DU CHOLÉRA-MORBUS EUROPÉEN
tant par la pression la plus légère ; la fièvre est toujours vive, le ventre est ballonné, et s'il 7 a des vomissements, si parfois même ils sont porracés, ils n'ont jamais Tabondance et la persistance de ceux qui existent dans le choléra et qui en sont un des caractères les plus importants. Ajoutons enfin que dans la péritonite les malades sont le plus conmiunément constipés.
Une indigestion pourrait bien mieux simuler un choléra indigène, car lorsqu'elle est complète, elle provoque à la fois des vomissements, des selles liquides et des coliques ; mais ces accidents, presque toujours consécutifo à une digestion laborieuse, sont souvent précédés de malaise, d'un dégagement considérable de gaz fétides, ayant une saveur acide ou d'œufs pourris ; les matières vomies et souvent aussi les selles, au lieu d'ôtre bilieuses comme dans le choléra, sont presque entièrement formées par des aliments à moitié digérés, leur expulsion est toujours suivie d'un grand soulagement.
Le choléra offre beaucoup de ressemblance avec l'empoisonnement par les poisons irritants ; cependant, dans ce dernier cas, les vomissements se sont déclarés après l'ingestion dans l'estomac d'une substance qui a produit le plus souvent un sentiment de chaleur, de cuisson, de brûlure dans la gorge et le long de l'œsophage, et même dans la bouche, où l'on trouve parfois des taches, des eschares qui dénotent l'action d'un caustique. Les vomissements, au lieu de se manifester à peu près simultanément avec les évacuations alvines, précèdent au contraire cellesci de plusieurs heures. Les douleurs de ventre présentent la même progression ; car, bornées d'abord à l'épigastre, ce n'est qu'après un temps plus ou moins long qu'elles gagnent le reste de l'abdomen.
Le choléra asiatique enfin ne saurait être assimilé au choléra européen. Il s'en distingue en effet avant tout par la nature des vomissements et des déjections, qui, au lieu d'être bilieuses, vertes, comme dans le choléra indigène, sont blan chûtres, laiteuses, semblables à de l'eau de riz. Le refjroidissement du corps, la cyanose,ramaigrissement rapide, la voix éteinte, le pouls fréquent, puis l'absence de battements artériels, les crampes, la suppression de l'urine, l'anxiété, le sentiment d'oppression, sont des symptômes qui peuvent être communs aux deux maladies ; mais on les observe très-rarement réunis dans le cas de choléra indigène, excepté lorsque l'issue doit être funeste.
Pronostic. — Le choléra indigène est une maladie incomparablement moins grave que ne l'est le choléra indien. Chez l'adulte bien constitué, n'ayant aucune lésion grave des voies digestives, on le voit se terminer presque toujours d'une manière favorable. 11 n'en est pas de même chez les sujets affaiblis, déjà malades, ou bien lorsque la maladie sévit aux deux extrêmes de la vie. Dans ces conditions, elle fait de nombreuses victimes, aussi son pronostic doit être grave.
Le refroidissement du corps, l'absence du pouls, l'aphonie, la suppression complète de la sécrétion urinaire, doivent toujours faire redouter une issue fftcheuse.
Atiologie. — Le choléra européen n'apparatt guère qu'à la fin de l'été, c'està-dire pendant les mois d'août et de septembre; une chaleur humide en favorise le développement. On le rencontre plus souvent dans les pays méridionaux, tels que l'Espagne, l'Italie et la Grèce, que dans ceux du Centre, et surtout du Nord. On a dit que le choléra affectait plus souvent les hoomies que les fenmies, qu'il sévissait surtout dans la période moyenne de la vie, et qu'il atteignait de préférence les individus qui ont les attributs du tempérament bilieux ; cependant aucune de ces assertions n'est encore justifiée par des résultats numériques. Dans la plupart des ca8| le choléra éclate sans qu'on puisse découvrir l'action d'une cause détermi-
864 DES SÉCRinONS PROPRES A QUELQUES ORGANES.
nanfe; d'antres fois la maladie survient aussitôt après une secousse moraley comoft un accès de colère, après l'emploi intempestif d'un éméto-calhartique, et plus souvent encore après l'ingestion de certains aliments, tels que la chair du porc, ks crabes, les œufs de brochet, certains fruits, comme le melon, l'ananas. On a tq également le choléra se déclarer chez les individus qui avaient bu des vins nouveaux, des boissons glacée s, pendant que le corps était en sueur. Enfin rexpositioQ du corps aux intempéries de l'air, à la fratcheur des nuits, ou bien encore l'inspiration de miasmes putrides, a plusieurs fois été la seule cause efficiente do choléra. Cette maladie peut aflfecter un grand nombre d'individus^à la fois, et régo» même épidémiquement, comme on l'a vu à Varsovie en i 701, à Londres eai$69ti 1676 (Sydenham).
Traitement. — Les antiphlogistiques, que l'école physiologique avait essayé de mettre en vogue dans le traitement du choléra, sont presque toujours oontieindiqués par l'état du pouls et des forces du malade. La pratique des andens, qui voulaient qu'on respectât pendant quelque temps les vomissements et les évacuttîons alvines, parce qu'ils supposaient que la nature se débarrassait d'un prodnil irritant, était également vicieuse. Nous croyons, en effet, que la première indication à remplir consiste à arrêter les vomissements et les selles, et à calmer les phénomènes spasmodiques et nerveux qui tourmentent les malades à an si baot degré. La glace et l'opium sont les deux agents thérapeutiques qu'il convient d'employer dans ce but : les malades prendront donc une boisson acidulé ou faiblement aromatique et glacée ; elle leur sera donnée par cuillerées. En même \emp& on prescrit l'extrait gommeux d'opium en pilules, à la dose de 5 à 10 centigrammes tous les quarts d'heure ou toutes les demi-heures, suivant l'intensifé plus ou moins grande des douleurs. On continue l'administration du remède jusqu'à ce qu'on obtienne un effet sédatif. On pourra simultanément agir directement sur les intestins en injectant dans le rectum un quart de lavement lait avec une décoction de guimauve, ou avec une solution d'amidon, de gonome adraganl, additionnée de 12 à 25 gouttes de laudanum de Sydenham. En même temps le malade sera placé dans son lit : on lui reconmiande l'immobilité ; on rappelle ou l'on entretient la chaleur aux extrémités par des frictions aromatiques, irritantes, et mieux encore par l'application de la chaleur artificielle, et par des cataplasmes sinapisés. Les doses d'opium qu'on prescrit seront d'autant plus fortes et plus rapprochées que les douleurs sont plus vives, les spasmes plus forts, les évacuatioos plus nombreuses. Celles-ci sont parfois tellement répétées, que les médicamenli séjournent à peine dans les organes digestifs ; souvent même leur ingestion devient la cause déterminante de nouvelles évacuations. Dans ces cas si graves, il faudrait se hûter d'appliquer sur le ventre un vésicatoire avec la poomiade anmioniacale, et s'en servir pour introduire dans l'économie un sel de morphine, en commençant par 5 centigrammes ; on pourrait aussi porter le médicament dans le tissu ceUiilaire à l'aide de la seringue de Pravas. Lorsque la maladie a une heureuse îssoe, il convient de continuer la môme médication pendant plusieurs jours ; on diminuera seulement la quantité d'opium.
Le traitement précédent s'applique au plus grand nombre des cas. Quelques personnes ont voulu qu'on s'abstint de l'opium dans le traitement du choléra sporadique des très-jeunes enfants : M. le docteur Ménard conseille de n'employer chez eux que les boissons à la glace; si les enfants sont à la mameUe, 0 ne leur rend le sein que lorsque les évacuations ont complètement cessé, et ne les laisse teter que quelques gorgées à la fois. Ce traitement est rationnel; dans
DU FLUX DE UlT. «65
ce climat, il mérite sans contredit la préférence sur celui qu'on emploie en Amérique dans de pareilles circonstances, et qui consiste dans Tusage combiné des vomitifs et du calomel. Lorsque les malades sont en convalescence, il faut surveiller leur alimentation, car la plupart des rechutes sont produites par des erreurs de régime.
11 est quelques accidents consécutifs qui réclament l'emploi de divers moyens. Il est, par exemple, des individus chez lesquels tous les symptômes du choléra ont cessé, sauf les vomissements, qui persistent; l'absence de ^èvre, de soif, de douleur à répigastre, eiclut, dans ces cas, l'idée d'une gastrite. Ces vomissements, dépendant uniquement d'un état spasmodique, cèdent à l'emploi d'une boisson aromatique ou gaxeuse, ou à quelques cuillerées de sirop d'éther ou à l'emploi des toniques et des amers ; quand ils résistent à ces moyens, on applique un vésicatoire à l'épigastre, qui en triomphe presque toujours.
Nature. — Les anciens, en soutenant que le choléra était une sorte d'empoisonnement produit par une altération de la bile, avaient émis une opinion hypothétique, qui n'a été Justifiée ni par les recherches de la chimie, ni par l'anatomîe pathologique. L'ouverture des cadavres a également prouvé que le choléra n'était pas une variété de la gastro-entérite; c'est ce qui est aussi bien démontré par la marche de la maladie, qui débute en général brusquement, et qui, après une durée courte, se termine rapidement, souvent même presque instantanément : or ce n'est point la marche qu'on observe dans les phlegmasies de quelque organe que ce soit. En analysant les symptômes principaux du choléra, on est conduit à considérer cette affection comme un flux actif de mucus, et surtout de bile pure, qni «e fait à la surface gastro-intestinale suivant un mécanisme encore inconnu.
DU FLUX DE LAiT, GALACTORRHÉE.
Un flux immodéré de lait, produisant une altération plus ou moins grave dans la santé de la femme, caractérise la yàiaciirrkée ou galactorrhée. Cette maladie affecte les nourrices ou les femmes qui ont sevré récemment.
Symptômes. — Le lait sécrété s'écoule en grande abondance par le fait de la succion de l'enfant, ou bien indépendamment de cette excitation, c'est-à-dire d'une manière spontanée ; le flux s'opère alors spécialement quelques heures après le repas ; les linges dont la femme se garnit sont traversés. Cette excrétion peut s'accompagner de douleurs et de tiraillements vers les mamelles et les aisselles Quoique ces pertes aient pour effet d'augmenter d'abord l'appétit, on ne tarde pas pourtant à remarquer que la femme pâlit, qu'elle maigrit, et que ses forces déclinent ; bientôt elle est essoufflée, oppressée, elle est tourmentée par des palpitations ; l'appétit diminue ou cesse ; enfin la fièvre hectique s'allume, des accidents colliquatifs, tels que la diarrhée et les sueurs, surviennent et accélèrent la terminaison Àcheuse. Cependant il est douteux que le flux de lait produise à lu| seul ces accidents d'étisie ; presque toujours les symptômes dont nous parlons se lient à la présence de tubercules dans les poumons. Cette grave complication survient sous l'influence de l'épuisement que la galactorrhée détermine; nous verrons le même effet se produire dans le cours du diabète. Si les poumons ne sont pas envahis par le travail de tuberculisation, le flux de lait cesse après un temps plus ou moins long, et la santé se rétablit sous l'influence seule d'un régime convenable.
Le di'tgnûstic de la maladie ne présente aucune difRculté. Son pronoHic peut
être grave si le flux est spontané, s'il est considérable, et si la constitution est détériorée, car dans ces conditions les femmes deyiennent souvent tuberculeuses.
Ganses. — La galactorrbée dépend le plus souvent de la trop forte excitatioa des seins produite par un enfant vorace, et par Tallaitement de plusieurs nourrissons à la fois, ou bien encore par un allaitement trop prolongé. La maladie a para aussi survenir quelquefois par l'abus des excitants, d'une alimentation trop réparatrice, ou bien, au contraire, par suite d'un régime débilitant, ou de la mauvaise constitution des femmes.
