ÉDIT
paux caractères, fut on peu mieux décrite par F. Hoffmann, par Sydenham, et surtout par Rosen. Elle a été l'objet de travaux immenses pendant presque tout le xvni« siècle, où l'on vit cette maladie n'épargner aucune région de l'Europe. Les travaux qui, depuis quarante ans, ont été entrepris sur la scarlatine, ont eu presque tous pour but de faire connaître certaines complications, ou bien ils ont porté spécialement sur Tanatomie pathologique et sur la thérapeutique de la maladie; nous les mentionnerons plus tard.
Anatomie pathologiqae. — La scarlatine ne détermine pas beaucoup de lésions. Une couleur violacée de la peau, de la muqueuse du pharynx et de celle des bronches ; quelques ecchymoses dans le tube digestif; une congestion sanguine, très-rarement une inflammation des bronches et des poumons, une iiyection des reins et des centres nerveux, sont à peu près les seules altérations qu'on trouve dans les solides. On dit avoir rencontré les follicules intestinaux, et surtout ceux de Peyer, rouges, volumineux, indurés, boursouflés, à peu près comme ils le sont dans la fièvre typhoïde; c'est là une erreur. Jamais après la scarlatine on ne trouve ni des plaques gaufrées, ni des ulcérations dans l'intestin, ni une intumescence des ganglions mésentériques. Quelquefois, il est vrai, les follicules isolés de la fin de l'intestin grôle m'ont paru plus saillants et analogues à ceux qu'on rencontre, par exemple, sur les cadavres d'un grand nombre de cholériques ; mais cette hyper^ trophie se voit dans une foule d'autopsies ; si elle est sensiblement plus conmiune après la scarlatine, elle n'a lieu pourtant dans ce cas que très-exceptionnellement; d'ailleurs elle n'a aucune analogie avec l'éruption dothiénentérique.
Le sang offre les caractères qu'il a dans les autres pyrexies;la fibrine est à Vétat normal, ou bien elle est diminuée : ce dernier cas existe dans certaines scarlatines graves compliquées d'hémorrhagies.
Les recherches faites autrefois par F. Fischer (i), celles plus récentes qu'on doit à Hamilton (2), à M. Rayer (3), ont prouvé que, chea les individus qui succombent à la suite de la scarlatine, et après une complication qui n'est pas rare, l'anasarque, on trouve les reins souvent hypérhémiés, et pouvant même présenter les altérations qui caractérisent les deux premiers degrés de la maladie de Bright.
Division. — Le cours de la scarlatine se partage en quatre périodes, qui sont : Vincubatiorij Vitivasion^ Yéruption et la desquamation.
Vincubation de la scarlatine, comparée à celle de la variole et de la rougeole, est plus courte que dans celle-ci. On a évalué, en effet, que l'incubation n'était guère que de trois à cinq Jours pour la scarlatine.
Invasion» — L'invasion de la scarlatine est marquée communément par des laissons, par une fièvre vive, par une angine plus ou moins intense, par un grand malaise et par de la céphalalgie. A ces symptômes se joignent souvent des épistaxis, des nausées, des vomissements, plus rarement des accidents nerveux, tels que délire, coma, ou convulsions : ceci n'a guère lieu d'ailleurs que chez les jeunes sujets. Ces troubles vont en augmentant jusqu'au deuxième jour, époque à laquelle l'éruption apparaît. Il n'est pas rare, pourtant, que celle-ci se montre vingt-quatre et môme cinq ou six heures seulement après le premier malaise. La scarlatine est donc, de toutes les fièvres éruptives, celle dont les prodromes sont les plus courts. C'est celle aussi dont les prodromes peuvent être les plus bénins ; il n'est pas rare,
(1) Journal d*Hufeland, février 1824.
(2) Edinburgh Médical and SurgicalJournal, 1833.
(3) Traité des maladies des reins, 1. 11, p. A7S.
DE U SGARUTINE. i3i
en effet, de voir réniption éclater presque sans malaise antérieur et surprendre en quelque sorte rindiyidu au milieu de la santé.
