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DES HTDROPISIES EN GÉNÉRAL

On ne doit comprendre sous le nom d'hydropisie que l'accumulation de la sérosité dans les mailles du tissu cellulaire ou dans les membranes séreuses. C'est à tort que quelques auteurs ont étendu la signification du mot à l'accumulation des Quides dans des cavités accidentelles comme les kystes, ou dans les organes tapissés par des membranes muqueuses, telles que l'estomac ou l'utérus : en agissant ainsi on rapproche et l'on confond des maladies essentiellement distinctes, tandis qu'en

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comprenant seulement parmi lee hydropisies les épanchements séreax du liMU cellulaire et des membranes séreuses, on forme un groupe naturel de maladies affec^ tant des tissus identiques sous les rapports anatomique et physiologique ; de plus, nous verrons combien sont intimes les connexions qui lient les hydropîsîes des membranes séreuses à celles qui ont leur siège dans le tissu cellulaire : aussi ks généralités que nous allons présenter s'appliqueront aussi bien aux premières qu'aux secondes.

Historique. DiTisions« » Les anciens ont connu et décrit les principal» espèces d'hydropisies sur la nature et la formation desquelles les idées les plos bizarres, en rapport avec les théories régnantes, ont été émises. Cependant, dès Fenfance de l'art on a essayé d'en rapporter la cause à la lésion Hiatérielle de certains viscères, spécialement, à une altération du foie. C'est, en eflet, dans ce viscère qu'JÉrasistrate plaçait la cause unique de toutes les hydropisies, idée exclusive qui fut victorieusement réfutée par Galien. Cependant Tillustre médecin de Pergame, regardant les hydropisies comme un vice de la sanguification, et faisant d'autre part jouer au foie un r61e considéraUe dans la constitution et le mouvement du sang, il arrivait à conclure que cette glande était toij^ours ou primitivement ou secondairement affectée chez les hydrc^iques ; ces idées eurent coon jusque vers le xvii« siècle. La découverte d'Harvey vint les modifier, et l'expérience célèbre tentée en 1622 par Lower, qui, ayant lié la veine cave inférieure et les jugulaires, vit des hydropisies se déclarer aussitôt, révéla le rôle que jouaient les veines dans la production de ces maladies ; cette doctrine reçut la sanction de Boerhaave et d'Hoffmann. Cependant la découverte d'Aselli détourna bientôt l'attention des pathologistes, qui, dépossédant de plus en plus les veines du rôle qui leur avait été si justement départi, rapportèrent les hydropisies à une lésion des vaisseaux lymphatiques. Bartholin, Mascagni^ Sœmmerring, le grand Hunier lui-même et Bichat, continuèrent à propager cette erreur, qui fut â universellement acceptée, que l'on vit Pinel, dans la dernière édition de sa No$ographte, classer les hydropisies dans l^s lésions organiques des vaisseaux lymphatiques. Cependant une réaction s'opéra bientôt ; les belles expériences de Magendie réhabilitèrent le rôle des veines dans l'absorption ; presque aussitôt M. Bouillaud, et plus tard M. Raynaud, publièrent des travaux pathologistes qui confirmèrent ces données expérimentales. Un grand progrès était dès lors réalisé ; toutefois beaucoup d'hydropisies restaient encore inexplicables, lorsque, dès 1828, le docteur Brigfat démontra que certaines d'entre elles étaient sous la dépendance d'une altératioo rénale. Cette belle découverte fut le point de départ de travaux immenses entrepris surtout en Angleterre par Christison et Gregory, en France par MM. Rayer, Marlin-Solon, ainsi que par MM. Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier, etc.