Traitement. — La première indication consiste à sevrer l'enfant, non brusquement, ce qui pourrait avoir des inconvénients, mais lentement et en ayant soio de ne donner le sein que longtemps après les repas. On soutient et Ton relèine les (brces par une alimentation réparatrice, à laquelle on associera souvent avec avantage l'usage des ferrugineyx. Les seins seront soutenus convenablement, et Von exercera sur eux une légère compression. Les femmes ne feront aucune fTort; elles devront surtout s'abstenir d'exécuter des mouvements avec les membres supérieurs. Enfin on produira des révulsions par des pédiluves, par des laxatift, par les diurétiques et les sudorifiques ; le petit-lait de Weiss remplit plusieurs de ces indications. Lorsque nonobstant le sevrage de l'enfant, la galactorrbée continue, on a proposé de faire des lotions vineuses ou aromatiques sur les seins, ou bien encore de les oindre avec un Uniment campbré. M. Riesemberg (de Berlin) a conseillé l'usage de l'iode, et surtout de l'iodure potassique à l'intérieur, comme propre à tarir la sécrétion du lait. L'expérience ne s'est pas encore prononcée sur l'efllcacité de ce moyen, dont l'emploi pourtant est rationnel, puisque l'iode a souvent pour efifel de diminuer l'énergie de la sécrétion lactée. N'est-il pas permis d'espérer qu'on obtiendrait de meilleurs effets de l'emploi de l'bydrothérapfe, gui peut agir, et comme un agent énergique de révulsion, et comme un reconstituant des plus puissants 7
DES FLDX d'urine.
Sous le nom de diabète^ on a longtemps confondu deux maladies distinctes ayant pour caractères communs un flux plus ou moins considérable d'urine et une soif proportionnée à cette excrétion. L'analyse du liquide, l'examen, la comparaison des symptômes, ont démontré, en effet, qu'il y avait deux flux urinaires essentiellement différents. Dans l'un l'urine, sécrétée en très-grande abondance, est seulement plus aqueuse et contient moins de principes fixes que l'urine normale : c'est la polyurie. Dans l'autre, l'urine a acquis une densité exceptionnelle, et renferme un produit nouveau, du sucre de fécule, c'est la glycostsrie ou diabtU iucré.
De la polyurie.
Smomniii. — ffydrurie. polydipsie; diuresù; diabète insipide oa fktn ditbète, etc.
La polyurie est une maladie caractérisée par une émission très-abondante d urines aqueuses ayant une très-faible pesanteur spécifique, et ne contenant aucun principe sucré : les malades sont, en outre, tourmentés par une soif exclusive qui les oblige à ingérer une très-grande quantité de boissons. C'est en raison de ce symptôme prédominant que quelques auteurs ont donné à cette affection le nom de polfdipsie ; d'autres, en plus grand nombre, en ont fait une VTiriété de diabète, et l'ont désignée sous les noms de diabète insipide ou de faux diabète. Cependant nous
DB Là POLYURIE. ^1
dirons plus tard que quelques diabètes insipides appartienneot au diabète véritable, puisqu'il exista alors dans l'urine un sucre de fécule qui est masqué seuler ment par sa combinaison avec d'autres substances. Ces cas exceptés, nous croyons que la polyurie doit comprendre à peu près tous les faits décrits autrefois sous la dénomination de diabéie insipide ou wm swré, IL Lacombe, dans sa thèse (1811), a tracé de cette affection une description très-exacte.
Symptômes. — Dans la polyurie, les malades peuvent rendre des quantités d'urine plus considérables que dans le diabète ; mais le liquide n'a pas, dans les deux cas, la même composition. Dans l'affection que Je traite ici, l'urine est claire, limpide, à peine colorée, plus ou moins semblable à da l'cuu filtrée, et peu ou point odorante ; elle est neutre ou légèrement acide ; la chaleur et l'acide nitrique ne la troublent pas. Elle contient enfin moins d'urée, d'acide urique et de sels fixes ; elle a une pesanteur spécifique qui varie de 1,001 à 1,009. Plusieurs fois j'ai trouvé celle-ci inférieure de f ou 2 degrés à celle qu'avait l'eau de Seine qui servait aux besoins de la salle. La quantité de boisson que les malades prennent est en rapport avec cette exagération de la sécrétion urinaire. Il est, en effet, des individus auxquels il faut deux ou trois seaux de liquide pour éfancher leur soif. Celle-ci est presque incessante ; la plupart des malades se réveillent souvent pendant la nuit pour obéir aux besoins impérieux de boire et d'uriner (Lacombe). Au milieu d'un trouble si remarquable, les digestions se font bien ; l'appétit est rarement augmenté, comme il l'est dans le diabète ; il est généralement conservé ; par- Ibis pourtant il est diminué, et les malades préfèrent, pour la plupart, une alimentation végétale et les boissons acidulés. La bouche est pâteuse, la salive rare ; il existe une sensation de sécheresse dans la bouche et dans le pharynx ; il y a vers l'estomac un sentiment de gône, comme dans le besoin exprimé par la faim {Lacombe). Les fonctions respiratoire et circulatoire sont à l'état physiologique; la peau est généralement sèche et rugueuse; les malades sont impressionnables au froid ; ils ont généralement peu d'embonpoint ; cependant leurs forces sont conservées, et ils ont presque l'aspect extérieur de la santé, à moins pourtant que l'appétit ne fasse défaut.
Marche. Durée. Terminaisons. — Cette affection, qui conunence souvent dans l'enfance, va en augmentant jusqu'à la puberté, puis elle reste stationnaire. Lorsque la polyurie affecte les adultes, elle acquiert en peu de jours son summum d'intensité (Lacombe). Les saisons n'ont aucune influence sur les principaux symptômes de la maladie, tandis que le développement d'une affection fébrile produit pendant toute sa durée une diminution dans l'intensité de la soif (Lacombe). La polyurie a une durée indéterminée ; elle est rarement moindre de plusieurs années, et se prolonge souvent pendant toute la \ie. Lorsqu'elle cesse, la guérison n'est le plus souvent qu'éphémère. Les récidives sont fréquentes ; je ne sais s'il existe aucun cas authentique de guérison définitive. Il ne parait pas que cette maladie ait jamais occasionné la mort par elle-môme ; cependant elle laisse les individus dans un état habituel de faiblesse, et lorsqu'elle commence dans l'enfance ou pendant la puberté, elle peut, comme nous l'avons vu une fois, retarder le développement régulier du corps. Contrairement aussi à ce que nous verrons pour le diabète, la polyurie ne semble pas provoquer le développement des tubercules. Cependant j'ai vu pendant l'année I8«l succomber dans le dernier degré d'une phthisie pulmonaire un homme âgé de quarante-huit ans, polyurique depuis plus de trente années, et non prédisposé à la phthisie par voie d'hérédité.
Diagnostic* — On ne pourrait confondre la polyurie qu'avec le diabèle ; mais
la première diffère de celai-ci par la compotition des urines, qui ne contiennent Jamais de sucre, et ont une pesanteur spécifique peu conndérable ; par Finfluence beaucoup moindre qu'elle exerce sur l'embonpoint et les forces, par sa durée illimitée, et parce qu'elle n'a peut-être Jamais une issue funeste.
Pronostic. — Si la polyurie ne compromet pas prochainement Texistence, aUe ne doit pas moins ôtre considérée comme une maladie fâcheuse, en raison de sa persistance, de son opiniâtreté et de Tétat maladif qu'elle «itretient peadanl toute la vie.
Ganses. — Les causes de la polynrle sont inconnues. Cette maladie semble affecter préalablement les sujets débiles ou de constitution moyenne. Les hommes, surtout à l'âge adulte, y sont davantage prédisposés. D'après un fait que M. Lacombe a rapporté dans son excellente thèse, il semblerait que la polyurie poumît se montrer héréditairement dans certaines familles.
La maladie survient presque toujours spontanément ; on cite pourtant un txttain nombre de cas où elle a succédé à un coup sur la tête, à une chute sur le siège, à une contusion sur la région hépatique, ainsi que j'en ai rencontré on exemple ; on l'a vue enfin se dédarer dans le cours d'affections cérébrales chroniques (t).
La polyurie n'est pas spéciale à l'homme, elle a, dit-on, quelquefois régné épidémiquement sur les chevaux : c'est ce qui eut lieu à Paris en 1837. Les vétérinaires l'ont décrite sous le nom de pisse.
Autopsie. ^ On ne trouve aucune lésion qui soit propre à la maladie. Il serait naturel de croire que les reins doivent toujours avoir acquis un Tolnme plus considérable ; il n'en est pas toujours ainsi. Le malade dont Je parlais tentai, resté polyurique pendant trente ans, avait des reins au-dessous du volume et du poids normaux, et la substance corticale, du moins dans un des reins, était sensiblement décolorée ; la vessie et même les uretères avaient une ampleur an moins double de ce qu'elle est à l'état physiologique.
Traitement. -*- Le traitement de la maladie dont je viens de parler esi encore A trouver. On a tour à tour essayé, sans grand avantage, les antiphlogistiques, les émétiques, les narcotiques, les toniques, les martiaux, les astringents, les antispasmodiques, spécialement la valériane à haute dose, le régime exclusivement végétal ou animal. Chez une malade que j'ai traitée en 1H49, après avoir expérimenté la plupart de ces moyens, ainsi que les bains de vapeur et la valériane^ je parvins à produire momentanément un mieux notable avec l'extrait d'opium. M. Debout a prôné de nouveau le nitrate de potasse fondu, ou sel de Prunelle, àk dose de 4 grammes par Jour. Mais tous ces moyens sont assez précaires. I^urralton obtenir des effets plus durables à l'aide de l'hydrothérapie? C'est à une expérience ultérieure à le prouver.
Nature. — On n'est pas encore fixé sur la nature et sur le siège de l'affection. Est-ce primitivement un flux rénal, ou bien une névrose de l'estomac anak^e à la boulimie 7 et alors le flux urinaire ne serait-ii pas la conséquence de l'ingestion considérable du liquide 7 C'est ce qu'il est impossible de déterminer dans Tétat actuel de la science.
(1) Gazette hehdomadaire^ année 1860, et Archives^ ani)ée 1800.
Du diabète sucré.
SvNOTiniiB. — Diabètes, phthisnrie sircn*e, glucosurie on glycosurie; urinœ profluoium^ lienteria urinalis, diabètes nuWtuSy onglicus^ etc. — Diabète tient de ^tcSchw, je passe à travers.
On désigne sous le nom de glycosurie^ ou diabète sucrée une maladie apyrétique caractérisée par Texcrétion abondante d'une urine contenant une quantité plus ou moins considérable de sucre de fécule.
Historique. — Il ne parait pas qu'avant Celse aucun auteur ancien ait connu le diabète. Les indications et les descriptions qu'on trouve dans les ouvrages de Celse, d'Arétée et de Galien jusqu'à Willis, sont peu précises, puisque le diagnostic de la maladie ne reposait guère alors que sur l'abondance de la sécrétion urinaire. Cependant Willis, ayant dit en i764 que dans le diabète l'urine était sucrée, provoqua les recherches des chimistes. Mais ce ne fut pourtant qu'en 1 775 que Pool et Dobson, et surtout Cowley, trois ans plus tard, démontrèrent dans l'urine la présence du sucre. Depuis cette époque, les recherches sur le diabète ont été très-nombreuses : nous citerons en particulier, pour l'Angleterre, le travail remarquable de Rello et de Prout ; en France, les recherches de Nicolas et GuedevOle (de Caen); celles de Dupuytren et Thenard; une excellente thèse de M. Contour (1844). Mais nous devons surtout mentionner de la manière la plus honorable les beaux travaux de mon vieil ami le professeur Bouchardat, insérés dans deux de ses Annuaires (1841 et 1846), et dans le XVl^' volume des Mémoires de V Académie de médecine. Citons enfin les admirables recherches de M. Cl. Bernard ; car en démontrant que le foie sécrète normalement un sucre identique avec celui que les diabétiques rejettent, cet éminent physiologiste a éclairé d'un jour tout nouveau l'histoire du diabète.
