DE L'ENTÉRITE ET DE L'ENTÉRO-COLITE CHRONIQUES. 3H
souvent à la fois comme émétique et comme purgatif. L'ipécacuanha est aussi employé quelquefois à titre de révulsif au début de l'entéro-colite des jeunes enfants : M. Trousseau le conseille alors dans l'espoir d'opérer sur Testomac un effet de dérivation en faveur de l'entérite ; mais cette pratique est loin d'avoir encore reçu la sanction de l'expérience. Il est inutile d'insister pour prouver combien on doit surveiller le régime des malades si l'on veut éviter des rechutes continuelles^ et, en définitive, le passage de la maladie à l'état chronique.
Les règles de traitement sont à peu près les mômes pour l'enfant à la mamelle. A celui-ci on donnera à teter un peu moins souvent, on réglera ses repas ; on remplacera en partie le lait de la mère par quelques boissons douces conmie l'eau de gomme ou de gruau. Si le dévoiement est abondant, on administre un lavement avec une ou deux gouttes au plus de laudanum de Sydenham; s'il résiste, il fkut, à l'aide d'un vésicatoire, établir une vive ré\Tilsion sur la peau de l'abdomen. Dans les cas où le ventre est tendu, très-douloureux et lorsque la fièvre est intense, l'application préalable de deux sangsues sur le ventre pourra être avantageuse. Les enfants seront en outre plongés une ou deux fois par jour dans des bains émollients. Si l'entérite survient après un sevrage prématuré, on devra rendre la nourrice à l'enfont, et ne pas lui permettre d'autre nourriture que le lait; ce qui n'exclut pas, d'ailleurs, l'emploi des émollients, des mucilagineux, du bismuth et des opiacés. On a employé aussi dans ces dernier? temps les lavements au nitrate d'argent (5 à 40 centigranmies) ; on a môme prescrit ce sel par la bouche à la dose d*un centigramme dans une potion. M. Trousseau a surtout prôné cette méthode, qui, d'après le témoignage de M, Bouchut, guérirait quelquefois et soulagerait toujours. Nonobstant ces témoignages, le nitrate d'argent est peu usité, moins par crainte d'accident que parce qu'il est inutile. On comprend, en effet, que le médicament n'a qu'une action locale et toute topique : or, donné en lavements, il ne peut agir que si la lésion existe dans le rectum, ce qui est rare, en dehors de la dysenterie ; si d'autre part on choisit la voie de l'estomac, la minime quantité d'azotate d'argent qui est prescrite arrivera nécessairement transformée en chlorure insoluble sur les points de l'intestin qui auraient le plus besoin d'ôtre modifiés. (Voyez, conmie complément, l'article RamoUiasement de la muqueuse digestwe,)
DE l'entérite et DE l'eNTÉRO-COUTE CHRONIQUES.
La forme chronique de l'entérite et dfe l'entéro-colite peut être primitive ; d'autres fois elle est consécutive à l'état aigu.
Garaotères anatomlqnes. — Chez la plupart des individus qui succombent à l'entérite chronique, on constate une maigreur extrême de tout le corps ; le calibre de Fintestin grêle est diminué au point de n'avoir plus quelquefois chez l'adulte que la grosseur du petit doigt, tandis que le côlon atteint à peine le volume naturel de Filéon. Les parois intestinales sont amincies, comme atrophiées, et présentent souvent dans une grande étendue une coloration brunâtre, ardoisée, à laquelle le péritoine est tout à fait étranger, et qui dépend de la couleur des tissus subjacents, surtout de la membrane muqueuse. D'autres fois, au contraire, les paroi» intestinales, surtout si c'est le côlon qui est malade, sont épaissies, indurées, blanchâtres, demi-transparentes à la. coupe et conmie lardacées, par suite de l'épaississement du tissu cellulaire ; la membrane muqueuse est d'un gris brunâtre, tantôt épaissie et friable, d'autres fois ramollie, amincie, détruite, et parfois aussi ulcérée dans une étendue plus ou moins considérable. Cependant on a tort de regarder généralement
les uleéraiiOBf comme un caractère anatcxmque fréquent de reniériteclmmi^. Dans rintestin grêle, cette lésion ne se rencontre guère que ches les sujets tube^ euleuxy et abrs elle résulte bien moins d'un travail inflammatoire primitif qjaeàt la fonte des tubercules sous-muqueux. Nous n'avons pas d'ailleurs 4 nous occuper ici de cette espèce d'entérite, que nous décrirons avec soin à l'article PhÛàM, U p'en est pas de même du gros intestin : il est assez commun, en effet, de rencontrer à tout Age, à la suite des diarrhées chroniques, des ulcérations presque toqjoun très-euperficielles, souvent linéaires, très-nombreuses, à directions variées, docqpant souvent le sommet des plis que forme la muqueuse. Ce sont des érosions qui passent aisément inaperçues, lorsqu'on n'a pas soin de bien laver l'intestin, d'étendre la muqueuse et de l'examiner attentivement à un Jour convenable. L'estomac, qu'on a dit, à une autre époque, être altéré d'une manière si constante, participe au contraire rarement, quel que soit l'âge du sujet, aux lésions inflammatoires de la muqueuse intestinale.
Symptômes. Marche. Terminaisons* -*- Dans l'entérite ou rentéio-coUte chronique, la douleur est peu vive et occupe généralement les mêmes points du ventre. Rarement continue, elle ne survient le plus souvent que de temps en temps, et elle précède alors chaque évacuation ; les selles sont plus ou moins nombreoses; il 7 en a cinq ou six dans les vingt-quatre heures, trèfr-souvent davantage, rarement moins. Elles sont constamment liquides, ordinairement jaunâtres, muqueuses et fétides. Les besoins de défécation sont souvent provoqués par la marche, par une émotion, et surtout par l'ingestion des aliments et des boissons. C'est aimi qu'il est beaucoup de malades atteints d'entérite chronique qui ne pouvent ni boiie ni manger, sans être pris aussitôt d'un besoin subit et pressant d'aller à k selle; presque tous sont tounnentés par des grognements intestinaux ou par un gargouillement bruyant, qui se manifestent surtout peu après le repas, et sont souvent les avant-coureurs des évacuations alvines. La soif est variable; la plupart des maladei conservent de l'appétit, la digestion stomacale se fait régulièrement et sans souffrance. Cependant, pour peu que l'entérite se prolonge, la nutrition s'altère piefondément, les malades perdent leurs forces; ils pftlissent et maigrissent; leur ventre se rétracte vers le racbis ; la peau devient sèche et rude, le pouls s'accélère, la fièvre s'allume. Celle-ci est généralement peu intense; tantôt continue, tantûl revenant sous forme d'accès, elle a le caractère de la fièvre hectique. Si la maladie persiste, si elle s'aggrave, la mort peut en ôtre la conséquence. Ces malades meurent épuisés et dans le dernier degré de marasme.
Dans les cas où, par contre, la maladie a une heureuse issue, on voit les lésioQi intestinales s'amender, et tout aussitôt la diarrhée diminuer, les coliques l'éteindre ; enfin, l'alimentation pouvant se faire d'une manière de plus en plus régulière, l'embonpoint et les forces ne tardent pas à renaître. Mais, quel que soit le mode de terminaison, il est rare que l'entérite chronique suive une marche unilome et très-régulière ; le plus ordinairement, en efi*et, on observe des rémissions et des exacerbations. Celles-ci surviennent spontanément ; le plus souvent elles sont provoquées par différentes causes, spécialement par des écarts de régime oo par l'impression de l'humidité ou du f^oid. L'entérite et l'entéro-colite ont une dorée illimitée. Beaucoup d'individus, quoique bien guéris, conservent néanmoins uoe grande susceptibilité du côté des intestins ; cbei eux aussi, on observe des dérsngements des voies digestives, au moindre écart de régime qu'ils font^ ou lorsqu'ih prennent des aliments indigestes, ou bien encore lorsqu'ils s'exposent à l^umidité ou lorsqu'ils ingèrent une boisson trop firoide.
