CHAPITRE PREMIER
Prolégomènes généraux sur la pathologie des
affections rénales.
Quoique diverses notions concernant la genèse et Tinterprétation des affections des reins dérivent déjà de l'ancienne médecine, c'est incontestablement au médecin anglais Richard Bright (né en 1 788, décédé en 1858 en qualité de docteur privé de la Reine Victoria) qu'appartient le mérite d'avoir le premier appelé l'attention sur la fréquence de ces maladies, et fait la lumière sur leurs formes anatomiques les plus importantes ainsi que sur leurs principaux symptômes cliniques. Le premier travail de Bright sur cette matière parut en 1827. Il s'y appliqua principalement à démontrer qu'en beaucoup de cas d'hydropisie généralisée qui coïncident avec l'émission d'une urine albumineuse, c'est à une affection primitive du rein qu'il faut imputer la véritable cause du mal. Depuis lors la maladie décrite par lui est assez généralement désignée du nom de Maladie de Bright^ terme dont on se sert encore fréquemment aujourd'hui, mais auquel il est préférable de substituer des désignations anatomiques, vu qu'autrefois on comprenait sous cette appellation une foule de choses qui,grâce à l'extension de nos connaissances actuelles, doivent être classées à part.
Les idées de Bright ne tardèrent pas dans la suite à recevoir leur confirmation et une application plus large de la part de nombreux observateurs. En Angleterre ce furent surtout Christison, Osborne et R. Willis, et en France principalement Rayer et M. Solon qui s'adonnèrent à l'étude des maladies du rein. Le premier travail d'importance en Allemagne fut édité par Frerichs en 185 1. Sa division de la maladie de Bright en trois différents stades^ basée sur les recherches histologiques de Reinhardt, demeura longtemps assez
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généralement admise, jusqu'à ce que peu à peu les progrès de Texpérimentation clinique en firent voir Tinanité. On s'occupa en Angleterre d'abord (Johnson, S. Wilks, etc), et puis en Allemagne (Traubc, Bartels) à élaborer une circonscription plus exacte des maladies du rein.Quelle que fût l'impulsion produite par ces travaux, et notamment par ceux de Bartels (i 871), il n'en résulta pas moins que la pathologie rénale s'engagea dans une classification abusive à laquelle les faits expérimentaux ne se pliaient que forcément. Ce n'est que dans ces dernières années que finalement s'est fait jour, au sujet des maladies du rein, un concept rationnel, issu de considérations anatomo-pathologiques, dû avant tout aux travaux anatomiques de Weigert, et qui concorde parfaitement avec les données de l'observation clinique.
Le principal motif pour lequel les reins deviennent si souvent malades, tantôt isolément, tantôt concurremment avec d'autres organes, c'est que le corps a de la tendance à se débarrasser en majeure partie par la voie rénale, des substances nocives de toute nature que le sang charrie avec lui. Il suit de là que l'action de ces agents nuisibles se fait sentir de préférence dans les reins, et de fait, ceux-ci doivent en quelque sorte payer le service qu'ils rendent à l'ensemble de l'organisme au prix de leur propre conservation. A considérer leur nature et leur composition, les substances nocives dont il est ici question, se partagent en deux grands groupes principaux : les agents chimico-toxiques et les germes organico-infectieux. Dans de nombreux cas d'empoisonnement, de même que dans la plupart des maladies infectieuses, les reins sont spécialement compromis, en ce sens que, ainsi que nous le verrons ci-après, certains poisons chimiques et infectieux y déploient leur activité avec une violence et une gravité particulières et une prédilection tout à fait caractérisée. Si l'on excepte ce mode d'origine spécialement intéressant d'un grand nombre d'affections rénales, d'autres causes morbides se présentent beaucoup plus rarement. Il importe seulement de connaître une voie encore que les agents morbigènes peuvent suivre pour dLtnwer jusgu*aux reins, à savoir, /es conduits urinaires (vessie, bassinets y C'est de cette manière que se produisent les affections rénales qui naissent consécutivement à la cystite, à la pyélite, etcEnfin on rencontre naturellement aussi dans les reins, des troubles circulatoires et des lésions mécanico-traumatiques.
Les symptômes cliniques produits par les différentes formes d'affections rénales et servant à les reconnaître, ne se rapportent directement à l'organe que pour une part minime. Rarement il existe des symptômes locaux subjectifs caractéristiques (douleurs
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localisées, etc.), et ce n'est que par exception non plus que la situation anatomique et les relations physiologiques des reins permettent à une exploration objective directe de conclure à une modification de leur volume, de leur état physique et ainsi de suite. On en est réduit par conséquent dans le diagnostic des maladies rénales à la recherche de deux groupes principaux de phénomènes : d'abord à Texamen du produit de la sécrétion du rein, de Vurine, dont on sait que la composition peut s'altérer considérablement du ' fait de l'affection rénale, et secondement à la constatation de certains symptômes consécutifs qui se montrent en d'autres endroits du corps et qui se relient par une connexion étroite aux maladies du rein. Or, comme ces altérations pathologiques de l'urine, de même que les symptômes qui, dans les affections du rein, ont pour théâtre d'autres organes, présentent, dans presque toutes les formes particulières de maladies rénales, beaucoup de traits communs et concordants, il est préférable de donner tout d'abord, au moins dans ses points principaux, la symptotnatologie générale des affections du rein. Il noussufRra alors,dans les chapitres spéciaux qui suivront, de faire ressortir les conditions particulières de la genèse et de l'apparition de ces symptômes, que nous aurons appris à connaître à un point de vue général.