Anatomie pathologique. — On ne connaît point encore le caractère anatomique du diabète. Les reins, dans lesquels on a pendant longtemps voulu localiser la maladie, sont le plus souvent exempts de toute altération. Si dans quelques cas fort rares on y a trouvé des productions accidentelles (calculs, hydatides, etc.), si parfois on les a vus atrophiés, il est constant que ces lésions sont purement accidentelles. L'altération la plus commune du tissu rénal, qui serait liée plus ou moins directement à l'affection, consisterait dans une hypertrophie qui porterait ordinairement sur les deux reins à la fois; le tissu serait aussi plus vasculaire : ceci s'expliquerait par l'activité insolite des reins. On peut trouver la môme lésion chez ceux qui ont une simple polyurie, tandis qu'elle manquerait, d'après M. Bernard, chez les diabétiques qui ne sont pas en même temps polyuriques.
Depuis que les travaux de M. Bernard ont porté à localiser le diabète dans le foie, cet organe a été l'objet d'une attention toute spéciale dans les autopsies. M. le professeur Andral, dans une coaununication faite le 23 juillet 18o5 à TAcadémie des sciences, nous a appris qu'ayant eu l'occasion d'ouvrir récemment le cadavre de cinq diabétiques, il a trouvé invariablement chez tous une altération du foie. C'était une coloration d'un rouge brun tellement prononcée, que l'organe, au lieu de présenter cette apparence de deux substances qu'on y trouve toujours, l'une jaune, l'autre rouge, n'offrait plus dans toute son étendue qu'une teinte rouge parfaitement uniforme, c'est-à-dire que le foie était fortement congestionné ; mais l'hypérhémie avait un autre aspect que ces congestions qui se pro. duisent si fréquemment dans le foie sous l'influence de causes très-diverses. M. Bernard a trouvé la môme lésion chez un diabétique mort subitement. Elle
HIO DES SÉCaÉTIONS PROPRES A QUELQUES ORGANES.
cesserait d'exister^ d'après lui, lorsque, le diabète amenant l'étisie, les malades succombent lentement. Chez les diabétiques emportés rapidement, le foie contiendrait aussi une quantité de sucre beaucoup plus considérable.
Chez tous ou presque tous les malades qui succombent aux progrès de la maladie, on trouve en outre quelques lésions graves du côté des poumons, telles que pneumonie ou tubercules à divers degrés de développement. Les altérations qu'on rencontre du côté des autres viscères, surtout vers les organes digestifs, ne diffèrent pas de celles qui se développent dans le cours des autres affections chroniques. Si lestomac offre parfois une capacité insolite, si sa muqueuse est épaissie, si les villosités sont plus saillantes et si les fibres de la tunique musculeuse sont plus visibles,, cela tient à l'excitation du tube digestif chez les diabétiques, qui, ainsi que nous le dirons sous peu, mangent des quantités considérables d'aliments.
Le sang est généralement plus séreux, moins riche en globules et parfois même en fibrine ; mais il est surtout remarquable par la grande quantité de sucre qu'il contient. Pour l'y trouver, on doit le rechercher à certains moments, ne pas trop tarder à le faire, car il se détruit bientôt : c'est ce qui explique pourquoi des chimistes, comme Vauquelin, d'Arcet, WoUaston, Marcé, en ont nié Texistenee. M. Bouchardat a surtout établi que, si l'on analyse le sang deux ou trois heures après le repas, on y trouve toujours du sucre ; mais que cette substance devient d'autant moins saisissable qu'on s'éloigne davantage des repas. 11 importe aussi de savoir que, si l'on tarde trop longtemps à procéder à l'analyse, le sucre, après vingt-quatre heures, disparaît entièrement et se transforme en acide lacique (Bouchardat) ; c'est dans ce cas seulement que le sérum acquiert une réaction alcaiine moindre. Mais il n'est pas exact de dire, avec un chimiste habile, M. Ifialhe^ que ce soit là l'état normal du sang des diabétiques ; les expériences coropaiatives faites par M. Bouchardat*ont prouvé, en effet, qu'en agissant sur le sang peu après sa sortie de la veine, on lui trouvait une réaction alcaline aussi prononcée qu*à Tétat de santé. Tous les organes, tous les tissus, sont imprégnés de glycose; c'est là un phénomène purement cadavérique. Le sang étant saturé de sucre, Tintiltration qui se fait après la mort imprègne de cette matière toutes les parties du corps. C'est ce que M. Bernard a parfaitement établi. Si, dit-il, on rend deu^ lapins diabétiques par la piqûre de la moelle allongée, et si, an moment de la plus grande intensité du phénomène, on les fait périr, l'un d'hémorrhagie, l'autre par strangulation, on verra que le premier n'offrira aucune trace de sucre, dans ses tissus, tandis que tous les organes du second en seront imprégnés.
Symptômes. — Le diabète débute presque toujours d'une manière obscure. Les malades, après avoir présenté pendant plus ou moins longtemps du malaise, une diminution de l'embonpoint, des forces, ou des troubles divers du côté des organes digestifs, spécialement une sécheresse des plus incommodes de la bouche et de la «gorge, une salive épaisse et une augmentation de la soif, s'aperçoivent d'un changement notable dans la sécrétion urinaire. Celle-ci pourtant doit être le phénomène initial de la maladie ; mais l'augmentation de la sécrétion urinaire passe aisément iaaperçue même des malades, et la soif elle-même n'est pas toujours autant remarquée qu'on pourrait le croire. Cependant, tôt ou tard les malades constatent qu'ils urinent plus abondamment. Ils rendent en moyenne 5 à 8 kilogranunes d'urine par vingt-quatre heures, et cette proportion souvent augmentée du double, triplée parfois, a pu être, dit-on, plus que décuplée. Cependant il est rare que dans le diabète l'urine soit aussi abondante qu'elle l'est dans la plupari des polyuries. La supersécrétion d'urine n'est pas pourtant dans le diabète un phénomène absolu-
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ment nécessaire. 11 est des cas, très-rares il est vrai, où des diabétiques n'urinent guère plus qiie dans Tétat de saifté. Si l'urine de ces individus contient beaucoup de sucre, on comprend qu'elle puisse avoir, comme dans un cas cité par Watt, l'aspect d'un sirop un peu clair.
La quantité d'urine excrétée est presque toujours en rapport avec celle des boissons ingérées dans les vingt-quatre heures : on a pourtant cité quelques cas dans lesquels la proportion d'urine rendue dans un temps donné était à la quantité de boissons prises dans le môme espace comme 5 : 1 ; mais ces faits sont tout à fait exceptionnels. Quelle que soit d'ailleurs la quantité d'urine excrétée, ce liquide a des propriétés physiques et chimiques remarquables. Il est moins coloré que l'urine normale ; son odeur est presque nulle, ou bien elle est fade comme celle du petitlait ; conservé, il n'exhale pas ou à peine d'odeur ammoniacale au bout de plusieurs heures ; sa saveur est sucrée. Il est presque toujours acide ; sa pesanteur spécifique est considérable : elle varie entre i,02D et i,074 à la température de i2 degrés centigrades (Bouchardat). Martin-Solon et M. Contour ont trouvé, après une série d'expériences, 1,027 par minimum et f,0i9 par maximum. Il subit la fermentation alcoolique, à cause du sucre qu'il renferme : c'est aussi pour la môme raison qu'en le plaçant dans l'appareil de Biot, il a la propriété de dévier à droite la lumière polarisée, comme le ferait une solution de sucre de fécule.
Le sucre extrait de l'urine des diabétiques est identique avec le sucre de fécule: il n'y en a jamais d'autre dans ce liquide. Les diabétiques prendraient-ils une grande quantité de sucre de canne, leur urine ne renfermerait encore que de la glycose. Le sucre ingéré a donc dû subir alors une transformation : M. Bernard suppose que celle-ci se passe dans le foie. Le sucre contenu dans les urines des diabétiques est en plus ou moins grande abondance ; M. Bouchardat a analysé des urines qui en contenaient jusqu'à un septième de leur poids, tandis que d'autres n'en renfermaient qu'un trentième. Sa quantité serait en rappori, d'après lui, avec la proportion de fécule contenue dans les aliments; mais beaucoup d'autres causes la font varier : c'est ainsi qu'une maladie aiguô ou chronique intercurrente, môme un simple accès fébrile, ou l'application de nombreux vésicatoires, sont capables de diminuer et môme de faire cesser momentanément la présence du sucre. Les auteurs, depuis Thenard, avaient aussi parlé d'un sucre insipide dans certaines urines de diabétiques ; M. Bouchardat parait avoir démontré que ce prétendu sucre insipide n'est autre chose qu'un mélange de sucre de fécule ordinaire, de lactate d'urée, de soude, de chlorure de sodium et d'une matière extractive. Quand on le trouve, il parait indiquer que la maladie est encore peu avancée, ou qu'elle est sur son déclin.
Des recherches exactes faites en Angleterre par Mac Gregor et par Kane, en France par M. Bouchardat, etc., ont prouvé combien était erronée l'opinion qui a longtemps régné et qui règne peut-ôtre encore, savoir : que les urines des diabétiques ne contenaient ni acide urique ni urée. Des analyses plus^exactes ont, en effet, démontré dans ce liquide la présence de l'acide urique ; celui-ci est parfois assez abondant pour former des concrétions, comme MM. Bell, Rayer et Bouchardat en rapportent des exemples. Ce dernier a, en outre, trouvé que la proportion d'urée était, chez les diabétiques comme chez les individus sains, en rapport avec la quantité d'aliments azotés pris dans les vingt-quatre heures. Enân, dans l'urine diabétique on a encore rencontré exceptionnellement de l'acide hip^ purique et de l'albumine. Ce dernier produit ne se verrait, d'après Thenard et Dupuytren, que lorsque la maladie rétrograde ; tandis que Prout ne l'a extrait que
872 DES SÉCRÉTIOiNS PROPRES A QUELQUES ORGANES.
dans la forme la phis grave. M. Bouchardat n'a reconnu égileoient dans cette coin* cidence qu'une complication, et une complication'toujours fAcheose ; cette opinion est parfaitement exacte.
L'urine des diabétiques, sujette à de grandes variations, est rendue sans donleur, à des intervalles plus ou moins rapprochés ; chez beaucoup, les envies d'orioer arrivent subitement et sont tout de suite très-impérieuses.
Les symgtômes présentés par les organes digestifs sont non nooins remarquables. Presque tous les diabétiques ont un appétit irrégulier, vorace, porté parfois jasqul la boulimie : ils affectionnent le sucre, le pain et les autres aliments féculents; c'est un fait sur lequel M. Bouchardat a beaucoup insisté. La soif est plus énergique encore que la faim ; c'est un des premiers symptômes qui fixent TattentioD du malade et du médecin. Suivant M. Bouchardat, elle serait en raison directe de la quantité de pain ou de substances sucrées et féculentes que les malades mangent Ce savant professeur a calculé que les diabétiques buvaient 3,500 grammes d'eau pour une quantité de pain représentant 500 granmies de fécule. Quelque grande d'ailleurs que soit leur voracité, presque tous les malades digèrent facilement la quantité parfois énorme d'aliments qu'ils dévorent : cependant quelques individas, surtout à une période avancée de leur affection, ont des renvois acides ; leurs digestions sont lentes, pénibles ; il y a de la constipation ou de la diarrhée, et même des vomissements. C'est aussi dans des cas exceptionnels que la langue se couvre d'un enduit, que les gencives deviennent molles et saignantes, que l'haleine exhale une odeur acide pénétrante. Au milieu de ces symptômes, le pouls est sans fréquence, la peau sans chaleur, mais elle est sèche ; la perspiration est presque nulle. La respiration est libre, elle ne présente de troubles qu'autant qu'il existe quelque complication, mais les forces et l'embonpoint diminuent, preuve d'une grande altération dans les fonctions nutritives ; les malades tombent biealôt dans la tristesse et dans l'abattement, leur vue finit par s'affaiblir ; quelques-uns deviennent tout à fait amaurotiques ou sont atteints de cataracte ; la plupart perdent prématurément et souvent dès les premières atteintes ^u mal toute énergie virile ; leurs dents s'altèrent, ou bien elles tombent sans que leur tissu ait été malade.
