DE LA VACCINE, OU DE U PROPDÏLÀXII DE LA VARIOLE. H
plus commode et partant prélérableà la méthode des tubes. Mais il fttut reconnaître néanmoins que la vaccination faite atec du virus conservé, n'importe par quel procédé, échoue plus souvent que lorsqu'on inocule un vaccin frais ; il feudra donc, autant que possible, vacdner de bras à bras, c'est-à-dire prendre le vaccin directement sur un enfant.
Le virus-vaccin estril dégénéré depuii Jermer? -— La chose me parait incontestable. Il y a une trentaine d'années, M. le docteur Perdreau ayant découvert du cowpox sur une vache à Passy, M. Bousquet le recueillit, l'inocula sur on bras et vaccina avec l'ancien vaccin le bras opposé. Or il résulta de cette comparaison que le nouveau virus réussissait dans des circonstances où l'autre échouait : le premier donnait des pustules plus larges, plus belles, plus brillantes, et excitait une inflammation et une fièvre plus fortes. Des expériences semblables faites en Angleterre, en Allemagne, en Italie, et renouvelées il y.a peu d'années en France par Magendie et par Fiard, ont donné les mêmes résultats. Le vaccin dégénère donc ; d'où il suit qu'on doit, ainsi que Jenner l'avail d'ailleurs conseillé, le renouveler le plus souvent possible.
La vertu préservatrice de la vacdiiie est-^le absolue, m n'esé-elle que tempùraire? — C'est iâ une question désormais résolue. H est certain, en effet, que la plupart des vaccinés sont définitivement à l'abri d'une atteinte de variole ; cependant on voit tous les jours des sujets portant les traces d'une vaccine régulière être frappés d'une variole légitime ou modifiée. On en a conclu que chez ces derniers la vaccine n'avait qu'une vertu préservatrice temporaire et qu'il fallait procéder à une vaccination nouvelle.
Revaecmations, — La pratique des revaccinations est généralement adoptée dans les pays du Nord ; elle tend aussi à se répandre en France. On peut invoquer en sa faveur qu'une foule d'épidémies de variole, sévissant ches des vaccinés, se sont tout i coup arrêtées dès qu'on eut soumis à la revaccination les individus exposés à la contagion. Ces tsûts sont désormais acquis à la science. C'est à l'aide de la revaccination, appliquée comme méthode générale, qu'on a presque complètement éteint la variole dans les armées prussienne et vmrtembergeoise.
Quoique tous les auteurs qui se sont occupés de la question que nous agitons ici s'accordent à reconnaître qu'il est difficile de préciser exactement l'âge où les revaccinations doivent être faites de préférence, cependant on croit assez généralement qu'il est prudent d'y recourir en cas d'épidémie entre la huitième et la Deuvième année, et hors de ce temps à partir de la quatorzième jusqu'à la trentecinquième. Cette limite est trop restreinte, et comme en définitive une revaccination n'a d'autre inconvénient que d'être inutile, il faut, quand la contagion est à craindre^ y soumettre des individus même beaucoup plus dgés. J'ai revacciné, en effet, avec succès des personnes qui approchaient de la cinquantaine. On revaccinera sans avoir égard à l'aspect des cicatrices, car celles-ci, quelque belles qu'elles soient, n'indiquent pas que la vertu préservatrice de la vaccine sera ou non absolue.
La réussite des revaccinations ne trahit pas toujours d'une manière certaine une aptitude plus grande des individus à contracter la variole : c'est simplement une probabilité. On connaît, en effet, un grand nombre de médecins d'hôpital qui, ayant eu la variole dans leur enfance, qui, soignant journellement des varioleux, se
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sont vaccinés dans ces conditions, et ont tu une vaccine régulière se développer. Il est donc des organisations qui sont aptes à ressentir successivement les effets de la variole et de la vaccine, on ceux de la vaccine et de la variole ; nous savons aussi qu'il en est chez lesquels une première atteinte de variole ne préserve pas d'une seconde, et qu'il en est beaucoup d'autres qui peuvent ressentir plusieurs fois les effets du co^pox, ainsi que Jenner l'a d'ailleurs établi le premier. Si donola variole n'est pas toujours un préservatif certain, absolu par elle-même, il serait injuste de vouloir exiger plus de la vaccine. Mais s'il est vrai (et cela est incontestable) que la vaccine ne met pas nécessairement à l'abri d'une variole consécutive, il est certain du moins qu'elle rend celle-ci tellement bénigne, que la mort en est rarement le résultat. Ainsi, tandis qu'en 1841 la variole a emporté en France plus d'un septième de ceux qu'elle a atteints et qui n'avaient pas été vaccinés, la mortalité n'a été que de 1 sur 100 pour ceux qui ont contracté la maladie après avoir eu la vaccine (Gaultier de Claubry). L'épidémie de "Marseille de 1828, et celle que Thomson a observée à Edimbourg en 1818, ont même prouvé que la variole avait été moins souvent funeste chez les sujets vaccinés que chez les individus qui avaient eu antérieurement une petite vérole. Quoi qu'il en soit, presque tous les vaccinés qui sont impressionnés par la contagion variolique ont une varioloïde plutôt qu'une variole ; et dans les cas rares où il y a variole, on trouve que l'éruption dans les trois quarts des cas est très-discrète. La variole peut même être modifiée dans ses symptômes et dans sa marche, lorsqu'elle se développe concurremment avec la vaccine. Cette modification sera d'autant plus marquée, d'autant plus sûre, que la vaccine sera parvenue à une période plus avancée au moment de l'éruption variolique. II est également avéré, et je l'ai constaté moi-même, que, lorsque la vaccination est faite pendant la période d'incubation de la variole, celle-ci peut modifier la vaccine dans ses principaux phénomènes locaux : ainsi l'aréole inflammatoire est à peine marquée ; l'engorgement du tissu cellulaire est peu sensible ou manque même complètement, et les cicatrices succédant à la chute des croûtes sont moins profondes. M. Clérault, qui a étudié cette question dans sa thèse (1845), a trouvé que, sur 40 cas de vaccine compliquée de variole, la première a présenté 35 fois les modifications que je viens de signaler. D'autre part, on voit en même temps cette vaccine, modifiée dans son aspect par le milieu dans lequel elle se développe, modifier à son tour l'éruption variolique, et transformer la variole en varioloïde.
