‹ Traité de pathologie interneChapitre 24 sur 152 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NATURE DES FIÈVRES ÉRUPTIVES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NATURE DES FIÈVRES ÉRUPTIVES

Pinel avait méconnu la véritable nature des fièvres éruptives lorsque, dans sa nosographie, il classait ces maladies parmi les phlegmasies cutanées. H est pourtant très-facile de prouver que l'inflammation de la peau ne constitue qu'un caractère accidentel, purement secondaire, et qu'il est impossible d'en faire le point de départ de la fièvre et de tous les accidents qu'on observe. Gomment, en eflTet, rapporter à une maladie de la peau, qui n'existe point encore, ces troubles généraux souvent assez graves, persistant pendant plusieurs jours, et offrant des caractères n distincts suivant l'éruption qui doit avoir lieu ? Comment môme expliquer la pyrexie par la maladie cutanée une fois développée, lorsque nous voyons le mouvement fébrile diminuer et même quelquefois s'éteindre tout à fait, du moins momentanément, après que l'éruption s'est elîectuée ? C'est ce qu'on remarque notamment dans presque tous les cas de variole. Ajoutons aussi que si les symptômes qu'on observe, que si la gravité de la maladie dépendaient de la lésion des téguments, nul doute qu'il ne dût exister un rapport exact entre l'intensité des symptômes et rétendue des altérations. Or c'est ce qui n'a pas lieu, à beaucoup près, dans tous les cas. Il n'est pas très-rare, en effet, surtout en temps d'épidémie, de voir des varioles discrètes se terminer d'une manière funeste; plus souvent encore on rencontre des rougeoles et surtout des scarlatines mortelles, quoique l'éruption soit bornée à une partie très-circonscrite des téguments et quoiqu'elle n'ait qu'une durée très-éphémère. Enfin, si, comme on le dit, il existait des rougeoles et des scarlatines sans aucune éruption, cette circonstance indiquerait nettement que l'alTection cutanée ne constitue dans ces maladies qu'un symptôme fort accessoire sans doute, mais nécessaire pourtant pour diagnostiquer sûrement la maladie. Rappelons toutefois que j'ai contesté ce fait; et ajoutons en terminant, que l'éruption (et nous entendons parler surtout ici de celle de la variole), quand elle est très-intense, peut déterminer à son tour des accidents de réaction conmie en produisent toutes les inflammations qui ont une grande étendue.

Ces phlegmasies cutanées, qui sont la conséquence d'une cause générale, probablement d'une infection du sang, diffèrent des phlegmasies fhinches et primitives par plusieurs caractères : 1* Elles se montrent successivement ou simultanément sur toute ou presque toute la périphérie du corps ; 2« il est impossible de les produire artiflcieilement, et elles reconnaissent toujours une cause spécifique ; 3* les t^ents thérapeutiques, tels que les antiphlogistiques et les contre-simulants, qui

ont une si grande efficacité pour modérer et combattre les inflammations ordinaires, sont sans influence sur celles dont nous parlons. Elles ont, en effet, une marche invariable, une durée qui est presque toujours la môme et un môme mode de terminaison. C'est ainsi que la variole se termine toujours par suppuration, la scarlatine et la miliaire par desquamation, et qu'il en est souvent de môme pour la rougeole.

Par ce qui précède, on voit que nous avons eu raison de placer les maladies éruptives dans la classe des fièvres ; car, nous le redisons encore, ce sont des maladies qui ne reconnaissent aucune affection locale primitive. Les recherches importantes entreprises par MM. Andral et Gavarret sur les altérations du sang justifient d'ailleurs la place que nous assignons aux fièvres éruptives dans notre cadre nosologique. Ces observateurs ont en effet démontré que le sang, dans ces maladies, présente les altérations qu'on trouve dans les autres pyrexies, c'est-à-dire qu'il n'y a jamais augmentation de la fibrine comme dans les phlegmasîes ; le plus ordinairement la quantité de ce principe reste normale ; parfois elle diminue trèssensiblement, surtout à la période d'éruption ; les globules conservent leur chiffre normal ; le sang enfin ne présente jamais de couenne, si ce n'est lorsqu'il existe quelque complication phlegmasique. Ainsi, dans la variole, lorsque l'éruption est très-confluente, et lorsque surtout des collections purulentes existent sous la peau ou dans quelque organe, on peut trouver une couenne à la surface du caillot; mais cette couenne est molle, gélatineuse, et diffère beaucoup de celle qui se montre dans les cas de phlegmasies franches. MM. Becquerel et Rodier sont arrivés à peu près aux mômes conclusions.

Les fièvres éruptives peuvent, sans contredit, succéder les unes aux autres, mais peuvent-elles se développer simultanément sur la môme personne ? j'ai exprimé plusieurs fois déjà mes doutes à cet égard.

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