L'analyse chimique a fait découvrir plusieurs altérations dans les liquides autres que l'urine. Mac Cregor avait cru trouver du sucre dans la matière des vomissements, dans les selles et dans la sueur. Je l'ai vainement cherché deux ou trois fois dans ce dernier liquide, dont on avait activé la sécrétion par un bain de vapeur. La salive est acide (Bouchardat et Dumas), et il a été reconnu par pluâeurs qu'elle renfermait du sucre : c'est ce que J'ai cru voir moi-même une fois, c'est aussi ce que semblent prouver les expériences plus nombreuses faites par Mac Gregor, ainsi que par Martin-Solon et par M. Contour. Si j'expose ces résultats avec une certaine hésitation, c'est parce que, dans ces derniers temps, M. Bernard a professé que le sucre en excès dans l'économie n'avait que deux voies d'élimination : les reins et la muqueuse stomacale, et qu'on n'en trouvait ni dans la salive, ni dans les larmes, ni dans le suc pancréatique, ni dans la bile, ni dans la sueur ; mais il est avéré qu'on peut en rencontrer dans la sérosité épanchée sous l'épiderme après l'application d'un vésicatoire, ainsi que dans celle des hydropisies, liquides qui ne sont autres que le sérum du sang.
Marche. Durée. — En général, le diabète a une marche progressivement lente : les symptômes restept parfois longtemps stationnaires, quelques-uns peuvent s'amender, mais il est rare que la maladie rétrograde. Le diabète a donc le plus souvent une marche ^-ontinue. On a cité pourtant des diabètes intermittents.
M. Rayer en Fmnce, et M. Traube en Allemagne, ont vu des individus qui n'avaient de sucre dans leur urine que pendant le travail de la digestion ; dans l'intervalle des repas les urines cessaient d'6tre sucrées. Cette sorte d'intermittence finit par disparaître, et alors le diabète devient continu. Ailleurs le sucre n'apparaît qu'à de longs intervalles.
Le diabète est presque toujours une affection chronique. On l'a vu pourtant revêtir la forme d'une maladie aiguè. Il apparaît alors subitement et avec force, le plus ordinairement, d'après M. Bernard, sous l'influence d'une cause morale ; il disparaît ensuite rapidement à la suite d'un traitement quelconque. On a cité des cas de diabète devenus moYtels après deux mois. Le plus souvent la maladie continue durant une ou plusieurs années, elle petit même exceptionnellement exister plus longtemps encore, oomme vingt ou vingt-cinq ans, sans troubler notablement les fonctions, les individus conservant à peu près leur embonpoint et toutes leurs forces. C'est ce que j'ai vu déjà plusieurs fois. M. Contour cite aussi, d'après M. Bassereau, l'exemple d'un médecin qui, depuis trente ans, serait attejnt d'un diabète sucré, sans que cette maladie l'ait empêché de vaquer aux soins habituels de sa clientèle ; cette heureuse exception ne saurait contredire la règle générale que nous avons posée. Tôt ou tard la constitution s'épuise et les individus meurent de la même manière que ceux dont la maladie a suivi une marche moins chronique.
On a parlé, dans ces derniers temps, de diabètes altemantSy c'est-à-dire se succédant sous forme d'accès avec d'autres maladies, spécialement avec des accès de goutte et de rhumatisme. M. Bernard a vu un cas de ce genre, et M. Rayer, d'après lui, en aurait observé plusieurs.
Complications, Accidents. -*- H n'est pas ordinaire que les diabétiques succombent par les progrès seuls de la maladie ; presque tous, en effet, sont emportés par quelque maladie intercurrente, conmie la pneumonie. Il en est qui, à une période avancée, meurent subitement pu en quelques heures, les uns avec les symptômes de l'indigestion, les autres avec les accidents de l'apoplexie séreuse. Chez la plupart des glycosuriques, on voit tôt ou tard se former des tubercules pulmonaires ; à mesure que ces produits accidentels se développent, la proportion du sucre diminue souvent dans les urines, quelquefois même on n'en trouve plus de traces, ce qui pourrait faire croire à une amélioration ou à une guérison qui n'existe réellement pas. Cependant dans les cas que j'ai vus, le sucre était toujours abondant, même à une période avancée de la maladie. Cette explosion de tubercules dans le ca» de diabète, s'explique assez bien, si l'on considère l'état d'épuisement que la glycosurie entraîne après elle. Il est d'autres accidents, signalés dans ces derniers temps comme survenant dans le cours du diabète, ayant avec lui une relation intime, mais dont l'explication échappe à toute théorie : je veux parler surtout de la gangrène, sur laquelle M. Marchai (de Calvi) a le premier appelé l'attention. Elle peut affecter la peau seulement, mais le plus souvent elle se montre avec le caractère de la gangrène dite spontanée ; elle affecte, comme celle-ci, les orteils. Ce qui prouve l'intime relation de cet accident avec le diabète, c'est qu'on l'a vu s'aggraver, guérir, puis récidiver, suivant que l'affection glycosurique s'amendait ou devenait plus grave. On a cité aussi diverses affections pustuleuses de la peau, mais surtout les clous, les anthrax, les phlegmons, comme pouvant se rattacher à la même affection. Les faits sont aujourd'hui sufBsants pour que dans les cas où l'on voit apparaître quelques-unes des lésions dont je parle, on recherche si elles ne coïncideraient pas avec la présence du sucre dans l'urine.
Parmi les accidents sur lesquels l'attention a été aussi éveillée dans ces derniers
temps, Je citerai l'amblyopie et la cataracte. M. le docteur Lécorché, qui a saHool bien étudié ce dernier accident (i), a reconnu que la cataracte était fréquente, que presque toujours elle était molle, et que, rare dans les diabètes légers ou récente, elle n'apparaissait guère que dans les formes graves et à une période aTincée de la maladie.
Terminaisons. — Quelques personnes contestent qu'on ait jamais guéri complètement, radicalement un diabète. Cette proposition est un peu trop absoloe, car s'il est vrai que la plupart des guérisons qu'on a dit avoir obtenues n'ont été qoe momentanées, si la plupart de ces malades ne pouvaient impunément abaodofioer leur régime, il semble néanmoins incontestable que dans quelques cas fort rares la guérison a été définitive. On peut la considérer comme telle, lorsqu'elle persiste depuis plusieurs années ; mais il importe d'ajouter que tôt ou tard la maladie récidive, et qu'elle finit par ^tre définitive. Ce sont précisément ces altematiies, ces retours des accidents, après une suppression plus ou moins longue, qui ont fait émettre, des doutes sur la réalité d'une guérison radicale.
Diagnostic. — La présence du sucre dans l'urine constitue le signe vraiment patbognomonique du diabète. Mais il faut que la glycose 7 existe en proportion notable et d'une manière continue. On a cité, en effet, divers états m<»*bidei, conune l'épilepsie, l'aspbyxie, dans lesquels on verrait parfois l'urine contenir passagèrement un peu de sucre ; il en serait de même après l'usage d'une grande quantité de matières sucrées. 11 y aurait, dans ce dernier cas, un diabète qn'oo pourrait peut-être nommer physiologique.
Tout le diagnoslic du diabète se réduit à constater le sucre dans I urine ; mais il est souvent difficile de préciser le début de l'afiTection. Diverses drcoostaooes pourtant, futiles en apparence, pourront éclairer le médeda. On peut, par exemple, soupçonner l'existence du diabète cbez les individus dont les pantalons offrent à la partie inférieure de nombreuses concrétions blanchâtres et comme amidonnées, qui se renouvellent sans cesse sur les points qui, pendant la mictioo, ont été éclaboussés par des gouttes d'urine (2).
n ne faut pas oublier que tous les diabétiques ne sont pas polyuriques ; il ea est, en effet, quelques-uns cbez lesquels la quantité d'urine n'est point augmentée : les malades alors ne présentent point, ou ne présentent qu'à un très4aible degré le symptôme de la soif; on les voit seulement maigrir, perdre leurs forces et dépérir peu à peu. La connaissance de ce fait devra donc nous porter à esaminer attentivement la sécrétion urinaire cbez les individus dont le dépérisseDM^t ne s'explique par aucune des causes qui le produisent le plus conununément. Quoique l'augmentation considérable de la densité d'une urine déadorée et la propriété qu'elle a de faire dévier à droite la lumière polarisée soient des caractères à pea près pathognomoniques de la présence du sucre, nous croyons pourtant qu'il bot toujours, pour bien assurer le diagnostic, procéder à l'extraction de ce produit, (ki y parvient en évaporant d'abord le liquide à 30 degrés, puis en l'exposant dans oo lieu sec à Févaporation spontanée ; dans cette opération il se dépose des eristiux, plus ou moins rapidement, suivant la quantité plus on moins grande de sucre. In moyen plus eipéditif encore consiste à faire bouillir l'urine diabétique avec partia égales d'eau, de potasse, do soude ou de cbaux. Le mélange brunit et prend 00e
(1) Archives générales de médecine^ anoée 18C1.
(2) Cliei une dame. J'ai pu fixer à plusieurs années le débat d*an diabète, par cette circoasUDce assez étrange qui me fnt révélée, que le chien de la maison lapait tous les matins irec avidité Turino de la malade, probablement à causa de la saveur sucrée qu'il y troafatt.
couleur d'autant plus foncée qu'il contient une plus forte proportion de sucre de fécule. On peut déceler ainsi, d'après M. Bouchardat, la présence d'un décigramme de glycose dans un litre d'urine. La couleur brune ou noire s'explique par la destruction du sucre, qui se trouve alors caramélisé. On peut recourir préférablement au réactif de Frommhen, qui est d'une exquise sensibilité (i), ou à la liqueur analogue de Crommer (2), ou bien à la liqueur de Fehling (3). Pour essayer l'urine avec ces solutions, on en met dans un tube ; on y ajoute une quantité assez grande du réactif pour lui donner une faible réaction alcaline, puis on cbauffe jusqu'à ébullition. Si l'urine ne contient pas de sucre de fécule, la liqueur restera bleue ; si, par contre, elle en renferme, le sel de cuivre est réduit, la liqueur se colore en jaune rougeâtre, et il se forme bientôt un dépôt de protoxyde de cuivre rouge. Il importe cependant de dire ici que diverses substances, et en particulier l'urée, sont, comme l'ont trouvé MM. Barreswil et Lecomte, capables de réduire l'oxyde de cuivre. La cbose est surtout à craindre lorsque la solution est ancienne. Il faudra donc n'employer qu'un liquide cupro-potassique récemment préparé ; on devra d'ailleurs, pour plus de sécurité, varier les expériences, et se servir des divers procédés indiqués plus baut. De ces divers réactifs celui de Fehling parait devoir être préféré, car, quoique un peu moins sensible peut-être, il permet de mesurer assez exactement la proportion de sucre que l'urine renferme. On a calculé, en effet, que iO centimètres cubes de cette liqueur sont complètement précipités par II, 5 centimètres cubes d'une dissolution contenant H pour 100 de glycose.
Au lieu d'une liqueur titrée, on peut, pour apprécier plus exactement encore la proportion de sucre contenue dans une urine diabétique, se servir de certains instruments, tels sont : le polarimètre de Biot, le saccbarimètre de M. Soleil, le diabétomètre de Robiquet.
La polyurie serait la seule maladie qu'on pourrait confondre avec le diabète, car les deux affections ont pour symptômes communs une soif vive et une augmentation de la sécrétion urinaire. Mais, dans la première, la soif est ordinairement plus intense, l'appétit est peu augmenté, l'urine est aqueuse ; elle ne contient pas de sucre, et l'on n'observe pas de dépérissement coomie dans le cas de diabète.
Pronostic. — Ce que j'ai dit précédemment prouve que le diabète est une des affections les plus graves dont l'homme puisse être atteint.
