exercices méthodiques de marche qui réussissent très mal au commencement et paraissent extrêmement incommoder les malades, mais qui produisent parfois très rapidement les meilleurs résultats. Ces exercices sont grandement secondés par le traitement électrique de l'articulation (fort courant à travers l'articulation, pinceau faradique), puis par des douches froides locales et par le massage. L'usage de remèdes
Névralgies articulaires. — Mal de tête habituel. 39
internes (fer chez les anémiques, les différents nervîns) peut être indiqué dans plusieurs circonstances, quand ce ne serait que pour agir sur le moral. (Voy. Chapitre de Thystérie.)