DES HYDROPISIES EN GÉNÉBAL
Cell68-<;i sont très-communes dans les cas où le sang est très-appauvri. C'est ce qu'on voit quelquefois après des hémorrhagies abondantes, à une période avancée du scorbut et de plusieurs maladies chroniques, ou bien chez des individus qui vivent dans des lieux bas, humides, privés d'air et de lumière, et qui n'ont qu'une nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité. L'altération du sang, qui produit le plus souvent et le plus sûrement des épanchements séreux, est la diminution de l'albumine du sérum.
Nous verrons plus tard que telle est la cause des hydropisies qui surviennent si généralement dans le cours de la maladie de Bright, lorsque le rein enlève au sérum une grande quantité de son albumine.
Les altérations du sang et les obstacles à la circulation veineuse se combinent souvent et expliquent le développement de plusieurs hydropisies. C'est ainsi que les collections séreuses, qui sont si communes dans le cours des fièvres intermittentes prolongées, reconnaissent non-seulement pour cause une gène dans la circulation, occasionnée par le développement insolite de la rate, mais peut-être plus encore l'altération profonde que le sang a subie. Ceci s'applique également aux affections cancéreuses, qui s'accompagnent souvent d'hydropisies, dont le développement s'explique aussi bien par l'état de cachexie et de débilité que par une oblitération des veines, produite tantôt par la compression des masses cancéreuses, et plus souvent peut-être par la formation dans leur intérieur de caillots mêlés parfois à du détritus cancéreux. Enfin MM. Becquerel et Rodier ont reconnu que, dans les hydropisies symptomatiques des affections organiques du cœur, on pouvait souvent invoquer simultanément, pour leur production, la gêne dans la circulation veineuse, et la diminution de 1 albumine du sang (i).
D'après ce qui précède, on voit qu'il y a manifestement un ordre d'hydropisies qui reconnaît pour cause une altération du sang : ce serait tantôt un vice de proportion dans la quafttiié de ce liquidej mais presque toujours il y aurait aliération de quàliié. Quelques-uns ont admis que la défibrination du sang et la diminution du nombre des globules pouvaient produire des épanchements séreux, mais c'est là un fait très-contestable, et à supposer la chose possible, on doit reconnaître du moins que ces altérations ne sont pas celles qui déterminent le plus grand nombre d'hydropisies, ni celles de ces maladies qui sont les plus intenses. En effet, c'est à peine si l'on rencontre un peu de bouffissure dans la chlorose la plus caractérisée, ou bien chez les sujets anémiques, après de graves hémorrhagies accidentelles ou provoquées par la défibrination du sang. A quelques chiffres inférieurs que soient descendus et les globules et la fibrine du sang, soit isolément, soit simultanément, ces altérations humorales n'ont pas nécessairement pour effet de produire l'hydropisie. Il n'en est pas de même lorsque la proportion d'albumine du sérum vient à diminuer, car alors l'hydropisie semble être une conséquence à peu près inévitable : c'est un fait que M. Andral a parfaitement établi. Suivant lui, ce serait par suite d'une pareille altération qu'il faudrait expliquer ces hydropisies qui ont quelquefois affecté des populations entières. Telles sont celles que Gaspard, par exemple, a vues régner épidémiquement en i816, dans plusieurs départements du centre de la France, où les habitants avaient été réduits à chercher leur nourriture dans des racines et dans les herbes des champs qu'ils faisaient cuire. Bien que l'opinion de M. Andral ne soit pas encore expérimentalement démontrée, elle a néanmoins quelque fondement ; car lorsqu'on analyse, ainsi qu'il l'a fait, le sang
(1) Acte» de la Société médicale des hôpitaux de Paris^ V fascicule, p. 87.
788 DBS SÉCRÉTIONS SÉREUSES.
de» moutons qui deviennent hydropîques pour avoir été nourris dans des lieux humides, avec des pâturages de mauvaise qualité, on tiouve qtie chez eux il y a moins d'albumine dans le sérum du sang. MM. Becquerel et Rodier ont été plus explicites encore, car ils ne reconnaissent, ainsi que Requin Favait lui-même exprimé, que deux espèce^ d'hydropisies : les unes par obstacle mécanique à la circulation veineuse, les autres résultant d'une diminution de l'albumine. Ils contestent, avec raison, que l'abaissement dans le chiffre des globules et de la fibrine, quelque considérable d'ailleurs qu'il soit, ait Jamais le même effet ; s'appuyant sur sixeipériences, ils affirment que, lorsqu'on voSt de Thydrôpisie se déclarer chei lea «némiques, c'est qu'il existe en même temps une diminution de pmporiioâ de ralbumine. 11 est des hydropisîesr pourtant qui semblent lie reconnaître aucune des causes précédemment indiquées et qui paraissent se lier â un état particulier, presque toujours inconnu, des organes dans lesquels la sécrétion morbide s'opère : ce sont là, à proprement parler, les hydropisies idiopathiques et essentielles. On constate, dans ces cas, un travail m(Hi)ide, une exagération dans la sécrétion séreoae, san» qu'on puisse rattacher celle-ci à aucune altération d'un solide ou d'un liquide. On a prétendu qu'il y avait alors subinflammation ou incitation sécrét(»re; mais, comme nous avons déjà eu occasion de le dire, il ne faut pas accepter œs mots comme exprimant quelque chose de réel, mais seulement comme TexplioatioB d'an phénomène dont nous n'avons pu jusqu'à ce Jour déterminer le naécanisme. Quoi qu'il en soit, ces hydropôsies dites actii)ei ou par tm'tottoji séeréUrire se développent quelquefois brusquement à la suite de l'impression du froid. Ainsi on a vu des ascites et des anasarques survenir chez des individus qui, ayant le corps échauffé, avaient été mouillés par la pluie ou bien étaient tombés dans l'eau. Le même effet a été produit chez des personnes qui ont pris, étant en sueur, une boisson glacée. Il semblerait que, dans ces cas, les fonctions de la peau ayant été momentanément suspendues, une sécrétion supplémentaire s'est faite dans le lissa cellulaire ou dans une séreuse : c'est probablement de cette manière que surviennent quelques-unes des hydropisies consécutives aux fièvres éruptivea. Mais il ne faut pas oubUer que, dans beaucoup de cas, ces dernières se rattachent à l'existence d'utie affection des reins, et qu'il en est de mémj pour beaucoup de celles qui se déclarent brusquement au milieu de la santé, sans cause appréciable ou à la suite d'un refiroidissement. On peut lire à ce sujet, dans rjEs^n d'hétnatoiogie de M. Andral (p. 157), l'exemple très- curieux d'un jeune homme fort, >igoureux, qui, étant endormi et en sueur, fut inondé d'un pot d'urine froide : il éprouva un refroidissement considérable; dès le lendemain il constata une enflure qui alla en augmentant, et lorsque peu de jours après il entrait à la Charité, il était atteint d'une anasarque et d'un commencement d'ascite : ses urines étaient albumineuses ; l'hydropisie avait ici sa raison dans la diminution de l'albumine du sérum. J'ai moi-même observé quelques cas à peu près semblables au précédent. Cependant plusieurs fois il m'a été absolument impossible de trouver une altération quelconque du côté des reins ; les urines, examinées tous les jours au moins une fois, n'ont Jamais précipité d'albumine. Mais faut-il en conclure que la proportion d'albumine du sang n'avait pas diminué? Je n'oserais l'affirmer; il ne serait pas en effet impossible qu'on vit chez l'homme ce que M. Andral a rencontré plusieurs fois chez les individus de l'espèce ovine, savoir : des hydropisies coïncidant avec une diminution de l'albumine dans le sang, sans que les reins fussent simultanément malades, indépendamment de l'écoulement préliminaire de ce principe par l'urine.
