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DE LA SUETTE MILIÂIRE

STMommii. ^ MUiarit ««dctopùi. ^ Suette des Pfctrds, fièrre suante.

La wetU mUicàsre est une fièvre éruptive qui règne presque toujours ôpidémiquement, et qui offre, pour principaux symptômes, des sueurs très^bondantes, une éruption miliaire à la peau et une constriction des plus doulooreuses à l'épigastre.

Historique. — • Rien ne prouve qu'Hippocrate et ses successeurs, jusqu'au milieu du XVII* siècle, aient connu cette affection. 11 est même trèfr-douteux qu'on puisse rapporter à la suette miliaire la terrible maladie connut sous le nom de pe9te ou de rnuUe britannique, qui, pendant quarante années, à dater de i486, exerça les plus grands ravages dans une partie de l'Europe; je crois que c'est sans motifs suffisants que dans un récent ouvrage Foucart a conclu à l'identité des deux omladies. Quoi qu'il en soit, la suette, du moins telle que nous la retrouvons aujourd'hui en divers pays, n'a sévi qu'à dater de 1712. Bornée d'a^rd à laPioardie, elle a toujours respecté Paris, où on ne la rencontre qu'à l'état sporadique, et si rarement.

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qae beaiKoop de confrères vieillis dans la pratique meurent sans l'avoir jamais vue ; moi-même je n'en ai encore rencontré que deux exemples. Mais â Paris a une immunité inexplicable, on a vu la suette frapper les populations des campagnes, des bourgs et des petites villes, tandis que les grands centres sont plus communément respectés. La suette a tour à tour envahi les départements de Seine-et-Oise, de k Loire-Inférieure, de l'Eure, de Seine-et-Marne; elle a même gagné l'Allier, le fias-Rhin, le Puy-de-Dôme, l'Aube, la Haute-Garonne, le RhOne, la Dordogne, la Viemie, l'Hérault, le Var, etc. ; on la voit sévir presque tous les ans dans quelques localités. Une des épidémies les plus remarquables fut celle de 1821, qui eut lieu dans le département de l'Oise ; M. Rayer nous en a laissé une relation. On hra aussi avec intérêt, dans la Gazette dé 1839, l'histoire d'une petite épidémie observée par MM. Barthez, Queneau de Mussy et Landouzy; le tome X des Mémoires de tAicaàémAe de médecine renferme la relation complète de la dernière épidémie (I84i) du département de la Dordogne, par M. le docteur Parrot. La suette qui, en 1845, a régné à Poitiers et dans ses «ivircms, a inspiré plusieurs travaux estimables : nous citerons surtout le Méau>ire de M. Loreau, celui de M. Gaillard, et l'excellente relation que M. Orillard a donilée dans le 1 1* Bulletin de la Société de médecine de PùOiere, Enfin, Foucart a publié, en 1854, sur la même maladie, un ouvrage important, fruit d'observations nombreuses recueillies dans une épidemie qui avait envahi les départements de la Somme et de l'Aisne.

AjuUomie pathologiqae. — Les recherches anatomiques sont encore trèsincomplètes. Cependant on peut affirmer que la maladie n'a aucune lésion constante* Les cadavres se putréfient avec une extrême rapidité* A une certaine époque où l'esprit de système dirigeait les recherches d'anatomie pathologique, cAi avait signalé une vive ii^ection des centres nerveux, des rougeurs morbides dans l'estomac; oir avait même signalé une éruption vésiculeuse dans l'intestin, maift les demièrei épidémies n'ont rien révélé de pareil. Parfois le foie a paru plus volumineux, etk. rate^ comme on l'observe dans beaucoup de maladies septiques, est souvent plus grosse et son tissu raDX>lli jusqu'à diffiuence ; mais ces lésions n'ont rien de spécial et ne sont point constantes. Ajoutons que le sang retiré des veines pendant la vie est d'une couleur rouge presque cerise ; il ie coagule lentement ; son caillot est rnoo, souvent diflluent, jamais couenneux» €es caractères sont ceux que M. Parrot à notés dans la suette de Périgueux. Je les ai également vérifiés à Poitiers^ dans cette épidémie meurtrière de 1845^ dont le gouvertiément m'avait chargé d'aller étudier la nature.