DE L'ENTâaiTE ET 06 L'ENTÉRO -GOUTE GHEONIQUES. 313
MacB^rtie» <*- Les coliques et la diarrhée s'accompagnant d'amaigrissement et de dépassement sont des symptdmes d'entérite chronique, mais ils n'en constituent pas le earaictére pathognomonique, puisqu'on les rencontre au mémo degré dans diverses lé^n9 orgamques des intestins, spécialement dans les altérations tubereuleuses et les dégénérescences squirrheusea. Ce n'est doue que par voie d^embmon qu'en pourra arriver au diagnostic précis de l'entérite chronique simple. U ne faut pas oublier .que cette dernière est rarement mortelle chez l'aduUe. Iln'astpas commuo, «n effet, de la voir, à cet flge, produire des symptômes de censomptioQ : aussi devrart-pn regarder comme ttèP'Smg9(ie$ ces entérites chroniques dans lesqu^les il y a un amaigrissement rapide, qui souvent n'est point en rapport avec la diarrhée. On devra s'inquiéter davantage encore de ces diarrhées chroniques qui s'accompagnent de mouvements fébriles revenant régulièrement le soir et pendant la nuit, car presque toujours elles sont symptomatiques d'ulcérations intestinales de nature tuberculeuse, qui elles-mêmes coïncident iovjour$ avec des tubercules pulmonaires. On devra donc, dans tous les cas de diarrhées ebfoniques, explorer le thorax avec le plus grand soin, et être très-réservé sur le pronostic à porter, toutes les fois qu'on verra se développer des symptômes de consomption ou de fièvre hectique. Les diarrhées chroniques symptomatiques d'une lésion cancéreuse seront plus facilement reconnues; carj comme nous le verrons plus tard, elles alternent souvent avec la consitipation; elles sont fréquentmen4 précédées de signes indiquant un arrêt ou une gène dans le cours des matières lécaLsa; dles sont formées par de la sanie, par du pus mêlé aux matières intestir nalee; enfin, indépendamment des signes extérieurs de la cachexie cancéreuse, la palpation du ventre et le toucher par le rectum pourront faire reconnaître la nature et le siège de la lésion organique*
PreiasatlQ* -*- L'entérite chronique est une maladie généralement lâcheuse, moins encore par sa gravité que par son opiniâtreté et parla fréquence de ses récidives. Ches les trèsieunes enfants et chea les vieillards, il n'est pas rare de la y m se tarminer pv la mort*
iBftioIecAe- *^ L'entérite chronique reconnaît le plus souvent pour cause, ches TaduKe, de fréquents écarts de régime ou une mauvaise alimentation. Ces causes agissent surtout activement chez les enfants, ^ui sont naturell^nent très-sujets au dé^oîenoient. Un sevrage prématuré, une nourriture abondante et disproportionnée, avec les farces digestives, sont les causes les plus communes de l'entérite chronique des enfants à la mamelle* Les aliments indigestes, ou ne pouvant être attaqués par un estonuM: altéré dans sa texture ou dans ses fonctions, arrivent dans Tinter tin, l'irritent, et sont expulsés souvent sans avoir subi aucun changement; ce phé^ nomène, surtout commun dans l'enfance, a re^u le nom de Henterie,
Trmltein«st. ^ Le régime du malade doit avant tout fixer l'attention du médecin. Une d&ète absolue est rarement utile ; elle aurait même, dans la plupart des cai^ de graves inconvénients. Il faut choisir les aliments qui sont digérés avec le moins de fatigue, et qui, contenant beaucoup de principes nutritif sont absorbés en grande partie et fournissent peu de résidus. Les potages gras À la fécule, les crèmes ds ris, les gelées végétales et animales, seront d'abord conseillés; on arrivera ensuite par degrés à une alimentation tout À fait solide et plus substantielle. Q n'est pas rare de voir alors la diarrhée se modérer aussitôt qu'on permet un régime phis réparateur. Plus J'avance dans la vie, plus je trouve que l'on exagère Ufc diète dans les affections intestinales. La pepsine, prise immédiatement avant de manier, a rendu dans aes cas quelques services* £Ue réussit surtwitpromptement
dans ces diarrhées lientériques provoquées par l'imperfection de la digeiôon gastrique. Il importe, quand on cotamence l'alimentation, de ne pas faire à« repas trop copieux ; il ne faut pas non plus trop les multiplier, pour éviter la fatigue des intestins. Les malades boiront un vin généreux ; les vins de Bourgogne, et surtout celui de Bordeaux, seront préférés ; ils seront étendus d'eau suffisamment Assez souvent, chez les malades dont je parle, l'eau rougie est mal supportée et provoque des selles; mais alors il nous a quelquefois suffi d'ajouter une petite quantité d'eau de Seltz, de sucre ou de gomme, pour la faire supporter. Ondem, dans l'entérite chronique, exciter les fonctions de la peau par l'usage des bwm sulfureux, savonneux, salés, ainsi que par des frictions sèches ou aromatiques. Les malades seront couverts de flanelle ; le ventre sera surtout préservé de l'impresnon du froid par une ceinture , et, mieux encore, par une peau de lièvre.
Les médicaments doivent varier suivant les cas. Lorsque les coliques sont encore vives et continues, il convient de faire une ou plusieurs applications de ventouses ou de sangsues sur le ventre. Cette partie sera recouverte de cataplasmes émollients, et l'on donnera à l'intérieur les boissons mucilagineuses, la décoction blanche de Sydenham, les lavements émollients, calmants, que nous avons conseillés dam la période aiguë. On y joindra l'emploi de l'opium, et mieux encore celui de li thériaque ou du diascordiura, en raison des propriétés calmantes et en mtoe temps un peu astringentes de ces préparations : c'est en pareil cas aussi que l'on
.retirera de grands avantages de l'usage du sous-nitrate de bismuth à la dose de i à 4 grammes chez les enfants, et de 4 à 10 chez les adultes. Ces quantités «ont suffisantes dans la plupart des cas ; mais si les accidents persistent ou s'aggrtTcnt, on peut, avec avantage, en donner cinq ou six fois plus, ainsi que M. Monneretla établi, et comme je l'ai moi-môme vérifié un très-grand nombre de fois; on pourra même, si la lésion siège dans la partie la plus inférieure de l'intestin, administrer aussi quelques grammes de bismuth en lavement, associé ou non au charbon; on modifie souvent alors promptement l'aspect et surtout la fétidité des garderol)es. Enfin, en cas d'insuccès, on a recours à une vive révulsion sur la peau du ventre, que l'on excite spécialement en promenant des vésicatoires volants ou en faisant des onctions avec l'huile de croton ou bien avec la pommade émétiséc. A une période avancée delà maladie, surtout lorsque les douleurs sont pen îites
.et que la diarrhée est abondante, il y a utilité à administrer les astringents et tes toniques, comme les préparations de kina, de simarouba, de cachou, de ratanhii. Mais il faut être très-prudent dans l'emploi de ces moyens, ne les donner d'abord qu'en tâtonnant et en bien étudier les effets; on les suspendrait pour peu qu'il y eût aggravation dans les symptômes. Ce que nous disons des astringents et des toniques, s'applique aux eaux minérales, naturelles ou factices, dont on retire parfois aussi de bons effets à la même période. Les plus fWquenmient usitées, en pareil cas, sont les eaux alcalines, surtout Vichy et Ems; on les donne pins en bains qu'en boisson. 11 en est à plus forte raison de même des eaux sulfureuses. CellesKîi, par l'excitation qu'elles produisent sur tout le tégument externe, exercent souvent une révulsion utile. Les eaux ferrugineuses ont également été conseillées à l'intérieur, mais elles sont plutôt utiles dans les diarrhées catarrhales que dans celles qui sont symptomatiques d'une lésion intestinale.