Ofô HYDROPISIES EN GÉNÉRAL. . 789
Toutefois nous observerons, en termioant, que. si la diminution de ralbumine du sérum est un fait probable, très-compréhensible pour ces hydropîsies qui sur- -viennent lentement chez des sujets placés dans de.fiftcheuses conditions hygiéniques, il n'en estpasde même de ces sufTusions séreuses qui se manifestent presque subitement en quelques heures à la suite d'un refroidissement. Si dans ces cas les urines ne sont pas albumineuses, il est difficile de conceyqir une destruction aussi rsubite de l'albumine; cependant nous sommes loin de nier le fait, puisque MM. Becquerel et Rodierontpu, dans trois cas d'hydropisie aiguë, constater une diminution notable dans la prop<»tibn de l'albumine, sans que ce principe eût passé préalablement par les urines.
An&tomle pathologique. — Quel que soit le point du corps où siège l'bydropisîe, le fluide épanché se rapproche beaucoup du sérum du sang par son aspect -et par ses propriétés chimiques. 11 est, en effet, limpide, inodore, incolore, de couleur légèrement dtrine et alcalin : Vogel dit l'avoir yu pourtant être plusieurs fèis acide par suite de la formation de l'acide lactique, mais c'était peut-être là moins un effet de la maladie qu'une altération accidentelle de ce liquide. La planteur spécifique du sérum hydropique \aria entre 1006 et 4064 (Maroet). U est formé presque entièrement d'eau, dont la proportion est toujours beaucoup plus considérable que celle du sérum du sang : si ce dernier, quand il est le plus chai;gé d'eau, n'en contient en moyenne que 790 parties, il atteint dans la sérosité des hydropisies le chiffre de 086, comme maximum, et 930 comme minimum. Le sérum renferme en outre différents sels, tels que l'hydrochlorate de soude et de potasse, des sulfates de potasse et de soude, des phosphates de fer, de chaux, de magnésie, dont la (]^antité est à peu près celle qu'on trouve danç le sérum du sang. Marcet y a découvert aussi une matière animale particulière, soluble daps l'eau, incoagulable par la chaleur, et qu'il nomme mwa^rtracHve. Dans quelques -cas, notanHnent dans les hydropisies symptomatiques de l'affection de Brîght, on peut y découvrir de l'urée. Enfin, en faisant bouillir le liquide ou en le traitant par l'acide nitrique, on y décèle la présence de l'albumine. La quantité de produit, ainsi que M. Andral l'a constaté, varie depuis 4 jusqu'à 48. 11 résulte aussi •des recherches du même auteur, que le siège de l'hydropisie, comme la nature de sa cause, n'exerce aucune influence sur l'élévation plus ou moins grande du chifl^ de l'albumine; mais il n'en est pas de même de l'état plus ou moins grand d'intégrité de la constitution. Bn effet, plus cdle-cl est encore intacte et forte, plus en général la sérosité épanchée contient de l'albumme. Une circonstance remarquable, également signalée par M. Andral, c'est que, dans les cas où chet un même individu il existe à la fois divers épanchements séreux,' les liquides' qui' les cMi«titueiit peuvent différer notablement les uns des autres «relativement à la proportion d'albumine qu'ils contiennent. U en est qui en renferment beaucoup, tel est le liquide 'épanché dans le péritoine, tandis que communément il n'y en a que peu ou point 'dans la sérosité qui infiltre le tissu celkilaîre des membres. C'est l'albumine qui rend la sérosité des hydropisies plais jOu moins consistante ; le liquide sera épais, Tisqueux et filant, tontes les fois que la proportion de l'albomjne s^élèvera à plus de -12 pour 400. Jl y a enfin des hydrqtisies dont le liquide tient en dissotution une plus ou moins grande quantité de 'fibrine : cela n'a pourtant guère lieu que lorsqu'il y a eu un travail inflammatoire. II en est de mléme du pus qui, mêlé au liquide hydropique, trahit nécessairement une conpUcatlon phlegmasique.
La sérosité des hydropisies peut élj^ Jicddentelleraent colorée en rouge par l'hématosine, en jaune ou en vert chez les ictériques, par la matière colorante
de la bile ; quelquefois elle a une teinte blanche, laiteuse, qui est due, d'après Vogel, ou à de la graisse, ou à des cellules d'épithélium, ou à de ralbumioe séparée.
La quantité de sérosité épanchée Tarie beaucoup dans les différentes espèces d'hydropisîes. Si elle est considérable, elle produit une distension des tissus ; les cavités qui la contiennent sont agrandies ; certains organes, ayant été fortement comprimés par le liquide, sont affaissés, flétris, atrophiés. Quelques auteurs, se fondant surtout sur quelques faits relatés par Lower, Morgagni et Mascagni, ont prétendu que chez les hydropiques on trouvait souvent les vaisseaux lymphatiques volumineux et distendus ; mais on a ici évidemment conclu d*après quelques cas exceptionnels : l'observation Journalière ne démontre, en effet, aucune lésion appréciable dans le système lymphatique des individus qui succombent avec une hydropisie.
Symptômes. — Les symptômes généraux et locaux varient beaucoup suivant le siège de Thydropisie, et surtout suivant la cause qui Ta produite. Dans la plupart des cas, on constatera une augmentation dans le volume des parties et certains symptômes dus à la compression que le fluide épanché exerce sur les organes avec lesquels il est en contact. Les accid€;pts varient d'ailleurs suivant l'abondance de l'épanchement, la rapidité avec laquelle il se forme, et la résistance des parties qui le renferment. Quant aux symptômes généraux, il n'en est aucun qu'on puisse regarder comme spécial à Texistence d'un épanchement séreux. C'est à tort qu'on a indiqué une soif intense, l'aridité de la peau et de la muqueuse buccale, la constipation, les urines rares, en un mot la diminution de la plupart des sécrétions, comme accompagnant toutes les hydropisies. Ces différents symptômes n'existent pas chez la plupart des malades, et, quand on les rencontre, ils doivent être rapportés souvent à d'autres causes qu'à l'hydropisie elle-même.