B^mvt^tBMUé iCaMhe. — La sUette miliaire edt souveut précédée^ pendant quelques jours^ de malaise^ de lassitude ; il y a anorexie^ constipation^ plus rare^' Uent il existe dôs vomissements et de la diarrhée. D'autres fois le début est brusque i ainsi les malades, s'étant couchés bien portadts^ se jréveillent dans h nuit hioadésde sueili^. Celles-ci| qui constitueilt un dM phénomènes prédominants de, la maladie» en marquent le plus souvent le début. Elles coïncidéiatt a.veo un grand? malaîte, avec une céphalalgie sus^rbiiaire^ parfois très^vive^ a<^)ompagnée d'uui sentiment de constriction douloureuse à l'épigasti'e et d'un poids éaoïrme qui^ pressant sur le sternum, s'opposerait à la dilatation du thorax; ajoutpps^ despat». pitations pénibles, souvent avec tendance aux lipothymies et aux ^copes. Lea^taeunonif dès le début, une abondance excessive, et dont on se fait difficilement une idée si on ne l'a vu soi-même; elles pénètrent les vêtements, les couvertures, les matelas» comme si l'on avait trempé tous ces objets dans de l'eau, et lorsqu'on découvre le malade, il se dégage du lit une vapeur aussi dense que celle qui pourrait

8*échapper d'une chaudière en ébuUition. On a prétendu que ces sueurs exhalaient une odeur fétide, méphitique, que l'on a comparée à celle de la paille pourrie; je n'ai rien noté de. semblable à Poitiers : la sueur n'exhale une odeur fétide qu'exceptionnellement, probablement lorsqu'on néglige tous les soins de propreté.

A cette époque de la maladie, la face est toujours injectée, la soif plus ou moins viTe, mais rarement proportionnée à l'abondance des sueurs ; la langue est blanche, l'urine rare, rouge ; il y a parfois de la dysurie et presque toujours de la constipation. Le pouls est ample, d'une fréquence modérée (80 pulsations); cependant, chez quelques malades, la réaction fébrile est plus grande, le pouls atteint 120 pulsations, et la chaleur est plus vive. Les symptOmes que je viens d'indiquer persistent à peu près les mêmes pendant deux, trois ou quatre jours, souvent ils offrent une ou deux exacerbations quotidiennes; mais celles-ci n'ont ordinairement rien de régulier dans leur retour. Du deuxième au troisième jour, le plus souvent pendant la nuit, et au milieu d'un des paroxysmes fébriles dont je parle, les malades accusent des picotements violents sur tout le corps, spécialement dans le dos ; d'autres ressentent dans ces parties un prurit inconmiode ; beaucoup se plaignent d'un sentiment de gêne, d'engourdissement, de roideur dans les membres, surtout dans les mains, comme nous l'avons vu dans la scarlatine : c'est au milieu de cet ensemble de symptômes qu'une éruption toute spéciale apparaît.

Celle-ci se montre sous deux formes principales : le plus souvent on voit nattre une multitude de petites taches irrégulières^ ayant à peu près la même nuance que les taches de la rougeole, disparaissant comme elles par la pressi(m du doigt, et offrant à leur centre un point saillant et dur formé par une petite vésicule remplie d'un liquide transparent. Ces vésicules, moitié plus petites qu'un grain de mil, sont appréciables à la vue; mais il faut parfois, tant elles sont petites, s'armer d'une . loupe afin de les découvrir. Dans quelques cas pourtant, môme avec cet instrument, on ne distingue aucun point vésiculeux, les saillies sont alors constituées par de petits boutons durs, par de véritables papules ; celles-ci n'existent jamais que sur quelques points circonscrits ; tôt ou tard elles se transforment en vésicules. Telle est l'éruption que Ton nomme miHaire rouge. Une autre fonne d'éruption, qui existe rarement seule, est constituée, comme la précédente, par des vésicules diaphanes; elle ne s'accompagne pas de rougeur des téguments, elle ressemble tout à fait aux sudamina, et ne se distingue de ces derniers que parce qu'elle est beaucoup plus résistante, et qu'elle ne se laisse pas écraser comme eux par la plus légère pression du doigt : c'est la miliaire blanche. Quelle que soit sa forme, l'éruption miliaire commence ordinairement sur la face antérieure de la poitrine, puis on la voit dans le dos^ à la partie antérieure des avant-bras et sur le reste des membres; elle respecte presque toujours la figure, du moins c'est ce que j'ai constaté à Poitiers. Elle se montre dans tous ces points plus ou moins abondante; sa confluence est telle parfois, qu'on peut à peine saisir l'interstice que sépare chacune des vésicules ; lorsqu'il en est ainsi, la peau ottre une couleur rouge uniforme ou par larges plaques ; elle a un aspect inégal et chagriné qu'on distingue très-bien en promenant les doigts à sa surface. L'éruption n'a pas lieu simultanément partout ; en général, il se fait' plusieurs éruptions sucq^ssives, à douze ou vingt-quatre heures de distance les unes des autres; elles sont toutes marquées par un redoublement dans les sueurs, dans la fièvre, dans l'oppression et dans l'angoisse épigastrique.

