DE L EMPHYSÈME
On donne le nom d'emphysème k l'infiltration d'un gaz dans le tissu cellulaire. Cette maladie est caractérisée par une tuméfaction plus ou moins considérable, élastique, sans changement de couleur des parties ; celles-ci, comprimées, Jbot entendre une crépitation particulière, caractéristique, semblable au bruit qu'on obtient en froissant du parchemin ou une vessie sèche. L'emphysème occupe le plus souvent le tissu cellulaire sous-cutané, et parfois aussije tissu cellulaire soosmuqueux, tel que celui qui double la conjonctive, ou bien encore celui qui sépare les tuniques intestinales, plus rarement le tissu cellulaire sous-séreux, et surtout celui des épiploons ; il est probable que dans ce dernier cas, l'emphysème constitue une lésion purement cadavérique.
On a divisé l'emphysème en traumaiique et en spontané. Le premier, qui est
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le plus ordinaire, succède aux plaies contuses, et surtout à toutes les solutions de continuité qui intéressent les fosses nasales, le larynx, la trachée, les poumons et le tube digestif. Dans les cas, beaucoup plus rares, où le gaz est exhalé par le tissu cellulaire lui-même, on dit que l'emphysème est spontané. On a vu celui-ci survenir quelquefois après l'impression du froid, à la suite d'une émotion morale, d'une attaque d'hystérie, dans le cours d'une fièvre continue ou éruptive, à la suite d'une excitation de la peau, comme après des frictions irritantes ou après une contusion de cette membrane; enfin, plus souvent encore, l'emphysème spontané se déclare dans une partie mortifiée ou à son voisinage : la gangrène est, en effet, la cause la plus ordinaire de l'emphysème spontané et circonscrit.
L'infiltration des gaz dans le tissu cellulaire est ordinairement bornée à un espace plus ou moins limité; cependant, dans quelques cas, elle est presque générale, elle peut envahir successivement toute ou presque toute la périphérie du corps. Ces emphysèmes si étendus, fort bien étudiés dans ces derniers temps par MM. Guillot (i), Ozanam (2), Hervieux(3), Roger (4), sont presque toujours consécutifs à quelque rupture des voies aériennes; rares chez l'adulte et chez le vieillard, ils sont presque spéciaux au jeune âge, et paraissent tenir non à des conditions anatomiques spéciales, mais à la fréquence des maladies des voies aériennes à cette période de la vie. Chez des enfants atteints de lésions du larynx, de la trachée, des bronches ou du tissu pulmonaire lui môme, on voit, après des quintes de toux violentes, dans un accès de colère, après des cris, pendant une crise de douleur, ou dans le cours d'un délire violent, c'est-é-dire dans des circonstances où un grand effort a eu lieu, on voit, dis-je, un emphysème se montrer au cou et se généraliser ensuite. Cet emphysème sous-cutané est toujours consécutif à un emphysème puhnonaire vésiculaire, interlobaire ou sous-pleural. L'air infiltré, qu'il suive la direction des bronches, des vaisseaux ou toute autre, finit, en décollant la plèvre viscérale, par^ arriver dans le tissu cellulaire des médiastins, et gagne de là aisément le tissu cellulaire extérieur. Nous reviendrons bientôt sur cet accident et sur les conséquences qu'il peut avoir. (Voyez l'article suivant.)
D'après les caractères que nous venons d'énumérer, il sera facUe de distinguer l'emphysème de l'œdème, qui est la seule affection avec laquelle on pourrait le confondre. Celui-ci, en outre, diffère du premier par l'absence de crépitation, et parce que la partie conserve l'impression du doigt. Il est à peine nécessaire de dire que l'emphysème est quelquefois simulé par des conscrits pour échapper au ser- TÎce militaire, par des mendiants pour exciter la commisération publique ; mais, dans ces cas, on trouvera sur la peau des traces récentes d'une piqûre qui a servi à insuffier de l'air dans le tissu cellulaire.
L'emphysème ne présente, en général, aucune gravité par lui-môme ; son pronostic n'est fâcheux que lorsqu'il est devenu général, ou qu'il siège autour des tuyaux aériens, qu'il comprime.