Marche. Terminaisons. — La marche des hydropisies varie : les unes ont une durée courte, puisqu'elles cessent au bout de quelques jours ; d'autres, par contre, persistent pendant des mois, ou même pendant des années entières. La terminaison peut être favorable ou funeste : dans le premier cas, l'hydropisie pesse tantôt peu à peu, d'autres fois rapidement, et sa disparition coïncide souvent avec un flux considérable d'urine, avec une diarrhée séreuse, ou bien avec une abondante diaphorèse. Enfin, dans quelques cas fort rares, la guérison s'est effectuée après que la sérosité a été évacuée par une ouveriure spontanée de la peau. Les hydropisies idiopathiques ne sont pas les seules qui guérissent ; on voit parfiûs disparaître aussi celles qui dépendent d'une lésion organique, lors môme que celle-ci n'a éprouvé aucune amélioration appréciable. Dans ce dernier cas, la guérison n'est que passagère ; au bout d'un temps plus ou moins court l'hydropisie reparait. Celle-ci peut ainsi cesser et reparaître plusieurs fois de suite avant de devenir définitive ; cependant il est bien rare qu'après la troisième récidive elle diminue, et surtout qu'elle disparaisse encore. La mori est la terminaison la plus ordinaire des hydropisies; elle a lieu, tantôt par les progrès toujours croissants des maladies dont l'hydropisie est un des symptômes, tantôt par suite de quelque complication, ou par quelques-uns des accidents que produit l'épanchement luimême : tels sont les gangrènes et les érysipèles phlegmoneux (dans l'anasarque}, l'asphyxie (dansl'hydrothorax). Enfin, un certain nombre de malades sont emportés rapidement par divers troubles cérébraux, tels que délire, mouvements convulsiÊ et coma. Ces accidents peuvent survenir dans toutes les hydropisies, mais on les observe surtout dans celles qui sont symptomatiques de l'albuminurie. Ils sont parfois précédés de céphalalgie et de torpeur ; le plus communément ils se déve-
DBS HTDROPISIBS EN GÉNÉRAL. 791
loppent brusquement, et sont souvent précédés d'une diminution considérable de rbydropisie. La manifestation des symptômes apoplectiques pourrait parfois s'expliquer en disant que la sérosité résorbée a été portée vers les centres nerveux par un véritable mouvement métastatique : ce qui confirmerait cette supposition, c'est qu'à l'autopsie des individus dont Je parle, on a trouvé quelquefois des épanchements séreux considérables dans les ventricules, dans la cavité aracbnoîdienne, ou dans le tissu cellulaire de la pie-mère ; ou bien enfin, mais beaucoup plus rarement, la sérosité était combinée avec la substance cérébrale elle-même. L'bydropisie intra-crânienne pourtant n'est pas constante. Q n'est pas rare, en efi'et, de ne trouver dans les centres nerveux aucune lésion capable d'expliquer les troubles observés pendant la vie. On a supposé alors une intoxication du sang produite par la rétention de l'urée, opinion qui ne s'appuie encore sur aucune preuve positive. (Voyez dans le tome II, Maladie de Btight.)
Bia^ostic. — Le diagnostic des bydropisies offre deux problèmes à résoudre : 1<> reconnaître l'bydropisie ; 2<> déterminer si elle est essentielle ou biensymptoma tique.
Il est, en général, facile de reconnaître un épancbement séreux par les troubles fonctionnels qu'on observe, ainsi que par les signes que fournissent l'inspection des parties, la palpation et la percussion ; mais il est beaucoup plus difficile de remonter à la cause qui a produit et qui entretient la maladie. Pour déterminer ce point de diagnostic, on aura surtout égard à la marche plus ou moins rapide de i'hydropisie, aux parties du corps qu'elle a d'abord affectées, aux circonstances qui l'ont précédée et aux symptômes qui l'accompagnent. Il ne faut pas oublier que le nombre des bydropisies idiopatbiques et essentielles est aujourd'hui extrêmement restreint; que lorsqu'on ne pourra pas expliquer le développement des épanchements séreux par un obstacle mécanique à la circulation, presque toujours on en trouvera le point de départ dans une altération du sang ; et comme de toutes ces modifications celle qui produit le plus sûrement les bydropisies consiste dans une diminution de l'albumine qui est éliminée par les reins, on devra toujours rechercher si l'urine ne renferme pas ce principe.
Pronostic. — Le pronostic de I'hydropisie est subordonné à la cause qui a produit celle-ci, au siège de l'épanchement, au nombre des récidives, aux complications qui surviennent. La diminution de l'épanchement est généralement une circonstance favorable ; toutefois ce signe n'aura d'importance qu'autant que l'état général se sera également amélioré, attendu que quelquefois, comme nous l'avons dit, la diminution brusque de I'hydropisie coïncide avec l'apparition de symptômes cérébraux graves. D'ailleurs il n'est pas rare de voir les épanchements séreux diminuer notablement dans les derniers Jours de l'existence sans qu'il y ait métastase.
Traitement. — Dans le traitement de toute hydropisie, il y a deux indications à remplir : i^ combattre la cause de la maladie; 2<* favoriser l'évacuation du liquide épanché.
Première indicaHcm. — Les moyens à employer pour satisfaire à la première indication varient suivant la cause qui a produit I'hydropisie. Celle-ci dépend-«lle d'un obstacle au cours du sang, il faudra s'efforcer de le diminuer ou de le détruire. C'est là pourtant une indication qu'il est rarement possible de remplir. H y a, par contre, certaines causes d'hydropisies, telles que la pléthore et l'état anémique, qui peuvent être combattues efficacement, la première par la saignée et par les antiphlogistiques, la seconde par les toniques, les ferrugineux, et par un régime
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analeptique. Quelle que soit d'ailleurs la cause pramière Ôe rhy^ropide, il faut, avant de songer à évacuer la sérosité, combattre avec soin l'élat inflammatoire oa sthénique, qui tantôt est la cause de Tiiydropisîe, qui d'autres int lient senlemeot la compliquer. Cet état sthénique, spécicHement caraetérisé par la fibvce et It vibrance du pouls, la cbaleur et la congestion 4e la peau, rédaoïe l'emploi des émissions sanguines, que Ton proportionnera d'ailleurs aux forces du sujet et à l'intenâté des symptômes. Les intiphlogistiques seront d'autant mieux indiqués, que ces accidents surviennent le plus souvent chex des sujets Jeunes, vigoareox, bien nourris, cbez lesquels Thydropisie s'est développée rapidement. Les médecins anglais conseillent dans ces cas l'emploi simultané de l'opium et du calomel à doses fractionnées (10 à 30 centigrammes de calomel et S à lO centigrammes d'opium toutes les trois heures). Beaucoup proposent de continuer ces moyens jusqu'à salivation : Tefflcacité de ce traitement n'est pas encore suffisamiDent démontrée.
