CHAPITRE SIXIÈME
Mal de tête habituel.
(Céphalée^ céphalalgie,)
Comme suite aux névralgies, nous devons parler encore du mal de tête habituel (mal de tête nerveux), affection qui se rencontre à tout bout de champ dans la pratique et sur la cause intime et l'essence propre de laquelle nos connaissances présentent encore beaucoup de lacunes.
Sous le nom de <L céphalalgie nerveuse » on ne désigne pas ces maux de tête symptomatiques si fréquemment observés qui accompagnent les maladies infectieuses aiguës et inflammatoires, Tanémie généralisée et profonde, les multiples lésions organiques du cerveau et de ses membranes, des os du crâne, des sinus frontaux, etc. Nous n'identifions pas non plus le mal de tête habituel avec d'autres affections douloureuses bien caractérisées, comme par ex. les névral* gies typiques de la branche frontale du trijumeau ou des nerfs occipitaux, de même qu'avec la migraine véritable ou Xhémicranie (v. plus loin). Nous entendons désigner par là ces cas où le mal de tête constitue évidemment une entité \Xiox\Àà^ sui generis et se résume en un symptôme unique ou tout au moins capital dont les malades se plaignent et demandent à être délivrés. Le substratum anatomîque certain de cette maladie nous est inconnu. On admet en général l'existence de troubles circulatoires ou affines altérations de la nutrition comme la cause propre de la céphalalgie ; cependant ce n'est que dans un très petit nombre de cas qu'il est possible de dire quelque chose de précis sur la nature de ces altérations. Il n'y a pas moyen non plus d'énoncer quelque chose de certain sur le lieu où surgit la douleur. On ignore si les excitations douloureuses naissent dans la substance cérébrale elle-même. Les méninges, par contre, surtout la dure-fnèrey sont évidemment douées de sensibilité et sont par conséquent considérées communément comme le siège véritable du mal de tête.
Comme la cause du mal de tête est très diverse dans chaque cas donné, les circonstances au milieu desquelles il se produit doivent être très multiples. Tantôt il s'agit de personnes qui paraissent jouir sous tous les autres rapports d'une excellente santé, tantôt de personnes anémiques et débilitées, tantôt encore de natures puissantes
Maladies des nerfs sensibles.
et € pléthoriques >, d'un embonpoint plantureux et à face rubiconde. D'après la constitution générale du malade, on recherche la cause de la douleur soit dans une hyperémie, soit dans une anémie anormale du cerveau et de ses membranes (céphalée hyperémique ou anémique). On rencontre très souvent le mal de tête comme symptôme culminant chez les individus névrosiques et névrasthéniques (céphalée névrasiliénique). C'est à cette classe qu'appartiennent principalement les cas qui se présentent chez des gens surmenés physiquement et intellectuellement, chez les savants, les fonctionnaires, les étudiants et les élèves qui préparent leur examen, etc Si l'on croit pouvoir incriminer certaines influences € rhumatismales > (afrigore) ou toxiques (alcool, nicotine, intoxication saturnine chronique, etc.) on appelle le mal de tête céphalée rhumatismale ou c. toxique. Parfois les malades qui souffrent habituellement de la tête, éprouvent en même temps des malaises chroniques du côté de restamac ou une constipation opiniâtre^ lesquels sont peut-être en corrélation étiologique avec le mal de tête. Dans nombre de cas cependant, il n'y a pas moyen de découvrir de cause déterminante quelconque à la céphalalgie, de façon qu'on a affaire à un mal purement idiopathique. Remarquons encore que quelquefois il semble exister Vineprédisposi^ tion Itéréditaire.
La céphalalgie habituelle est une maladie ^An7»i^M^.Ellepeut durer des mois et des années, même toute la vie, être presque continuelle, ou ce qui est plus fréquent, se manifester sous forme d'accès séparés, de plusieurs heures ou de quelques jours de durée. Ces accès éclatent souvent sans aucune cause appréciable ; quelquefois on peut les rapporter à des influences déterminées, à des excitations psychiques, à des fatigues corporelles, à des écarts de régime, etc. La douleur siège tantôt au front, tantôt de préférence à l'occiput, parfois elle est répandue par toute la tête. Il arrive aussi qu'elle est exactement limitée à certaines parties de la boîte crânienne. Le caractère intime de la douleur est décrit de la façon la plus diverse, tantôt on l'appelle térébrante, tantôt on la compare à une déchirure, à une constriction exercée tout à l'entour du cerveau, parfois on dirait que la tête va éclater en morceaux. Fréquemment le mal n'est pas d'une intensité particulière, il consiste en un simple étourdissement, un sentiment de « compression cérébrale » ; dans d'autres cas la douleur est très violente. Alors il coexiste fréquemment une hyperesthésie prononcée du cuir chevelu, de manière que l'attouchement même des cheveux provoque de la douleur.