L'éruption une fois complètCi on voit les sueurs diminuer, souvent môme il n'y a plus que de la moiteur; la fièvre persiste en général au môme degré; la constric*

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tion épigastrique et Toppression revieiment encore de temps en temps, mais la céphalalgie cesse. Vers le troisième jour de l'éruption, le liquide contenu dans les vésicules denent opalin. Celles-ci se rident et s'affaissent, la rougeur des téguments pâh't et s'éteint, la fièvre tombe, l'oppression ne se renouvelle plus, et vers le nxième ou le septième jour de l'éruption, la desquamation commence. Elle a lieu ordinairement par petites écailles furfuracées, quelquefois par larges plaques comme dans la scarlatine. Elle est lente à se terminer ; nous l'avons vue se prolonger pendant six ou sept semaines, ce qui dépend sans doute en grande partie de ce que, pendant la desquamation, et même à une époque où la convalescence est déjà avancée, de petites éruptions partielles ont encore lieu sur le tronc et sur les membres. Celles-ci, arrivant aussi tardivement, ne sont guère annoncées que par quelques sueurs, mais eUes ne s'accompagnent plus, comme les premières, ni de fièvre ni de constriction thoradque.

On voit, par ce qui précède, qu'il serait possible d'établir dans l'étude de la suette les mêmes divisions que dans les autres fièvres éruptives, c'est-à-dire qu'on pourrait admettre, conmie dans celles-ci, une période d'invasion durant ordinairement de deux à quatre jours, et une période d'éruption. Mais dans la suette, ce sont des éruptions successives et en nombre qui n'a rien de fixe ; elles cessent, en généra], après quatre, cinq ou six jours, pour être remplacées par une période de desquamation dont la durée est illimitée.

Cependant la suette ne suit pas toujours une marche aussi régulière, et elle ne se présente pas constamment avec la même physionomie. On voit dans toutes les épidémies, et nous-même avons rencontré à Poitiers des cas d'une bénignité extrême, et d'autres qui sont d'une gravité excessive. J'ai vu des individus qui, pris sans cause d'une sueur abondante, présentaient ensuite une éruption miliaire discrète, bornée à quelques points du corps, et cela presque sans fièvre, sans céphalalgie ni constriction épigastrique ; de sorie qu'en trois ou quatre jours ces malades étaient guéris ; quelques-uns même n'ont pas été obligés d'interrompre leurs occupations. De pareils cas sont rares ; il est beaucoup plus commun de voir la maladie revêtir un caractère fâcheux, tantôt dès le début, le plus souvent à une période plus ou moins avancée. En général, la gravité du mal tient à la prédominance des accidents nerveux ; la céphalalgie peut être atroce, ou bien il y a du délire ou dn coma, des convulsions, des contractures, des soubresauts et des syncopes. Les malades accusent surtout de l'épigastralgie et de la constriction thoradque ; ils sont souvent alors dans un état de suffocation imminente. Dans ces cas, l'anxiété est extrême, le pouls prend une grande fréquence, les traits se décomposent ; pour peu que cet état se prolonge, ou que les accès d'oppression se rapprochent, la mori ne tarde pas à arriver : il en est qui sont conune sidérés, ils meurent tout à coup, sans agonie, après un léger délire, ainsi que nous l'avons noté dans la scarlatine. 11 est des individus, enfin, chez lesquels le caractère grave de la maladie se révèle bien moins par la prédominance d'un seul symptOme que par un ensemble d'accidents fâcheux : le pouls s'accélère et fidblit, les sueurs se suppriment, la peau devient aride et brûlante, l'éruption pâlit et s'affaisse, la langue se dessèche ; il survient enfin un état de subdelirium, qui, dans certaines épidémies, était un présage presque certain d'une mori prochaine.