ÉnupUan, — La face se tuméfie légèrement, et Ton aperçoit sur elle tantôt une rougeur uniforme, tantôt de petites taches d'un rouge vif ne formant point de saillie, et disparaissant momentanément par la pression. De pareilles taches se montrent bientôt sur le cou, sur la poitrine et aux membres. Au bout de vingtquatre heures, Féruption est générale et complète. La peau offre alors une coloration écarlate uniforme, comme si on l'avait barbouillée avec du jus de framboise. Cette coloration existe tantôt par larges plaques irrégulières, séparées par des intervalles où la peau a son aspect normal ; d'autres fois la couleur rouge se montre uniformément sur toute la surface du corps ; toutefois Texanthème présente une rougeur plus intense et plus vive partout où l'épiderme a moins d'épaisseur, conmie à la partie interne des cuisses, aux aines, sur le scrotum et sur les articulations • dans le sens de la flexion des membres. Cependant un épiderme épais, même calleux, tel qu'on le rencontre chez les ouvriers, à la face palmaire des mains, n'empécbe pas de voir k rougeur vive de l'éruption scarlatineuse, souvent très-marquée et en quelque sorte prédominante dans cette région. Assez souvent l'éruption scarlatineuse se montre sous un autre aspect : au lieu des larges taches dont je viens de parler, on voit une multitude de petits points rouges extrêmement rapprochés les uns des autres, très-réguliers dans leur disposition, ce qui donne à la surface de k peau l'aspect de certains granits très-fins.
Quelle que soit la forme de l'éruption, la peau est comme tendue, ordinairement sèche, toujours brûlante : sa température est, en effet, conmiunément plus élevée dans la scarlatine que dans les autres fièvres éruptives (41 et même 42 degrés centigrades). Aussi les malades ressentent-ils une chaleur et un prurit ou une cuisson qui n'existent pas au même degré dans les autres pyrexies exanthématiques. En raison de la congestion dont les téguments sont le siège, les pieds et les mains semblent goiiflés ; ils sont le siège d'une gêne et d'une roideur notables, qui deviennent surtout inconmiodes lorsqu'on essaye de fléchir les doigts. La fièvre persiste au même degré qu'avant l'éruption, souvent elle redouble ; il en est de même de l'angine, qui prend conununément une intensité plus grande que dans la seconde période. Si, faisant ouvrir la bouche au malade, on examine quel est l'état de la membrane muqueuse, on reconnaît que la face interne des lèvres et des joues, que les gendres, le voile du palais et ses piliers sont d'un rouge vif, c'est-à-dire colorés de la même manière que les téguments. Cette coloration se rencontre aussi sur la langue, mais en général on la distingue un peu plus tard que sur les autres parties de la bouche, probablement à cause de l'épaisseur plus considérable de son épithélium, ou plutôt encore parce que l'angine y est plus tardive. La rougeur framboisée de la muqueuse buccale et pharyngienne est un phénomène presque constant dans la scarlatine ; cependant l'époque de son apparition varie beaucoup. Tantôt, en effet, elle précède l'exanthème cutané, d'autres fois elle apparaît avec lui ', plus souvent, peut-être, elle lui est postérieure, et n'est même bien visible que lorsque l'éruption cutanée est à son déclin. Celle-ci persiste, en général, au même degré pendant un ou deux jours. On a dijt que sa couleur, moins vive le matin, était plus foncée le soir ou pendant la nuit ; mais cette assertion n'est nullement prouvée. C'est lorsque l'exanthène a son maximum d'intensité, c'est-à-dire vers le troisième ou le quatrième jour, qu'on toit souvent, surtout chez les enfants, «e développer sur les parties latérales du cou et de la poitrine, aux aisselles, aux
aioes, moins souvent ailleurs, un nombre plus ou moins considérable de petites
i32 DES FIÈVRES ËRUPTIVES.
vésicules semi-sphériques contenant un liquide d'abord transpareAt, puis un peu opaque : c'est une éruption miliaire telle à peu près que nous Favons vue dans le cours de la fièvre typhoïde. Les vésicules pourtant, dans le cas de scarlatine, sont plus volumineuses, plus résistantes au toucher, et se rapprochent davantage de celles que nous trouverons bientôt dans la suelte. Lorsque l'éruption dont nous parlons existe, on donne à la scarlatine le nom de scarlatine rnUkùre.