Deuasième indication. -^ Lorsqtiï'on a combattu convenablement l'état sthéniqae ou asthénique, ou bien lorsque aucune de ces deux indications n'existe, et que, l'hydropisie tenant à une cause matérielle, on ne peut espérer aocun soulagement, il faut recourir à l'évacuation de la sérosité. On y parvient par des moyens directi, tels que l'incision ou la ponction des parties dans lesquelles le liquide ett épanché; ou bien on emploie des moyens indirects, tek que le^ purgatifs, lesdiorélH ques, les sudorifiques, les vésicatoires, dans le but de provoquer des sécrétioDs artificielles et d'activer l'absorption aux dépens du liquide épanché. Rusoi ces moyens les purgatifs, et surtout les purgatifs drastiques, sont ceux qui ont Je pins d'efficacité ; on les emploie lorsque aucune complication des oiganes digesti($ n'en contre-indique l'usage. L'huile de croton tigliqm, la sQ^qamonée, le jaJap, Je sirop de nerprun, la gomme^utte, la décoction de sureau, ou plutôt le suc de la seconde écorce, l'eau-de-vie allemande, sont les principales substances purgatives auxquelles on aura recours. On devra les administrer à des intorvalles Irèsrapprochés, c'est à-dire tous les deux ou trois jours ; sans cette précaution, on veit l'hydropisie reparaître avec une grande rapidité.
Les diurétiques spécialement employés dans les hydropiefes sont : les tisanes faitesavecle chiendent, la pariétaire, les queues de cerises, la turque tfe, le fraisier, le cerfeuil, l'asperge, le genêt vert, auxquels on ajoute une certaine quantité de nitre ou d'acétate de potasse. Les poudres de digitale et desdlle pourraient également être prescrites. Les diurétiques, médicaments souvent infidèles, n'ont d'action qu'autant qu'ils sont administrés à l'intérieur, c'est une erreur de croire qa'on peut les faire absorber par la peau : les sudorifiques sont d'un emploi an moins aussi incertain. Je ne parle que des substances prises à Tintérieur, il n'en est pss de môme des moyens directement appliqués sur la peau, tels que les bains de npeurs, simples ou aromatiques, les bains sulfureux, les feictions stimulantes*
Qn a vanté quelques médications empiriques : c'est ainsi que, il y a qpelqoes années, on a proposé d'administrer le sucre à très-haute dose ; ce moyen agirait comme diurétique ou comme audoriftque. On <st parvenu quelquefois, dit-on, par lui seul, à faire disparaître des hydropbies considérables. La^awmade, d'^wès M. Bagot, serait plus efficace que le sucre raffiné ; on la donne à la dote d'une à plusieurs livres par jour. Une médication plus étrange encore a^été proposée : je l'euttie volontiers passée sous silence, a elle n'avait pour parrain un médecin diftingué> tf . Sorre (d'Alais). Quelle que sditi'espèoe d'hydroptsie, il réussirait à la ftire disimaUre en soqm0JUant, pendant ua mois, le patient au tndtsipent tuivant :
DB L'ANASAIQUB. 793
abstinence de toneon, et pour unique àïimexii trois soupes au lait par jour ; chaque repM'setrait terminé par un morceau de pain et un oigr^on cru. J'ai expérimenté uneseide ibis, et sans auetin succès^ ce, singulier traitement chexun sujet albuounurique.
Le régime alimentaire ranera aiHvant les conditions particulières des malades. Dans aucun cas on ne doit, à TexempledeB anciens, priver les malades de boissons, par la peur d'augmenter Thydropisie ; cette crainte iv'est nullement fondée ; , c'est donc sans motife qu'on ajouterait le tourment de la soif aux souffrances de la maladie.
DES BYmOf'I^IES EN PARTICUUEK.
De Tanasarqne.
On donne le nom A'amsargm ou de IsucoTiMpMBtie (i) à racoumalation de la sérosité dans les maillas du tissu cellulaire de tout le corps; cette infiltration est surtout manifeste dans le tissu cellulaire sous^^utané.
Ga.raQtàpea iMiatAïaAqiieq. — Cette bydropiaie est caractériaée.par un gonflement, en général indolent, qui cède sous le doigt et en conserve l'impression pendant un temps plus ou moins loqg. Si l'on incise les parties infiltrées, il en ruisselle de la sérçsité ayant les qualités dont nous avons précédemment parlé. Le tissu cellulaire est raréfié, ses mailles sont agrandies; il est soniwnt ramolli, plus friable (Lobstein), parfois môme il est difUnent, d'aspect gélatineux, et n'a plus son organisation. La^éio^té existe en plus graiwle abondance dans le réseau cellulaire souscutané ; quelquefois elle s'accumule amssi entre les couches musculaires dans leurs interstices celluleux et dans le tissu cellulaire qui double les membranes muqueuses, séreuses, au entre les difTérentestuniquesdes viscèDesmembraneux. Sil'anasarque est ancienne, les musoles sont décolorés, comme macérés ; la peau est blanche, amincie, demi-transparente.
Dlviaiona. :Ëtiologie. -^ On peut établir, pour l'étude 4e Tanasarque, toutes les divisions que nous avons admises précédeaunent. La maladie peut se développer sous l'influence de chacune des causes que nous avons éimmérées à l'occasion des hydropisies ^en ^oéral .
Sjrinipt6mas. ^ Le début de l'anasarque varie suivant que i'afféotion eet aiguë ou suivant qu'elle est chronique, mais elle diffère surtout d'après les causes qui président à son développement. 11 est fort rare de voir l'hydropisie éire tout d'un coup générale ; mais il est assez fréquent qu'elle envahisse d'emblée plusieurs pqints «iucoi^ps à la fois. rClcât .ce ^qu'on observe surtout lorsque l'anasarque est symptomatique d'une affection asgué, telle qu'une aortite (BisEot), une péridardite (Chomel), la maladie de Bright, nu bien encore lorsqu'elle arrive dans le déclin de la scarlatine, ou après un refraidisfiement subit.
Dans la plupart des ca^ surtout si l'anaftatque est passive, otn voit l'hurdropisie, limiiéie pendant un tempis plus ou x^mm lopig A un tpoint plus ou onoins droonacnt, se propager ensuite successivement à tout le reste du oorpa..Les<parlies pnmitiv^fQaent epArahies par l'infiltration séreuae diSènent d'aUkurs suii«nt la cause qpi p]K)dMit r^nasarfu^, i^ireonstanee iioporiadteà laoïter dane te diafoostiediiére^tiol.
