DU CHOLÉRA-MORBUS EUROPÉEN
Uinl, on ne tarde pas à se convaincre que les auteurs anciens, et même que quelques modernes, comme Portai, ont rapporté au choléra une foule d'altérations qui lui sont évidemment étrangères : tels sont, par exemple, la péritonite, les étranglements intestinaux, diverses lésions aiguës et chroniques de la rate, du foie, des épiploons, etc. On s'est autorisé des recherches de deux de nos contemporains, MM. Gravier et Chauffart, pour soutenir la nature intlanmiatoire de la maladie. Mais on a grand tort d'invoquer les faits du premier qui, ayant été recueillis dans rinde, ne sauraient servir pour l'étude du choléra propre à notre climat. Les. observations de M. ChaulTart ne sont pas concluantes ; car, en les étudiant arec quelque attention, on ne tarde pas à se convaincre que Fauteur a attribué au choléra des altérations essentiellement chroniques, telles que l'épaississement de la muqueuse intestinale, aa couleur ardoisée et même les ulcérations, lésions qui, toutes, n'ont pas le temps de se produire dans une affection qui, comme le choléra, a une marche aussi essentiellement aigué.
Les lésions cadavériques qu'on trouve chez les cholériques sont, ou antérieures à la maladie, ou bien elles ne se dévebppent guère que lorsque celle-d traîne ea longueur. D'ailleurs, comme l'a dit avec beaucoup de raison le savant et honorable Dalmas, le peu de fixité que les altérations affectent dans leur siège leur fiiit perdre la plus grande partie de leur valeur.
. Sjrmptômes. — Le choléra-morbus débute d'ordinaire brusquement, surtout pendant la nuit et au milieu d'une santé parfaite ; d'autres fois il présente des prodromes consistant surtout dans un malaise général, dans l'endolorissement du ventre, accompagné de soif, de perte d'appétit et de flatuosités. Bientôt les malades éprouvent simultanément des vomissements et des déjections douloureuses et répétées ; les vomissements sont formés d'abord d'aliments à moitié digérés, puis d'un liquide aqueux, glaireux, bilieux, puis enfin de bile pure; mais rarement ils sont sanguinolents ; les matières vomies sont souvent acides et brûlent à la gorge. Les déjections sont douloureuses, difficiles ; elles s'accompagnent d'une sensation de brûlure, d'érosion, de déchirure, parfois atroce, dans le ventre, surtout au voisinage de l'ombilic; elles ont lieu simultanément avec les vomissements, ou bien elles alternent avec eux. Les matières rendues par le rectum sont muqueuses, noirâtres, jaunes, vertes, porracées, rarement sanguinolentes ; elles sont extrêmement fétides; leur expulsion est précédée ou accompagnée de ténesme, et elles produisent une sensation de brûlure en traversant l'anus. Le ventre est tantût rétracté, tantôt plus ou moins ballonné : les douleurs, parfois atroces, dont il esl le siège augmentent en général par la plus légère pression. Dans l'intervalle des vomissements, les malades sont tourmentés par des nausées fatigantes, par des hoquets, par des éructations gazeuses et des épreintes; la soif est vive, la goige brûlante, l'anxiété extrême ; les traits sont profondément a'itérés ; les extrémités sont froides, souvent marbrées, violacées, tandis que le ventre est brûlant; le pouls est d'une fréquence et d'une petitesse extrêmes; souvent il devient imperceptible. Beaucoup de malades accusent des crampes extrêmement douloureuses dans les mollets, dans les muscles fléchisseurs de la cuisse, aux avant-bras, aux doigts et aux orteils. Les urines sont communément peu abondantes; parfois leur sécrétion est complètement interrompue. Enfin, quelques malades éprouvent des palpitations douloureuses, des lipothymies; d'autres ont des convulsions. C'est lorsque la maladie est ainsi arrivée à son plus haut degré d'intensité que la face devient hippocratique ; le corps se couvre de sueurs visqueuses, la voix est éteinte ; le malade n'a plus la force de vomir ; il est tourmenté par le hoquet et ne tarde pas à succomber.^
^t DES SÉCRÉTIONS PROPRES A QUELQUES ORGANES*
Marche. Durée. — Le choléra a ordinairement one marche continae, exacerbante. Débutant le plus souvent d'une manière brusque, il arrive en peu d'heures à son plus haut degré d'intensité et peut se terminer au bout de douze oa vingtquatre heures. Sa durée moyenne ne dépasse guère un ou deux Jours. Ce n'est que dans des cas exceptionnels qu'il persiste au delà de trois ou quatre. On sait que des symptômes cholériques peuvent survenir périodiquement, surtout soas le type tierce, et constituer alors une des formes de la fièvre pernicieuse : c'est ce que nous avons déjà dit en parlant de cette dernière affection.
