AVANT-PROPOS. XIII
palpable et constant, le seul par conséquent qui puisse servir à les dénommer et à les classer.
Nous concluons de ce qui précède que la détermination des genres ne peut reposer sur un seul caractère, et, d'accord avec mon regrettable ami, le professeur Requin, nous dirons, comme lui, que la nosologie ne doit être, quant à présent du moins, ni exclusivement organique, ni exclusivement étiologique, ni exclusivement symplomatique, mais revêtir ce triple aspect. La méthode mixte est donc celle qu'il faut suivre, à moins de vouloir tronquer la science ou Tégarer dans les hypothèses les plus aventcfreuses.
D'après les principes que nous venons d'exposer, nous avons divisé les maladies en dix classes. Ce sont : 1*» les fièvres; 2*» les maladies constituées par un vice de proportion du sang ; 3** les inflammations; 4* les hémorrhagies ; 5' les sécrétions morbides; 6** les empoisonnements ;V les lésions de nutrition; 8" les transformations organiques et les produits morbides accidentels ; 9^ les névroses; \(y* les maladies propres à certains organes ou à certains tissus.
Cette classification est loin d'être irréprochable, mais ses défauts tiennent autant à mon insuffisance qu'à l'état d'imperfection de la science. Bayle a reconnu, après bien d'autres, que chaque cadre a ses défauts, présente ses lacunes et offre quelques rapprochements forcés; qu'il faut l'apprécier à sa juste valeur, le considérer comme un répertoire plus ou moins exact, et préférer celui dans lequel le plus grand nombre de maladies analogues seront rapprochées. Les cadres nosologiques, ajoute le médecin éminent dont je parle, sont des moyens artificiels pour suppléer à la faiblesse de notre intelligence : c'est un échafaudage nécessaire, on ne peut s'en passer; ils changeront plusieurs fois encore. Mais si l'on parvient un jour à établir une distribution invariable, l'édifice de la science, dégagé des simulacres qui le représentent aujourd'hui, offrira un ensemble régulier, majestueux, inébranlable.
Ce temps est certainement bien éloigné de nous. Arrivera-t-il même jamais? Vouloir une classification parfaite surtout en médecine, n'est-ce pas courir, comme l'a dit Cuvier, après la pierre philosophale? Ne désespérons pas pourtant de l'avenir, mais en attendant qu'on trouve une classification qui puisse captiver tous les suffrages, évertuons-nous à bien fixer les espèces morbides, ce qui est plus important, comme Bayle le remarque, en nosologie, que le cadre lui-même. Aussi ai-je apporté un soin tout spécial à ce travail. Je me suis également efforcé de racheter les défauts inévitables de ma classification par l'exactitude des descriptions, par l'amour de la vérité et par la complète indépendance avec laquelle j'ai jugé les hommes et les doctrines. J'ai évité autant que j'ai pu les discussions oiseuses, les questions insolubles, les hypothèses stériles, pour ne m'occuper que des données positives et des