11 est bien certain que beaucoup d'entérites résistent par suite de la difflcnlté que l'on éprouve à modifier les surfaces enflammées à l'aide de médicaments qui, obligés de traverser les parties saines, n'arrivent ensuite sur celles qui sont malades qu'après avoir subi plus ou moins d'altération : aussi le rectum est, sous ce np-
port, placé dans des conditions plus favorables que le reste du tube intestinal, par la facilité ({ue Ton a de porter directement sur lui les substances médicamenteuses. Lorsque celles que nous avons conseillées dans Tentérite chronique ordinaire échouent dans l'inflammation du rectum, on devra essayer de modifier profondément Fétat des surfaces malades, en les mettant en contact avec une solution plus ou moins concentrée de nitrate d'argent (de 25 centigranmies à i gramme de nitrate d'argent pour 30 grammes d'eau). Cette médication est, en général, trèsefficace, et il sufBt le plus ordinairement de deux cautérisations pour triompher de la maladie ; mais prescrire le môme agent par la bouche ou en lavement dans les cas où la phlegmasie occupe l'intestin grêle, c'est faire, ainsi que je l'ai dit plus haut (page 311), une médication au moins inutile.
Les jeunes enfants atteints d'entérite chronique exigent quelques autres soins. S'ils sont à la mamelle, on s'assurera que le lait n'est pas trop abondant ni trop riche, on leur présentera le sein moins souvent, et l'on donnera dans l'intervalle des repas une potion opiacée. Si l'enfant est sevré depuis peu, et si l'entérite résiste aux moyens rationnels que l'on emploie contre elle, il faut redonner une nourrice à reniant. La diète lactée convient, en effet, beaucoup dans les entérites chroniques do jeune âge; le lait de la femme doit toujours être préféré, même chez les entants déjà sevrés. S'ils ne peuvent ou s'ils ne veulent plus prendre le sein, on leur donnera le lait par cuillerées ou dans un biberon. Ce moyen produit quelquefois de véritables résurrections. Le lait d'Anesse peut remplacer quelquefois le lait de femme. Si les circonstances ou l'état de foriune des parents ne permettent d'employer que le lait de vache ou de chèvre, il faudra le sucrer, et le plus souvent on devra le couper d'un peu d'eau. Dans tous les cas, on ne doit donner le lait qu'en forme de repas réguUers, toutes les trois ou quatre heures. C'est M. le docteur Donné qui, dans ces derniers temps, a eu le mérite de fixer l'attention des praticiens sur l'utilité du lait comme substance alimentaire et médicamenteuse dans l'entérite du jeune âge.
Dans l'entérite chronique des enfants et des adultes, lorsque toute alimentation, même la plus douce> a pour effet d'exciter la diarrhée et d'épuiser ainsi les forces au lieu de les réparer, on peut essayer l'usage de la viande crue donnée d'après la méthode du docteur Weisse, ainsi que nous l'indiquerons dans le tome H, en traitant du Bamollissement de la muqueuse intestinale.
SraosTVts. — <>>Iite, colite spécifique; tormma; ténetme; fluxui Mtstinorum eum uleere^ etc.
La dysenterie fi?X une maladie caractérisée par des coliques plus ou moins vives, par un besoin firéquent et souvent presque continuel d'aller à la selle, ainsi que par l'excrétion d'un mucus sanguinolent ou d'une sérosité rougeâtre rendue en petite quantité à la fois.
Historique. — La connaissance de la dysenterie remonte à la plus haute antiquité ; mais elle n'a été étudiée d'une manière un peu complète que par les observateurs du dernier siècle, spécialement par Pringle {\) et Zimmermann (2), ainsi que par plusieurs de nos contemporains, parmi lesquels se distingi^ent Pinel (3),
(1) Maladies des armées,
(3) Traité de la dysenterie^ trad. en français, iii-13, 1787.
{2) Nosographie philosophique^ %, IL
Chomel (1), MM. Pannentier et Trousseau (2), Thomaf (3), Guéfetto (4), Qflj (S), Manelût et Follet (6), Gambay (7), Ha«pel (8), Duti^oulfui (9), Delioui (iO), etc.
Divisions • -m Les auteurs ont proposé une foule de diYisioas dans Tétude dek dysenterie, mais nous croyons qu'on ne doit conserver que les suivantes : Udyienterie est bénigne ou grave^ fébrile ou apffrétiquBy sporadiqw ou ijpidimi^pie, mguè ou chronigve. Ces distinctions sont importantes, surtout au point de vue du pronoitic et du traitement.
Anatomie patkelofique. -^ Ghes les sujets qui sueoombent à la dyssntene aiguéy on trouve la membrane muqueuse du cOkm, du rectum, et souvent vm celle de la fin de l'intestin grôle, rouge, boursouflée, épaissie et iriable; las follicules du côlon sont augmentés de volume, leur orifice est agrandi etmarqoé psr un point noir ; enfin, les parois intestinales sont plus ou moins OBdématîéet, et leoi épaississement, qui est surtout formé aux dépens du tissu cellulaire sous^mnfuein et de la tunique musculeuse, peut avoir jusqu'à il ou 15 millimètres. Ces attentions sont souvent les seules qu'on rencontre dans la dysenterie aigué de ces dii&sts, surtout dans celle qui>st sporadique, ou qui ne date eocore que de daq os six jours. Plus tard, et plus spécialement lorsqu'il règne une épidémie, on constats des ulcérations plus ou moins noipbreuaes de la membrane muqueuse du oftkn. Cette lésion, regardée comme constante par les uns (CsbUus AureUanus), Oûmna rare par d'autres (Sydenbam, Willis, Pringle, Stoll), niée même par quelques-au, a été parfaitement étudiée par le docteur Thomas. L'habile médecin de Toan,i l'exemple de Gaelius AureHanus, a regardé les ulcérations comme constituant ]t caractère aoatomique essentiel de la dysenterie. Cette assertion a été confinnée depuis par les recherches de plusieurs observateurs, notamment par ceUei dd M. Haspel et de M. Cambay ; ce dernier a toujours trouvé des ulcérations sur deux cents cadavres de dysentériques qu'il a ouverts en Algérie. Suivant M. Tbomai, la ulcérations siégeraient sur les follicules ; elles sont visibles dès le huitième Jour, et elles forment à cette époque de petites solutions de continuité qui, se réufflauot bientôt entre elles, unissent par constituer des ulcérations irrégulières, à bords taillés à pic, intéressant toute la muqueuse, et dont le fond, formé par le tim cellulaire ou par la membrane musculaire, est souvent tapissé par une pellicule blanchâtre, qui n'est autre qu'une fausse membrane qu'on détache aisément On ne confondra pas cette production avec une eschare. Quelquefois cette pseudo* membrane se forme primitivement sur la muqueuse, qui n'ofifre alors d'autre lésion qu'une injection plus ou moins vive. Tantôt il n'existe que quelques ulcérations ; d'autres fois celles-ci sont très-nombreuses : elles peuvent môme être tellement rapprochées, que le côlon et le rectum en sont criblés. Quelques-unes oui plus de 8 à 9 millimètres de diamètre ; elles sont arrondies ou de forme irrégalière ; leurs bords grisâtres semblent avoir été taillés coaune par onemportef ièce. L'ulcération s'étend rarement au delà de la muquejise : cependant il n'est pas tfèf-
(1) Dictionnaire de médecine^ art. Dtsbnterib.
(2) Archives de médecine^ !»• série, t, XIII, p. 47T.
(3) Ibid,, 2« série, t. VU, p. 46&
(4) Ibid.^ p. 51.