On s'est demandé si l'air infiltré ne peut devenir toxique, il n'en est rien. 11 se fait pendant quelque temps une sorte d'échange, l'oxygène disparaît et l'acide carbonique augmente, mais celui-ci, môme en excès, n'est cause d'aucun symptôme fâcheux. M. Bernard a pu en injecter de grandes quantités dans le tissu cellulaire des animaux sans presque aucun dommage pour eux.
(1) Archives générales de médecine^ année 18S3. (3) Même recueil, année JSSi.
(3) Même recueil, année i861.
(4) Union médicale^ année 1852, et Archives, année IBGi.
1^ traitemeot de remphysème simple consiste dans la compression et l'a^lication de quelques topiques résolutifs ; si ces nx>yens sont inutiles, si la distenaon des tissus est trop considérable» et si l'emphysème continue à euTahir de nooyeBes parties, on donnera issue aux gaz infiltrés en pratiquant sur la peau des incisioiu ou des mouchetures.
L'emphysème qui se développe après la mort est un phénomène annonçant la décomposition putride : il commence à une époque plus ou moins éloignée ; dans certains cas, à peine quelques heures se sont-elles écoulées depuis le moment de la naort, que déjà la peau est partout soulevée par un fluide élastique. Cette production rapide de l'emphysème se remarque surtout à la suite des asphyxies par le gaz des fosses d'aisances, ou bien après les maladies charbonneaaes, pestilentielles, et quelquefois aussi sur les cadavres des individus emportés par k fièvre typhoïde et par les fièvres éruptives.
DE l'emphysème inteblobulaire des poumons.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de la maladie improprement nommée €nh physème véiicuJaire despcumonsy car cette affection, anatomiquement caractérisée par la dilatation des vésicules, doit être rapprochée de quelques lésions analogues affectant d'autres organes : nous en renvoyons donc l'histoire ailleurs. Nous dirons ici quelques mots d'une lésion qui seule mériterait de conserver le nom d'emphysème, et qui consiste, en effet, en une infiltration d'air dans le tissn c^nlaire qui sépare les lobules pulmonaires : de là le nxKn d'emphyêème mierhMaire ans lequel elle est généralement connue depuis Laennec, qui en a tracé l^ premjèfe description.
Il est commun de le rencontrer à la suite des bronchites capillaires, dans les bronchites chroniques, surtout lorsque les vésicules sont dilatées. Cet emphysème est probablement toujours la suite de la déchirure de quelques vésicoles. Si la lésion est plus étendue, l'emphysème peut se généraliser, gagner les médiastiitt et s'étendre, comme nous l'avons dit plus haut, au tissu cellulaire extérieur. Un violent effort peut-il opérer ces déchirures sans lésion préalable? Je le crois fermement, et c'est ce que semble démontrer du moins la pathologie comparée : ainsi un vétérinaire éminent, Delafond, a démontré que les chevaux de poste destinés au service des courriers extraordinaires et les chevaux de course étaient très- exposés à l'emphysème interiobulaire; il a fait voir, en outre, que cette lésion se produisait quelquefois instantanément chez les chevaux de trait après de violents efforts poor gravir une montée rapide, etc. Rien ne prouve que des gaz ne puiss^it quelqueSsis être exhalés dans le tissu cellulaire des poumons ; nous croyons, contrairGooent à Laennec, que celui qu'on y trouve pénètre par suite d'im acte traomatique.
Anatomie patholo^que. — Lorsque de l'air est infiltré dans les tissus cellulaires intervésiculaire et sous-pleural, on voit à la surface des poumons des saillies irrégylières, dont le volume varie depuis celui d'un grain de chènevis jusqu'à celui d'une noix, d'un œuf et plus : ainsi M. Bouillaud a vu l'air former une poche tellement grosse, qu'elle ressemblait à un estomac. Quand on presse ces saillies avec les doigts, on les déplace, et l'on fait aisément cheminer sur la plèvre le fluide élastique qu'elles contiennent. Cependant, comme Laennec l'observe, l'air, quoique réellement hors des vésicules, ne peut souvent être déplacé par la pression, lorsque, s'étant extravasé au point de réunion des cloisons, il se creuse en ce lieu une petite cavité qui se dessioe à la surface du poumon sous forme de