L'hydropisie n'est donc guère considérée aujourd'hui que comme un symptôme de difl'érents états morbides que quelques anciens, guidés par leurs idées spéculatives, avaient indiqués en grande partie, mais dont l'existence n'a été démontrée que par les ouvertures des cadavres et par les expérimentations des physiologistes. Après toutes ces recherches, il est désormais prouvé que presque toutes les hydropisies sont symptomatiques, c'est-à-dire qu'elles sont le résultat d'une altération dans la texture de certains organes ou d'un changement survenu dans la quantité et dans la composition du sang. Quelques-unes pourtant sont idiopathiques, c'està-dire dépendent d'un travail particulier, limité à l'organe même qui est devenu le siège de l'exhalation séreuse, mais dont les causes sont presque toujours inconnues. Indépendamment de la division précédente, on a encore distingué les hydropisies en

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actives ou sthéniqueê^ et en passives oti agéfiéniques. Les pBemièret sont celles qai, survenant prompieaient, ont une malrehe rapide et s'accompagnent de quelques symptômes de réaction ou d'excitation. On les a regardées comme afl^ctaût spécialement les sujets forts, sanguins, et l'on a supf dsé que la maladie résultait alors d'une augmentation dans la parspiration séreuse, due eUe-méme à un travail occulte qu'on a nommé $ubinfU^maÈiam ou imtaÛon> séeréKwre, Les hydropisies atooiques ou passives, produites paA unediminution^dims rabscn^ption^ auraient au contraire une marche lente, et ne sf'aecompagneraient d'aucun phénomène d'excitation ou de réaction du oôté de Torgarie qui est le siège de la congestion séreuse. Les hydropisies par obstacle à la circukAion Teineuse seraient le type de la forme passive, tandis que beaucoup d'anaisarques, qui se déclarent brusquement dans la convalescence des scarlatines, ou dans la iftaladie de Bright à marche aigufi, représenteraient assea bien la forme sthénique. Cette dernière division des hydropisies proposée par Breschet, adoptée même de nos Jouis par M. BouiHand, est souvent d'une application très^difflcile dans la pratique. Nous croyons donc préférable, avec les auteurs du Compendium de médeciney de lui substituer une division uniquement basée sur la connaissance des causes^ sans néanmoins perdre de vue les caractères sthénique et passif, qui, . représentant quelque chose de réel, peuvent devenir la source dequelques indications précises, mus ils ne sauraient embrasser toutes les formes des hydropisies^

Causes des hydropisies. — Une gêne au cours du sang veineux est la cause la plus fréqnente des hydropisies. Les obstacles à la circulation existent souvent au confluent du système veineux, c'est-àrdire dans le cœur lui-même. Les lésions cardiaques qui produisent le plus facilement l'hydropisie sont les dilatations des cavités et le rétrécissement des orifices. Le cœur se vidant alors incomplètement, le sang veineux y aTQue avec plus de difficulté ; de là stagnation de ce liquide dans les tissus. Cette lenteur dans la circulation a pour résultat de provoquer diversépanchements séreux. On comprend que la péricardite et Thydropéricarde puissent produire le môme effet. Souvent l'obstacle, beaucoup plus circonscrit que précédemment, ne gône que la circulation veineuse d'une partie; il en résulte alors une hydropisie limitée à ce point du corps : c'est ce qui arrive, par exemple, lorsqu'une veine d'un certain calibre est obstruée ou oblitérée par des concrétions fîbrineuses ou pseudo-membraneuses, ou par la compression que quelques tumeurs extérieures exercent sur elle. Cette c^use d'hydropisies partielles, démontrée d'abord expérimentalement par Lower, comme nous l'avons indiqué plus haut, admise comme réelle par Boerhaave, par Van Swieten, par Cullen, etc., a été confirmée de nouveau par les recherches des médecins modernes, spécialement par les observations de MM. Bouillaud (1) et Reynaud (2).

Dans tous les cas qui précèdent, on explique facilement la production de l'hydropisie, si l'on se rappelle que les veines sont les agents pnincipaux de l'absorplion, et que cette fonction doit être troublée toutes les fois que le sang circule difficilement dans ces vaisseaux. 11 y a alors un défoiut d'équilibre entre l'exhalation, qui reste la mCme, qui augmente peut-être, et ral»orptien« qui est moindre et môme tout à fait nulle. Cette manière d'interpréter les phénomènes est plus rationnelle que celle qui consisterait à regarder le liquide hydropiqoe comme transsudant seulement des vaisseaux ; en effet, la fibrine qui est en disso-

(I) Ar-hivê9, année 1^23.