(5) Journal de la Loire-Inférieure^ année 1S38.
(6) Archives, année 1843, t. I et IL
(7) De la dysenterie et des maladies du foie, Paris, 1847.
(8) Maladies de l'Algérie, Paris, 18S2, t. II.
(9) Maladies des Européens^ 1&C4«
(10) Traité de la dysenterie, Paris, 1863.
DE LA DVSKNTERIB. 317
taré de trouver nue ou deux des tuniques intestinales successivement détruites ; on a môme tu plusieurs fois le travail ulcératif envahir jusqu'à la tunique séreuse, et «i une perforation s'est faite pendant la vie, on constate un épanchement de matières stercorales dans le ventre et les lésions caractéristiques d'une péritonite suraigué. La gangrène est une affection extrêmement rare.
Au lieu d'être détruite, la muqueuse peut être soulevée, détachée, comme s'il y avait ea là un phlegmon sous-muqueux. C'est ainsi que M. Catteloup a rapporté, dans le tome LYII des Mémoires de médecine militairey l'histoire de deux malacfes morts de dysenterie, ayant l'un la muqueuse du gros intestin détachée et formant un cylindre de 52 centimètres de long ; chez l'autre, elle se présentait sous forme d'un mban de 55 millimètres de large sur 35 centimètres en longueur. Une pareille altération, Taguement indiquée par des médecins anciens, plus explicitement reconnue par Morgagni, a été rencontrée également par M. Gambay, par M. Haspel et par quelques autres; cependant elle doit être considérée comme fort rare.
Les lésions que je viens d'indiquer sont & peu près celles que MM. Trousseau et Parmentler avaient trouvées, en 4826, pendant l'épidémie d'Indre-et-Loire. Ce sont les mêmes que MM. Masselot et Follet ont rencontrées dans l'épidémie qui a sévi en 1842 sur la garnison de Versailles ; elles ne diffèrent pas, enfin, sensiblement de celles qu'a si bien décrites, en 1838, le regrettable Gély (de Nantes). Ce médecin a admis quatre formes anatomiques principales dans la dysenterie i i^ l'hypertrophie mamelonnée (épaississement de la muqueuse avec engorgement des (bllicules) ; 2« les ulcérations des follicules ; 3^ les fausses membranes, moins fréquentes que les ulcérations ; i^ l'amincissement et le ramollissement de la muqnense, moins fréquents que l'hypertrophie, s'accompagnant souvent de pseudo-membranes et d'ulcérations très-superficielles, qu'on ne peut bien voir qu'à contre-Jour. Les ulcérations, qui peuvent manquer dans la dysenterie sporadique et dans celle qui est bénigne, sont au contraire constantes dans la dysenterie chronique. Dans cette forme, la surface des ulcérations est souvent fongueusô et saignante, les parois intestinales sont épaissies ; souvent elles sont dures et d'utl aspect comme squirrheux, à cause de l'hypertrophie du tissu cellulaire sousmuqueux.
Les lésions que ilous venons d'énumérer sont presque toujours bornées au gros intestin ; elles peuvent également occuper les derniers pieds de l'intestin grêle : mais la chose est assez rare 3 il est surtout peu commun d'y rencontrer des ulcérations.
Chez les sujets morts de dysenterie du huitième au vingtième jour, on trouve ordinairement les ganglions mésentériques volumineux, rouges, friables, et même suppures. Au delà de cette époque, ils sont aff'aissés et ils ont pris une couleur noirâtre ou ardoisée*
Indépendamment des lésions que nous venons de faire connaître, les auteurs parlent de diverses altérations qu'on rencontre souvent chez les dysentériques, dii cÂté de l'œsophage, du côté des voies urinairesj et surtout vers le foie, qui, dans la dysenterie grave des pays chauds, est presque toujours, ou congestionné, ou enflanmié, ou bien le siège d'abcès. Ce sont là des Complications dont nous parlerons aiHeurs (voy. l'article Bépatité).
Bymptàmen de la dysenterie bénigne. » La dysenterie débute souvent sailé prodromes ; d'autres fois elle est précédée, pendant quelques heures ou pendant im ou plusieurs jours, par du malaise, par delà courbature j par du dérangement dans
les fonctions digestives, par des frissons, par une grande faiblesse dans le doê (Zoiimermann). Bientôt des douleurs abdominales se font sentir ; elles existent presqae toujours Ters l'S iliaque et remontent ensuite le long des autres parties du cAlooi ou bien, générales et mobiles, elles se concentrent vers la fosse iliaque gauche el dans le rectum ; la pression les exaspère généralement Les malades se plaignent fréquemment aussi de douleurs lombaires. La plupart éprouvent de la pesanteur vers le périnée ; ils ont la sensation d'un corps étranger qui existerait dans la dernière partie du rectum ; ils font des efforts pénibles, douloureux, de défécation, et malgré cela rien n'est expulsé : on dit qu'U existe alors des épreintes ou des faux besoins. Presque toujours, pourtant, au milieu de ces efforts, les malades rendent une petite quantité de mucosités épaisses, blanchâtres ou sanguinolentes, floconneuses, mêlées parfois à de petites concrétions blanchâtres ou grisâtres. Celles-ci peuvent bien être formées par des débris de la membrane muqueuse, mais le plus souvent elles ne sont rien autre que ces fausses membranes que nous avons signalées à la surface des ulcérations, et quelquefois sur la muqueuse non encore entamée : aussi ne rencontre-t-on point ces productions dans les selles avant le neuvième ou le dixième jour ; M. Thomas en a pourtant vu, mais très-exceptionnellement, dès le quatrième. Ces matières intestinales ont communément, au début de la maladie, une odeur fade ou du moins peu fétide, et elles sont toujours excrétées en trèspetite quantité à la fois. Le nombre des selles est plus ou moins considérable; il est rarement moindre de douze dans les vingt-quatre heures, et il s'élève souvent à trente, quarante, et môme davantage. Dans ces cas, la peau de l'anus est rouge, et les matières, en sortant, produisent un sentiment de cuisson et parfois de brûlure. 11 n'est pas rare, surtout chez les enfants et chez les sujets débiles, de voir la muqueuse de la partie inférieure du rectum, relâchée et poussée par des efforts incessants, former un bourrelet à la marge de l'anus, qui peut rester béant et comme paraljsé. Chez beaucoup de malades, une partie des organes génito-urinaires participe aux souffrances de l'intestin. C'est ainsi qu'il existe souvent chez eux un ténesme vésical, caractérisé par le besoin continuel d'uriner et par des efforts de miction, sans qu'aucune goutte de liquide soit expulsée ; quelques-uns cependant rendent après beaucoup de peine quelques mucosités blanchâtres, exhalées dans la vessie et plus souvent dans l'urèthre ; chez les femmes on observe parfois un peu de leucorrhée. La dysenterie, quelque bénigne qu'elle soit, s'accompagne toujours d'un état de malaise et de faiblesse qui ne s'explique souvent ni par l'intensité des douleurs, ni par le nombre ou par l'abondance des selles. La face est ordinairement pâle, abattue ; elle exprime la souffrance ; mais les traits se crispent et l'agitation devient grande pendant la contraction convulsive de l'intestin, soit qu'il n'existe que du ténesme, soit que des excrétions aient lieu. Dans tous les cas aussi, l'appétit est tout à fait aboli ou du moins considérablement diminué ; la bouche est souTent empâtée ou amère ; il j a de la soif et parfois quelques vomituritions. Au milieu de ces troubles, le pouls reste souvent calme, mais le plus ordinairement il est un peu accéléré ; la chaleur de la peau augmente ; celle-ci est assez souvent vive et sèche. Tels sont les symptômes caractérisant la dysenterie bénigne.