Qu'est-ce que le virus-vaccin ? — On a pu juger, d'après ce qui précède, de l'analogie et des différences qui existent entre l'éruption variolique et l'éruption vaccinale. Mais quel rapport y a-t-il entre les deux virus î On a soutenu que le virus-vaccin n'était rien autre que le virus varioleux, qui, inoculé à la vache, . se serait modifié et adouci. Quelques expérimentateurs étrangers ont été assez heureux pour avoir inoculé la variole à la vache, et retirer de l'éruption qu'ils provoquèrent chez elle le virus-vaccin. En France, les inoculations de la variole aux animaux sont restées sans résultats ; toutefois ces insuccès ne sauraient mettre à néant les faits positifs. Les expériences devront être multipliées encore et variées. On a dit aussi que le cowpox ne se développait pas spontanément sur le pis de la vache, mais qu'il était lui-même le résultat d'une affection transmise du cheval à la vache, et nommée eauœ aux jambes, javart, etc. ; affections encore mal décrites^ comprenant certainement des lésions très-distinctes, ce qui explique les résultats fort contradictoires annoncés par les auteurs. Quoi qu'il en soit, Jenner, sans
DE LA VARIOLOIDE. U7
pouvoir iovoquer aucune preuve expérimentale, a défendu jusqu'à sa mort l'idée qae le cowpox serait une maladie transmise du cheval à la vache. Mais cette maladie, quelle est-elle ? Est-elle l'effet d'un virus spécial ? Ne serait-elle pas plutôt la variole elle-même, plus ou moins modifiée par le milieu dans lequel elle s'est développée? C'est là une opinion plusieurs fois émise déjà, qui vient de faire un nouveau pas dans ces derniers temps, et qu'a défendue avec talent et par des preuves près- <fae décisives M. le professeur Depaul, dans une discussion encore pendante en ce moment à TAcadémie de médecine (1).
Degré dvHHié de la vaccine ? — Il est des auteurs enthousiastes qui ont fait de la \accine une panacée pour toutes les maladies de l'enfance, tandis que ses détracteurs l'ont accusée de produire le rachitisme, les scrofules et la phthisie. L'observation a depuis longtemps fait justice de toutes ces assertions. On peut affirmer auioord'liui que la vaccine ne guérit aucune des maladies de l'enfance et qu'elle ne peut préserver les individus d'aucune autre affection que de la variole.
Que dire de cette étrange doctrine mise en avant par un mathématicien complètement étranger aux sciences médicales, et défendue par un ou deux médecins amis du paradoxe, savoir, que la vaccine aurait transformé la variole en fièvre typhoïde, et qu'en faisant disparaître à peu près la première, elle aurait donné naissance à une maladie non moins dangereuse, et transporté la mortalité du jeune Age sur l'âge adulte, de sorte que l'humanité aurait plutôt perdu que gagné à la pratique des vaccinations ? Le bon sens, comme la science, proteste contre une pareille hérésie, et il n'est pas besoin d'apprendre à des médecins tant soit peu instruits que la fièvre typhoïde n'est pas nouvelle ; qu'avant le bienfait de la vaccine, elle exerçait les mômes ravages que de nos jours, et qu'elle respecte aussi peu les vaccinés que ceux qui ont été varioles : c'est ce que la pratique des hôpitaux nous enseigne journellement.
DE LA VARIOLOÏDE.
SuoniMiB.— Variole modifiée, et bien i tort TarieeUepastoleaiieombiliquée.
Le mot variololde a été proposé par Thomson pour désigner une éruption cutanée pustuleuse, qu'on n'observe guère que chez les sujets vaccinés ou chez ceux qui ont eu déjà la variole ; elle ne diffère de cette dernière affection que par la rapidité de sa marche et .par l'absence de toute fièvre secondaire.
Historique. -^ La varioloïde n'est point une affection nouvelle, comme quelques personnes l'ont pensé. Si, en effet, on parcourt la relation des principales épidénoies de variole que les anciens nous ont laissée, on voit que ces auteurs ont «oavent remarqué que des individus ayant eu déjà une variole à une époque plus ou moins éloignée contractaient parfois une éruption varioliformey dont ils n'ont JMS tu tot^urs bien définir les caractères, et qu'ils ont décrite, soit comme une varicelle, soit comme une variole ordinaire ; mais leur description a plus de rapports avec celle que nous allons présenter de la varioloïde. Quoi qu'il en soit, ces varioles consécutives ou modifiées ont plus spécialement fixé l'attention des médecins depuis l'introduction de la vaccine. Symptômes. Marche. — La variole s'annonce par les mômes symptômes pro-
(1) Ce passage est écrit le 3 février 1864.
as DES FIÈVRES ÉRUPTIVES.
dromîques que la variole. Nous les avons vus aussi intenses, aussi violents que dans les varioles confluentes. L'éruption commence du troisième au quatrième jour par des taches rouges, au centre desquelles est une papule dure et saillante. Elle se fait parfois presque simultanément sur tout le corps ; plus souvent, plusieurs éruptions successives ont lieu à un ou deux jours de distance. Le nombre des boutons varie ; dans quelques cas on n'en trouve que dix à douze disséminés sur la figure, sur le tronc et sur les membres : le plus souvent leur nombre dépasse cent ; enfin, il n'est pas rare de voir l'éruption être plus abondante, être même confluente et recouvrir la presque totalité du cx)rps. Dès le lendemain de leur apparition, les élevures contiennent un fluide séreux ; vers le troisième et le quatrième jour, elles sont aplaties, et pour la plupart ombiliquées ; elles résistent au toucher, et sont entourées d'une aréole rouge. Au sixième jour, le liquide qu'elles renferment est opaque : il commence à se concréter dès le septième ; la dessiccation est complète partout, du huitième au dixième. I^efi malades n'exhalent pas alors l'odeur fétide qu'on remarque chez les varioleux. Enfin, à k chute des croûtes, on trouve rarement de petites cicatrices circulaires, mais ce sont plus souvent de simples taches violacées pouvant persister plusieurs mois, ou bien ce sont des points indurés, des espèces de tubercules coniques ou pointus qui se résolvent spontanément et très-lentement, c'est-^*dire apiès une ou plusieurs semaines, et qui laissent après eux une coloration ardoisée qui ne s'éteint que tardivement. Ces tubercules ne se voient jamais dans la variole, parce que la suppuration du disque a été complète. La varioloïde s'accompagne au début, de fièvre, d'inappétence et de malaise ; comme dans la variole, on observe aussi du plyalismo, car une éruption analogue à celle de la peau a lieu dans la bouche et dans le pharynx ; l'intumescence de la face apparaît à la même époque que dans la variole, et elle peut être aussi marquée que dans celle-ci. Mais ce qui distingue essentiellement la variole de la varioloïde, c'est que dans cette dernière la fièvre secondaire ou de suppuration manque complètement, c'est-à-dire que parvenue au septième ou huitième jour de l'éruption, celleci avorte, se dessèche brusquement ; le malade est donc guéri, ou du moins il entre en convalescence précisément au moment môme où il serait le plus souffrant et exposé à plus de périls s'il avait une variole légitime.