(I) Annsargîte^ de &vdl, entre, et de (Tdp(, thair. teucophlegmatie^ âe>tux6(, blanc, et de
Les caractères de Tanasarque varient. En général, la peau est pflle on d'un blanc presque laiteux ; la pression du doigt détermine, sans effort et sans exciter aocime douleur, un enfoncement qui disparaît lentement dès qu'on cesse de comprimer. Quelquefois cependant les téguments présentent une dureté, une résistance rennrquables que j'ai plus spécialement rencontrées lorsque la sérosité occupe la pard de l'abdomen. L'infiltration est d'autant plus considérable qu'elle atteint an tissa. cellulaire plus lâche. Ainsi, les paupières sont quelquefois infiltrées au point de recouvrir complètement le globe oculaire ; les grandes lèvres chez la femme, le scrotum chez l'homme, peuvent acquérir le volume d'une tête d'adolescent ; si la verge est très-infiltrée, le prépuce se contourne en spirale et l'excrétioi de l'urine devient difficile. Dans tous les cas, la sérosité, obéissant aux lois de h pesanteur, s'accumule en plus grande quantité dans les points les plus déclives tels que la région lombaire ; pour la même raison, elle est plus abondante dans les membres inférieurs que dans les supérieurs ; il n'est même pas rare de \oir les premiers doubler et parfois tripler de volume. Lorsque la peau se trouve ainâ distendue outre mesure, elle offre une température au-dessous de la moyenne; elle perd son humidité et sa souplesse ; sa sensibilité diminue, et parfois elle cesse si complètement, qu'on a vu des malades se faire des brûlures larges et profonde sans en avoir la conscience. Cette distension extrême de la peau peut être portée à un degré tel, qu'on voit cette membrane se fendiller, se crevasser et livrer ainsi passage à la sérosité. D'autres fois la peau, sous l'itifluence de cette tension permanente, ou bien à l'occasion d'une plaie, d'une piqûre, ou de toute autre cause irritante, est Arappée d'inflanunatîon érysipélateuse, qui se termine presque toujours par gangrène. Cet accident devient souvent une des causes principales de la mort.
Les symptômes généraux varient suivant la cause qui provoqne et entretient Tanasarque : dans la plupart des causes, il y a langueur de toutes les fonctions de l'économie ; la soif est plus ou moins vive ; la diarrhée, qui se déclare surtout à une période plus avancée de la maladie, vient encore augmenter la faiblesse ; l'urine est généralement peu abondante, et dans le cas où l'anasarque est symptomatique d'une maladie de Bright, ce liquide contient, conome nous l'avons dit, une quantité d'albumine plus ou moins considérable. Les caractères précédents se remarquent surtout dans la forme d'anasarque que les auteurs noomient tLSthérrique on passkt.
Marche. — Si l'hydropisie est aiguè, on la voit se manifester rapidement H occuper en quelques heures une grande étendue, et quelquefois même toute l'habitude extérieure du corps. La peau offre souvent une teinte légèrement rosée ; elle est chaude, sè(ihe, rénitente au toucher; si on la presse fortement aveck doigt, on excite une légère douleur et l'on détermine une petite dépression qm disparait promptement dès qu'on cesse de comprimer ; il existe toujours alors une fièvre plus ou moins vive, et si l'on saigne les malades, le sang présente communément une couenne inflaomiatoire. L'anasarque reste tantôt stationnaire, d'autres fois elle s'accroît de plus en plus : il est rare pourtant que le corps acquière ce volume énorme et parfois monstrueux qu'il a dans les anasarques chroniques et passives. Dans cette forme aiguè de la maladie, le fluide épanché semble obéir moins complètement aux lois de la pesanteur, et l'on ne voit pas, comme dans ks anasarques passives, les parties déclives former des bourrelets volumineux et se déformer par suite de l'accumulation excessive de la sérosité. Tels sont les symptômes signalés par la plupart des auteurs comme indiquant l'existence d'une anasarque idiopcUhique aiguë. Mais si dans des cas pareils ou veut explorer avec
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soin toutes les fonctions de l'économie, on découvrira certainement dans le cœur, dans le péricarde, dans les reins ou dans le sang, la cause matérielle qui a provoqué rhydropisie. De toutes ces causes organiques, la forme aigué de la maladie de Bright est celle qui produit le plus souvent Fanasarque active. Dans ces cas, la douleur dans la région lombaire, et surtout l'état albumineux de Turine, permettront d'établir un diagnostic certain.
 une période avancée, la plupart des anasarques se compliquent d'épancbements séreux dans diverses cavités, spécialement dans le péritoine et dans les plèvres. Si la maladie se termine par le retour à la santé, on voit l'infiltration diminuer peu à peu ; la face et les pieds sont les parties où elle cesse en dernier lieu.
Diagnostic. — U est impossible de confondre l'anasarque avec aucune autre maladie. Les seules, d'ailleurs, qui pourraient avoir quelque analogie sont l'emphysème et la polysarcie. Mais un emphysème se révélerait par la crépitation toute spéciale que la pression produirait, et dans la polysarcie, maladie constituée par une surabondance de la graisse, il y a une fermeté, une résistance telle des tissus, qu'ils ne conservent pas l'impression du doigt, ainsi que la chose a lieu dans les cas d'anasarque.
S il est très-facile de distinguer l'anasarque de toute autre affection, il est beaucoup moins aisé de déterminer la cause qui a produit l'infiltration séreuse. Pour résoudre ce dernier problème, on cherchera les parties que l'hydropisie a primitivement envahies, la marche que celle-ci a suivie, les troubles fonctionnels qui coïncident avec elle et les circonstances qui ont précédé son développement. Ainsi l'observation a démontré que l'anasarque qui est survenue lentement et qui a commencé par l'infiltration des pieds et des jambes reconnaît presque toujours pour cause une affection organique du cœur. Celle qui est symptomatique d'une maladie de la rate et du foie a, il est vrai, le même mode d'origine; mais elle diffère de la précédente par cette circonstance remarquable, que la suffusion séreuse des membres survient toujours consécutivement à une hydropisie du péritoine. Il paraît en être à peu près de même pour l'anasarque qui succède à la compression ou à l'oblitération du tronc de la veine cave inférieure. 11 y a de plus, dans ce cas, une dilatation considérable et parfois variqueuse des veines superficielles des parois abdominales. L'anasarque qui a débuté par la face ou par les mains, celle dans laquelle l'infiltration occupe à la fois plusieurs points du corps éloignés les uns des autres, comme les paupières, un membre, la paroi antérieure de la poitrine, etc., se lie presque nécessairement à l'existence d'une maladie de Bright. Il en est de même de l'infiltration qui envahit presque d'emblée toute la surface du corps. Si les reins étaient exempts d'altération, on rechercherait alors s'il n'existe pas quelque phlegmasie du péricarde, du cœur, de l'aorte même, parce que ces maladies sont, après les affections rénales et les fièvres éruptives, la cause la plus ordinaire des anasarques qui se montrent rapidement. On étudierait, en outro, les antécédents, les circonstances qui ont précédé, on rechercherait notanmient si le corps n'a pas été soumis à un refroidissement brusque ; car, ainsi que nous l'avons dit précédemment, quelques hydropisies à marche très-aiguô ne reconnaissent pas d'autre origine. Il sera toujours facile de rapporter à leur véritable cause les anasarques qui succèdent aux fièvres intermittentes prolongées, aux fièvres éruptives, et celles qui sont symptomatiques d'un état cachectique.