L'état général est presque toujours dérangé en cas de céphalée. Les malades sont incapables de se livrer au travail, ils sont souvent
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d'humeur chagrine et irritable et prives d'appétit. Quelquefois on observe des symptômes gastriques caractérisés, surtout des nausées et des vomissements, parfois une éruption considérable de sueur. Les cas les plus graves de cette maladie ont une signification sérieuse, attendu qu'elle rend ses victimes presque complètement inhabiles aux devoirs de leur état.
Le traitement de la céphalalgie est toujours une question perplexe. Il est évident qu'en tout cas il faut commencer par s'accrocher à une donnée étiologique appréciable. Il importe de traiter avec un soin particulier la maladie fondamentale probable. S'il y a quelque soupçon de syphilis (auquel les exacerbations nocturnes donneront surtout l'éveil), on essayera riodure de potassium. Aux, anémiques on prescrira le^r, l* arsenic Je séjour à la campagne^ une alimentation solide^ttc. Aux individus sanguins, surtout quand ils sont simultanément atteints de malaises digestifs, on prescrira des eatix minérales purgatives^ ou bien une cure à Marienbad, Carlsbad^ etc. Les céphalées nerveuses des hystériques et des névrasthéniques demandent un traitement général rationnel : V électricité (faradisation générale, la galvanisation à la tête ou du nerf sympathique), V hydrothérapie^ etc. Les personnes qui sont surmenées par le travail, doivent indispensablement observer le repos complet du corps et de l'esprit. On les enverra à la campagne ou aux bains cU mer.
Le nombre des remèdes symptomatiques qu'on a préconisés pour le soulagement de la céphalalgie, est très considérable. Dans la plupart des cas de longue durée, les malades ont acquis eux-mêmes une connaissance complète de leur affection. Ils savent presque tous qu'il n'y a quasi aucun remède contre <L leur vieux mal de tête > ; ils ne demandent qu'à pouvoir se reposer et attendent que le mal se soit dissipé de lui-même. D'autres se sont habitués à certains remèdes domestiques, se mettent des compresses sur la tête, prennent un bain de pied chaud ou froid, se font appliquer un sinapisme dans la nuque, se lavent le front avec de l'eau de Cologne, se serrent un mouchoir autour de la tête, boivent du thé fort, reniflent de l'ammoniac (sels aromatiques), etc. Les moyens internes qu'on emploie soit pendant l'accès, soit parfois pendant un temps assez long pour prévenir le retour de la douleur, procurent souvent de bons résultats, et sont impuissants dans d'autres circonstances. Il n'y a aucune indication spéciale pour les différents remèdes, de manière qu'on en est réduit à les essayer les uns après les autres pour pouvoir rencontrer celui qui est le plus avantageux. On peut tenter l'usage de la quinine (0,2 à o,S environ par jour), le bromure de potassium (tous les jours 1,0 à 2,0), r arsenic (la solution de Fowler ou des pilules de 0,003, 344 par
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jour), Vergotine (à essayer dans la cëphalëe hyperémîque, 3 à 6 pilules par jour de 0,05,), la paullinia sorbilis (ou bien la pâte de Guarana qui contient de la caféine) en poudres de 0,5 à 2,0, etc. Contre la céphalalgie consécutive aux refroidissements (exposition prolongée aux courants d'air, etc.), le salicylate de soude (2,0 à 4,0 grm. par jour) est parfois très utile. Si les douleurs sont très intenses, on peut devoir recourir aux narcotiques (morphine, opium, chloral).
Le traitement électrique (voir ci-dessus) peut revendiquer des résultats marquants dans beaucoup de cas, cependant on doit commencer toujours avec grande prudence et essayer d'abord quelle méthode est le mieux tolérée. En outre F hydrothérapie est parfois avantageuse, puis le séjour aux champs, à la mer, dans les montagnes.
On rend quelquefois de grands services aux malades avec tous les remèdes susindiqués, tandis que dans d'autres cas le mal brave opiniâtrement toutes les médications. Il n'en reste pas moins au malade la consolation de pouvoir se dire que la maladie finit quelquefois par céder d'elle-même dans un âge avancé, après des années ou des périodes décennales de souffrances.