La varioloïde pourtant n'est pas toujours aussi régulière ; sa marche peut être même différente pour les boutons qui ont apparu le même jour. Si, en effet, la plupart ne contiennent du pus qu'après six ou sept jours, il n'est pas rare pourtant de voir des pustules se former en vingt-quatre heures, et présenter déjà un commencement de dessiccation dès le deuxième ou le troisième jour. D'autres boutons restent stationnaires, et finissent par se résoudre sans se transformer en pustules. Il résulte de cette marche irrégulière de l'éruption qu'on peut trouver à la fois sut le môme individu des papules, des vésicules, des pustules et des croûtes : c'est là une circonstance qu'on ne rencontre pas dans la variole. Ce sont ces varioloïdes discrètes à marche très-rapide, qui sont souvent désignées sous le nom d'én^tiom varioliformes, et que beaucoup confondent avec la varicelle (voyez cette maladie).
Durée. Terminaison. — La varioloïde a une durée de huit à douze jours. Sa terminaison est presque constamment heureuse : c'est à peine si l'on a cité quelques cas de mort. Pour ma part, je n'en ai encore rencontré aucun exemple pendant une observation de trente -cinq années dans les hôpitaux de Paris.
Diafl^nostic. — En résumé, les varioloïdes dont la marche est régulière ne diffèrent point des varioles discrètes pendant le premier septénaire ; les prodromes et les caractères primitifs de l'éruption sont en effet les mêmes dans les deux cas ;
DE LA VARICELLE, OU PETITS VÉROLE VOLANTE, OU VÉROLBTTE. ttO
mais, plus tard, nous trouvons une différence capitale, car la fièyre secondaire* au de suppuration, qui existe constamment du septième au huitième jour de réruption de la variole, manque au contraire tot^'ours si c'est une varioloïde. Cette dernière présente aussi, dans la plupart des cas, une grande irrégularité dans la manièoe donf l'éruption se fait et dans la marche qu'elle suit. Enfin, on observe raremei^à sa suite les cicatrices qui sont si communes apjfès la variole, tandis qu'on voit use induration tu2>erculeuse qui, après avoir persisté quelque temps, se résout ensuite qiontanément sans laisser de vestiges.
La variolotde n*est qu'yne variole moâifiée» — Ce sont, en effet, deux variétés d'une maladie unique^ On a prétendu trouver des différences anatomiques entre les pustules de la première et celles de la seconde ; mais il n'y a rien de fondé à cet égacd, car les dissections ont démontré que les pustules avaient la même structure dans les deux cas ; toutes contiennent un disque pseudo-membraneux qui offre seulement un peu moins de développement dans les pustules de la varioloïde. Tous ces faits semblent donc démontrer que la variole et la varioloïde ne constituent que deux variétés d'une môme affection. Mais d'autres considérations prouvent encoce l'identité des deux maladies. Ainsi la variole et la varioloïde existent simultanément dans la même épidémie : on a vu fréquenmient la variole donner naissance à la. varioloïde, et réciproquement. Enfin, quelques médecins, ayant eu la témérité d'inoculer le pus de la varioloïde, ont souvent produit des petites véroles qjui ne différaient en rien des varioles spontanées ; d'autres fois, l'éruption suivait la marche qu'on observait jadis dans la variole inoculée : c'est-à-dire que des pusr tul^ se développaient d'abord au niveau des piqûres ; puis, au septième jour,.k fièvre, le lumbago, les nausées, survenaient, et une éruption consécutive se faisait sur le reste du corps. Ainsi, la variole et la varioloïde sont produites par le même virus ; ces deux maladies sont identiques : la varioloïde n'est donc, cooune on l'a dit, qu'une variole mocit/S^e, qu'on n'observe guère, ainsi que nous l'avons déjà étaibli, que chez des sujets qui ont eu antérieurement la petite vérole, et surtout chez ceux qui ont été vaccinés. Les cas de varioloïde primitive, c'est-^-dire survenant chez des individus n'ayant jamais été ni vaccinés ni contaminés par la variole, du moins pendant la vie extra-utérine, sont rares ; cependant j'en ai observé plusieurs. IL Gendrin en cite aussi quelques exemples, et M. Mohl (de Copenhague) en a vu dix-sept cas. La varioloïde peut afl'ecter plusieurs fois le ménie indir ridu : elle a d'ailleurs la même vertu préservatrice contre la variole que la varioU elle-môme.
Pronostic. — La varioloïde tue rarement les sujets qu'elle frappe ; je ne l'ai jamais vue avoir une issue funeste, même quand elle a atteint des convalescents^ des sujets affaiblis par une maladie antérieure. Cette terminaison pourtant peut avoir lieu lorsque la maladie se complique d'accidents nerveux, d'hémorrbagie et de laryngo-trachéite : c'est ce qu'on a observé plusieurs fois, dit-on, pendant l'épii demie meurtrière de variole qui régna à Marseille en ISS"^.
Traitoment. — Le traitement est le même que dans la variole discrète et bénigne.
DK LA varicelle; OU PETITE VÉROLE VOLANTE, OU VÉROLETTE.
Je réserve le mot varicelle pour désigner une maladie fébrile caractérisée pat l'éruption d'un nombre plus ou moins considérable de vésicules, dont le liquide
120 DES FIÈVRES ÉPDPTIVES.
devient bientôt opalin, purulent, et qui se dessèchent du quatrième au sixième Jour après leur apparition.
Quelques auteurs, M. Rayer en particulier, ont compris sous le nom de Taricelle, non-seulement Téruption dont je parle, mais encore toutes les affections Tarioliformes qu'on observe chez les sujets vaccinés et dont j'ai traité dans l'article précédent. On a prétendu, en effet, que, quelque différentes qu'elles fussent entre elles sous le rapport de leurs caractères extérieurs, ces diverses éruptions étaient néanmoins identiques, qu'elles avaient la même origine, la même source, qu'elles étaient, en un mot, produites par le môme contagium. Le professeur Thomson (d'Edimbourg), qui un des premiers a soutenu cette doctrine erronée, a fondé son opinion : l® sur l'existence simultanée de la variole et de la varicelle dans le cours d'une épidémie de variole ; 2<> sur ce que la varicelle ne se rencontre que chez des sujets ayant eu, plus ou moins longtemps auparavant, une variole ou une vaccine ; 3° enfin, sur la possibilité de produire une variole avec la varicelle, et réciproquement.