Terminaisons. — La guérison est la terminaison presque constante du cholért européen. La convalescence est en général prompte : au bout de quelques Jours les malades sont rétablis. Chose remarquable, les organes digestifs, qui ont été le siège d'une grande perturbation, reviennent presque aussitôt à leurs conditioQs normales, preuve indubitable qu'ils ne sont le siège, dans le choléra, d'aucune altération grave de texture; ce n'est qu'exceptionnellement qu'on voit les malades conserver, du côté des voies digestives, une grande susceptibilité. Enfin, nous avons dit que le choléra pouvait avoir une issue funeste : la mort survient alors le pins communément par suite de l'épuisement qu'occasionnent et les souffrances et les évacuations excessives.
Les rechutes sont asses rares, à moins d'écarts dans le régime ; les récidives sont au contraire assez communes chez quelques sujets, qui par les conditions hygiéniques auxquelles ils sont soumis, sont plus spécialement prédisposés à la maladie.
Diagnostic. — Diverses maladies du ventre, telles que la gastrite, l'entérite, la dysenterie, la colique de plomb, les calculs biliaires, la péritonite, les invaginations, les indigestions et les empoisonnements, donnent lieu à des accidents qa'U ne faut pas confondre avec ceux du choléra européen ; cependant le diagnostic différentiel ne peut présenter aucune difficulté, c'est ce qu'on reconnaîtra par la comparaison des symptômes.
La gastro-entérite n'a ni un début aussi brusque ni une marche aussi rapide que le choléra ; elle s'accompagne de fièvre ; les vomissements et les déjections, très-rarement verdfttres, sont moins abondants, moins fréquents et déterminent moins de douleurs et d'anxiété que dans le choléra.
Pour la dysenterie le diagnostic est plus facile encore, car, à supposer même qu'A y eût des vomissements bilieux, il suffit d'avoir égard aux matières excrétées par l'intestin, qui sont glaireuses, sanguinolentes, rendues en petite quantité et avec des épreintes, pour ne pas commettre une erreur.
La colique de plomb et les étranglements intestinaux se rapprochent du choléra par les vomissements, mais ils en diffièrent par une constipation opiniâtre, qui e$i^ en effet, un de leurs symptômes prédominants. Il en est à peu près de même dans la colique hépatique, qui s'accompagne de tension, de douleur dans rhypochondre droit, souvent d'ictère, et dans laquelle il y a plutôt constipation que diarrhée bilieuse. Ajoutons aussi que les vomissements sont rarement bilieux, porracés, précisément à cause de l'interruption qui existe dans le cours de la bUe. Ils ne le deviennent guère que lorsque, l'obstacle cessant, la bile accumulée dans ses conduits et dans son réservoir, et dont la sécrétion a dû être surexcitée, peut fluer librement dans l'intestin.
Nonobstant les souffrances vives qui l'accompagnent, le choléra ne peut jamais simuler une péritonite : car, dans celle-ci, les malades n'accusent point, comme dans le choléra, des douleurs térébrantes ou déchirantes, mais une douleur plutôt pongitive, très-aiguè, très-superficielle, en général circonscrite au début, augmen-