‹ Traité de pathologie interneChapitre 46 sur 152 · DES CONGESTIONS UTÉRINES · texte numérisé non relu

DES CONGESTIONS UTÉRINES

L'utérus paraît être, de tous les viscères abdominaux de la femme, celui qui se congestionne le plus fréquemment. Cette congestion peut être primitive, exister seule, ou bien être une complication des autres affections utérines, qu'elle aggrave et dont elle peut précipiter la marche.

Caractères anatomiques* — Un utérus examiné pendant la période menstruelle représente bien ce qu'est l'organe en état de congestion. Son volume général est augmenté ; à l'incision, on découvre des vaisseaux ou plutôt des sinus veineux dilatés et remplis de sang ; la muqueuse, surtout celle qui tapisse le corps de l'organe, est épaissie, d'un rouge plus ou moins foncé, et laisse transsuder par la pression des gouttelettes de sang; la muqueuse vaginale qui se réfléchit sur le col est parfois plus ou moins violacée. L'injection n'occupe pas seulement tout l'utérus, mais elle gagne aussi ses annexes : ainsi, les trompes sont violacées et renferment parfois un mucus sanguinolent, les ovaires sont augmentés de volume, ce qui a pour effet, ainsi qu'Aran le remarque (t), de produire un abaissement de ces organes et de les rendre plus accessibles au doigt, il n'est pas rare aussi, d'après le même auteur, de trouver dans l'épaisseur des ligaments larges, surtout au voisinage du col, des paquets veineux dilatés, rappelant assex bien les plexus pampiniformes chez l'homme, et formant des tumeurs pouvant égaler la moitié du poing.

(t) Leçons cliniques des maladies de rui&us^p, 34C. Paris, 1858.

DBS CONGESTIONS UTÉRINES. 2n

Gomsestioiis aotiTes. — Les congestions utérines sont le plus souvent actives. Celles-ci sont caractérisées par la plupart des phénomènes qui marquent l'époque menstrueUe;ils sont seulement ici beaucoup exagérés. Les femmes accusent alors une sensation de chaleur dans le bassin : il leur semble que le vagin et la vulve soient tuméfiés ; elles ressentent de la pesanteur vers le siège, des tiraillements aux ainesy une douleur gravative à Fhypogastre et dans la région sacrée ; quelques-unes éprouvent des coliques utérines assez fortes, semblables à celles qui accompagnent si souvent la dysménorrhée (voyez cette maladie dans le tome II). Ces symptômes, quoique continus, s'exaspèrent de temps en temps. Si Ton touche les femnies, l'utérus semble plus gros, plus lourd ; il est abaissé, le col est comme boursouflé ; le vagin semble plus chaud que de coutume ; souvent il existe un écoulement muqueux ou sanguinolent. Beaucoup se plaignent d'un prurit à la vulve ; les besoins d'uriner sont fréquents, les urines brûlent au passage. Ces signes de congestion peuvent se dissiper après un ou plusieurs Jours ; dans un grand nombre de cas, ils sont remplacés par l'apparition des règles ou par une véritable métrorrhagie, laquelle, en cas de grossesse, est presque nécessairement l'avantcoorenr prochain d'un avortement.

Les congestions utérines actives ne se remarquent guère que chez les femmes réglées ou chez les Jeunes filles chez lesquelles la révolution menstruelle se prépare. Q 7 a, en effet, un assez grand nombre de femipes non réglées qui éprouvent périodiquement chaque mois les signes d'une congestion utérine qui se dissipe spontanément sans être suivie par aucun écoulement sanguin. Chez la femme menstruée, la congestion utérine succède souvent à une suppression brusque des règles ou à une excitation insolite des organes génitaux, etc. La congestion est un accident également très-commun dans les trois ou quatre premiers mois de la grossesse ; elle est la cause la plus ordinaire des avortements qui ont lieu si fréquemment à cette période ; elle se développe quelquefois à l'occasion d'une émotion morale, d'une secousse, d'une chute, de rapprochements sexuels immodérés ; le plus souvent elle a heu spontanément sans cause appréciable, à une époque correspondant aux périodes menstruelles et par une sorte d'habitude physiologique. Les femmes sanguines, pléthoriques, celles qui d'ordinaire sont abondamment réglées, sont les plus sujettes à ce grave accident.

Contestions passlTea. — Les symptômes des congestions passives sont beaucoup moins tranchés que ceux des congestions aiguës. Il existe comme précédemment de la pesanteur dans le bassin et sur le périnée, des tiraillements dans les aines et dans les cuisses ; l'utérus est abaissé, augmenté de volume, et il y a du côté de l'excrétion urinaire les mêmes troubles. Le spéculum ne fait constater autre chose qu'une intumescence du col avec coloration violacée de sa surface, qui est parfois sillonnée de veines variqueuses. Ici les pertes sanguines arrivent fréquemment, soit qu'elles n'aient lieu qu'aux époques menstruelles, qui ont alors ane durée plus longue ou sont plus abondantes, soit que les hémorrhagies apparaissent à intervalles plus ou moins éloignés, tantôt spontanément, ou bien à l'occasion de la moindre fatigue et du plus léger effori. Ces hémorrhagies sont bien autrement graves et persistantes lorsque, sous l'influence de congestions répétées, le col s'est boursouflé, s'est imprégné de sang, conune le ferait une éponge, et a subi dans son tissu un ramollissement tel, qu'il est entamé par le doigt, comme cela arrive pour les gencives devenues fongueuses : c'est cet état du col que M. Duparcque a décrit dans son livre sous les noms à* engorgements mous ou kémorrhagkpus.