On a contesté avec raison à Thomson l'exactitude de tous ces faits. C'est ainsi que la varicelle a régné parfois, même épidémiquement, sans être accompagnée de variole ; elle affecte, en outre, fréquemment des sujets qui n'ont été ni vaccinés ni varioles, et chez eux l'éruption ne diffère en rien de celle qu'on observe chez les individus qui ont la varicelle consécutivement à la variole ou à la vaccine. On a aussi nié que la varicelle pût produire la variole, et réciproquement. Enfin, on a môme contesté à la varicelle vésiculeuse tout caractère contagieux ; c'est une opinion que je partage. Nous croyons donc que la varicelle constitue une affection distincte de la variole comme elle l'est de la varioloïde : et si elle est contagieuse, chose contestable, son virus n'est pas le môme que le contagium variolique.
Ssrmptômes. Marche. — L'éruption qui caractérise la varicelle est précédée pendant vingt-quatre, trente-six ou quarante-huit heures, par du malaise, par de la céphalalgie et delà fièvre ; il y a assez souvent aussi des vomissements et des douleurs épigastriqucs. Ces symptômes varient beaucoup d'intensité ; ils diminuent, et presque toujours môme ils cessent au moment de l'éruption.
Celle-ci est caractérisée par des vésicules existant en nombre plus ou nKnns considérable, et dont la disposition variable a fait admettre deux formes ou variétés de yaricelle. Dans la première forme, à laquelle les auteurs anglais ont donné le nom de chicken-pox, on voit d'abord apparaître de petites taches rouges semblables à des morsures de puce, qui se transforment pour la plupart, dès le lendemain de leur apparition, en vésicules, dont les unes pointues et les autres aplaties sont remplies d'un liquide qui reste rougeâtre pendant un ou deux jours. Au bout de ce temps, la sérosité devient opaque, lactescente ; en môme temps les vésicules se flétrissent. Au cinquième jour, elles conunencent à se dessécher, et vingtquatre heures plus tard elles sont remplacées par de petites croûtes minces et brunâtres qui tombent du neuvième au dixième jour : telle est la forme la plus fréquente de la maladie.
Dans la deuxième forme de la varicelle, appelée swine-pox par les médecins anglais, ou varicelle comide par Willan, on commence, comme dans la forme précédente, par observer des-taches lenticulaires rouges au centre desquelles apparaît bientôt une vésicule conoïde plus volumineuse que celle du chichen-poXy dont le liquide se trouble dès le deuxième jour et qui sont entourées d'une aréole inflammatoire. Stationnaires les quatrième, cinquième et sixième jours, elles commencent à se dessécher au septième, et lorsque les croûtes jaunâtres qui leur suc-
DE LA ROUGEOLE. r2l
cèdent iriennent à tomber, il n'est pas rare de trouver à leur place de petites cicatrices.
n faut rapporter à cette dernière forme de varicelle la variété qu'on a décrite sous le nom de varicelle pustuleuse globuleusey à cause de l'aspect arrondi et globuleux de l'éruption. Mais on a tort de la nonuner pustuleuse, puisque, d'après la remarque de W illan, l'état pustuleux est consécutif ; il n'est apparent, en effet, qu'au deuxième jour de l'éruption, celle-ci étant d'abord constituée uniquement par des Tésicules. Je ne dirai rien de la varicelle papuleme : cette dernière existe concurremment avec les varicelles dont je viens de parler, elle est caractérisée par des papules qui avortent ou qui se résolvent après quelques jours de durée.
Les vésicules de la varicelle sont le siège d'un prurit plus ou moins vif, ce qui souvent porte les malades à les déchirer. Elles sont en nombre plus ou moins considérable. Presque toujours discrètes, on les a vues très-rarement être confluentes et seulement par places. Dans la plupart des cas, elles conunencent à être visibles au tronc avant d'occuper la face. En général, on observe pendant plusieurs jours des éruptions successives, de sorte qu'on peut voir sur le même individu la maladie parvenue à des degrés difTérents.
Diagnostic. — La varicelle se distingue de la variole comme de la varioloïde par le caractère toujours vésiculeux de l'éruption, par l'absence de toute dépression omiuliquée et par sa marche plus rapide. En effet, la maladie, en y comprenant les prodromes, l'éruption et la dessiccation, se termine entre cinq et huit jours. Les caractères extérieurs de l'éruption feront toujours aisément distinguer la varicelle de ces varioloïdes discrètes à marche rapide, qu'on nomme éruptions varioliformes. Ajoutons, en outre, qu'au point de vue anatomo-pathologique, il y a aussi une différence considérable, puisque dans la pustule de la variole, comme dans celle de la varioloïde, il existe toujours sur le derme enflammé un disque pseudomembraneux, tandis que dans la vésicule de la varicelle celui-ci fait complètement défaut.
Pronostic. — Le pronostic n'offre aucune gravité.
Atlolo^e — La varicelle est beaucoup plus fréquente dans l'enfance, sans être pourtant exclusive à cet âge, comme on l'a prétendu bien à tort. Les causes qui y donnent lieu sont tout à fait inconnues. Cette affection est-elle contagieuse? Il y a dans la science des faits assez nombreux, observés notanunent par Willan, FontaneiUe et Eichhom, qui semblent prouver que les différentes variétés de varicelles que nous avons reconnues peuvent être t^nsmises par inoculation. Ce fait cependant n'est pas encore parfaitement établi pour moi ; si je n'avais égard qu'à ce que j'ai vu moi-même, je contesterais tout à fait la nature contagieuse de l'affection.
Traitement. — Le traitement de la varicelle consiste dans l'usage de boissons douces prises tièdes, dans le séjour au lit, ou du moins dans l'appartement au milieu d'une température convenable, et dans l'absence d'aliments solides.
Sncmma, ~- Mcrbilli; fièvre morbiUeuse.
La rougeole est un exanthème contagieux précédé de fièvre, de larmoiement, de coryza, de toux, se caractérisant extérieurement par de petites taches rouges, irrégulières, la plupart très-légèrement saillantes, qui, disparaissant verslc septième
122 DES FIÈVRES ÉRUPnVES.
ou le huitième jour de la maladie, sont suivies quelquefois d'une desquamatioD partielle, furfuracée, et laissent souvent à leur place une teinte ardoisée du derme qui s'éteint après un petit nombre de Jours.