Après avoir persisté avec plus ou moins d'intensité pendant un ou plusieurs jours, les coliques et le ténesme diminuent ; les selles, d'abord moins fréquentes, cessent ensuite d'être muqueuses, elles deviennent peu à peu stercorales. Souvent une diarrhée simple succède à la dysenterie et persiste plus ou moins. Enfin, après une durée qui varie entre quatre et huit jours, les fonctions se rétablissent dans ^eur état d'intégrité, et il ne reste de tous les troubles que nous avons décrits qu'uu
DE U DYSENTERIE. did
certain degré de Dûblessey et parfois aussi une susceptibilité plus grande du côté des voies digestives.
Symptômes. Siarche. Terminaison des dysenteries graves. — Lorsque la dysenterie régne épidémiquement, surtout si c'est dans un pays chaud^ ou bien lorsqu'elle sévit dans les prisons, à bord des vaisseaux, dans les camps ou dans une ville assiégée, elle se révèle par des symptômes généraux et locaux bien autrement graves. Les douleurs abdominales sont souvent atroces, les épreintes sont plus pénibles, presque incessantes; il existe alors un véritable état convulsif de l'intestin ; le nombre des selles est plus considérable que tantôt : elles peuvent l'être à un tel point, que Zimmermann a vu des malades en avoir plus de deux cents dans l'espace de quelques heures seulement. Les matières sont de même nature que précédenmient, mais elles sont plus rougeâtres ; quelquefois elles sont brunes, noires, puriformes, semblables à du sperme, à du frai de grenouille ; souvent elles sont séreuses ; enfin, à une époque plus éloignée, elles sont comparables à de la lavure de chair, et, dans tous les cas, elles exhalent une horrible fétidité. Les selles, qui ont contenu quelquefois, à une époque moins avancée, des pellicules, des pseudo-membranes, ont présenté parfois à cette période des lambeaux provenant des tuniques intestinales. Ce fait, reconnu dans l'antiquité par Celse et par Arétée, nié depuis par la plupart des observateurs, a été mis hors de doute par Annesley, et surtout par plusieurs de nos médecins militaires. Ainsi, MM. Catteloup et Cambay ont vu plusieurs fois, en Algérie, des dysentériques rendre par l'anus de larges lambeaux ou des espèces de cylindres formés par la muqueuse intestinale et par une partie de la tunique musculeuse elle-même. Nous croyons, avec les deux médecins distingués que nous venons de citer, que dans ces cas les tuniques, ainsi que nous l'avons d'ailleurs exposé plus haut, ont été décollées par un de ces phlegmons sous-muqueux qu'on rencontre quelquefois dans la dysenterie des pays chauds. Pour terminer ce qui a trait au caractère des évacuations alvines, disons qu'il y a des malades qui, de temps en temps, rendent par les selles du sang pur, quelquefois en quantité considérable. Il en est aussi qui, à une époque éloignée du début, expulsent encore des matières fécales solides, arrondies, retenues probablement jusqu'alors dans les bosselures du gros intestin.
Les symptômes généraux sont en rapport avec l'état local que nous venons de décrire. Toujours la physionomie est plus ou moins profondément altérés, rabattement est extrême, la soif inextinguible ; mais les boissons ne peuvent être ingérées, le plus souvent, sans provoquer presque à l'instant le besoin d'aller à la selle. La respiration est parfois accélérée, moins par des complications thoraciques qui sont rares qu'en raison des souffrances abdominales et de l'anxiété générale ; la fièvre dans ces cas est toujours considérable, la peau a une chaleur sèche et acre ; le pouls est tantôt fort, ample, développé, d'autres fois il est petit et concentré. La sécrétion urinaire est diminuée ; elle est même presque même suspendue lorsque les selles sont très-répétées.
La manifestation ou la prédominance de certains accidents imprime souvent à la maladie une physionomie spéciale et justifie les variétés que les auteurs ont admises. C'est ainsi que quelquefois il existe un délire plus ou moins violent, des soubresauts des tendons, un tremblement général, et cet ensemble symptomatique qui carac* térise l'état ataxique (dysenterie ataxiqué). Plus souvent on voit les malades tomber dans la prostration ; la langue se dessèche et brunit, les dents s'encroûtent de fuliginosités; le ventre est tendu, météorisé : c'est la dysenterie adynamique.
3^0 INFLAMMATION DBS ORGANES DiOESTIPS.
Comme la forme précédente, celle-ci est tantôt primitiTe, tantôt elle est comécotive à une réaction vive, marquée par un pouls fort, développé, par la turgescenct de la face ; en un mot, par l'ensemble des symptômes qui caractérisent la fièTre inflammatoire (dysenterie inflammatoire), La dysenterie adynamique est celle qu'on observe le plus communément dans les camps et dans les prisons ; elle complique très-souvent le typhus. Enfin, au lieu des symptômes précédents, il peut exister une langue jaunâtre, avec amertume de la bouche, des envies continuelles de vomir, des vomissements verdâtres et qui soulagent : c'est la dysenterie blHeuse. Presque toujours cette forme est primitive. Le caractère bilieux peut devenir prédominint dans le cours d'une épidémie.
Il est nécessaire de prévenir le lecteur que dans les dysenteries graves, lorsque les tuniques intestinales ont été détruites, il existe ordinairement une douleur sourde et fixe dans un point quelconque du gros intestin. Dans les Indes orientales, cette douleur se trouve plus communément dans la région Iliaque droite; tandii qu'en Algérie, ce serait dans la fosse iliaque gauche qu'elle ëe ferait le plus ordinairement sentir, d'après M. Cambay ; aussi, en Afrique, les lésions sont-elles plui profondes dans le rectum et dans TS iliaque que partout ailleurs. Cette douleur sourde ou violente, ne se révélant que par la pression ou lorsque le malade va à la selle, peut s'exasp4rer et s'étendre à tout l'abdomen : cela dépend le plus souvent de ce que la phlegmasie s'est alors propagée au péritoine circon voisin, et a produit une péritonite qui peut être partielle, mais qui parfois devient générale sans qu'il soit survenu pourtant de perforation à l'intestin.
Quelle que soit sa forme, lorsque la dysenterie doit se terminer d'une manière funeste, la face s'altère de plus en plus; le pouls devient petit, irrégulier ; le ventre «e météorise, les selles et le ténesme redoublent ; parfois cependant ces derniers symptômes diminuent. Quelques malades sont tourmentés p^r un hoquet continuel ; toutes les évacuations exhalent une odeur fétide ; l'amaigrissement fait des progrès incessants ; ^nfîn, la mort survient, tantôt par suite de l'aggravation des symptômes et par la marche naturelle de la maladie, tantôt par un accident imprévu, comme une hémorrhagie intestinale, ou bien par une péritonite suraigué. consécutive à une perforation des intestins. Une amélioration progressive se remarque, au contraire, dans les symptômes, lorsque la maladie doit avoir une heureuse issue. La convalescence peut être plus ou moins pénible sans présenter pourtant rien d'insolite dans son cours ; cependant on a remarqué parfois, à une époque plus ou moins reculée, des paralysies presque toujours partielles, occupant communément les membres supérieurs ou inférieurs, parfois, dit-on, la langue. Ces accidenta sont rares ; le plus généralement ils n ont point leur explication dans une lésion constatable des centres nerveux ; ils peuvent être également observés dans la période la plus aiguô de la maladie.