Pronostic. — L'anasarque est une maladie toujours grave ; il n'y a que celle qui survient brusquement sous l'influence d'un refroidissement qui n'offre le plus souvent aucun péril et qui cède généralement en peu de temps aux moyens qu'on
lui oppose. Je dis le plus êotment^ et non pas 4m^ri, parée que ranasanpie svvenue dans ces conditions se lie quelquefois à une maladie de Brîght, affectif toujours grave et d'une Issue incertaine.
TraitemeBt. — Dans le traitement de Fanasarque, on suitra les règles qnefû tracées» précédemment à l'occasion des hydropisies en général, le n'ai rien à ajoat^ aux préceptes que j'ai donnés ; mais malheureusement on rencontre Créquemmeat des cas qui sont rebelles aux moyens que j'ai énumérés. L'hydropisie, contiouant alors ^ s'aceroitrô, excite des douleurs vives par suite de la distension ée la pean; elle rend le mouvement îles parties difficile au môme absolunaent împaniUe;Ll est alors urgent d'avoir recours à quelques moyens clùrurgicaux pour évacuer U sérosité. C'est dans ce but qu'on a conseillé les v^icatcirôs, les sélons, lee cautères, médications qui sont à juste titre généralement abandonnées aujoaidlud^ ,car elles avaient l'inconvénient d'excitor dans les lieux où on les appliquait des inflammations qui se terminent presque toujoun par gangrène. Le même dança serait à redouter, si, pour évacuer la sérosité, on pratiquait des scarifications, ds incisions linéaires et très-duperficiolles, ou même de petites mouchetures sur li peau. M. Roche dit avoir souvent employé avec avantage de simples piqûres pntiquées avec une aiguille : c'était un moyen que Willis avait beaucoup préconisé. 11 avait pour habitude de faire à un ppuce de distance les unes des aiitKs cinq ou six piqûres avec une aiguille ordinaire ; il les renouvelait souvent tous Jes jours, et môme deux fois dans les vingt-quatre beures. Cette méthode est prélémble A cette qui est adoptée par la plupart des praticiens, et qui consiste à foire avec une lancette étroite une piqûre intéressant Joute l'épaisseur de la peau, en ayant soin de choisir un point où cette membrane n'est ni trop amincie ni déjà Affectée d'érysîpèle. Si, malgré les ptécautions qu'on prend, la gangrène s'emparait des Jérres des petites solutions de continuité, il serait presque toujours imposable de maîtriser les acddents. J'ai vu pourtant plusieurs fois la gangrène se c^rcaincme, et la sérosité s'écoqlant librement par les larges brèches que la mortification avait ouvertes, une amélioration inespérée survenir. L'érysipèle est la conséquence fréquente de toutes les tentatives faites pour évacuer directement la sérosité infiltiée. Des soins de propreté minutieux sont de toute rigueur ; on saupoudrera les parties malades avec de Famidou ou du biuDuth, et l'on soutiendra les forces par ks toniques.
De l'œdème.
Vœdèine ne diffère de Tanasarque que parce que Tînliltration, au lieu d'être générale, est limitée à une partie du corps. D'après le siège 41e l'infiltration séreose, on doit distinguer des œdèmes sous-cutanéy saus-^muqueux, BCUS'^éreita^ imierOiM et parenchymateux. ,
L'œdème sous-cutané offre les mêmes caractères extérieurs que l'anasarque : il a la môme étiologie, c'est-à-dire qu'il est presque toujours symptomatique. PWnomène fréquent dans la «convalescence et dans la dernière période des maladifs chroniques, il occupe le plus souvent les membres inférieurs, surtout au niveso des malléoles, et se lie communément à la faiblesse des sujets. 11 présente tous ks caractères d'un œdème passif; la peau est d'un blanc mat, la tuméfaction est cesplétement indolente, et conserve longtemps l'impression du doigt. C^endant il n'ait pas rare de voir l'œdème qui survient peifdanila eonvaiesGeneedesn^adiesfébrïlei avoir la plupart des caractères attribués^ l'œdème dit acHf : la peau est en «flbt à peine décolorée, la pression excite de la douleur, la tuméfiaiction résiste bien pins
' qu e préeédemncient, e( conserve moios longtemps Timpressioa du doigt Cet œdème, E presque (oiijouts borné à Ude partie de» jftmbefty offre, comme (m le yeera, quelque ressemblance avec Tœdème douloureux dea femmes en coucbea. Il est difficile d'en B expliquer le développement : rien ne prouve qu!il se rattache A quelque obstacle - à la circulation veiueuse ou à une altération du Btnag, U n'en est pas de même de • celui qu'on voit si souvent se développer chez certains individus après des manches t longues, surtout chez ceux qui voyagent pinceurs jours renfermés dans ime voit ture, les Janlbes constamment fléchies. Ici l'œdème s'explique très^biea par la I gêne que la circulation veineuse a éprouvée*: ausd sufBt-il de quelques jours de t repos dans la position horizontale pour en triompher tout à fait* St l'on excepte les « conditions que nous venons d'énumérer; on peut dire que l'œdème qui occupe •i les deux membres inférieure à la fois, s'il ne se lie point à la présence des varices, : est le premier degt^ d'une bydropisie qui tôt ou tard deviendra générale, et qui, le I plus souvent, est »ytnptomatique d'une affection organique du cœur. Nous avons 3 vu aussi qu'un obstacle au cours du sang dans la veine cave inférieure pouvait f produire le même phénomène. Enfin l'œdème, qui affecte si souvent les membre» t inférieurs chez les femmes atteintes du canoer utérin, se lie presque toujours à la f présence des caillots fibtjneux, adhérents, môles à du détritus cancéreux, qui ^ obstruent les veines iliaques, crurales et bypogastriques. C'est- un fait qqe j'ai eu , occasion de vérifier fréquemment à l'hospice de la Sfldpétrière, il y a de cela plus de trente ans.