Historique. — Willan, à l'exemple de Femel, de Sennert^ de Triller et de beaucoup d'autres, n'a pas réussi à prouver que la rougeole ait été connue des^ Grecs et des Romains. Les savantes recherches de Gruner démontrent qu'originaire de l'Asie, elle apparut en Europe en même temps que la variole. Rbazès,. qui en trace la première description exacte, ne signale pas en effet la rougeole comme étant, à l'époque où il vivait, une affection nouvelle. Le mot mùrbUHy par lequel la rougeole est souvent désignée dans les auteurs anciens, a été proposé dans le xi<* siècle par Constantin dit l'Africain, et signifie petite peste, parce qu'elle eut probablement alors une gravité qu'elle a rarement aujourd'hui (I). La rougeole a été l'objet d'un grand nombre de travaux. Le plus ancien est celui de Rhazès, dan» lequel la rougeole est mal définie et mal distinguée de la variole. Cette eonfusioD existe d'ailleurs dans la plupart des traités anciens, dans lesquels les deux maladies sont regardées à peu près comme identiques et ne diffôiant que par l'intensité. F. Hoffmann un des premiers (2), de Haen (3), Rosen (4), Sydenham (5), Borsieri (d), sont les auteurs qui établirent le mieux la rougeole en espèce distincte, et en tracèrent une bonne description. Les médecins contemporains n'ont guère ajouté aux connaissances antérieures que des indications plus précises sur les complications de la maladie. Nous renverrons surtout à l'ouvrage de M. Rayer sur les maladies cutanées.
Description de la maladie. — La rougeole simple (rub. vulgaris) présente quatre périodes, qui sont : Vincabationf l'tnvoston, VérupHony la desquamation.
Première période. — Je ne dirai rien de la période d'incubation, c'est-à-dire dit temps qui s'écoule depuis le moment que le virus pénètre dans l'économie jusqu'à la manifestation du premier malaise, car durant cette période on n'observe aucun dérangement appréciable dans la santé. Sa durée est variable, mais elle me parait être en moyenne de six à sept jours.
Deiixiéme période, ou invasion, — Le début de la rougeole est marqué par des frissons irréguliers, par des lassitudes, par un malaise général, par de l'inappétence, de la céphalalgie, de la fièvre et souvent par des épistaxis. A ces symptômes, dont l'intensité varie, se joignent, le deuxième jour, des signes de simple- Auxion ou d'inflammation du côté de plusieurs membranes muqueuses ; les conjonctives s'injectent, et il y a du larmoiement ; les fosses nasales laissent échapper un fluide séreux ; elles sont le siège d'un prurit incommode qui excite l'éternument. Quelques malades même accusent un léger mal de gorge ; presque tous se plaignent d'oppression et de douleur stemale ; ils sont enroués ; ils toussent par quintes répétées, fatigantes, sans jeter aucun crachat (toux férine) ; l'auscultation de la poitrine fait souvent reconnaître alors l'existence de râles sibilants et ronflants disséminés. Ces symptômes s'exaspèrent le jour suivant ; parfois, chez les enfants, il s'y joint un peu d'assoupissement, du délire, et très-exceptionnellement quel-^
(1) Dans le moyen ftge, le mot morbus signifiait spécialeiaent peste.
(2) Opérait, II, p. 62.
iZ] Ratio med.,1. IV, p. 87.
(4) Maladies des enfants, chap. xiv.
(^) Médecine pratique, 1. 1, p. 2?6 et 279, édit. de Baumes.
(0) Instit. med. pract., t. III, p. 101.
ques mouvements convalsifs. Chez d'autres, il y a des vomissements et de la diarrhée. En généra], la peau n'est le siège d'aucune sensation spéciale ; sa température est élevée, mais généralement elle Test à un degré moindre que dans les autres fièvres éruptives. Des sueurs plus ou moins abondantes se montrent fréquemment au moment où Téruption s'opère.
Cette période dure communément de trois à quatre jours, rarement moins, souvent davantage. Il n'est pas rare, en effet, de voir les symptômes précédents s'amender, faire place à une demi-convalescence, pour reprendre de nouveau, et ce n'est parfois qu'après un ou deux de ces efforts que l'éruption se déclare. De toutes les fièvres éruptives, c'est la rougeole qui a les prodromes les plus longs.
Trwiéme périodey ou érupdaru — • L'éruption cutanée se fait conununément du troisième au quatrième jour de 1 invasion ; elle est caractérisée par de petites taches rouges irrégulières, ayant cependant, pour la plupart, les dimensions et à peu près la forme des morsures de puce. La plupart forment une légère saillie : elles disparaiseent momentanément sous la pression du doigt, et sont parfois le siège d'un léger prurit. Ces taches, d'abord visibles à la face, sur le menton, au front et sur les joues, se montrent ensuite au cou, sur la poitrine et le dos ; elles envahissent plus tard l'abdomen et les membres. L'éruption est souvent complète au bout de quelques heures ; mais dans la plupart des cas, elle ne l'est que douze ou \ingtquatre heures après, A cette époque, la face est souvent très-tuméfiée ; vue à une petite distance, elle parait uniformément rouge, mais en l'examinant de près, on reconnaît le caractère des taches, qui sont ici très-confluentes ; les paupières sont alors tuméfiées au point de gêner la vision. Les taches rubéoliques offrent beaucoup d'irrégularités et de dissemblance entre elles. Elles sont tantôt parfaitement distinctes ; d'autres fois, réunies en plus oU moins grand nombre, elles forment de larges plaques rouges, à la surface desquelles le doigt sent de légères inégalités. On a dit que les taches de la rougeole avaient toujours la forme d'un croissant ou d'un arc de cercle ; mais, en les examinant attentivement, on ne tarde pas à se con^-aincre qu'elles ont toutes les formes imaginables, et qu'elles présentent dans leur configuration et leur disposition la plus grande irrégularité ; c'est même là un de leurs caractères essentiels. La coloration n'est pas non plus aussi partout la même : la rougeur, en effet, a des nuances différentes suivant les points où on l'étudié ; dans aucun cas, d'ailleurs, elle ne ressemble à celle de la scarlatine. J'ai dit tantôt que les taches rubéoleuses faisaient à peine saillie ; mais parfois, surtout à la face, elles sont plus dures, plus proéminentes, il semble qu'il existe un érythème : on dit alors que la rougeole est baïUonneuse.
En général, lorsque l'éruption est complète, le malaise et la fièvre diminuent, il n'est même pas rare que celle-ci cesse tout à fait ; mais la plupart des symptômes que nous avons notés du côté des membranes muqueuses persistent encore. Si les signes de catarrhe oculaire et de coryza se sont amendés ou même ont cessé, on voit, par contre, que l'enrouement, que la toux et l'oppression ont augmenté. Ces symptômes ne dépendraient-ils pas d'une éruption qui se serait produite dans les bronches et dans les voies aériennes supérieures ? La chose est probable, on peut d'ailleurs se convaincre que l'éruption peut atteindre les membranes muqueuses : en effet, il est ordinaire de voir, pendant le troisième stade, qu'une éruption absolument semblable à celle de la peau existe sur la muqueuse qui tapisse la voûte palatine. Je l'ai également constatée sur la membrane palpébrale.