Atiologie. — Les' causes du diabète nous sont à peu près inconnues. C'est une affection qui semble spéciale à l'espèce humaine. Rare dans l'enfance, presque inconnu chez les vieillards, le diabète se rencontre spécialement dans la période de
(1) Voici comment se prépare le réactif. Oo dissont dans de Tean parties égales de anlfate de enivre et de tarirate de potaase; od mêle les deux dissolationt, et l*on y ajoute de la potasse caustique eo quantité suffisante pour dissoudre en grande partie le précipité : on a ainsi une liqueur d'une belle couleur bleue.
(2) La liqueur de Barreswil contient :
Crème de tartre &0 grammes.
Carbonate de soude 40 —
Sulfate de cuivre 30 —
Potasse à la chaux 40 —
Eau q. s. pour que le tout fasse un litre.
(3) La liqueur de Fehling contient :
Sulfate de cuivre 40 grammes.
Solution concentrée de tartrate de potasse 1 60 —
Lessive de soude ayant un poids spécifique, 1,12. 660 — Eau q. s. pour que le total fasse exactement un titre à + 1&^
876 DES SÉCaÊTIONS PaOPRbS k QUELQUES ORGANES.
trente à quarante ans, et peut-ôtreplus encore entre quarante et cinquante ; il paraît sévir plu8 souvent chez l'homme que chez la femme, et semble avoir une sorte 4k prédilection plutôt pour les sigets vigoureiuc que pour les individus débiles. Liafluence des climats n'est pas encore bien prouvée ; cependant tout porte à penser que c'est en Angleterre et en Hollande que la maladie est le plus commune, ce qui tient peut-être moins au climat, à l'humidité, qu'au régime et à la manière de vivre des habitants, puisque, ainsi que le note M. Contour, le diabète est plus rare dans des pays plus froids, tels que la Russie, et qu'il est assez commun dans certains pafi chauds, comme au Bengale, à Ceylan, à Saint-Domingue, en Egypte. Cependant ies faits manquent encore pour apprécier d'une manière rigoureuse lafréquence relative de la glycosurie dans les différentes régions du globe. L'influence de l'hérédité n'est pas encore prouvée. Parmi les principales causes prédîqfKnantes et occasionT nelles du diabète que les auteurs ont mentionnées, nous citerons rimpression éo froid, de l'humidité, les passions tristes, les excès vénériens, alcooliques, mais surtout une nourriture insuffisante, composée spécialement d'aliments féculents, amylacés, et de boissons fermentées, etc. ; cependant rien n'a encore démontré d'uae manière rigoureuse Faction des causes que je viens d'énumérer. On a parlé ami d'un diabète traumatique succédant à de& chutes et à des commotions. Ce fait n'a rien d'extraordinaire : on se rappelle que M. Bernard a pu à volonté rendre omk mentanément diabétiques les animaux auxquels il piquait la ligne moyenne du plancher du quatrième ventricule, c'est-Àniire un point déterminé de la moelle allongée. Des affections organiques du cerveau, les maladies surtout qui s'accompagnent de mouvements convulsifs, ont paru aussi quelquefois provoquer le développement d'une glycosurie. Des faits de ce genre ont été rapportés par M. Leadet et surtout par M. Fischer (1). En consultant les observations qui existent aiyourdliui dans la science, on voit que le diabète a été quelquefois la conséquence de Iranmatismes ayant intéressé le cerveau, la moelle, les nerfs rachidiens ou le grand sympathique. Il ne parait pas toutefois que le diabète survenu dans ces condîtioi& acquière une gravité plus grande que lorsqu'il naît sous l'influence d» causes ordinaires.
Traitement. — Il est peu de maladies contre lesquelles on ait employé antant de médicaments que le diabète : parmi les remèdes externes, Je citerai les bains de vapeur, les frictions de toutes sortes, les révulsifs, les vésicants, les exutoires profonds, les saignées générales et locales. A l'intérieur on a donné les addes minéraux, les astringents, les toniques, les stimulants, les diaphorétiqnea, ks évacuants, les diurétiques, les préparations de créosote, de cuivre et de mercure, l'opium, le sulfate de quinine, les alcalins. Dans cette longue liste d'agents thérapeutiques aucun n'est spécifique, mais il en est qui peuvent être utiles pour remédier à quelques-uns des symptômes de la maladie.
Un médecin m'ayant dit, il y a une quinzaine d'années, qu'il s'était guéri avec du sulfate de quinine, j'administrai ce sel à plusieurs malades, à la dose croissante de 1 à 2 grammes, sans résultats avantageux ; dans un cas même, je crois que le médicament eut pour effet d'altérer gravement les fonctions de l'estomac.
L'opium donné parfois dans le but de modérer le flux urînaire n'agit guère qu'à titre de sudorifique, mais il a l'inconvénient, quand on en prolonge l'usage, de diminuer l'appétit, circonstance fôcheuse chez des malades qui ont besoin de lutter contre des pertes incessantes.
(I) Gazette médicale, innée 185^, ci Archicef de médecine, année iSC2.
DU DiABÉTE Sl'CBÉ. 877
Depuis une vingtaine d'années, les alcalins, spécialement le bicarbonate de soude, ont joué un grand rôle dans le traitement du diabète. Les glycosuriques ont pour ces médicaments une grande tolérance, ils peuvent prendre chaque jour et presque indéfiniment, 10 à 20 grammes de bicarbonate de soude; mieux vaut encore les envoyer à Vichy. On peut de la sorte diminuer beaucoup la proportion du sucre, et même on peut, après quelques joars, ne plus en trouver dans T urine ; mais cette amélioration n'est que piaseagère, et Ton n'a jamais pu obtenir par ces moyens aucune guériion durable.
On a essayé la cure du diabète par le régime seul. Depuis Rollo, les médecins ont surtout conseillé une alimentation azotée, exclusivement animale. Mais cette alimentation fatigue les oaalades, surtou t lorsqu'on leur donne, à l'exemple de quelques médecins, beaucoup de lard et de graisse. Les corps gras sont utiles pourtant : M. Bernard a vu, par exemple, que, sous l'influence d'une alimentation exclusivement grasse, le sucre diminue dans le foie comme si l'animal af ait été soumis à une abstinence absolue. Les aliments gras devront donc être associés en proportion convenable à des aliments appétissants ; on peut aussi, avec la viande, permettre les œufs, le poisson et l'usage des légumes herbacés, chicorée, laitue, oseille, asperges, artichauts, haricots verts, choux, épinards, ainsi que les diverses espèces de salades ; mais il faut être sobre de fruits, en raison du sucre que la plupart renferment. M. Bouchardat insiste surtout pour qu'on administre aux malades le moins de pain et le moins d'aliments féculents possible ; il pense, en effet, que c'est là l'origine du sucre qui est éliminé. M. Bernard croit cette doctrine erronée, mais il reconnaît pourtant que l'alimentation féculente, chez un diabétique, a pour effet immédiat la production et l'élimination d'une plus grande quantité de sucre» Les féculents n'auraient-ils d'autre action que d'exciter la sécrétion glycosurique du foie ? Peu importe ; mais la question pratique si bien établie par M. Bouchardat n'en est point ébranlée, et quelque opinion qu'on ait sur l'origine du sucre diabétique, il n'en reste pas moins certain que, dans le traitement du diabète, il faut restreindre le plus possible l'usage des féculents. C'est pour obéir à cette indication que M. Bouchardat a fait confectionner du pain de gluten, qui est léger, d'un goût agréable, et qui ne contient guère qu'un sixième de fécule, ce qui hii qu'un diabétique peut, en mangeant 200 grammes dece pain, ne consonmier que 35 grammes de fécule. A ces moyens, M. Bouchardat unit l'usage d'un vin généreux de Bordeaux ou de Bourgogne, à la dose de i à 2 litres par jour. On le boit pur ou coupé avec les eaux de Spa, de Seltz ou de Vichy. Il proscrit la bière, à cause de la dextrine qu'elle renferme ; il regarde les limonades comme préjudiciables ; il en est de même du lait, qui fournirait chez un glycosurique fortement atteint 500 grammes de sucre par litre d'urine, par la transformation de la lactine. La crème bien pure,^ constituée presque exclusivement par du beurre, serait au contraire un aliment favorable. Tous les fromages peuvent être également permis. Le café, pourvu qu'il aoitpris sans sucre, est un excellent adjuvant. Après l'alimentation, M. Bouchardat Teut qu'on surveille avant tout les fonctions de la peau; il les excite par l'usage des sudorifiques : tel est le carbonate d'anmioniaque, à la dose de f ou 2 grammes, pris peu avant les repas, seul ou associé à parties égales de thériaque ; dans ce dernier cas, les malades le prennent au moment de se mettre au lit. Le même niédecin insiste, en outre, beaucoup pour que ces malades soient vêtus de flanelle. C'est pour obtenir le même effet qu'on prescrit des frictions sèches et aromatiques, qu'on administre des bains alcalins, sulfureux, ferrugineux, salés; les bains de rivière et de mer, ainsi que les douches froides et les enveloppements dans un drap
S78 DBS SÉCRÉTIONS PROPRES A QDBLQUES ORGANES.
mouillé, peuvent aussi ôtre trèt-aYâDtageux, pourvu que les malades ne soient p» trop affaiblis, et que la réaction puisse se faire aisément.
L'exercice est un complément utile du traitement; il se fera en plein air. Silo forces le permettent, les malades se livreront aussi à quelques travaux champétia M. Bouchardat a reconnu que, dans ces conditions, beaucoup de malades poovalent prendre impunément un peu plus d'aliments féculents.
Les glycosuriques étant fréquemment anémiques, il y a indication deleurpicscrire les ferrugineux, les amers, le quinquina. On surveillera cbez eux les foodioDs de l'intestin, et l'on combattra la constipation par des lavements ou ptr quelques prises de magnésie calcinée hydratée. Si les digestions devenaient plus diflidies, on aurait recours au chlorure de sodium, dont les malades prendront qd gnnune au commencement des repas. Le sel marin n'agit guère que comme luililat le travail de l'estomac; par conséquent il aide à répcrer les pertes incessaDtes que Ws malades font ; quelquefois aussi il contribue à diminuer la sécrético uriDaire.
On voit que le traitement conseillé par M. Bouchardat est surtout hygiénique. L'abstinence des féculents, un régime succulent, mais non exclusÎTement anintil, une nourriture variée, du vin en quantité notable, des vêtements chaads, l'eiercice, et, dans quelques cas, les sudorifiques, spécialement le carbonate d'amiDOniaque seul ou associé à une préparation opiacée, tel est le traitement vanté par le savant professeur d'hygiène de la Faculté. Depuis vingt-cinq ans qu'il est employé par lui et par beaucoup de médecins, on a pu juger de ses bienfaits; j'ai moi-môme, en le suivant, amélioré toujours l'état des malades, et cela pendant un temps parfois très-long, c'est-à-dire durant plusieurs années de suite, mais je n'ai encore constaté aucun cas de guérison déânitive par ce traitement. Cependant les règles tracées par M. Bouchardat sont encore les meilleures qu'on ait indiquées, elles doivent être suivies avec une rigoureuse exactitude et une grande persévérance. Les malades devront en outre essayer chaque jour km ma en les faisant bouillir avec parties égales d'eau de chaux, afin que, par la connaissance qu'ils auront de la quantité de sucre que leurs urines contiennent, ils puissent modifier leur régime à propos.
