‹ Traité de pathologie interneChapitre 5 sur 152 · XII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XII AVANT-PROPOS

ments forcés, de réunir dans un môme groupe des affections parfois fort dissemblables. Ce vice est réel; mais il tient bien moins à la méthod e elle-mêm qu'à rimperfection de la science. D'ailleurs nous avons vu que pareil défaut se rencontrait au moins aussi souvent dans la méthode anatomique, sans que celle-ci rachetât cet inconvénient par quelque avantage. Cependant il est possible d'éviter jusqu'à un certain point le défaut que nous signalons, en n'adoptant de classification que pour les maladies qui s'y prêtent, et en faisant une classe à part pour le très-petit nombre d'affections qui, spéciales à certains organes ou à certains tissus, ne pourraient être rangées dans les autres classes sans forcer l'analogie. C'était là la marche que le professeur Chomel avait autrefois adoptée dans ses cours, et c'est aussi celle que nous avons suivie dans ce livre, d'après son conseil.

Sur quels caractères se fonder pour déterminer les genres et les espèces morbides? Prendra-t-on exclusivement pour règle les désordres anatomiques, ou bien les causes, ou bien enfin les troubles fonctionnels? L'an atomie pathologique serait sans contredit la base la plus solide, la moins variable ; mais elle nous fait défaut dans un grand nombre de cas, et il est beaucoup de maladies (toute la classe des névroses, par exemple) qui, nonobstant les troubles nombreux qui les caractérisent pendant la vie, ne se révèlent sur le cadavre par aucune lésion matérielle saisissable. L'anatomie pathologique ne peut donc pas servir à classer toutes les maladies, mais à en classer seulement un grand nombre.

L'étude des causes est un guide bien moins sûr pour établir convenablement les genres morbides. C'est en se fondant sur Tétiologie cjue les divisions les plus arbitraires, disons môme les plus ridicules, ont été apportées dans l'étude des maladies. Les causes sont si obscures, si difficiles à saisir, si variables, qu'elles ne pourront jamais ôtre, je pense, le fondement unique d'une méthode nosologique. Mais il en est pourtant dont l'action est si évidente, si palpable, si positivement déterminée, qu'il est possible de les faire servir à la détermination d'un certain nombre de genres. Tels sont les venins, les virus et tous les poisons; car, quels que soient les désordres qui surviennent, la nature de la cause forme ici un caractère prédominant, invariable, pouvant par conséquent servir à classer l'affection.

Sauvages, d'accord avec Sydenham, avait pris pour base de sa classification les symptômes des maladies. Mais ce point de départ est essentiellement fautif, attendu que les symptômes sont extrêmement variables, qu'ils se combinent entre eux de mille façons, et que beaucoup sont communs à une foule de maladies qui n'ont entre elles aucune espèce d'analogie. Cependant il faut convenir qu'il y a un certain nombre d'affections inconnues quant à leur cause et à leur nature, n'ayant aucun siège anatomique précis, et pour lesquelles le désordre fonctionnel, l'état symptomatique est le seul caractère

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