J'ai dit précédenunent que dans la suette on observait cooununément plusieurs éruptions successives, et que chacune d'elles était marquée par une augmentation dans la fièvre et dans la constriction thoradque. Ces accès n'ont communément rien de régulier, mais dané certaines épidémies ils se sont reproduits assez pério-

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diquement pour donner à la maladie une physionomie spéciale, et derenir la source d'une indication précise : c'est la forme rémittente,

La suetto, à l'instar des autres fièvres éruptives, suit parfois une marche plus ou moins anomale. On a dit que l'éruption pouvait manquer tout à fait ; c'est ce qui arrive dans ces suettes à marche rapide, foudroyante, qui se terminent prématurément. Plus souvent, on voit des cas où les sueurs sont peu marquées, et même font complètement défaut ; la peau est alors aride, ou bien il n'existe qu'un peu de moiteur. Cette absence des sueurs se rencontre peut-être plus rarement dans les cas graves que dans les cas bénins.

Durée. — La durée de la suette est très-variable. Quelquefois les diverses périodes se succèdent si rapidement, qu'en trois ou quatre jours les individus sont en pleine convalescence ; ailleurs, au contraire, les accidents se prolongent pendant deux septénaires. La durée moyenne pour les cas bénins est de sept ou huit jours, et de quatorze à seize pour les cas graves qui guérissent. La mort arrive le plus souvent du troisième au quatrième jour ; cependant quelquefois la terminaison funeste t lieu après douze ou quatorze, tandis que d'autres malades, comme foudroyés, périssent après quarante-huit, vingt-quatre, douze, six et même trois heures. M. Parrot a vu des cas semblables pendant l'épidémie de Périgueux,

Gonvalesoenoa. — La convalescence dans la suette est presque toujours assez longue et plus ou moins pénible. Les individus restent pendant assez longtemps faibles, anémiés ; ils sont plus ou moins amaigris, ils éprouvent des vertiges et de l'insomnie. Quelques-uns ont des rechutes caractérisées par du malaise, par un peu de fièvre, par des sueurs, ou seulement par de la moiteur et par une éruption miliaira partielle. Oes symptômes ont généralement Une durée assez courte et sont surtout exempts de tout péril.

Diaffnostio* ^ Au coounencement de beaucoup d'épidémies, la suette a été méconnue et confondue avec une rougeole et surtout avec une scarlatine anomale. Le diagnostic pourtant n'offre aucune difficulté, car la constriction épigastrique, les sueurs excessives et l'éruption miliaire la caractérisent déjà sufBsamment et la font distinguer de toute autre affection. Elle diffère, en outre, de la rougeole parce qu'elle n'est ni précédée ni accompagnée de larmoiement^ de coryza ni de catarrhe bronchique. Les deux éruptions diffèrent aussi beaucoup entre elles : si dans les denz cas il y a des taches irrégulières, celles-ci sont simples dans la rougeole, tandis que dans la suette on trouve à leur centre un point vésiculeux ou papuleux. Le diagnostic d'avec la scarlatine, môme quand elle se complique de miliaire, n'est pas moins facile, car dans la suette on ne voit ni l'angine, ni cette coloration rouge framboisée que la bouche et le pharynx présentent. Si l'on compare les deux éruptions, on ne trouve pas, dans celle de la suette, la coloration d'un rouge vif et k régularité qu'on observe dans la scarlatine, soit que l'éruption existe uniformément ou par larges plaques^ ou bien sous forme d'un granit très-confluent. Il est inutile, }e pense, de parler du diagnostic de la suette d'avec la variole ; car une confusion entre ces deux maladies est impossible.

Je ne rechercherai pas ici en quoi la suette diffère de la fièvre qu^on a appelée miliaire^ et dont les médecins ont tant parlé dahs la seconde moitié dû dernier siècle) car il est actuellement prouvé que sous cette dénotntnation on cotilbtidait toutes les maladies aiguës et tnéme chrotiiques dans le cours desquelles survenait une éruptioti de sudamina. L'éruption tniliaire était tôujôtirs t'echerchée avec le plus grand soin par nos devanciers ; et toutes les fois qu'ils en constataient l'existence, ils en faisaient le symptôoie essentiel et prédominant, tandis que ce n'était