Parmi les complications qui peuvent survenir, une des plus graves et des plus fréquentes est sans contredit l'hépatite. Elle a été souvent observée par Annesley dans l'Inde, et nos médecins militaires l'ont également signalée en Algérie* Ainsi, M. Cambay estime que la complication d'hépatite se rencontre dans l'Afrique française dans un vingtième des cas de dysenterie. M. Catteloup avance même que) dans cette contrée, on trouve peu de dysenteries sans quelques phénomènes mo^ bides du côté du foie. M. Cambay a consacré un chapitre important de son^irreà la dysenterie avec complication hépatique. Pour ce médecin distingué, la maladie du foie surviendrait de trois manières différentes. Tantôt la dysenterie existe primitivement, elle donne naissance à l'aflection du foie, ou du moins celle-ci est cotsé^
cative à k première ; ou bien c'est Thépatite qui préexiste, et c'est au contraire la dysenterie qui arrive comme complication ; parfois, enfin, ces deux maladies naissent simnltanément, et il n'est pas possible de reconnaître laquelle des deux a précédé l'antre. M. Dutronlan, obserT^pt la dysenterie dans les Antilles françaises, a To les mêmes laits, et il dit n'avoir jamais ouvert un dysentérique sans trouver le foie plus ou moins malade. (Voyez plus bas V Histoire de V hépatite.)
La cessation des symptômes est tantôt définitive, tantôt momentanée. La dysenterie est en effet une des maladies dans lesquelles les rechutes sont le plus fréquentes. Ellea ont lieu parfois spontanément ; dans le plus grand nombre des cas c'est à la suite d'écaris de régime. Je ne parlerai pas de ces retours réguliers de la maladie, le plus souvent sous le type tierce, car évidemment ici ce n'est point une dysenterie qu'on doit combattre, mais une fièvre pernicieuse à manifestation abdoimnale.
Après les dysenteries graves, la convalescence est toujours lente et plus ou moins pénible ; les forces se réparent d'autant moins vite qu'on est obligé d'imposer aux malades un régime des plus sévères à cause de l'imminence des rechutes.
Dysenterie chronique. — Assez souvent, surtout dans les temps d'épidémie , la dysenterie passe à Fétat chronique : c'est ce qui a lieu du vingt-cinquième au trentième jour. On observe des douleurs et du ténesme comme dans la forme iDgué ; les matières excrétées, moins souvent sanguinolentes que dans celle-ci, ont un aspect purulent, elles sont très-fétides; il n'est pas très-rare de voir alors un phénomène qu'on rencontre parfois aussi dans l'état aigu, c'est une paralysie du sphineter anal ; Tamn reste- béant, le doigt qu'on y introduit n'est plus serré et le malade cesse de pouvoir conserver les lavements qu'on lui administre. Chez les sujets atteints de dysenterie chronique, le ventre est tantôt tendu, météorisé, plus souvent il est rétracté ; l'appétit est nul^ ou bien il est vif, vorace, ou bien irrégulîer et déréglé. I^es écarts de régime, que la plupart des malades commettent, •ont une des causes principales qui perpétuent la maladie. La dysenterie chronique suit rarement une marche uniforme, mais elle offre des alternatives d'exacerbaikm et de rémission. Cependant bientôt l'amaigrissement fait de continuels progrès, les sujets s'infiltrent, et la mort survient dans le marasme, sans que les facultés intellectuelles aient subi souvent k moindre atteinte. On peut observer dans la dysenterie chronique les mêmes complications hépatiques que dans la forme aigué de l'afTection.
Dvrée. — La dysenterie a une durée plus ou moins longue ; si elle est bénigne, cHe se termine communément en quatre ou huit jours. Dans la forme grave, cette durée varie d'un à trois septénaires. La mort arrive rarement avant le huitième tm le neuvième jour. Cependant, dans quelques épidémies, beaucoup de malades sQcomibent dès le troisième* C'est ce que l'on voit surtout dans les régions inter- Iropieales, où la dysenterie a communément plus d'intensité et une marche beaucoup plus rapide. La dysenterie chronique a une durée indéterminée ; elle peut être de quelques mois seulement, ou bien se prolonger pendant plusieurs années. IMacnostic. *— Le diagnostic de la dysenterie est presque toujours facile : les douletirs abdominales, le ténesme, l'excrétion laborieuse d'un mucus sanguinolent, tortnent une réunion de symptômes que l'on ne rencontre guère que dans cette affection. On peut néanmoins les observer à un certain degré dans le cancer du rectum et dans les hémorrhoïdes internes ulcérées. Cependant nous verrons plus tard, en traitant de ces maladies, qu'entre elles et la dysenterie il existe tant de différenceiB, qu'il serait vraiment impossible de les confondre. Nous en disons au-
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tant de la coAque de cuivre et du choléra européen, n est presque inutile de rappeler que, dans les différentes espèces d'entérites que nous avons étudiées pins haut, on n'observe pas les mômes évacuations que dans la dysenterie : dans cei affections, en effet, les matières excrétées sont jaunes ou vertes, elles sont rendues en grande quantité et sans ténesme, tandis que les déjections dysentériques, toujours peu abondantes, sont muqueuses, séreuses, puriformes, et plus ou moios mêlées de sang.
Il importe de dire ici que, chez les enfants, la dysenterie est parfois simulée par un polype qui acquiert souvent le volume d'une noisette. Cette production est développée communément à 5 ou 6 centimètres au-dessus de l'anus, elle provoque do ténesme et des selles sanguinolentes, comme le fait la dysenterie la plus légitime. Dans les cas dont nous parlons^ les petits malades rendent également des mttièiei dures qui sont canneléeSy c'est-à-dire qui offrent une dépression latérale produite par l'impression du polype. Celui-ci sort quelquefois pendant la défécation; le toucher rectal d'ailleurs le fera découvrir aisément il n'est pas rare de voir ces polypes se détacher pendant les efforts que l'on fait pour aller à la selle : les enfants août alors guéris à l'instant des incommodités qu'ils éprouvaient.
Pour établir le diagnostic des lésions dans la dysenterie, et pour en déteiminer le siège, il faut s'éclairer surtout par l'examen des déjections. Annesley a établi, en effet, que lorsque les ulcérations se forment, les selles, qui auparavant étaient gluantes, gélatineuses et striées de sang, devenaient séreuses, boueuses, et contenaient des grumeaux. Le sang excrété est plus noir, souvent môme ce n'est qu'une sanie ichoreuse avec des stries d'apparence puriforme. Du sang rendu pur et dittinct du reste des évacuations indique presque toujours qu'une large ulcéntioD existe à la partie inférieure du gros intestin.'
Pronostic. •— La dysenterie simple, sporadique, surtout apyrétique, a presque toujours une heureuse issue; il n'en est plus de môme de celle qui est épidémique, surtout lorsqu'elle sévit sur de grandes réunions d'hommes, ou de celle qui règne dans les climats très-chauds. Ainsi, Desgenettes a vu en Egypte la dysenterie emporter plus de soldats que ne faisait la peste; et M« Cambay établit que, dans une partie de l'Algérie, la dysenterie occasionne plus souvent la mort que ne le ibot les amputations de jambe ou de bras, puisqu'elle emporte, d'après lui, le quart des soldats qui en sont atteints. La décomposition des traits, la prostration, la petitesse du pouls, le hoquet, les déjections fétides, noires ou puriformes, l'expulaioD des membranes de l'intestin, sont des symptômes qui indiquent un grand danger. La dysenterie chronique est également fort grave lorsqu'elle règne dans les camps et dans les prisons, puisqu'on évalue que sa mortalité est de 80 pour 100. La coïncidence du rhumatisme et de la dysenterie serait aussi, d'après M. Thomas, une circonstance très-fâcheuse.