A cette période de la rougeole, l'inappétence est complète, la soif souvent vive, la langue rouge, couverte d'un enduit épais ; les gencives, colorées, sont parfois
tapissées d'une matière pultacée ; quelques malades accusent dant la bouche une chaleur qu'explique très-bien l'injection morbilleuse de la muqueuse. Mais, outre ces troubles, il est assez commun, surtout chez les enfants, de voir survenir, pendant que l'éruption se fait à la peau, une diarrhée abondante, formée de matières muqueuses, jaunâtres, souvent très-infectes, qui cesse, en général, spontanément après une durée de six à douze heures.
Telle est la physionomie de l'affection dans sa période la plus aigué, c'est-Â-dire, dans les quarante-huit ou soixante-douze premières heures. La maladie décline bientôt, car dès le troisième ou le quatrième jour de l'éruption, les taches pâlissent ; elles prennent une teinte jaune pâle ou un peu bleuâtre ; souvent eflles ne disparaissent plus ou ne disparaissent qu'incomplètement quand on les oomprioie ê^ffi les doigts ; la fièvre s'éteint alors, et les symptômes de catarrhe diminuent ou même cessent pour la plupart.
Quatrième pàHode y ou desquamation» — Chez le plus grand nombre de malades, on n'observe pas de desquamation bien appréciable. Dans quelques cas cependant, on voit, du huitième au douzième jour de la maladie, l'épiderme se séparer dans plusieurs points, surtout à la face et le long du cou, sous forme de lamelles furfu racées. La peau peut aussitôt ne plus rien présenter d'anormal dans son aspect, mais très-souvent pourtant, lorsque surtout l'éruption a été intense, elle reste comme tigrée. Elle est marquée de taches ardoisées, ne disparaissant pas par la pression et ayant la configuration des taches rubéoliques. C'est là une teinture du derme fort commune à la suite de quelques exanthèmes, qu'on retrouve sur quelques muqueuses après leur inflammation, et qui résulte de l'imprégnation des tissus par la partie colorante du sang ; ces stigmates s'éteignent après quelques jours, mais ils peuvent persister encore après douze ou quinze jours.
L'éruption finie, on voit communément la convalescence s'établir franchement, toutes les fonctions revenir vite à leur état normal. Il n'est pas rare pourtant que la bronchite continue longtemps encore pendant la convalescence ; la voix reste rauque ; mais, bien que la toux puisse persister encore, elle est pourtant beaucoup moins incommode qu'au début. C'est à cette période, ou à la fin de celle qui précède, que beaucoup de malades, d'après la remarque fort juste de Chomel, rejettent des crachats opaques, floconneux, déchiquetés, nageant dans un liquide trouble, ou bien des crachats uniformément purulents et nummulaires, d'autres striés de lignes opaques, tels enfin qu'on les observe dans la deuxième et dans la troisième période de la phthisie pulmonaire.
Variétés. — Je viens d'exposer quels sont les symptômes et la marche la plus ordinaire de la rougeole. Cette maladie, pourtant, ne se présente pas toujours avec les mômes caractères. Il y a des cas, en efTet, où des symptômes importants manquent, d'autres fois ils prédominent, ou bien encore la maladie ne présente plus cette succession réguUère que nous avons précédemment notée, et elle se complique d'accidents plus ou moins sérieux.
L'affection catarrhale des muqueuses, qui est un des symptômes les plus remarquables des périodes d'invasion et d'éruption, peut faire complètement défaut : c'est la rougeole sans catarrhe, dans laquelle on voit môme la fièvre être peu intense et n'avoir qu'une durée éphémère ; l'éruption constitue alors toute la maladie. A l'inverse de tout ce que je dis ici, on verrait des individus qui, infectés par le virus morbilleux, ne présenteraient que les phénomènes prodromiques, c'est-àdire une fièvre plus ou moins intense avec les symptômes de catarrhe (coryza, lai^ moicment), toux quinteuse, tandis que l'éruption caractéristique manquerait com-
plétement : ce serait la rougeole sans éntpiiony ou morMlli sine morbillis. La rougeole sans éraption est une espèce de dogme qui règne dans la science, et qui peut-être n'est établi que d'après des faits incomplets. L'éruption rubéolique n a pas toujours la marche et la durée que nous avons décrites plus haut, il arrive parfois qu'eDe se limite à quelques points du corps au lieu d'envahir toute sa surface ; elle peut n'avoir qu'une durée éphémère et disparaître inopinément pour ne plus se reproduire. N'a-t-on pas cru trop aisément ici à l'absence d'une éruption qui n'était que méconnue ? C'est ce que je suis porté à admettre. Quoi qu'il en soit, lorsque les anomalies dont je parle ont lieu, les individus n'en sont pas moins préservés de la rougeole, comme si la maladie n'avait rien présenté d'insolite dans sa marche.
Il y a des rougeoles graves diversement dénommées suivant le genre d'accidents qui, en prédominant, semble les caractériser davantage. Ainsi, il existe une rougeole hémorrhagique, caractérisée non-seulement par des hémorrhagies qui ont lieu coimne dans la variole, par diverses voies, mais dans laquelle on remarque surtout des ecchymoses et du purpura ; les taches rubéoleuses deviennent ellesmêmes ecchymotiques : c'est la rougeole noire de Willan. Cette espèce, quoique pouvant se montrer chez des sujets forts, atteint néanmoins de préférence les individus affaiblis originairement ou par une cause accidentelle quelconque.
Dans certaines épidémies on a vu, en dehors de toute complication phlegmasique grave, survenir, parle seul fait de l'intoxication morbilleuse, l'appareil symptomatique des fièvres graves, tantôt avec résolution des forces, avec des fuliginosités des dents et de la langue {rougeole adynamiqué)y tantôt avec le délire, les soubresauts des tendons, les roideurs qui caractérisent la forme ataxique {rougeole maligne ou alaxiqué).
Enfin, on a admis des rougeoles seulement anomales^ et qui n'offrent pas le danger des précédentes. Ce sont celles dans lesquelles l'éruption apparaît ou plus tôt ou l>eaucoup plus tard ; celles encore où elle se montre sur les membres avant d'envahir la face, ou bien encore où elle cesse prématurément sans cause appréciable. Ces métastases qui ont lieu spontanément, ou par l'impression du froid, sont moins fâcheuses que ne supposent la plupart des médecins ; elles ne le sont guère que lorsqu'il existe quelque complication viscérale dont la métastase est presque toujours l'effet, et dont elle est très-rareiùenl la cause déterminante.