Desquamation. — Vers le cinquième, ou au plus tard vers le sidème Jour de l'éruption, l'exanthème pâlit. Les interstices qui séparent les plaques deviennent plus considérables ; la peau n'est plus aussi tuméfiée, la fièvre tombe, le mal de gorge disparaît. Au huitième Jour, il n'y a généralement plus de trace de rougeur. Celle-ci s'éteint complètement sans laisser après elle aucune macule, comme nous l'avons vu après la variole et môme après la rougeole ; puis un phénomène nouveau se déclare, c'est la desquamation. Elle commence à se faire parfois dès le cinquième Jour sur la face et sur les parties latérales du cou et de la poitrine, mais * elle dépend plutôt alors de la miliaire concomitante que de la scarlatine elle-même. La desquamation dépendant de la scarlatine seule conomence rarement avant le quinzième Jour sur le tronc et sur les membres ; elle est beaucoup plus tardive encore aux pieds et aux mains, où, en raison sans doute de l'épaisseur de l'épiderme, elle peut se £dre attendre vingt ou vingt-cinq Jours, parfois même davantage. Quelque temps avant de se détacher, l'épiderme devient plus sec, il prend une teinte blanchâtre, puis il se fendille : c'est une succession de phénomènes qu'on étudie bien â la face palmaire des mains. Quelle que sdt le ré^on du corps où elle s'opère, la desquamation de la scarlatine, au lieu d'être fàfuracée comme elle l'est dans la rougeole, se fait par grandes écailles comme à la &ce et an cou, ou par très-larges plaques, comme on l'observe surtout aux pieds on aux mains, où l'épiderme d'un orteil ou d'un doigt se sépare parfois tout d'une pièce et comme un doigt de gant. La desquamation, que nous avons dit pouvoir commencer dès le quinzième Jour â dater de l'éruption, n'a pas cependant de périodes bien fixes quant à son début ni eu égard à l'époque où elle cesse. Nous l'avons vue quelquefois commencer vers le vingtième ou le vingt-cinquième Jour, et il n'est pas rare, même quand elle se lait plus tôt, qu'elle se prolonge Jusqu'après le trentième oa le quarantième. Ceci dépend le plus ordinairement de ce que l'exfoliation de l'é* piderme a lieu deux ou trois fois de suite sur les mêmes points*
Tels sont les symptômes et la marche de la scariatine qu'on nomme simple on régulière. Sa durée moyenne, en n'y comprenant pas pourtant la desquamation, est d'un septénaire.
Tariétéa* -^ La maladie se présente souvent avec des caractères différents de ceux que nous venons d'exposer» L'angine, qui a ordinairement une médiocre intensité, peut être beaucoup plus vive, elle peut même devenir le symptôme prédominant t on dit alors que la scarlatine est angineuse (Willan). Dans cette variété les phénomènes précurseurs sont^ en général, plus graves : la douleur et le gonflement de la gorge existent dès le début ; la déglutition est très-difi&cile ; les amygdales sont tuméfiées et d'un rougô cramoisi ; elles se recouvrent, ainsi que tout le fond de la gorge, d'une matière pultacée, grise ou jaune, qui se colore quelquefois en noir, lorsque du sang a été exhalé) et qui se détache aisément et se reproduit de même. Cette matière n'oflre auciun des caractères des pseudo-membranes ; c'est une espèce de mucus ; sa sécrétion n'a aucune importance. Mais parfois il se forme de fausses membranes véritables, ayant de la tendance & s'étendre au loin ; on est alors aux prises avec une affection redoutable, avec une angine