Les femmes chez lesquelles la congestion amène des pertes répétées s'afiiûblissent, se décolorent, et présentent la plupart des troubles fonctionnels que j'étudierai bientôt à propos de l'anémie.

Diagnostic. — La métrite est la seule affection qui puisse simuler la congestion utérine. Mais, dans la première, l'intumescence est plus grande; la pression hypogastrique, le toucher rectal et le toucher vaginal réveillent des douleurs plus vives; souvent il existe de la fièvre, les troubles sympathiques sont plus nombreux ; enfin la marche est généralement plus longue que dans une simple congestion.

Pronostic. — La congestion n'est grave que si elle se répète souvent et lorsqu'elle se prolonge longtemps, car elle finit alors par amener souvent des changements dans la texture de l'organe, il est, en effet, des indurations simples, des intumescences, des ulcérations de l'utérus, et, par suite, des prolapsus, des déplacements divers, qui sont consécutifs à des fluxions souvent répétées. Les congestions constituent aussi un état fAcheux chez la femme enceinte, ou lorsque l'utérus est le siège d'une autre maladie ; dans le premier cas, les femmes avortent ; souvent dans le second, on voit la congestion avoir pour effet ordinaire d'aggraver la maladie utérine et de mettre un obst&cle inévitable à sa guérison.

Traitement. — Lorsque la congestion utérine est survenue après la suppression des règles, ou bien lorsqu'elle constitue, pour ainsi dire, un prodrome de l'époque menstruelle, il y a indication à provoquer l'écoulement sanguin qui doit être la crise naturelle de l'état congestif. C'est dans ce but que l'on conseillera l'emploi de pédiluves sinapisés, de fumigations de vapeurs aqueuses vers la vulve, de lavements chauds d'armoise, de cataplasmes chauds qu'on placera sur les parties sexuelles ; enfin, si ces moyens sont insufQsants, on appliquera des sangsues en petit nombre à la vulve.

Lorsque les congestions utérines, au lieu d'être, pour ainsi dire, le prodrome des règles, constituent au contraire un véritable état morbide survenant hors de la période menstruelle, on leur opposera un traitement différent. L'indication ne consiste plus ici à favoriser une hémorrhagie, mais à la prévenir. Si la femme est pléthorique, une saignée générale sera utile ; on entretiendra la liberté du ventre par des laxatifs ; on fera prendre des bains frais ou tièdes prolongés ; les malades éviteront de s'asseoir ou de se coucher sur la laine ou la plume. Si ces moyens sont insuffisants, on appliquera des ventouses scarifiées sur la région sacrée et toot autour du bassin ; ce mode d'évacuation sanguine m'a paru plus efficace que les sangsues qu'on met en pareil cas à l'anus et aux aines, et même sur le col utérin.

Lorsque la congestion, devenue chronique, a provoqué quelque lésion de texture, on devra recourir aux révulsifs rubéfiants et vésicants. C'est dans ces cas qu'on a encore employé avec succès des douches froides sur les régions lomi>aire et sacrée, des douches ascendantes dans le vagin et dans le rectum, des bains de siège froids et prolongés; ces moyens exigent dans leur emploi une grande circonspection.

Lorsque la continuité des pertes a produit une anémie, une débilité très-grande, on aura recours aux douches froides généralisées, aux bains sulfureux, aux frictions stimulantes sur le corps, aux ferrugineux et à un régime analeptique. Les pertes elles-mêmes seront combattues par la série de moyens que nous étudierons plus tard (article Mêtrorrhagies). Dirons seulement que si, par suite de la persistance de la congestion, le col a pris cet aspect fongueux dont j'ai parlé plus haut, il faudra le toucher une ou plusieurs fois, à douze ou quinze jours de distance, avec le cautère actuel, les astringents ne fournissant pas, dans ces cas, des résultats

DE L'anémie. 213

aussi prompts et aussi certains que ceux qu'on obtient avec le fer rouge : c'est ce que M. le professeur Jobert a surtout démontré dans ces derniers temps.

La congestion qui affecte la femme grosse est presque toujours active ; on la combat à l'aide de petites saignées d'une à deux palettes faites à certaines distances. Four peu qu'il existe alors des douleurs abdominales, surtout de ces douleurs qui tiennent à des contractions utérines, et que l'on reconnaît à leur intermittence et an sentiment de pesanteur et d'expulsion que les femmes éprouvent, on devra se hàier d'administrer un petit quart de lavement contenant vingt gouttes de laudanum de Sydenbam ; trois quarts d'heure ou une heure après, on renouvelle la dose, puis une troisième et même une quatrième si les accidents persistent. Cette pratique est très-efBcace ; elle est surtout préconisée par le professeur Paul Dubois, et après lui par les docteurs Cazeaux, Chailly et Jacquemier. Dans le cas où la congestion se renouvelle à chaque époque menstruelle, on tâchera de la prévenir en condamnant les femmes à un repos absolu sur un canapé pendant toute la durée de cette époque et pendant les trois ou quatre jours qui la précèdent et la suivent ; on entretiendra la liberté du ventre, on prescrira quelques manuluves chauds ; enfin, si des signes de pléthore existaient, il serait convenable d'ouvrir la veine, non pour tirer beaucoup de sang et désemplir le système sanguin, mais plutôt pour donner au sang une autre direction. Pour ces saignées faites dans un but de dérivation, on doit se borner à ne retirer que quelques palettes de sang.

Page 1