Atiologie. ^ La dysenterie est commune à tous les âges ; elle est peut-étie plus fréquente chez l'adulte que chez le vieillard ; elle atteint aussi plus souvent les hommes, mais on ignore encore l'influence que les diverses constitutions exe^ cent sur sa production. La dysenterie sévit dans toutes les saisons et dan» tous les pays du globe. Néanmoins c'est pendant l'automne ou à la fin de l'été, c'est dans les pays intertropicaux, qu'elle est le plus commune ; elle y est endémique, et elle y enlève plus d'habitants qu'aucune autre maladie. Elle règne partout où il 7^^ brusques variations de température. Dansles pays où la dysenterie est endémique on la voit sévir spécialement chez les étrangers non encore acclimatés, tandis que les indigènes sont moins sujets à ses atteintes. La dysenterie est commune encore dans
les lieux où règne une chaleur humide, comme dans une grande partie de TAmérique, et dans la plupart des pays marécageux pendant la saison chaude. Un grand nombre de dysenteries épidémiques et sporadiques sont produites par Tusage d'aliments de mauvaise qualité, tels que farines avariées, légumes indigestes, fruits verts, acerbes, tandis que les fruits mûrs, pris même immodérément, n'ont pas cet inconvénient. La chair de porc, l'ingestion d'une eau croupie, de vins de mauvaise qualité, l'abus des drastiques, l'inspiration des vapeurs putrides, comme celles qui s'exhalent des substances animales en décomposition, ont souvent déterminé des dysenteries fort graves. Enfin, l'impression du froid, la fatigue, les marches excessives, les émotions noorales, sont autant de causes qui peuvent produire la maladie. Ce sont toutes ces causes, réunies souvent à un mauvais régime, à des privations remplacées parfois brusquement par l'intempérance, qui expUquent la fréquence de la dysenterie dans les armées en campagne, dans les villes assiégées, à bord des navires. L'action de ces diverses influences pouvant s'exercer aussi sur un pays tout entier explique encore pourquoi la dysenterie règne si souvent épidémiquement dans la population civile, si^ns qu'il soit nécessaire d'invoquer alors un principe contagieux pour se rendre compte de la propagation rapide de l'affection. Cependant les auteurs les plus éminents, tels que Zimmermann, Pringle, Lind, Cullen, P. Frank, Pioel, Desgenettes, ont soutenu la doctrine de la contagion. La plupart ne regardent pas la dysenterie comme étant essentiellement contagieuse, mais comme le devenant dans certaines conditions : elle le serait toutes les fois qu'elle règne épidémlquement, et lorsqu'un grand nombre d'individus sont entassés dans des lieux insalubres. Il nous semble difQcUe qu'on puisse contester absolument la possibitité de la contagion de la dysenterie en présence surtout des grandes autorités qui l'ont soutenue ; mais nous dirons que ce mode de transmission est un fait exceptionnel, car on ne l'observe presque jamais lorsque la maladie règne sporadiquement ; elle n'a probablement lieu que dans certaines épidémies graves. Ou lit à ce sujet, dans Pringle et dans Zimmermann, des observations dont il est impoedble de contester la valeur. Au contraire, les faits que Gendron a réunis dans ion travail Sur les éf/idémies des petites localités (1), pour prouver la contagion de la dysenterie ^K>radique, sont moins concluants. Parmi les contagionnistes, il en est peu qui admettent que la contagion puisse avoir lieu par les sueurs, par le simple contact, ou par l'haleine : tandis que tous s'accordent à regarder les miasmes qui s'exhalent des matières alvines conmie étant *la cause principale ou unique de la transmission de la maladie. Comme beaucoup d'autres affections contagieuses, lu dysenterie peut se montrer un grand nombre de foi;» chez la môme personne, et l'on peut établir, avec M. Cambay, qu'un individu est d'autant plus apte à la contracter, que déjà il en a subi un plus grand nombre de fois les atteintes.
Traitement. ^ Lorsque la dysenterie sévit, il faut se hAter d'éloigner les causes qui ont déterminé ou favorisé son développement : c'est ainsi qu'on détruira tous les foyers d'infection, qu'on disséminera les malades le plus possible, qu'on les préservera des variations atmosphériques, et qu'on s'opposera par le lavage et par la ventilation aux effets de la malpropreté et du non-renouvellement de l'air. Le traitement médical devra ensuite varier suivant le caractère de la maladie.
Lorsque la dysenterie est simple et apyrétique, on peut se borner à prescrire le séjour dans une température douce, l'abstinence complète de toute alimentation, l'usage des boissons mucilagineuses, des bains, des demi-lavements, des cata-
(1) Journal de* connaùsances médico^chirurgicales, 1. 1 eill.
plasmes émollients sur le ventre et de ropimn. On donne celni-d en pilales, sou forme d'extrait gommeux, ft la dose de 7 à i5 centigrammes, ou bien en lavements, et à\(xn on préfère le laudanum de Sydenbam (tO gouttes, une ou plosienn fois dans les vingt-quatre heures). Pringle cependant est d'avis de ne jamais traiter d'emblée aucun cas de dysenterie avec le laudanum, mais de débarrasser préalablement les voies digestives par la méthode évacuante. C'est une pratique excellente que je suis moi-même le plus communément. Je commence, en effet, le traitement par donner au malade un purgatif salin ou 15 à SO granmies d'huile de ricin, et il arrive fréquemment que, sous cette influence, les selles changent promptement de nature , deviennent diarrhéiques et cessent d'être sanguinolentes ; administré dans ces conditions, l'opium supprime promptement le flux intestinal. Cependant il est des cas où l'opium, donné d'emblée, arrête le flux dysentériqae ; c'est ce qui a lieu dans les dysenteries apyrétîques, accompagnées d'épreintes tièsdouloureuses, lorsque les selles sont plutôt muqueuses que sanglantes, et qu'il n'existe aucune complication saburrale.
Si la bouche est amère, s'il y a des vomituritions et les autres signes caractéri' sant un état bilieux, on devra tout d'abord prescrire un vomitif, et préférablement l'ipécacuanho, aux doses et de la manière que j'indiquerai plus bas. L'amélioration survenue, on devra surveiller le régime : ainsi on n'alimentera les individus que lorsque les coliques auront cessé et que les selles ne seront plus sanguinolentes ; les malades s'astreindront à un régime sévère quelque temps encore après leorguérison, à cause de la facilité avec laquelle l'affection récidive.
Lorsqu'il existe une vive réaction fébrile, lorsque surtout le pouls offre beaucoup de force et d'ampleur, et que lé sujet est jeune, on pourra recourir préala* blement à la saignée générale, et appliquer aussi sur le ventre un plus ou moios grand nombre de sangsues. Cependant on procédera avec une extrême réserre, surtout lorsque la maladie est épidémique et qu'on pratique dans un climat trètchaud. Nos médecins militaires qui sont en Algérie savent combien les émissioDS sanguines générales et locales ont peu de prise sur la maladie. M. Haspel a tout récemment encore, dans son livre, proclamé l'insuccès et les dangers de cette mé* dication.
Dans les dysenteries pyrétiques offrant un certain degré d'intensité, la méthode évacuante doit être préférée. Il est deux médicaments qui, pris isolément ou combinés, sont, en pareil cas, extrêmement utiles : je veux parler de l'ipécacuanha et du calomel.