Complications. — Diverses complications peuvent entraver la marche de la rougeole : les plus fréquentes, et cela à tous les âges de la vie, sont la pneumonie et la bronchite capillaire. Chez les jeunes sujets, on observe encore Irôs-fréquemroent une entéro-cohte ; quelques-uns, dans les hôpitaux surtout, succombent à la gangrène de la vulve, de la bouche et des poumons ; les affections des méninges et du cerveau, ainsi que le croup, surviennent beaucoup plus rarement que les complications qui précèdent.
La rougeole peut se compliquer d'autres éruptions. Diemerbroek et de Haen dtent des cas curieux où la variole et la rougeole auraient existé ensemble. La plupart de ces faits sont rapportés dans la thèse soutenue en J847 (n° 102) par M. Willemain. 11 résulterait de ces observations que lorsque les deux virus coexistent chez le môme individu, si c'est la variole qui se déclare la première, cette éruption suspendrait momentanément sa marche, tandis que la rougeole suivrait ion cours ordinaire. Si, par contre, celle-ci apparaissait la première, les deux éruptions auraient, d'après M. Willemain, leur cours régulier et sans se modifier. Enfin la variole et la rougeole se déclarent-elles en même temps, il parait que les
deux éruptions se développeruentsimaltanémentetd'upe manière régulière. Disons, en terminant, combien il est rare d'observer de pareilles coïncidences ; Je n'en ai jamais rencontré. Très-souvent, surtout lorsque les deux éruptions semblent marcher simultanément, certains médecins, toujours enclins à voir des cas extraordinaires, ont regardé comme appartenant à la rougeole une simple éruption érythémateuse, ou bien une roséole toujours éphémère, et qu'il est facile pourtant de ne pas confondre avec l'éruption morbilleuse. (Voyez ces maladies.)
ICaladies consécatives. — Diverses affections peuvent survenir pendant la convalescence de la rougeole. Les plus fréquentes sont l'inflammation du bord libre des paupières avec ulcération et chute des cils, les engorgements ganglionnaires, la bronchite et la diarrhée chroniques, maladies qui sont généralement plus rebelles dans ces conditions que lorsqu'elles surviennent spontanément. On a cité quelques cas d'anasarque consécutifs à la rougeole ; mais cet accident est aussi rare après cette éruption qu'il est commun après la scarlatine : aussi en parlerons-nous à propos de celle-ci.
La rougeole est généralement considérée comme favorisant le développement des tubercules, comme provoquant la manifestation de cette diathèse. MM. Rilliet et Barthez ont noté que, sur onze rougeoles primitives chez les enfants traités dans les hôpitaux, il y en avait une à la suite de laquelle se développaient des tubercules. Le môme fait s'est produit sur des sujets plus âgés, sur des sujets militaires traités au Val-de-Grftce, ainsi que cela résulte d'un travail inséré en 1847 par M. Michel Lévy dans la Gazette médicale. Faut-il en conclure cependant que la tuberculisation après la rougeole est aussi commune que ces documents tendraient à le faire supposer ? Je n'en crois rien, car ces faits sont loin de se reproduire les mômes dans nos hôpitaux d'adultes, ainsi que dans la pratique privée. Sur plus de cent rougeoles que j'ai vues dans ces dernières années au lycée Napoléon chez des enfants de constitution et de prédisposition bien différentes, je n'ai observé aucun cas de phthisie consécutive. En conclurons-nous que la doctrine qui règne est tout à fait erronée ? Non, certes, elle est seulement exagérée. Pour rester dans le vrai, nous dirons que, de toutes les fièvres éruptives, c'est la rougeole qui prédispose le plue aux tubercules pulmonaires ; que ceux-ci ne sont la conséquence d'une éruption morbilleuse que dans des cas rares, peut-ôtre à peine une fois sur cent cinquante ou deux cents. Il est plus commun de voir la rougeole frappant un sujet déjà tuberculeux aggraver l'affection thoracique et lui imprimer une marche plus aiguô.
La rougeole a été parfois manifestement utile : on a vu des constitutions chétives se transformer ; on a vu aussi, sous la môme influence, des maladies rebelles s'améliorer ou guérir : ainsi M. Rayer cite un eczéma chronique de la face, et Alibert un eczéma impétigineux du cuir chevelu, qui ont cédé rapidement après une rougeole.
Récidives. — La rougeole n'affecte presque jamais qu'une seule fois le môme individu. Rosen n'a observé aucun cas de récidive pendant une pratique d'un demi-siècle. Cependant Baglivi, de Haen, Meza, Guersant, MM. Rayer, Blache, etc., citent des faits qui prouvent que la môme personne peut contracter la rougeole plusieurs fois.
Oaverture des cadavres. — Chez les sujets qui succombent, on ne trouve pas de lésions qui soient spéciales à la rougeole. Celles qu'on rencontre sont l'effet des complications. (Pour l'état du sang, voyez plus bas. Nature des fièvres éruptives.)
Diagnostic. — Le développement de la fièvre et les symptômes de catarrhe
«listant simultanément du côté des muqueuses oculaire, nasale et bronchique, doivent faire soupçonner le développement prochain d'une éruption morbilleuse. Le diagnostic devient d'autant plus probable, que le sujet est plus jeune, qu'il n'a pmnt eu de rougeole antérieure, et que la maladie règne épidémiquement. Cependant on ne peut avoir à ce sujet que de simples présomptions, puisque tous ces symptômes appartiennent aussi bien à la rougeole qu'à la fièvre catarrhale. Mais toute incertitude cesse vers le troisième ou le quatrième jour, époque à laquelle l'éroption commence le plus ordinairement.
La rougeole ne pourra pas être confondue avec une variole commençante, si r<Hi se rappelle que, dans celle-ci, les taches rouges présentent à leur centre, soit we élermre dure et poinluey soit une vésiculej tandis que rien de pareil n'existe pour les taches rubéolenses. Dans la forme de la rougeole dite boutonneusej il existe des saillies rouges, un peu dures, qui pourraient fdre croire à l'existence d'une variole; le doute pourtant n'est pas permis, car il n'existe ici qu'une sorte d'érythème papnleux, c'est-à-dire de petites plaques, de petites saillies molles ou élas* tiques, n'ayant d'ailleurs ni la forme, ni la dureté, ni la saillie des papules qui existent au centre des taches varioliques. Ajoutons que le cajractère érythémateux 4e8 plaques robéoleuses est presque toujours Hmité à une partie du corps, à la face surtout : aussi l'existence d'autres taches sur une étendue considérable des téguments, et ayant le caractère de l'éruption rubéoleuse, fixera toujours sur le véritable caractère de la maladie.