Théorie du diabcie, — Je ne dois pas indiquer ici les opinions plus ou moins ndicules qu'on a émises sur la nature et sur le siège du diabète. Les uns en ont bit une cachexie, une affection générale consécutive à une altération du sang, opinion sans fondement ; d'autres n'y ont vu qu'une maladie spéciale des reins; mais l'anatomie pathologique seule donne un démenti à cette doctrine; beaucoup en ont placé le siège dans l'estomac : il avait paru, en effet, que du sucre se fornoail dans cet organe, et qu'absorbé aussitôt après, il était éliminé du sang par les reins, comme le serait tout autre corps étranger. Cette théorie, entrevue par Rollo,étahhepiï Mac Gregor, avait reçu une sorte de sanction surtout par les recherches de MM. Bouchardat et Mialhe. M. Bouchardat avait cru que le sucre se formait ano^ malement dans l'estomac des diabétiques à l'aide d'un ferment, d'une diastase spéciale. M. Mialhe, partant de ce fait que le sucre diabétique est détruit qoatfl on le met en présence d'un alcali, avait supposé que le diabète résultait de ce que le sucre introduit normalement dans l'organisme après la digestion da sucre ou «es féculents, ne trouvait pas dans le sang une alcalinité suffisante pour se détraii«' de là son accumulation dans les vaisseaux et son élimination par les reioi- M. Mialhe fut conduit, par sa théorie, à administrer des alcalins aux diabétign^ tandis que M. Bouchardat insistait davantage sur la nécessité de supprimer daos l'alimentation des malades les matières féculentes et sucrées, conseils dont la pr**
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tique a démontré rexcellence. Mais les théories sur lesquelles ils s'appuyaient ont été renversées par les beUes découvertes du professeur Bernard. Cet éminent physiologiste a prouvé que le foie avait pour fonction non-seulement de sécréter la bile, mais encore un sucre de fécule identique avec le sucre diabétique, matière réellement fournie par le foie et nullement par Talimentation, quoique cependant il soit reconnu que cette sécrétion glycosunque est excitée par le travail de la digestion, par ringestion de certaines substances, et notaomient par les féculents. Ce sucre, ainsi normalement sécrété par le foie, pénètre dans le sang pour être détruit suivant un mécanisme encore inconnu. Mais cette glycose, qui pendant le travail de la digestion se trouve dans tout le système circulatoire, n'est pourtant pas éliminée par les reins. La chose n'a lieu que lorsque la sécrétion dépasse certaines limites, et alors apparaissent les symptômes positifs du diabète, soit d'une manière continue, soit d'une façon intermittente. Cette sécrétion glycosunque est influencée par l'action nerveuse, c'est 'ce qui résulte d'une très-curieuse expérience de M. Berpard. Ayant piqué la paroi inférieure du quatrième ventricule, c'est-à-dire la moelle allongée, au milieu de l'intervalle compris entre les racines des nerfs acoustiques et celles des pneumogastriques, il a vu aussitôt le sucre apparaître dans l'urine. L'excitation du foie ne se transmet pas par les pneumogastriques, mais elle descend par la moelle épinière, et arrive au foie par l'intermédiaire des filets et des ganglions du grand sympathique. Ce qui le prouve, c'est que lorsqu'on coupe, comme l'a fait M. Bernard, le pneumogastrique avant de piquer la moelle allongée, le sucre n'en apparaît pas moins dans le sang et dans l'urine, tandis que si, laissant le pneumogastrique intact, on coupe la moelle épinière au-dessus de l'origine des filets sympathiques qui se rendent au foie, la production du sucre est interrompue. En résumé, le diabète est une altération dans la fonction glycosurique du foie ; c'est donc dans le foie que semble résider le siège de l'affection ; mais nous avons vu aussi que le système nerveux exerce une action évidente sur cette sécrétion. Cette influence nerveuse est-elle indispensable 7 est-elle primitive ? Le vice de sécrétion du foie est-il consécutif? Cest là un point qui n'a pu encore être éclairci. Mais reconnaissons que, grâce à la physiologie expérimentale, l'histoire du diabète a fait dans ces derniers temps un pas inmiense.
DE LA SPERMATORaflÉE.
Symoktmii. — > Pollutions, pertes séminales.
Sous le nom de spermatorrhée, on doit comprendre les écoulements plus ou asoins abondants et répétés de sperme se faisant hors des circonstances qui les provoquent ordinairement (coït, masturbation), et s'opérant spontanément sans aucune excitation ou par l'effet d'un stimulant qui serait insuffisant dans l'état de santé. Cependant, comme les effets fâcheux qu'on observe sur la constitution sont les mêmes, quelle que soit la manière dont l'excrétion du sperme s'opère, que celle-ci soit spontanée comme dans les pollutions, ou qu'elle soit provoquée par des excès de femmes 6u par la masturbation, nous réunirons dans cet ariicle tous les accidentsqui peuvent résulter des abus vénériens, de quelque manière qu'on s'y livre.
Historique. — Les accidents qu'entraînent à leur suite les excès vénériens ont fixé de tout temps l'attention des observateurs. Hippocrate en a donné une description succincte dans son deuxième livre De morbis, sous le nom de consomptian dorsale. Celse ne les a pas oubliés non plus dans son livre sur la conservor Hon de la santé; mais le tableau le plus effrayant qu'on trouve dans l'antiquité est
celai qui a été tracé par Arétée. Ce sujet important fixa plus spédal^nent l'attention des médecins pendant les deux derniers sîMes : HofTmaDn, Sénae, àt Gotter, Van Swieten, Storck, Gaubius, s'en sont occupés. Tout le monde conmlt la célébrité du livre de Tissot ; mais c'est avec raison qu'on a reproché à cet autmu d'avoir exagéré les fôcbeux résultats de la minturbation, en présentant comme des effets ordinaires les accidents les plus graves, qui n'arrivent fort heureusement que dans des cas exceptionnels. Par conséquent, la lecture du livre de Tissot ne peut être utile pour le médecin, et elle est pernicieuse pour Tonaniste, qui, ne reaeotant pas ordinairement les incommodités que l'auteur signale, croit qu'on a voulu seulement l'effrayer. Le traité que Deslandes a publié sur le même si^et n'offre pas les mômes inconvénients, et il a le mérite peut-être d'être un peu plus scientifique que celui de Tissot. On ne peut ici passer sous silence une dissertation que Wichman publia en Allemagne en 4782, et qui était presque oubliée même dans son pays, lorsque Sainte-Marie en donna une traduction française en 4817. Mail le livre le plus remarquable que nous ayons eu jusqu'à présent est sans eontredit celui de Lallemand sur les pertes séminales. Cet ouvrage, dans lequel l'aotenr a trop souvent donné essor à sa brillante imagination, et où les vues spéculatives et les inductions remplacent quelquefois l'observation directe, n'en est pas moû» une œuvre d'une grande portée, l'œuvre d'un esprit éminent, et qui founmDe de faits pratiques, d'aperçus ingénieux, de pensées généreuses. Ce livre, que qudques personnes ont à tort essayé de discréditer, eût été d'une lecture encore plus attrayante, si l'auteur avait mis un peu plus d'ordre dans la distribution de son sujet, et surtout s'il eût été plus sobre de digressions, dont la plupart olft^nt néanmoins beaucoup d'intérêt.
Anatomie patholo^que. — Nous ne possédons aucun renseignement précis sur l'état des organes génitaux chez les sujets qui succombent à la qienna torrhée. Lallemand a prétendu pourtant qu'on trouvait chez eux des traces d'inflammation dans les vésicules séminales, dans la prostate, dans les canaux éjaculatenrs, et des érosions, des ulcérations ou des cicatrices à l'orifice de ces conduite, etc. Mais les faits, au nombre de neuf, rapportés par l'ancien professeur de Montpellier, ne sont pas concluants, puisque rien ne prouve qu'une spermaforrhée ait existé sur aacw des individus dont les organes génitaux internes ont présenté diverses altérations toutes consécutives à des phlegmasies anciennes.
Symptômes. — 11 est des pollutions utiles : ce sont celles qui se manifestent dr temps en temps pendant la nuit, dans les rêves lascifs, chez les adolescents et les adultes qui vivent dans la continence ; elles remédient alors à une pléthore spennatique, et sont généralement suivies de soulagement et d'un sentiment de bien-élie. On a même cité des états graves de Téconomie qui avaient prompt»iient cédé après une ou plusieurs de ces pollutions (P. Frank, Sainte-Marie), il n'en est f^os de même si les émissions de sperme se font à des intervalles rapprochés, soit que la perte de semence ait lieu dans l'acte du coït ou qu'elle ail été provoquée par k masturbation, soit enfin qu'elle s'opère spontanément OMome dans les cas de p<^ lutions. Celles-ci peuvent survenir primitivement chez les individus continents; plus souvent elles se déclarent chez des personnes qui ont abusé du commerce des femmes ou qui se sont livrées inunodérément à la masturbation. Elles commenceat presque toujours par avoir lieu pendant la nuit seulement; mais,à mesure qn*ell& se répètent, les phénomènes d'excitation qui les précédaient et qui les accompsgnaient autrefois diminuent ou cessent. L'émission de la semence se fait alors ^Motanéraent sans être provoquée par rien, sans que la verge soit en érection compile;
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souvent môme le pénis reste tout à fait flasque, l'éjaculation est faible, ou bien le sperme s'échappe en bavant sans que le malade en ressente le moindre plaisir. Au lieu de s'écouler au dehors, le liquide peut s'épancher en totalité ou en partie dans la vessie et être rendu plus tard pendant la première émission d'urine ; c'est ce qui arrive quand il existe un rétrécissement considérable de l'urèthre dans ses portions bulbeuse et prostatique, ou lorsque, par suite de cicatrices ou d'adhérences vicieuses, l'orifice des conduits éjaeulateurs est dévié et porté en arrière. Dans tous ces cas, les accidents sont les mêmes ; en effet, que le sperme se soit écoulé au dehors ou qu'il se soit épanché dans la vessie, son émission hors des vésicules séminales s'accompagne de brisement dans les membres, d'une grande faiblesse, de céphalalgie, de torpeur et de somnolence ; les individus à leur réveil sont courbaturés et inaptes à se livrer à leurs occupations, si celles-ci nécessitent quelques efforts intellectuels ou musculaires.
Cependant ce n'est pas seulement pendant la nuit que les pollutions ont lieu ; on les observe, en effet, fréquemment dans l'état de veille; elles se font alors surtout pendant la défécation ou durant l'émission de l'urine. Chez d'autres, elles sont provoquées par l'équitation ou par les efforts, par le moindre attouchement ou par le plus léger frotteipent du gland. Dans ces cas, le sperme peut être facilement reconnu à sa consistance, à sa couleur et à son odeur; mais à mesure que les pollutions se répètent, la liqueur séminale change d'aspect et devient plus ou moins séreuse : il importe donc de déterminer la* nature du liquide à l'aide du microscope. L'emploi de cet instrument est surtout indispensable dans les cas où le sperme s'échappe pendant l'émission de l'urine. On a dit qu'on pouvait alors reconnaître l'existence de la spermatorrhée par la nature du dépôt qui se formait dans le vase où l'urine avait été rendue. Ainsi, suivant Lallemand, on verrait d'abord des corpuscules transparents, irrégulièrement sphériques, d'un volume variable et assez semblables à des grains de semoule ; mais si la maladie est ancienne, on ne trouve plus ces granulations ; il existe seulement alors un nuage épais, homogène, blanchâtre, parsemé de petits points brillants qui occupent les couches inférieures, et qu'on a comparés au dépôt qui se forme dans une décoction d'orge ou de riz un peu concentrée. Comme on le conçoit bien, ces dépôts n'ont rien de caractéristique ; aussi faut-il s'aider du microscope et rechercher s'ils ne contiennent pas des animalcules spermatiques.