Lïpécacuanha, si justement nommé racine a7itidys€ntmque^ a été donné suivant diverses méthodes* Pringle le prescrivait à la dose de 25 centigrammes, et fl réitérait celle-ci deux ou trois fois le même jour, jusqu'à ce qu'il eût provoqué un vomissement ou une selle, ce qui avait conmiunément lieu après la troisième prise. D'autres ont donné l'ipéca à doses fractionnées (5 centigranames toutes les heures ou toutes les deux heures), afin de ne produire que des nausées» De cette manière on augmente la transpiration, on provoque même la diaphorèse. M. Haspel dit qw ce mode d'administration lui a surtout réussi pendant les hivers humides et froids* Un professeur distingué des écoles navales, M. Délioux, reconnaît que tous les modei d'administration de l'ipéca sont bons dans la dysenterie ; mais il préfère cependant la décoction ou l'infusion. L'infusion est la méthode la plus ancienne ; elle est popo* lairoau Brésil; elle a été remise en honneur par plusieurs médecins de la marine, par Segond, par MM. Souiy et Délioux. L'ipéca, administré de la sorte, a comipunément des effets émétiques et purgatifs ; mais ils ne sont pas nécessaires, et
M. Déltoax a prooré qu'il était inutile de les exciter, car sans eux ou guérit aussi Tite et aussi sûrement (i).
Les médecins anglais qui exerçaient dans Tlnde avaient depuis longtemps reconnu et signalé les bons effets du calomel dans le traitement de la dysenterie ; on les a longtemps, en France, accusés d'exagération, jusqu'à ce que nos médecins des armées de terre et de mer soient venus vérifier les résultats qu'ils annonçaient. Pas de menutre^ point de médecine, disait Segond en parlant de la dysenterie de Gayenne; aujourd'hui aussi les médecins qui observent dans nos possessions d'Afrique vantent le calomel, à l'instar des médecins anglais. Je citerai M. Catteloup, M* Cambay, qui l'a employé sur plus de deux cents malades, et surtout M. Haspel. Ce médecin distingué dit qu'à l'aide du calomel donné à la dose de i à 2 grammes par jour, il a vu disparaître, avec unp merveilleuse facilité, les dysenteries les plus graves. Les résultats ont été parfois si prompts, qu'ils lui ont paru miraculeux. C'est dans la forme bilieuse que le calomel est spécialement utile. Employé au début, M. Haspel a pu souvent arrêter brusquement la maladie. Le plus ordinairement pourtant, l'affection persiste, mais elle est enrayée, c'est-à-dire que les douleurs se calment, et les selles ne sont plus que diarrhéïques. «
On a parfois combiné le calomel et l'ipéca, on les a même parfois unis à l'opium, mais rien ne prouve que cette combinaison ait une supériorité marquée sur les autres méthodes (2).
Dans les dysenteries dites malignes, on devra employer le traitement indiqué plus haut ; mais il faudra, en outre, obéir à certaines indications prédominantes. Rarement ici les antiphlogistiques seront utiles ; lorsqu'ils seront impérieusement commandés, on ne devra en user qu'avec une extrême circonspection. Plus souvent la prostration des forces réclame l'emploi des toniques. Zimmermann croit aussi que l'ipécacuanha, donné dans ces conditions à des doses fractionnées, a l'avantage de soutenir les forces, opinion qui me semble insoutenable. C'est encore dans le même but, et surtout pour avoir un effet puissamment révulsif, qu'on applique des vésicatoires. Enfin, le musc, le camphre, les bains et les affusions, serviront à combattre les accidents nerveux ataxiques. Mais malheureusement les secours de l'art échouent le plus souvent contre cette forme de la dysenterie.
On a encore préconisé, contre la dysenterie, une foule d'autres remèdes plus ou moins actifs ; mais il n'en est aucun dont l'usage puisse être justifié par des succès assez nombreux ; aussi croyons-nous qu'il est prudent de s'en abstenir : tels sont, en particulier, la noix vomique, l'acide nitreux, le tabac, l'acétate de plomb, les chlorures, le sulfate de quinine. Ce dernier médicament n'est indiqué que lorsque la dysenterie revêt les caractères de la fièvre pernicieuse ; dans ce cas, je l'ai vu
(1) On prend 2 à 8 grammes d'ipéca, sor lesquels on verse 200 à SOO grammes d*eaa booil* liole. qu'on laisse inruser dix à doaie heuros. Au bout de ce temps on décante et l'on jette sur le marc une nouvelle quantité d*eau bouillante qu'on laisse encore en contact pendant le même temps ; on fait encore, suivant le même procédé, une troisième et môme une quatrième infusion. On administre le médicament en une ou deux fois. Lorsqu'on emploie la décoction, on épuise l'ipéca, car on enlève du coup toute l'émétine : on a par conséquent un médicament beaucoup plus actif.
(3) Segond, MM. Monard et Délioux ont attaché une certaine importance à la composition suivante :
Ipécacoanha en pondre * 40 centigr.
Calomel 20 —
Extrait d'opium S —
Sirop de nerprun. . ■ q. s.
Faire six pilules.
aussi héroïque qne dans les autres affections périodiques. Quelques médedm, notamment Segond, Mondière, BOf. Saucerotte et Bradier, ont encore yanté, de nos jours, l'administration de l'albumine à l'intérieur, en tisane (deux blancs d'œnb dans un litre d'eau sucrée), en potion (un ou deux blancs d'œufs dans une eau dbtillée de laitue ou de tilleul), en layements (même quantité). Ce médicament piralt avoir été parfois utile : peut-être ne réusdt-il qu'à titre d'émollient.
Lorsque, nonobstant le traitement, les accidents continuent, on a essayé de modifier topiquement la vitalité de la muqueuse intestinale par le nitrate d'argent On l'a donné par la bouche et surtout en lavements. M. Empis a récemment encore expérimenté cette médication (I). L'azotate d'argent donné sous forme pilolaire à la dose de 40 centignunmes par Jour, s'est montré très-efficace dans des cas trèigraves et presque désespérés. Il a eu moins à se féliciter du lavement au nitrate d'argent. C'est pourtant sous cette forme que ce médicament est généralement administré (5 centigrammes pour les enfants, 50 centigrammes à t granmies pour les adultes). Donnés dans l'épidémie de Versailles de 1842, ces lavements ont sauvé, d'après MM. Masselot et Follet, plusieurs malades qui semblaient vonéi à une mort certaine. De tous les remèdes, c'est celui qu'ils ont vu guérir les cas lei plus désespérés (Archives de 184)). C'est également à titre de modificateur loctl que, dans ces derniers temps, M. Eimer, en Allemagne (2), et M. Délionx, en France, ont conseillé les lavements avec l'iode. Ce dernier injecte dans l'intestin un lavement composé, pour 200 à '250 grammes d'eau, de fO à 30 grammes de teinture alcoolique d'iode et de I à 2 grammes d'iodure de potassium. Sur doose cas de dysenterie chronique mentionnés dans son travail, M. Délioux aurait amendé ou guéri dix fois l'affection intestinale ; le remède échoua deux fois, mais sans aggraver les accidents. Administré comme il vient d'être dit, l'iode est rapidement absorbé, ainsi que le constate sa présence dans l'urine. Les injections iodées conviennent suriout dans la forme chronique de la maladie ; mais malheureusement ce traitement doit échouer souvent, attendu qu'on ne peut guère atteindre et modifier que la lésion qui siège dans le rectum.
Pour le traitement de la dysenterie chronique, on suivra, en outre, les règles que nous avons tracées précédenmient en parlant de l'entérite chronique. On pourra essayer contre elle les astringents, comme le ratanhia, le cachou ; mais il faut être très-prudent dans leur emploi, car, donnés sans mesure par quelques médicastres du dernier siècle, ils ont été la sour d'une foule d'accidents (Zimmermann). C'est surtout dans celte forme de la maladie que le changement de lieo est utile.
On voit des malades qui, quoique guéris de la dysenterie, continuent néanmoins à être tourmentés par du ténesme ; il faut alors chercher la cause de cet acddeot, qui peut dépendre d'une lésion du rectum, ou de la présence de scybala dans cet intestin. Quelquefois pourtant il n'existe aucune altération matérielle ; il suffit alors d'administrer un laxatit doux pour triompher aussitôt de ce symptôme incommode, ainsi que je l'ai déjà constaté maintes fois.
Le régime doit être surveillé avec soin. On a généralement exagéré la diète. Elle est indiquée au début et pendant la période la plus aigué, mais il faudra bientM permettre quelques aliments légers (lait, bouillon, œufs). Dans la dysenterie chronique on a généralement de la tendante à supprimer la viande, pour ne permettre
(1) Âf^hive$ générale$ de médecine^ année 1861, n* de novembre.
(2) Buiiedn de thérapeutique^ année 1859.