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qu'un épiphénomène presque sans importance. J'établis donc en principe que la sueitemitiaire telle que la comprenaient les médecins d'autrefois n'existe pas. Pour se conTaincre de la vérité de ce que je dis, on n'a qu'à lire le traité de Gastellier. Pronostic. — Le pronostic varie beaucoup dans les diverses épidémies, et suivant que la maladie affecte une forme bénigne ou maligne. Cependant il faut savoir que la suette est une maladie des plus perfides. Aussitôt qu'elle est bien caractérisée, il faut rester toigours sur .le qui-vive ; ne pas hasarder un pronostic, môme dans les cas en apparence les plus bénios ; car on a vu maintes fois, notamment à Périgaeux et à Poitiers, succomber en quelques heures des malades dont l'état n'inspirait aucune inquiétude. La fréquence du pouls, l'aridité de la peau, l'affaissement de l'éruptioo, les pressentiments sinistres, sont des signes toujours fâcheux. Le pronostic est également grave lorsque les accès de constriction thoracique ont une durée longue et qu'ils se succèdent à de courts intervalles ; le délire enfin, les convulsions, les syncopes, sont tout autant d'accidents qui annoncent une issue pTomplement funeste. Dans beaucoup d'épidémies, une constitution forte a été une circonstance plutôt aggravante que favorable ; on a vu aussi quelquefois la maladie offrir plus de gravité tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre sexe. Quant à l'âge, il n'y a rien de constant ; car, suivant les épidémies, on voit la maladie faire un plus grand nombre de victimes, tantôt dans un âge, tantôt dans un autre. En somme, la mortalité est plusou moins forte ; si dans les temps ordinaires elle peut n'être que d'un vingtième ou d'un vingt-cinquième, d'autres fois elle emporte le sixième ou môme le cinquième des individus. C'est ce qui a eu lieu, par exemple, dans l'épidémie de Poitiers.

tHologie. — On ne sait rien sur la cause qui engendre les épidémies de suette miliaire ; peut-être les localités humides fit ombragées favorisent-elles leur développement. La maladie atteint tous les âges ; elle semble pourtant plus fréquente chez les adultes. Dans quelques épidémies les enfants sont respectés : c'est ce que j'ai vu à Poitiers. M. Parrot a noté la môme particularité à Périgueux. Suivant les épidémies, on voit aussi tantôt les deux sexes également atteints, tantôt au contraire la maladie prédominer chez l'homme ou chez la femme. Une constitution forte est souvent une prédisposition à contracter la suette. Dans quelques cas celle-ci sévit surtout sur les pauvres; d'autres fois elle les respecte pour ne frapper que des individus de la classe riche ou aisée, comme je l'ai noté à Poitiers. La suette s'est montrée dans les localités les plus diverses et à la suite de conditions météorologiques si dissemblables, qu'il est impossible de trouver dans ces circonstances la cause véritable de la maladie. La cause vraiment productrice nous échappe. On a dit que la suette était contagieuse à la manière de la rougeole et de la scarlatine ; mab ce fait n'a pu être encore démontré. La maladie peut affecter plusieurs fois le même individu, soit à un intervalle de quelques mois, soit au bout d'un plus ou moins grand nombre d'années.

Traitement. — Je disais dans la première édition de ce livre que d'après pluneun relations d'épidémies de suette miliaire que j'avais consultées, il me semblait que la saignée générale devait être rarement indiquée, et qu'elle était souvent nuisible. J'ai trouvé, en observant l'épidémie de Poitiers, la confirmation de cette idée émise d prion. Les saignées générales ne conviennent en effet qu'exceptionnellement et lorsque le pouls est large et dur; les saignées locales, surtout à la base du crâne, sont quelquefois utiles pour remédier à la céphalalgie chez les sujets pléthoriques. Cependant l'indication de leur emploi se présente fort rarement. La constriction thoracique, l'oppression, sont les accidents qui préoccupent le plus le médecin : les agents les plus efficaces pour les modérer sont les révulsifs (sina-

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pismes et vésicatoires) appliqués sur les extrémités inférieures. M. Gaillard signale aussi, comme particulièrement efficaces contre l'oppression, les frictions faites a^ec un mélange de térébenthine et d'ammoniaque. On obtient aussi de bons efiTets dé l'emploi de l'ipéca ou d'un éméto-cathartique ; ce dernier a souvent réussi à Poitiers, tandis qu'on voyait échouer l'opium et les antispasmodiques, qu'on préférait d'abord en raison de la nature toute nerveuse des accidents.