L'examen microscopique fournit d'ailleurs des résultats intéressants : Lallemand a vu que, lorsque la spermatorrhée était toute récente, le fluide séminal conservait encore ses propriétés, et que les zoospermes ne présentaient rien de remarquable sous le rapport du nombre et du volume. 11 n'en est plus de même lorsque, par la répétition et l'abondance des pertes séminales, le sperme est devenu moins consistant et presque séreux ; car alors, d'après le même observateur, les animalcules sont moins vivaces, puisqu'on les trouve morts peu de minutes seulement après leur expulsion : ils sont parfois d'un quart ou d'un tiers plus petits qu'à l'état normal ; leur queue est difficile à distinguer avec un grossissement de trois cents fois ; plus tard encore les animalcules deviennent rares et peuvent disparaître, quoique la liqueur conserve encore l'odeur spermatique ; alors, à la place des zoospermes, on ne trouve plus que des globules ovoïdes ou sphériques. Faut-il admettre, avec M. Donné, que des cristaux d'oxalate de chaux se rencontrent communément dans l'urine des spermatiques en raison d'une excitation sympathique des reins? C'est là un ftât qui n'est pas encore suffisamment établi. Un des premiers accident» dea pollutions nocturnes ou diurnes est une dimi- T. 1. — fl» *.oiT. se
nulioQ dans Ténergie, dans la longueur des érections et dans la rapidité avec laquelle l'éjaculation se Cait ; peu à peu les érections sont impossibles, les malades sont alors devenus tout à fait impuissarUs,
Cependant les pertes séminales, en se reproduisant, finissent par produire sur Téconomie tout entière des effets iftcheux : ainsi les malades pâlissent et maigrissent; ils perdent leurs forces, ils tremblent des membres; ils ont des pesanteurs de tête, des vertiges, des éblouissements, des bourdonnements d'oreilles ; quelquesans ont de temps en temps des congestions cérébrales, qui ordinairement sont légères et fugaces, mais qui parfois sont alarmantes. Leur vue est affaibUe; ik sont tristes, mélancoliques; leurs digestions sont lentes, accompagnées d'aigreurs, de flatnoâtés ; ils sont essoufflés, asthmatiques, tourmentés par des palpitatÛMis, et leur voix est Mble. Quelques-uns éprouvent des convulsions ou de véritable accès d'épilepsie ; d'autres ont un ou plusieurs de leurs membres roides, contridarés ou paralysés; enfin, à un degré plus avancé, les malades tombent dans on état de consomption connu sous le nom de iabes dorsalis. Pâles, amaigris, se soutenant à peine, ces individus ressemblent à des cadavres ambulants ; épuisés au physique comme au moral, leurs pieds s'infiltrent, leurs cheveux tombent, leurs sens et surtout la vue s'éteignent ; ils ont du dévoiement, alternant avec de la constipation ; enfin ils succombent dans le dernier degré de marasme ; quelques-uns, profondément découragés, ont recours au suicide pour mettre un terme à leurs longues souff'rances. Au milieu de l'appareil des symptômes graves que je viens de dépeindre, les malades sont sans fièvre : c'est une circonstance remarquable déjà notée par Hippocrate, et sur laquelle Lallemand a beaucoup insisté. Les tab^œnls sont en effet sans fièvre, non-seulement au début, mais encore à une péiriode avancée. Un appareil fébrile, quels que soient d'ailleurs ses caractères, qui se déclare à une époque quelconque de la spermatorrhée, est presque toujours luidice d'une complication.
Marche. Borée. Terminaisons. — Les pollutions ont toujours une maicbe très-irrégulière, très-inégale. Tantôt elles offrent des variations journalières tout k fait iuexplicaUes; d'autres fois celles-ci tiennent à l'influence manifeste de quelque cause extérieure. Ainsi les malades se trouvent conununément mieux d'un tempe humide, pluvieux, tandis que la plupart souffrent davantage lorsque le ciel est pur et sec. D'après Lallemand, le printemps agirait d'une manière fâcheuse sur presque tous les tabescents, et cette exaspération des symptômes tiendrait évidemment à l'augmentation des pertes séminales. L'automne est la saison la plus favorable. Beaucoup de ces individus éprouvent un redoublement dans leurs maux, par suite d'une congestion hémorrhoïdaire, par la présence d'ascarides dans le rectum, ou quand la constipation se prolonge, etc. ; mais la maladie présente, en outre, une foule d'oscillations qui paraissent inexplicables, quelque attention qu'on mette â en rechercher la cause. Dans les cas les plus grades, dit Lallemand, ces oscillations sont journalières et peu prononcées ; la marche peut être alors rapide et conuae oofUinue, quoique toujours irrégulière. Ces spermatorrhées mériteraient d'être appelées aiguès^ si leur durée n'était encore fort longue. Quant à celles dont les rémissions ou les intermittences sont plus tranchées, on conçoit que leur influence sur l'économie diminue dans la même proportion. Les suspensions les plus complètes et les plus prolongées sont évidemment celles qui sont les plus favorables à la conservation des forces et à l'intégrité de la constitution. C'est alors que la maladie peut être regardée comme éminemment chronique ; ces tabescents peuvent conserver pendant vingt, trente ans et plus, presque toutes les apparences
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de la santé. Ces cas se confondent d'une manière insensible avec ceux des pertes séminales, qu'on ne peut plus regarder comme morbides, puisqu'elles n'altèrent pas la constitution.
La spermatorrbée a peu de tendance à se terminer spontanément U semble que les progrès de l'Age, en ralentissant la sécrétion spermatique, devraient diminuer la fréquence et l'abondance des pollutions. Cela est généralement vrai ; mais la moindre évacuation de liqueur séminale dans la vieillesse produit beaucoup plus de faiblesse qu'aux autres périodes de la vie ; de sorte que, quoique la maladie ait diminué, ses effets constitutionnels restent à peu près les mômes. Beaucoup de pollutions cèdent quand on fait disparaître certaines causes d'excitation qui les entretiennent ou qui les ont fiait naître. Enfin, on voit qu'elles se dissipent peu à peu par l'usage régulier du coït : cela n'a guère lieu pourtant qu'au début, lorsque les fonctions. ne sont pas encore altérées, et que les pollutions sont l'effet de la continence ; mais aussitôt que la consomption est véritablement établie, les rapports sexuels sont plus nuisibles qu'utiles (Hippocrate, Lallemand). En résumé, dit Lallemand, les pertes séminales, arrivées au point de constituer une maladie, ont plus de tendance à s'aggraver qu'à diminuer spontanément ; l'habitude seule suffirait pour en rendre la guérison de plus en plus difficile.
L'épuisement causé par les pertes séminales peut être porté au point d'occasionner la mort. Ces malades succombent alors par syncope ou avec les symptômes d'une congestion cérébrale ; toutefois ces faits sont excessivement rares. Presque tous les tabescents, après être restés longtemps languissants, sont emportés par une maladie aigufi ou chronique intercurrente, qui généralement alors suit une marche beaucoup plus rapide, en raison de l'état constitutionnel du sujet.
Aeddeats oonsécntifs. — On exagérerait les effets pernicieux des abus véné* riens, si on les regardait comme des causes très-activesde lésions viscérales graves. 11 ne me parait pas, en effet, que la ^ermatorrhée produise souvent, conune on Ta dit, comme semble aussi le croire Deslandes, des affections organiques du cœur, du cerveau, de l'estomac, etc. Les troubles fonctionnels qu'on observe vers ces organes sont presque toujours purement nerveux. Les excès vénériens sont, en effet, une cause très-active de névroses. Ainsi la masturbation, chez les enfants et les adolescents, occasioniie souvent l'épilepsie etla chorée; à un âge plus avancé, les pertes séminales peuvent produire la manie, la lypémanie, la démence et l'hypochondrie, indépendamment des autres troubles nerveux, conmie les palpita^ons, l'essoufflement, la gastralgie, la dyspepsie, la paralysie des sens ou des membres, et les contractures musculaires, qui ne se lient non plus à aucune lésion organique, comme le prouve leur cessation rapide aussitôt que la spermatorrbée est guérie. Les abus vénériens sont-ils une cause de tubercules ?La[chose nous parait incontestable.
DlftCttostie.— Le diagnostic des pertes séminales présente souvent beaucoup d'obscurité. Peu de malades les dissimulent ; mais il en est beaucoup qui en ignorent l'existence, et qui, rattachant à d'autres causes les accidents qu'ils éprouvent, induisent souvent le médecin en erreur.
Les pertes séminales ne peuvent être confondues avec les écoulements chroniques de l'urèthre, de la prostate ou des glandes de Co^rper; car ceux-ci sont lentSy œntinuSf uniformes^ tandis que dans les pertes séminales, le sperme sort subitement en quantité notable chaque fois, et à des intervalles plus ou moins rapprochés : dans aucun cas on ne le voit s'éconler d'une manière continue ou goutte à goutte (Lallemand). Lorsque des pertes séminales viennent compliquer
des écoulements chroniques de l'urèthre, on voit alors un suintement continuel: puis, soit spontanément, soit à l'occasion d'un effort^ etc., un écoalement ploi abondant se fait tout à coup. Celui-ci a une odeur particulière, il est suivi des symptômes qui accompagnent chaque excrétion morbide de sperme ; enfin, YeiMmen microscopique fait cesser tous les doutes en démontrant Texistence des loospermes.
Lorsque les pollutions sont internes, c'est-à-dire lorsque le sperme, en raison surtout d'un rétrécissement de l'urèthre en avant de l'orifice des conduits oscillateurs, n'est plus expulsé au dehors, mais s'épanche dans la vessie, on poomit aisément méconnaître l'existence de la maladie. Cependant, lorsque chez un individu qui s'affaiblit, qui maigrit et devient impuissant, on ne trouve aucune lésion organique pour expliquer ces accidents ; lorsqu'on apprend par rinterrogatoire du malade qu'une ou plusieurs fois le jour, à la suite des eiTorts de défécation, ou Inen le matin à son réveil, il éprouve ce malaise, cette céphalalgie, ces étonrdissements, cette faiblesse, ce brisement des membres, qui accompagnent les émissions morbides de sperme, on devra soupçonner cette affection, et pour éclairer les doutes il faudra recueillir l'urine, la laisser déposer, et, après l'avoir décantée, examiner au microscope la nature du dépôt qu'on trouve au fond du vase. On agira de même chez les libertins et les masturbateurs qui ne se rétablissent pas, quoiqu'ils aient cessé de se livrer à leurs excès ou à leur coupable habitude ; car, dans ces cas, il est très-commun que le rétablissement de la santé soit empêché par des pertes séminales qui se sont souvent établies à l'insu des malades.
Nous avons vu que les sujets atteints depuis longtemps de pertes séminales finissaient par éprouver de la dyspnée, des palpitations, des étourdissements, de la dyspepsie, de la paralysie, des contractures des membres, accidents qui ont souvent donné lieu à des erreurs de diagnostic et ont fait croire à l'existence de maladies du cœur, des poumons, du cerveau, de la moelle, de l'estomac 1 allemand, dans son important ouvrage, parle d'un grand nombre de malades qui, par suite de ces méprises conmiises souvent par des hommes très-expérimentés, eurent à souffrir des traitements longs et douloureux, et qui ne faisaient qu'empirer leur état. On ne conunettra pas des erreurs aussi préjudiciables, si l'on s'habitue de bonne heure à ne jamais négliger d'étudier les phénomènes qui se passent du côté des organes génitaux. Le diagnostic de la spermatorrhée une fois établi, il faudra rechercher la cause qui l'a produite et qui l'entretient.
Pronostic. — Les pertes séminales constituent toujours une afiTection grave, en raison des atteintes que la santé générale en éprouve, et parce qu'elles, produisent souvent l'impuissance. D'ailleurs la gravité du pronostic sera proportionnée à Tancienneté de la maladie, à l'influence plus ou moins fâcheuse que celle-ci a exercée sur la constitution^ et enfin à la facilité avec laquelle on peut combattre et détmiie la cause qui a produit l'affection. Les pertes diurnes sont toujours griitves et inoompatibles avec l'état de santé.
fitiologie. — Les pertes séminales reconnaissent une infinité de causes. On les observe fréquemment chez des individus qui se sont livrés à la masturi)ation ou qui ont abusé du commerce des fenunes. Les excès vénériens sont sans contredit une des causes les plus efficaces de la spermatorrhée ; c'est ce qu'on observe également chez les animaux. C'est ainsi que tous les vétérinaires reconnaissent que les poUolions qui affectent les étalons dépendent presque toujours des saillies trop prolongées ou trop rapprochées. La continence, surtout chez les individus qui ont le sens génésique très-développé, amène souvent le même résultat. La maladie est
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parfois Telfet de causes directes, c'est-à-dire de causes qui agissent plus ou moins médiatement sur les organes génitaux : tels ^nt Taccumulation des fèces dans le rectum, l'abus des drastiques, la présence d'un grand nombre d'oxyures ou d'hémorrboïdes, une induration squirrheuse du rectum, aiTections qui, toutes, semblent agir en excitant les contractions des vésicules sémimales. D'autres fois, ce sont des maladies qui produisent un état d'excitation sur les conduits éjaculateurs, et qui, en se propageant ensuite jusqu'aux vésicules séminales, les provoquent à se débarrasser du sperme qu'elles contiennent : tels sont l'accumulation insolite de la matière sébacée autour du gland, l'herpès du prépuce, l'inflammation chronique de l'urèthre, surtout celle de sa portion prostatique. Enfin, les pertes séminales peuvent survenir chez des sujets affaiblis par les jeûnes et les veilles, par les méditations profondes, par les chagrins, ou bien encore chez les individus qui nourrissent sans cesse leur imagination d'idées lascives. On trouve dans l'ouvrage de Lallemand des faits qui démontrent la réalité de chacune des causes que je viens d'énumérer.