La rougeole diffère de la scarlatine, de la roséole, de l'érysipèle, de la miliaire rouge, etc. Nous en parlerons en traitant de ces diverses affections.
ProBostic. — Dans notre climat, la rougeole est une maladie généralement bénigne; il n'en est plus de môme dans les saisons et dans les pays à température extrême, ou bien lorsqu'elle règne épidémiquement. Cependant on observe rarement aujourd'hui des épidémies aussi meurtrières qu'autrefois, si meurtrières qu'en i 672, elle emportait régulièrement trois cents personnes par semaine (Morton). Le travail de la dentitioa chez les enfants ; chez les femmes, l'existence d'une grossesse et l'état puerpéral, sont des circonstances qui aggravent toujours le pronostic. Les convulsions, les pétéchies, le délire, le développement d'une pneumonie, sont des accidents graves, et qui doivent faire redouter une issue funeste. 11 en est de même •de la disparition brusque de l'exanthème, lorsqu'elle coïncide toutefois avec quelque complication sérieuse ; car la délitescence seule, sans complication de phlegiiiasie viscérale, parait entraîner moins de péril qu'on ne croit communément : «'est ce qui résulte d'ailleurs du travail de M. Michel Lévy, que nous avons cité précédemment.
Ètlologie, — n est peu de personnes qui échappent à la rougeole ; on peut établir, en effet, qu'il y a infiniment moins de sujets qui lui sont réfractaires qu'on ne voit d'individus non vaccinés l'être à la variole. On a observé la rougeole à tous les âges de la vie, et, de même qu^ la variole, on l'a vue quelquefois atteindre l'entant encore renfermé dans le sein maternel. Cependant cette maladie est plus commune dans la jeunesse et surtout dans l'enfance, spécialement entre sept et quinze ans. Elle règne dans tous les pays du globe et dans toutes les saisons : toutefois elle parait avoir son maximum de fréquence vers l'équinoxe du printemps, tandis qu'elle décroît vers le mois de juillet. La rougeole reconnaît une cause spécifique tout à fait inconnue dans sa nature. Elle est essentiellement contagieuse. 11 parait que la contagion est possible depuis le moment que l'éruption s'opère jusqu'après la desquamation, et peut-être même jusqu'au vingtième jour.
128 DES FIÈVRES ÉRUPTIYES.
Quelques expériences faites d'abord par F. Home en 1758, répétées par Speranza dans l'épidémie de Milan, de 4722, sembleraient prouver que le principe contagieux de la maladie réside dans le sang. Ces médecins ayant, en effet, pratiqué une légère incision sur les plaques rubéoleuses, et ayant inoculé le sang qui s'en écoulait, ont développé une rougeole régulière après une incubation de six jours ; Alex. Monro et Looke disent aussi avoir pu inoculer la maladie avec l'humeur lacrymale et avec la salive ; mais leurs observations sont moins concluantes que celles des précédents expérimentateurs. Des médecins de Philadelphie, les ayant d'ailleurs répétées, n'ont obtenu aucun résultat. Les faits les plus concluants, s'ils étaient suffisamment authentiques, seraient ceux de Katona, médecin hongrois, qui, dans une épidémie de rougeole, aurait pu inoculer la maladie à onze cent vingt-deux personnes, et n'aurait échoué que sept fois sur cent ; chez tous les autres, il serait survenu une rougeole très-bénigne, dont les prodromescommençaient au septième Jour de l'inoculation ; l'éruption avait lieu, dit-on, le neuvième ou le dixième, la desquamation le quatorzième, la guérison était complète au dix-septième. Katona pratiquait les inoculations indifféremment avec les larmes des malades, ou bien avec une goutte de sang tiré des plaques. {Gazette médicale de l'année 1843.)
Traitement. — Lorsque la rougeole est bénigne, il n'y a aucun traitement actif à faire. Le malade gardera le lit : on le protégera contre l'action d'une lumière trop vive ; on le couvrira modérément, on entretiendra dans l'appartement une température douce et uniforme ; on donnera des boissons adoucissantes et pectorales. Dans aucun cas, il ne convient d'imiter la pratique de quelques médecins anglais, qui font sur toute la surface du corps des lotions froides, pour diminuer la chaleur fébrile, car on s'exposerait à supprimer l'éruption et à provoquer surtout le développement d'une phlegmasie pulmonaire, si commune dans le cours de cette maladie. Lorsque la fièvre est violente, lorsque la respiration est difficile ou qu'il survient quelque complication de nature inflammatoire, la saignée est indiquée. On pourra, si besoin est, revenir plusieurs fois aux émissions sanguines; cependant il faut recourir à ce moyen avec la plus grande prudence, et ne pas imiter surtout la pratique de Mead, qui saignait le plus ordinairement dans les deux premières périodes. La disparition brusque de l'éruption exige un traitement différent, suivant la cause qui l'a produite. Dans le cas où elle dépend d'une inflammation viscérale, c'est contre celle-ci qu'il faut diriger la thérapeutique, en même temps qu'on tâchera de rappeler l'éruption au moyen de révulsifs puissants promenés sur la peau. Lorsque l'éruption se supprime sous l'influence du refroidissement, le malade sera plongé dans un bain chaud ou mieux encore dans un bain de vapeur; on fera des frictions sèches ou aromatiques, on promènera des sinapismes, on appliquera des vésicatoires, on donnera des boissons chaudes et quelques petites doses d'opium; ou bien encore on administrera 4 à 10 centigrammes d'émétique, à doses très-fractionnées, non pour évacuer, mais dans le but de provoquer la diaphorèse ; enfin, s'il existe de la prostration, on ranimera les forces par des toniques et par quelques excitants diffusibles, tels que le café, le thé, l'ammoniaque ou son acétate, etc. La diarrhée est un accident fréquent de la rougeole; il importe de l'arrêter promptement, si elle est considérable, ou si les malades sont déjà affaiblis ; on donne, dans ce but, les mucilagineux et les opiacés. L'opium, aussi souvent utile dans la rougeole que dans la variole, convient non-seulement pour modérer le flux intestinal, mais encore pour calmer la toux quinteuse et sèche, dont tant de malades sont tourmentés. Dans les cas où la bronchite provoque une sécrétion considérable de mucosité qui s'accumule dans l'arbre aérien, et produit.