Les émétiques sembleraient devoir être d'un emploi plus restreint que les évacuants intestinaux dans le traitement de la suette. Ceux-ci, en effet, en raison de la constipation, qui est un phénomène presque constant dans la suette, conviennent dans presque tous les cas, soit qu'on les administre en lavements, soit qu'on les donne par la bouche, ce qui est préférable. Le moment le plus opportun pour les employer, c'est de les donner après que l'éruption s'est faite. Les vomitifs, par contre, sont avantageusement administrés dès le début. On voit que nous nous montrons partisan de la méthode évacuante ; son utilité a été de nouveau reconnue dans quelques épidémies de suette qui ont sévi dans ces dernières années. Foucart a particulièrement insisté sur les avantages de l'administration de l'ipécacuanha dans toutes les formes et à toutes les périodes de la suette. Ayant traité de la sorte, en 1849, un millier de malades et n'en ayant perdu aucun, il crut que la racine du Brésil avait une vertu souveraine. Je pense que ce précieux médicament n'a rien qui soit ici spécifique, et bien qu'il se soit montré efficace dans une épidénue, rien n'empêche qu'il n'échoue dans une autre : c'est là l'histoire de toutes les médications exclusives. Cependant Foucart n'en a pas moins rendu un véritable service en employant l'ipéca avec plus de résolution qu'on n'avait fait, et en démêlant avec sagacité le génie spécial de l'épidémie qu'il était appelé à combattre.

n arrive souvent, à certaines époques dessuettes graves, qu'il y a indication de recourir à l'administration des toniques et des excitants. Ces médicaments conviendront en effet toutes les fois que les forces sont prostrées, que la chaleur s'éteint, que l'éruption pAlit et s'affaisse.

La suette a quelquefois une marche rémittente et un caractère pernicieux : c'est ce que M. Parrot a parfaitement établi. Dans ce cas, on peut enrayer la maladie, la faire avorter au quatrième ou cinquième Jour en administrant le sulfate de quinine à la dose de 1 ou de 2 granmies. Cependant cette méthode, préconisée par le médecin de Périgueux, est loin d'être applicable à tous les cas, et à plus forte raison à toutes les épidémies; on sait du reste qu'à Poitiers elle a échoué, comme dans la plupart des épidémies survenues en France depuis une quinzaine d'années. Les individus atteints de suette seront mis à l'usage d'une tisane douce, tempérante, qu'ils boiront tiède ou mieux encore à la température de la chambre. Os observeront la diète et le repos au lit. On évitera de les surcharger de couvertures, afin de ne pas exciter les sueurs ; on ne les couvrira que Juste pour les empêcher d'avoir fh)id. On devra, toutes les fois qu'il sera nécessaire, les changer de linge et même de lit, en prenant toutes les précautions usitées en pareils cas pour prévenir un refh)idissement ; l'air de l'appartement sera renouvelé. Dans les campagnes, ces principes trouvent des contradicteurs dans le peuple, et même quelques médecins, regardant l'éruption et les sueurs comme critiques, sont dans l'habitude de surcharger les malades de couvertures, ils les calfeutrent dans des lits entourés d'épais rideaux ; ils leur administrent des boissons chaudes, aromaliquesettous les excitants diflElisibles: c'est là le comble de la déraison. M. Loreau, un des premiers, s'est élevé avec beaucoup de force contre une pratique ausd dangereuse ; à l'imitation de Fouquet et de Pujol, regardant l'éruption conuDDe

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NATURE DES FIÈVRES ÉRUPTIVES. Ul

chose mauTaise, il cherche à la préveDir et conseille dans ce but, non-seulement de changer de linge ausdtût qu'il est mouillé et de ventiler l'appartement, mais il joint encore à ces moyens les lotions sur le corps avec des liquides aroma-' tiques, excitants, tels que l'eau de lavande, l'eau-de-vie camphrée, l'anmioniaque liquide largement étendue; enfin, il insiste sur les évacuants intestinaux. Cette méthodey qu'on aurait tort de regarder comme irrationnelle, mérite d'être expélimenlée.

Eo résumé, on ne peut opposer à la suette une méthode uniforme de traitement, n est des cas tellement simples, qu'ils guérissent par le repos et par des soins hygiéniques; mais il en est qui sont si graves, qu'il devient nécessaire de recourir à des moyens énergiques; on variera ceux-ci, ou on les combinera entre eux suivant le génie de la maladie et la nature des symptômes qui prédominent.

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