(9) Journal hebtiomodaire, sooée 1829.

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lution dans le sang existe rarement dans la sérosité qui est épanchée dans les tisras, et d'ailleurs nous dirons bientôt que celle-ci contient plus d'eau et moins d'albumine et de sels que le sérum du sang.

Il faut encore rapporter aux hydropisies par obstacle à la circulation Teineute toutes celles qui surviennent dans les cas d'hypertrophie de la rate, ou lorsque le foie a augmenté de volume, ou bien, au contraire, lorsqu'il est atrophié et le siège de cette altération que nous décrirons dans le tome II sous le nom de orrhose. La production de Thydropisie s'explique encore facilement ici par la gène qu'éprouve la circulation abdominale, soit parce que les veines se trouvent comprimées par les viscères hypertrophiés, soit dans les cas de cirrhose ou d'atrophie du foie, parce que les ramifications de la veine porte, ayant suivi le foie dans son retrait, ont sobî une diminution plus ou moins considérable de leur diamètre.

Rien ne prouve que les obstacles à la circulation artérielle paissent produire rhydropisie. On dte, il est vrai, des cas de gangrène spontanée par oblifératioD des artères, dans lesquelles on voit une infiltration séreuse des tissus; mais comme les veines contiennent en même temps des caillots obturateurs, comme d'ailleurs, nonobstant cette circonstance, la circulation veineuse, privée en partie de l'impulsion du cœur, languit dans ces vaisseaux, il n'y a rien d'étonnant que l'œdème se déclare. Si les maladies du système veineux sont une cause très-efficace dliydropisie, il n'en est pas de même des affections des lymphatiques. C'est, en effet, sans motifs qu'on a regardé pendant longtemps les altérations des vaisseaux lymphatiques comme pouvant déterminer certains épanchements séreux ; c'est ce que prouvent et les faits pathologiques et les expériences sur les animaux. On a vu, en effet, les vaisseaux lymphatiques d'une partie être détruits ou oblitérés; oo a même lié le canal thoracique, sans que ces diverses lésions aient jamais produit aucun épanchement séreux.

Nous n'admettons pas non plus, et cela contrairement à Abercrombie et à qndques autres médecins anglais, l'existence d'hydropisies symptomatiques de maladies aiguës ou chroniques des poumons, car personne en France n'a rien constaté de pareil ; d'ailleurs il serait facile de prouver que les infiltrations et les ^lanchemcnts séreux qui surviennent dans le cours de quelques-unes de ces affections s'expliquent toujours par une des causes qui produisent habituellement les hydropisies, c'est-à-dire par un obstacle à la circulation veineuse, ou par une altératioD du sang.

Il est, en effet, une classe très-importante d'hydropisies qui reconnaît pour cause une altération du sang. On a prétendu que, lorsque ce liquide existe en quantité trop considérable, des épanchements séreux pouvaient se fonner. Les expériences sur les animaux vivants tentées par Magendie, et postérieurement par Valentin et par Vogel, ont appris, par exemple, que lorsqu'on injecte une certaine quantité d'eau dans le système circulatoire, on rend l'absorption interstitielle moins active, et que l'inertie de cette fonction est bientôt suivie d'une exhalation séreuse dans diverses parties du corps. C'est ainsi qu'on a expliqué certaines hydropisies se formant rapidement chez les individus pléthoriques, ou chez des personnes qm, s'étant gorgées de boissons, s'étaient mises à peu près dans les conditions de l'animal dans les veines duquel on injecte une grande quantité de liquide. Cependant les faits de ce genre sont excessivement rares, et d'ailleurs il n'est pas encore démontré que le sang, indépendanmient de sa plus grande abondance, n'ait pas subi alors en m<}me temps quelque altération dans ses qualités : car c'est là, en effet, la cause qui produit le plus sûrement le développement d'un grand nombre d'hydropisies.

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