Traitament. — La première indication est de faire cesser les causes qui donnent lieu à la spermatorrhée. C'est ainsi qu'il existe des faits nombreux dans la science qui prouvent qu'il a suffi de vaincre une constipation opiniâtre, d'expulser des oxyures, d'exciser des hémorrhoîdes ou une bride du rectum, de guérir un herpès du prépuce, d'empêcher l'accumulation de la matière sébacée autour du gland, etc., etc., pour faire cesser presque aussitôt des pertes séminales qui existaient depuis longtemps et qui avaient souvent exercé la plus filcheuse influence sur la constitution. Lallemand a également prouvé que les pertes séminales qui dépendaient d'une inflammation chronique de la membrane muqueuse uréthrale, surtout de sa portion prostatique, guérissaient lorsqu'on modifiait cette surface par là cautérisation avec le nitrate d'argent. Dans ces cas, pourtant, l'amélioration n'est pas toujours immédiate ; elle n'arrive en effet souvent que plusieurs semaines après : aussi ne doit-on recourir à une nouvelle cautérisation qu'au bout d'un mois et môme de six semaines. Ce traitement convient surtout dans les cas où les pertes séminales ont été consécutives à des blennorrhagies. On constate l'état maladif du canal à l'aide du cathétérisme : le bec de la sonde, en effet, en arrivant sur la portion de la membrane muqueuse qui est altérée, y excite une vive douleur. Les révulsifs puissants sur le périnée pourraient-ils, dans ce cas, être utiles? Je ne sais. Cependant Huzard rapporte avoir guéri promptement un étalon atteint de spermatorrhée, en portant un bouton de feu au périnée. Kaula dit, dans sa thèse (année de 1840), que le môme traitement a également été employé avec succès en Italie.
Il faut conmienccr aussi par éloigner tout ce qui pourrait provoquer l'excitation des organes génitaux : on renoncera donc aux lectures erotiques, et l'on évitera la société des femmes. Cependant, dans quelques cas, il sera utile que les malades se livrent de temps en temps au coït, surtout si les pertes séminales sont l'effet de la continence. Les malades coucheront sur la paille ou sur le crin, et conserveront autant que possible le décubitus sur un des côtés. On conseillera les distractions, les promenades, un régime doux, l'abstinence des mets échauffants, épicés, des liqueurs alcooliques. On tiendra le ventre libre; la vessie sera vidée plus souvent, surtout pendant la nuit. Dans cette forme de la spermatorrhée, dans laquelle les ^organes génitaux semblent surexcités, on pourrait tenter l'usage de la poudre de digitale à la dose de 30 centigrammes par jour. M. Corvisart a vu trois fois ce remède réussir. Son emploi est rationnel depuis que le docteur Brughmans a prouvé l'action dépres-
sive, hyposthénisante que la digitale exerce sur les organes génitaux. D'après M. Debout, la lupuline donnée à la dose de 1 à 2 ou 3 grammes, en poudre on en électuaire, agirait de même. Enfin, quelques personnes ont, dans ces dernières années, administré le bromure de potassium à la dose d^un à plusieurs grammes, guidées dans cet emploi par l'action dépressÎTe que cette substance exerce sir la organes génitaux.
Les moyens dont nous venons de parler conviennent toutes les fois que la constitution n'est pas encore affaiblie, et que les pertes séminales existent avec un état d'excitation ; mais la conduite devra être bien différente lorsque la spermatorrbée, remontant déjà à une époque éloignée, a beaucoup affaibli les individus, et lorsque l'écoulement du sperme semble s'opérer d'une manière toute passive. 11 £snt alors recourir aux toniques, aux aliments nutritifs, aux vins généreux, aux ferrugineux, aux boissons glacées, aux bains frais, aux bains de mer, aux lotions froides et aromatiques sur le périnée, sur la verge et sur le scrotum, aux lavements froids, aux doucbes froides générales ou dirigées spécialement sur les lombes, sur le sacrum et sur le périnée. Quelquefois la susceptibilité des organes digestife est telle, qoe les malades ne peuvent être soumis immédiatement à une alimentation réparatrice ; on conmiencera alors par leur donner des bouîUons d'écre visses, de grenouilles et de toriue, le lait de vacbe, d'ânesse, et même le lait de feimne.
Il est des remèdes qui jouissent d'une réputation populaire pour réveiller Ifê organes génitaux et faire cesser l'impuissance : tels sont le phosphore, et surtout les cantharides. Mais ce sont là des moyens dangereux et de plus inefficaces. Le galvanisme n'offre pas le même danger : Lallemand Ta employé quefqueibts ^rec beaucoup d'avantage. On doit, dans les cas qui en permettent l'usi^, éUMiT ie courant entre les lombes et le pubis ou le périnée. 11 parait annâ que quelques spermatorrhées chroniques, après avoir résisté à toutes les médications, ont cédé assez rapidement à l'emploi de l'ergot de seigle, administré à la dose de 3d à 1^0 centigrammes par jour. Toutefois l'utiHté de ce remède n'est pas encore suffisamment établie. M. le docteur Duclos a inséré dans le Bulletin thérapeutique de l'année i 849 un travail qui prouve que, dans cette fbrme atonique de la ^ermatorrhée, on peut recourir avec avantage aux préparations de noix vomique. M. Dudos emploie l'extrait alcoolique ; il prescrit pendant cinq jours une pilule de 5 centigrammes, et augmente d'une pUule tous les cinq jours, jusqu'à ce que les malades en prennent huit. 11 a pu même porter la dose plus loin. Il y joint souvent des frictions sur les lombes et aux cuisses, avec un mélange de teinture de cantharide et de noix vomique. 11 faut savoir, enfin, que des spermatorrhées rebelles à toutes les médications ont cédé quelquefois au traitement antisyphilitique, comme si la maladie était alors entretenue par quelque lésion que la médication spécifique venait détruire.
Le commerce des femmes a pu être utile à quelques tabescents pour rompre des habitudes de masturbation ou pour faire cesser des pollutions nocturnes entretenues par une continence trop absolue ; mais, hors ces cas, le coït est pernicieux pour ces malades. Il ne suffit pas cependant, ainù que l'a établi Lallemand, que les tabescents observent matériellement la continence ; il faut encore qu'Os s'efforcent de rester moralement chastes, en éloignant de leurs sens, de leurs pensées, tout ce qui peut éveiller des préoccupations erotiques. La moindre imprudence de ce genre, dit encore l'ancien professeur de Montpellier, leur est aussi funeste qu'une indigestion, qu'un excès de boisson ou qu'une équitation trop forte. Cependant il arrive uae époque où les rapprochements sexuels doivent être permis
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et même ordonnés ; mais on ne peut, avec Hippocrate, fixer aucun terme à la continence : la conduite à tenir sera id subordonnée à l'état général dn sujet. Quelquefois môme il pourra être utile de conseiller le rapprochement sexuel à certains intervalles et avant la guérison complète, afin de prévenir des poUutioos nocturnes.
Prophylaxie. -^ La prophylaxie des excès vénériens varie suivant que ceuxrd
sont l'effet du cmt ou de la masturbation. Il n'y a que les adultes et les Jeunes
gens qui aient la possibilité de se livrer au coït avec excès. Pour les préserver dss
dangers qu'ils courent, il faut parler à leur raison, leur dépeindre sous les couleurs
les plus sombres les périls auxquels ils s'exposent : si la chose est possible, on leur
créera des obstacles aux rapports sexuels, et on les soumettra au régime dont nous
allons parler pour la masturbation, dans le but de diminuer le plus possible la
sécrétion du sperme et l'excitation des organes génitaux. Mais les bons conseils,
les moyens moraux et religieux, ont rarement de l'efficacité pour faire cesser chez
les jeunes gens la pernicieuse habitude de la masturbation. Tous le» appareils de
coercition imaginés sont insuffisants ou dangereux ; la surveillance la plus assidue,
la plus intelligente, est mise en défaut. Dans ces cas, pour diminuer l'activité des
organes génitaux, on doit surtout compter sur les exercices corporels, tels que les
promenades, la gymnastique, la natation, l'escrime ; car, ainsi que l'a dit avec
juste raison Lallemand, aucune surveillance, aucun principe de religion ou de
morale, ne sauraient avoir des effets aussi sûrs qu'une fatigue journalière qui amèoe
chaque soir, an moment où les masturbateurs se livrent à leur manœuvre, un
besoin urgent de repos : cet exercice forcé diminue, en outre, la sécrétion du
sperme ; il modère l'excitation des organes génitaux et l'empire de l'imagination.
Une faire pourtant lorsque l'hygiène, les moyens moraux, religieux, coercitife^ et
Jusqu'aux châtiments, ont tout à fait échoué? Que faire d'un adolescent qui,
trompant la surveillance de tous les instants, se livre avec une sorte de fureur à une
pratique qui épuise déjà sa constitution 7 Dans ce péril, il ne faut pas héûter à
adopter un parti qui, sans doute, est un mal, mais un mal bien moins grand que
celui qu'on veut combattre. C'est ce que J. J. Rousseau a admirablement expmné
dans les lignes suivantes : «Défiez-vous de l'instinct : il serait dangereux qu'il apprit
à votre élève à donner le change à ses sens, et à suppléer aux occasions de les sati»-
faire; s'il connaît une fois ce dangereux supplément, il est perdu. Sans doute il
vaudrait mieux encore... Si les fureurs d'un tempérament ardent deviennent
invincibles, mon cher Emile, je te plains ; mais je ne balancerai pas un moment,
Je ne souffrirai pas que la fin de la nature soit éludée. S'il faut qu'un tyran te
subjugue, je te livre par préférence à celui dont je veux te délivrer : quoi qu'il
arrive, je t'arracherai plus aisément aux fenunes qu'à toi. m L'opinion du grand
philosophe est aussi celle de tous les médecins expérimentés qui se sont occupés
du sujet dont nous traitons ici. Deslandes et Lallemand l'ont adoptée dans kuis
ouvrages avec une grande franchise ; cependant il importe de dire ici, avec ce
dernier, qu'il arrive un moment où cette puissante ressource échappe elle-même,
parce qu'on a trop longtemps attendu. La perversion de l'instinct génital est alors
portée au point que toute femme est prise en aversion, en dégoût.
Y c^t<l c/iex la femme des pollutions cmalogues pour les effets à la spepmatotrhée? — Pierre Frank a répondu affirmativement à cette question; Requin est porté également à l'admettre; enfin, un médecin des hôpitaux, M. Guibont, a publié en 1847, dans V Union médicaley une observation concluante. On sait que, pendant le
coït, le vagin et la vulve surtout sont lubrifiés par un mucus plus ou moins filant ; ce fluide, spécialement fourni par les glandes vulvo-vaginales, est quelquefois extrêmement abondant, et il coule avec une instantanéité telle, qu'on peut dire qu'il est projeté par une éjaculation véritable. Un rêve erotique, la mailurbation, et chez les feomies ardentes, le contact, la vue, le souvenir d'une personne, la marche même, suffisent pour déterminer cette excrétion, qui, en se répétant, amène à la longue à peu près les mêmes inconmiodités, les mômes troubles que la spermatorrhée produit chez Thomme.