L'œdème, borné' d l'un des membres, indique presque toujours l'obstruction ou Toblitération d'un det vaitoeaux qui rapportent vers le tronc le sang de cette partie du corps. Ainsi l'œdènle permanent de la jambe et du pied est souvent produit par des varices, ou bien par la compression qu'on anévrysme poplité ou inguinal, qu'une hernie crurale volumineuse ou qu'un bandage destiné à la maieteoir exercent sur la Teine principale du membre. D'autres ibis, c'est dans la fosse iliaque elle-même que réside la cause de l'œdèitie : telles sont, en particulier, certaines tumeurs phlegmoneuses, ainsi que les anévrysmes des artères iliaques qui compriment les veines du môme nom.
L'œdème d'un des membres supérieurs doit aussi porter le médecin à explorer attentivement le creux axillaire de la cavité thoracique ; car cette infiltration dépend souvent de la compression qu'exercent sur les veines des membres diverses tumeurs solides, et particulièrement des tumeurs anévrysmales.
L'œdème occupe-t-il la moitié de la face et du cou, on devsa diagnostiquer un obstacle à la terminaison de la veine jugulaire.
Enfin, l'hydropisie envahit-elle à la fois la moitié supérieure du tronc, c'est-àdire la face, le cou, le haut de la poitrine et les deux membres supérieurs^ ainsi que j'en ai observé plusieurs exemples, on diagnostiquera un obstacle, tel que tumeur cancéreuse des médiastins, anévrysmes de l'aorte, etcw, s'opposant au retour du sang dans la veine cave supérieure. (Voyez tome II, Oblitèratiom de$ veines caves.)
Un œdème circonscrit, survenant dans un point qui a été le siège d'une tumeur phlegmoneose, est souvent le seul signe qui indique l'existence d'un abcès plus ou moins profond. C'est ce qu'on observe, par exemple, fréqueounent pour les abcès sous-aponévrotiques des membres, pour ceux des fosses iliaques. Enfin l'infiltration séreuse d'une moitié do la face est un phénomène qui seul, dans quelques cas, a conduit Chomel à chercher et à reconoaltre un abcès formé sur le bord alvéolaire d'une des mâchoires, et dû presque toujours à l'altération d'une dent.
798 DES SfiCRÉTlONS 8ÉREUSBS.
Ici l'œdème dépend encore de la gêne de la circulation prodoite par la tuméfactioa des parties. L'infiltration séreuse qu'on observe aussi fréquemment au poortoor des parties enflammées reconnaît la même cause.
Enfin, quelques cas de gangrène spontanée des membres sont précédés, oa du moins accompagnés d'un œdème considérable, circonstance qui doit faire soupçonner qu'un des principaux obstacles au cours du sang réside peut-être, soit piimitivement, soit secondairement, dans les troncs veineux.
Les faits qukprécèdent, et que j'aurais pu encore beaucoup multiplier, démontrent combien est grande la valeur sémiotique de l'œdème. Celui^ se recoonin ordinairement à la pâleur de la peau et à la dépression qu'on produit sur cette membrane en y appuyant le doigt ; cependant ce dernier caractère parait manquer quelquefois. Ainsi la dépression peut ne pas être sensible à la vue ; mais si Fod passe légèrement et à plusieurs reprises la pulpe du doigt sur le lieu qui a été cornprimé, on distingue un léger enfoncement qui ne tarde pas à disparaître. Lonqoi l'œdème est encore peu considérable et qu'il n'occupe que la couche la plus vsïfeTficielle du tissu cellulaire, on parvient à le constater assez facilement en pin^nt 1« peau entre les dernières phalanges du pouce et de l'index, et en y comprenant la couche cellulaire subjacente ; on produit alors une dépression c aractéristiçoe. C t là souvent le seul moyen de reconnaître l'œdématie commençante de la partie supérieure et interne des cuisses.
On oppose à l'œdème le môme traitement qu'à l'anasarque. J'ajoota^ pourtant que, dans un grand nombre de cas, une position convenable, et telle qu'elle favorise la circulation veineuse, suffit pour faire disparaître la maladie. Enfin, Ii compression à l'aide d'un bandage roulé est un des moyens les plus efficaces pour guérir l'œdème, ou pour l'empêcher d'augmenter aussi rapidement lorsqu'il se rattache à une lésion permanente. Dans l'œdème douloureux de la convalescence, on devra envelopper les parties de fomentations narcotiques. Le docteur Graves, qui a publié quelques recherches sur ce sujet, pense que le meilleur moyen à opposer à cette sorte d'œdème consiste à promener sur la tuméfaction des membres des vésicatoires vohuits ; mais ce traitement nous parait pire que le mal.
L'œdème sous-cutané ofl^ une variété importante devant être étudiée à psrt, c'est Vadéme des nouveau-nés.
De l'œdème des nouTeau-nés.
SmoimiiB. — Sclérème, oedème dor, endurdsseraent du tisiu eellaUire.
Les nouveau-nés abandonnés dans les hospices sont fréquenoment atteint^ dus les premiers jours qui suivent leur naissance, d'un œdème dur, résistant, limita parfois à quelques parties, mais qui envahit ordinairement presque toute la périphérie du corps. Comme nous le dirons plus tard, cette hydropîsie ne diffère pas essentiellement des œdèmes ordinaires.
Lésions cadavériques. — La maladie dont je parle est véritablement as œdème ; car si l'on incise après la mort les points où le gonfl^nent a existé pendant la vie, on fait ruisseler une quantité plus ou moins considérable de sérosité jaune qui n'infiltre guère que le tissu cellulaire sous-cutané, lequel n'offre d'ailleurs aucune altération (Valleix). Sur les cadavres des nouveau-nés qui succombent à l'œdème, on trouve le tube digestif souvent injecté; le système sanguin est gorgé de sang ; les poumons sont souvent hépatisés; enfin, d'après les recherches
DE L'iEDÈMB DBS N0UVBAU-NÉ8. 799
que notre ami le docteur Cbarcellay a publiées en 1844 dans le RecueU de fa Société médicale d'Indre-et-Loire^ les reins seraient presque toujours le siège de quelque altération. Os seraient tantôt hypérhéniiés, tantôt pAles et anémiqnes, petits, atrophiés, ou bien durs, résistants, friables; la substance corticale, enfin, serait souvent jaunâtre, hypertrophiée, d'un aspect granuleux. En un mot, on voit que Thabile médecin de Tours a trouvé chez les enfants succombant à Tœdème du tissu cellulaire quelques-unes des altérations qui caractérisent la maladie de Bright : aussi M. Cbarcellay établit-il comme proposition générale, que Tœdème des noweau-nés reconnaU trés-êouoent pour cause uw néphrite albumineuse. Plusieurs des faits rapportés par l'observateur distingué que je viens de citer justifient cette manière de voir ; néanmoins, en présence des observations nombreuses recueillies à Paris, surtout par Valleix et par Billard, nous croyons qu'on ne peut invoquer une affection rénale comme cause d'œdème que dans des cas tout à fait exceptionnels. M. Roger, ayant aussi étudié cette question, n'a jamais trouvé les reins malades. Ajoutons enfin que l'albuminurie du nouveau-né ne diffère pas de celle de l'adulte, et ne présente pas dans sa forme extérieure les caractères de l'œdème dur. Quant aux pneumonies et aux autres lésions qu'on rencontre sur quelques cadavres, ce ne sont que des complications, des altérations accidentelles ; c'est donc à tort que quelques personnes les ont regardées comme étant la cause de l'œdème des nouveau-nés.
Symptômes. Marche. — L'œdème survient communément du premier au huitième jour après la naissance. Au début de la maladie, il y a une coloration générale livide, un froid marqué de tout le corps, plus considérable aux extrémités, un assoupisseDoent plus ou moins profond ; la respiration est gênée, et les inspirations sont courtes. Bientôt de l'œdème se manifeste aux pieds, aux mains, à la face : il s'y présente avec ses caractères ordinaires, et quoi qu'en aient dit quelques auteurs, la pression du doigt produit un enfoncement profond, qui disparaît lentement, à moins pourtant que l'œdème ne soit peu considérable. Peu à peu l'infiltration gagne d'autres parties du corps ; la face est pftle, la peau prend une couleur violette, souvent mêlée à une teinte ictérique ; le refi*oidi8sement augmente à un tel point, que M. Roger a vu, en pareil cas, le thermomètre mis dans l'aisselle descendre à 25, 23, 22 degrés. Le pouls est à peu près imperceptible. Le cri offre quelque chose de particulier : il est aigu, entrecoupé, extrêmement faible, souvent étouffé et voilé, phénomène qui ordinairement ne se rattache pas, comme on l'a prétendu, à un œdème de la glotte (Valleix). Enfin les enfants succombent par les progrès de l'asphyxie ou par suite d'une maladie intercurrente, et surtout d'une pneumonie. Si la guérison survient, la respiration devient plus facile, l'assoupissement cesse, et l'œdème commence à disparaître dans les points qui avaient été envahis les derniers.
Diagnostie. — 11 est impossible de confondre l'œdème des nouveau-nés avec un érysipéle œdémateux : car dans celui-ci la peau, d'un rouge foncé, est épaissie, taillante, dure et douloureuse à la pression. Quelques auteurs ont encore confondu avec l'œdème l'endurcissement adipeux, altération que Dugès et Denis ont décrite comme une variété de l'œdème. Vais, ainsi que l'observent Billard et Valleix, ces denx affections n'ont rien de commun : car l'induration du tissu adipeux n'est qu'un phénomène cadavérique, et s'il survient pendant la vie, ce n'est que durant l'agonie, lorsque la chaleur animale est déjà presque 'éteinte. C'est ainsi que Billard et Valleix ont bien souvent constaté que des enfants morts depuis plusieurs heures, et étant encore dans leur berceau, avaient les membres souples et mous,
800 ftl8 SâCRÉTldNS 8ÉRB0M8.
tandis qu'en les enamiiioiit le lentottain à ramplnthéâtre, oû les trouvait tout à fait durs.
Pronostic. — L'œdème des nduvean-ùés est' tme nMladie tfès-gtave, pnis^ie presque tous les eniants qui eik sont affectés sdcoombcnt iFès-Kapidement.
Causas. -^ L'œdème parait aiecter plus particulièrement les enfuit» cbédbr débiles, nés avant terme. Cette maladie se rencontre rarement dans la ]^rati^e civile, tandis qu'elle est très-cotasmiine dans les bospices. Les relevés statistiqses de BiUaord, de Valleix, et ceux de M. Chah^U'ay ont prouvé que f inprcssIoQ éa iroid était la cause occasionnée la plusr fréquente de l'cedème : c'est oe qui esptiqse pourquoi la maladie est si coitlBÉline dtm» les hospioes, et poui«qooi eHe sent particulièrement pendant la saison froids.
Traitement. •*- Les émissions sanguSnès ont paru être à quelques personnes le mode de traitement le pliu avantageux. On a dit de mettre anei^ d^ oa trois sangsues pour combattre l'état de coBgestioa> et de plétiiore (MUard, Valleix) ; mais cette médication peut être dangereuse quand on l'appliqae à des enfants débiles, et cornai la plupart des en&nts durs sont dans cette catégorie, il s'ensuit que la saignée est très-rarement recommandée. Les moyens le plis souvent applicables consistent à exciter la peau> à réveiller la circulation, la respiration et l'innervation, qui sont dans un état de langueur. Ainsi M. Charceilaj a oMean de bons effets des bains cbauds répétés et prolongés; mais à Paris on a essayé sans avantages réels l'usage des bains de vapeur. On protège les enlkiilB confire le froid en les enveloppant de flanelle, et l'on fait sur la. peau des firicdions sècbeset aromatiques. Enfin» dans ces derniers te^ps, un de nos collègue» des bôjntaox les plus regrettés, Legroux, a conseillé d'exetcer une espèce de raasiege ées parfîes infiltrées. H faisait des pressions énergiques avec les mains, ém même temps gu'il excitait la respiration par des presoions sur les parois et à l'épigastre, de manière à imiter les mouvements naturels. Kniin,il faisait exécuter aux membres des mouvements alternatifs de flexion et d'extension pour favoriser le cours du sang ei réveiller la calorification. Le massage serait répété toutes les deux ou tro» beures pendant plusieurs jours de suite. L'enfant sera convenablement aliaienté, et si sa faiblesse est telle qu'il ne puisse exercer la succion ou avaler, on portera le lait dans l'estomac à l'aide d'une sonde qu'on introduit par les narines oo par k bouche.
Nature. *- L'oedème des nouveautés li'est peut^tre pas toujours une affection absolument identique. U est possible, comme le croit M. Cbarcellay, qu'A soit, dans quelques cas, symptomatique d'une affection rénale; mais beaucoup plus souvent son développement s'explique par la gène de la respiratiefi, et surtoot par la stase de la circulation. C'est une espèce d'asphyrie lente, c'est une astbénie générale. Peut-ôtre euGn l'œdème constitue-t-il, dans bon nombre ée cas, une maladie essentielle survenant, comme quelques anasaorques qu'on observe à un ige plus avancé, sous rinfluence d'un refroidissenkent, et probablement par suite de la diminution ou de la suppression de la perspiration cutanée ; il serait à souhaiter que le sang fût analysé.
DES HTDROPISIBS GÉRÉBRO-SPfNALBS.
Magendie a démontré qu'il existait normalement dans le ctûne et dans le raehis un fluide séreux, dont la quantité était en raison inverse du développement et du volume de l'axe cérébro-spinal. Ce liquide, qu'il nomme céphakhrackidk*i, situé